‹ L'outrage drame en cinq actesChapitre 77 sur 96 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

RAIM0N D

Je t’avais dit : Pars et je réponds de tout. U fallait avoir confiance en moi et partir.

RAOUL, passant à droite.

Que comptais-tu donc faire?, (n s’assied.)

RAIMOND, de même près de loi.

Ce que je compte faire encore, monsieur... seulement, je ne voulais pas vous le dire d’avance... Vous m’y forcez? à nous deux : Un jour de ma vie, Raoul, à l’âge où l’on est fort, vaillant et brave, j’ai été lâche ! J’ai eu peur! oui, bassement peur d’une épée nue devant ma poitrine. Tu méconnaissais d’enfance, toi; tu sus lire ma lâcheté dans ma pâleur... Tu te substituas à moi, et, avec la vie, peut-être, tu me sauvas l’honneur. (Mouvement dé Raoul.) J’avais juré de m’acquitter envers toi, le jour en est venu; je vais m’acquitter. Inutile que j’attende encore... je ne pourrais jamais faire plus... (Raoul l’écoule avec étonnement.) D’ailleurs, je ne me suis jamais pardonné, vois-tu! c’est si beau, le courage !... et j’en ai tant vu en France et partout autour de moi, que je mourrais lentement pour en avoir manqué !

RAOUL

Mais je ne te comprends' pas...

' RAIMOND

Tu vas me comprendre... Notre père, n’est-ce pas, sait déjà que l’un de nous est le- coupable, et sans le connaître, il l’a condamné! Quant à Jacques, tout à l’heure peut-être, il saura aussi que le criminel était l’un de nous. Il faut donc une victime expiatoire au juge et au mari : au juge, pour qu’il pardonne; à l’époux, pour qu’il oublie ! Eh bien! je serai cette victime-là...

Il se lève.

RAOUL, avec uu cri.

Que dis-tu?

RAIMOND

Je serai le coupable, et je ferai justice moi-même...

RAOUL

Et tu crois que je le souffrirai?...

L’OUTRAGE

RAIMOND

Oui, parce qu'il le faut... parce que je suis seul, moi, sans liens, sans amours; toi, entre ceux qui t’aiment, tu iras te repentir au loin. Tu prieras, tu répareras!... Tu rappelleras en toi l’homme d’honneur perdu...

RAOUL

Raimond! mon frère!... Tu parlais de lâcheté? Mais si je te laissais faire, lequel serait donc le plus lâche de nous deux?...

RAIMOND

Plus un mot... il sera fait ainsi que l’ai décidé. ■

A ce moment, on entend la fanfare au loin, le son se rapproche.

RAOUL, qui s'est levé. Avec force.

Non, non, tu ne feras pas cela... je crierai que c’est inoi qui

• RAIMOND

Notre père ne veut pas que l’on crie : C’est moi!... Il veut que l’on meure!...

RAOUL

Eh bien! je mourrai...

RAIMOND

Et ta femme? et ton enfant?

RAOUL

Raimond!

RAIMOND

Plus un mot! Mon parti est pris. Notre père t’avait condamné à mourir; moi, je te condamne à vivre!

RAOUL. Il passe i gauche.

Allons!... encore une fois!... c’est impossible!... es-tu fou?...

Mon frère !... mon ami... (Raimond le repoas*e froidement; continuant

avec déwpoir. ) Mon Dieu ! mon Dieu!... mais je suis donc damné!... Mais je suis donc fatal à tout ce qui m'entoure! (u

s'approche do son fière.)

JACQUES., q«ii a paru au fond avec des Domestique*, semble l**ur donner des^ ordre#. Le* Domestiques *c retirent du cftlé des embarcations* — A part, eu les observa ut.)

Raoul! Raimond! enseinb’e!

Il descend lentement et va se placer dans la grande ouverture de droite.

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