‹ L'ouvrier de huit ans (volume 2)Chapitre 2 sur 39 · AUX OUVRIERS · texte numérisé non relu

AUX OUVRIERS

J'écris cette préface au sortir d'une séance du Corps législatif ^ dans laquelle un ministre m'a reproché d'enseigner toujours aux ouvriers leurs droits, de ne leur rappeler» jamais leurs devoirs, et de me complaire dan$5 une perpétuelle antithèse entre les jouissances des riches et les privations imposées aux travailleurs.

Si on vous parlait de séparer vos droits de vos devoirs, de combattre la propriété, qui représente le travail et l'épargne, d'attenter à la liberté d'autrui, vous qui ne voulez rien céder de la vôtre, de préférer un luxe efféminé à la

* Séance du 20 juillet 1867. Paroles de M. Rouher.

II AUX OUVRIBBS

vie austère et laborieuse que commandent nos principes, comprendriez-vous un tel langage?

N'êtes-vous pas les mêmes qui, en 1848, avez demandé avec la dernière énergie, que la Déclaration des Droits fût en même temps la déclaration des Devoirs? En est -il un seul parmi vous qui, dans la devise sacrée de nos pères, consentît à effacer le mot de fraternité?

Nous sommes les hommes du Devoir et de la Paix.

Nous réclamons nos droits : nous respectons, et, au besoin, nous défendrions ceux des autres.

La lutte que nous soutenons depuis trois quarts de siècle, et qui touche enfin à son terme , n'a été violente que quand elle a été inintelligente.

Nous vouhons une réforme politique : nous l'avons par le suffrage universel qui proclame l'égalité absolue du Droit; — I ou du moins nous l'aurons quand le suffrage imiversel sera rendu complet ^t sincère par le droit de réumon et la liberté de la presse.

AUX ouVeiers m

Nous voulions une reforme sociale : nous l'avons par Témancipation du Travail , — dont la liberté absolue d'association est la conséquence nécessaire et prochaine. )

Entre nos droits reconnus et l'exercice de ces mêmes droits, il ne reste plus qu'une bar-.

riere

c'est l'ignorance.'

Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple ; s'il ne l'est pas aujourd'hui, il le sera demain *.

Nous voulons une instruction générale , qui nous rende capables d'exercer nos droits de citoyens, et une instruction professionnelle, qui nous mette à même de vivre en travaillant.

Nous voulons que chacun soit maître de sa destinée , car nous savons que c'est à ce prix qu'un homme est un homme.

Pour que la France soit invincible sans armées permanentes, et que la Démoçratiejibérale devienne une réalité au lieu d'être, comme aujourd'hui, imejOiéoda» nous voulons élever

* l/Écokf par Jules Simon, l'o partie, chapitre 1«'.

IV AUX OUYBIKRS

4e telle sorte les enfants du peuple, qu'ils soient un jour des esprits éclairés dans des corps robustes.

Nous disons : Aux Écoles ! comme nos pères disaient : Aux armes !

* Le but de la société n'est pas seulement dïître riche. Supposons que ce fût un moyen de richesse nationale que de /aire travailler les enfants quinze heures par jour, la morale dirait que cela n'est pas permis; la politique aussi nous dirait que c'est une chose nuisible à l'État. Pour avoir des ouvriers de onze ans, on aurait de chétifs soldats de vingt ans. La morale fait valoir ses préceptes et la politique ses exigences, et quand même il serait prouvé que le procédé serait utile comme moyen de richesse, on ne devrait pas l'employer... Quand l'application du travail est contraire à un but plus élevé que la production de la richesse, il ne faut pas l'employer. »

(Rossi, Cours d'économie poliliquef t. I, p. 36^)

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