SCÈNE III
HELENE, po.. RAOUL.
HÉLÈNE* Elle a suivi la Domestique jusqu'à la porte de gauche; en rentrant dans la chambre, elle regarde autour d'elle.
Mais c’est ma chambre ici, où je ne suis jamais rentrée... Je ne veux pas y rester !... Je vais attendre au salon... que le jardinier... (Raoul parait. Hélène, épouvantée.) Ah! lui ! . . .
Elle se précipite vers la porte d'entrée, mais Raoul l'y devance et lui barre le passage.
L’OUTRAGE
RAOUL
Ne me fuyez pas!...
Sortez, monsieur!...
HÉLÈNE
R AOUL
N’appelez pas!... au .nom du ciel, n’appelez pas!...
HÉLÈNE
Laissez-moi passer, ou bien...
RAOUL
N'appelez pas, madame!... (Faisant un pas. ) Hélène!..
HÉLÈNE, reculant du lAté de la chenÿinée.
Si votre main m’effleure, je me brise la tête sur ce marbre !...
RAOUL
Ne craignez rien !... je n’approcherai pas! tenez! me voilà à genoux, pleurant et suppliant! Pitié! pitié! On ne refuse pas un pardonà ceux qui vont mourir, madame... je vais mourir... pardon !
HÉL*ÉNE, après une courte hésitation.
Non ! jamais.
RAOUL
Oh! je suis bien criminel, mais moins que vous ne le croyez peut-être!... quand j’ai appris que vous aviez perdu la raison !... vous ne savez pas l’âcre douleur que j’ai ressentie. N'ayant pu mourir, je voulus oublier. Je me plongeai dans les débauches les plus effrénées, jouant et buvant!., ivresses inutiles... Je n’ai jamais pu trouver l’oubli, j’ai perdu la faculté de l’ivresse, mes remords ont tué mon sommeil et toutes les voix de ma conscience m’ont crié partout et sans relâche : « Hélène est folle! » Tenez! tenez, j’ai souffert plus que vous, madame, vous devriez bien me pardonner!...
Je pourrais vous pardonner mon malheur, je n’ai pas le droit de vous pardonner le malheur de Jacques...
RAOUL, se relevant.
Jacques! mais il a toute une éternité à passer auprès de vous, lui ! Moi, je n’ai plus que quelques minutes, peut-être, à vous