UN NOUVEAU PROJET
Nous çgommes en pleine ère de chemins de fer. Les projets succèdent aux projets, les lignes nouvelles aux anciennes, et, sur divers points de leur parcours les embranchements viennent s’articuler, comme les membres au Corps, pour compléter ce réseau dstiné avant tout à ouvrir à la colonisation et à l’industrie des régions qui n’ont eu jusqu’à présent que des moyens de communication rudimentaires.
Des entreprises considérées comme irréalisables ont été exécu'ées. Longtemps on avait cru que le climat du Canada o' oserait des obstacles toujours insurmontables à l'extension des voies ferrées dans toutes les parties du pays indistinctement, et, à plus forte raison, dans le nord, où il n’y avait pas à douter, disait-on, que la rigueur des hivers ne rendît toute exploitation de chemin de fer impossible. .
Mais, en même temps que les voies nouvelles, voici que se dessinent des herizons nouveaux. Un
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champ étroit, où l’on marchait à tâtons, incertain (1: sa voie et du but à atteindre, est devenu, en peu d'années, un champ illimité où les conceptions les plus hardies s’exercent librement, sans étonner personne, Qui n’a présent à la mémoire le douloureux enfantement du chemin de fer du Nord, et les combats acharnés qui se livrèrent autour de son berceau ? Qui ne se rappelle l’incrédulité, la malveillance, les attaques grossières et violentes qui accueillirent la Compagnie du chemin de fer du lac Saint-Jean, lorsqu’elle déclara au publie qu’elle avait bien réellement l'intention de construire sa ligne ? Quoi! ouvrir un chemin de ferau milieu des Laurentides! Quoi! le faire passer à travers cinquante lienes de forêts!
Et dans que] but ? Pour rattacher à la capitale provin
ciale une misérable petite colonie de trente à quarante mille âmes, disséminée sur un vaste territoire, et trop pauvre pour sustenter par son commerce une ligne de cette importance ! Si ce n’était là une gigantesque chimère, à coup sûr, c'était une audacieuse spéculation des directeurs de la Compagnie, qui voulaivnt uniquement exploiter la région forestière en arrière de Québec, et après avoir fait construire, dans ce but, une soixantaine de milles de chemin, se déclarer incapables de continuer les travaux.
Mais, outre qu’elle était sincère, la Compagnie
n’avait pas seulement l'intention, comme on va le
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voir, de rattacher à la capitale la colonie du lac Saint- Jean, mais encore d'ouvrir, avec le temps, à la colonisation l'extrême zone septentrionale des vallées du Saint-Maurice et de l'Outaouais.
Il y a à peine quelques années de cela, et déjà le chemin de fer du lac Saint-Jean est construit et complété sur un parcours de cent quatre-vingt-dix milles. Maîtresse aujourd'hui de la position, forte de son œuvre accomplie, la Compagnie, comme il arrive toujours après les difficultés vaincues, trouve que cette œuvre ne peut suffire et qu’il faut aller plus loin. Ce n’est pas assez d’avoir rattaché la capitale à la vallée du lac Saint-Jean par un chemin de fer qui traverse soixante lieues de montagnes et de forêts, il faut maintenant relier cette vallée à celle du Saint-Maurice par une ligne entre le lac Edouard et la Tuque, une ligne de trente milles de longueur, suffisante néanmoins pour coloniser cette partie du pays si riche en forêts et en minéraux, et pour y créer des centres importants de travail et de production.
La Tuque est le grand centre de l’industrie forestière du territoire qu’arrose lé Saint-Maurice, industrie dont les produits se sont élevés à deux millions de dollars, dans les années prospères. Mais depuis quelques années, ce poste a subi une dimiuaution considérable, et les intérêts manufacturiers et agricoles s’en sont cruellement sentis. Naguëre, on
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ne faconnait pas moins de bix cent mille billots dans le territoire du Saint-Maurice; maintenant, on en fait.à peine cent cinquante mille,
Placé à la tête de la navigation, (dit une brochure que nous avons sous les yeux), entouré d’un pays aussi fertile que p ttoresque, servant d’intermédiaiie au commerce de la baie d'Hudson avec les Trois-Rivières, à portée de communications faciles et assez rappro- Chées avec la vallée du lac Saint-Jean pa: la rivière Croche, le poste de la Tuque promettait beaucoup pour l'avenir, au point de vue du commerce et de la colonisation. Possédant des pouvoirs hydrauliques admirables, et de grandes estacades, pour retenir les bois de commerce provenant des tributaires du Saiut-Maurice, il devait attendre beaucoup de l'exploitation industrielle ; et tous ceux qui connaissent quelque chose du Saint-Maurice, designaient cet endroit comme devant se transformer dans un avenir prochain en une populeuse et florissante eité.
L’abandon de la ligne de navigation par bateau à vapeur établie autrefois entre les Piles et la Tuque par ia compagnie américaine Philip & Norcross, et la suppression des estacades du gouvernement, ont détruit ces légitimes espérances pour un temps, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’on puisse rétablir la navigation à vapeur, ou que quelque compagnie puisse construire une voie ferrée.
Après avoir relié entre elles, par le chemin de fer de la Tuque, les vallées du Saguenay et du Saint- Maurice, la Compagnie du lac Saint-Jean se propose de compléter son œuvre en rattachant à ces deux vallées celle de l'Outaouais par une ligne, qui, partant d: la Tuque, ira droit au nord, suivra la zone des lacs de l'Outaouais et ne s'arrêtera qu’à la hau- ‘sur du lac Abbitibi, d’où elle enverra deux ktranches, l’une dans la direction du sud, vers le chemin