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CHAPITRE IX

RÉSULTAT DES ÉLECTIONS DE 1854. — DÉMISSION DU MINISTÈRE HINCKS-MORIN. — COALITION ET FOR¬ MATION DU MINISTÈRE MCNAB-MORIN. — LORAN- GER, SICOTTE, DORION, PAPIN, LABERGE. — CONTI¬ NUATION DE LA SESSION DE 1854. — TENURE SEI¬ GNEURIALE. — TRAITÉ DE RICIPROCITÉ. — DÉPART DE LORD ELGIN. — DÉMISSION DE MORIN.

Le ministère fut défait, à F ouverture de la session de 1854, sur la nomination de F orateur, par le vote coalisé des différentes fractions de l’opposition. M. Cartier fut proposé par le gouvernement ; l’opposition avait deux candidats : MM. Sanfield Mac- Donald et Sicotte. Celui-ci fut élu.

Ce vote devait avoir un grand effet sur l’avenir politique du pays et sur la transformation des partis.

Quelques jours après, le ministère donnait sa démission.

Mais comment former un gouvernement avec des éléments si divers et si opposés ? Toutes sortes de pourparlers, de combinaisons eurent lieu, mais le seul projet qui parut acceptable, fut celui d’unir les deux groupes les plus puissants de la Chambre, savoir, le groupe tory du Haut-Canada, commandé par McNab, et le groupe des anciens libéraux, dont M. Morin était le chef.

Pour empêcher la faction Brown d’arriver, M. Hincks favori-

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sait cette coalition si étrange en apparence, dont il avait été question déjà, mais que les anciens libéraux avaient toujours repoussée. Etrange coalition en effet que celle qui unissait le parti des McNab, des Macdonald et des émeutiers de 1849 au parti des Lafontaine et des Morin !

Pourtant, elle paraissait, dans le Bas comme dans le Haut- Canada, le seul moyen efficace de former un gouvernement stable et d’écbapper à la domination de George Brown et des cleargrits, qui avaient divisé et perdu le vieux parti libéral de Baldwin.

Dans les deux provinces on préférait MeXab à Brown.

Mais il s’agissait de faire accepter au parti tory la politique du parti libéral sur la question de la tenure seigneuriale et sur celle des réserves du clergé.

John-A. Macdonald, dont l'habileté perçait de jour en jour, contribua puissamment à écarter tous les obstacles, à vaincre les résistances et à faire accepter le programme libéral sur ces questions.

Pendant ce temps, George-Etienne Cartier faisait un travail analogue dans le Bas-Canada. Etrange coïncidence ! Tous deux travaillaient à la formation d’un parti dont ils devaient être les chefs invincibles durant vingt-cinq ans. Etait-ce une simple coïncidence ? Ambitieux tous deux, plein de confiance en eux-mêmes, n’est-il pas permis de supposer qu’ils durent penser qu’en fondant ce nouveau parti, ils préparaient leurs destinées ?

Le 11 septembre 1854, le pays apprit avec stupeur que le ministère McHab- Morin était formé et que ce ministère avait

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l’appui des forces coalisées des anciens libéraux du Bas et du Haut-Canada, et des torys de cette dernière province.

Cette malheureuse coalition était le résultat des violences de George Brown et de ses partisans, et des exagérations du jeune parti libéral.

Le Haut-Canada était représenté, dans le ministère, par MM. McISTab, John-iL Macdonald, W. Cayley. B. Spence et John Boss ; le Bas-Canada, par MM. Morin, Drummond, Chauveau E.-P. Taché et Chabot.

Le parti conservateur ou libéral-conservateur était né et commençait sa carrière sous les plus heureux auspices, au milieu des acclamations d’une grande majorité de la Chambre et du pays. Son programme était celui du vieux parti libéral dont la politique triomphait, grâce à l’appui de ses anciens adversaires.

On voyait autour de son berceau, pour le défendre et le protéger, les Cartier, les Loranger, les Sicotte, les Turcotte, les Cauchon.

Thomas- Jean- Jacques Loranger était un avocat habile, retors, instruit, un orateur populaire, entraînant, à l’esprit fin, incisif, plein de saillies et de reparties qui égayaient la Chambre et les foules. Il était petit, mais robuste, vigoureux ; sa voix était grêle, sifflante, mais il savait la rendre presque agréable en la pliant à sa volonté, à son esprit, en la maniant avec une grande dextérité. Il y avait de la magie dans sa manière de parler. C’était un adversaire redoutable devant les tribunaux, le peuple et la Chambre. Il a plaidé devant les cours d’assises des causes retentissantes avec un éclat, une verve et une vigueur d’argumentation admirables. Il était l’un des avocats des censitaires devant

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la cour seigneuriale et l’on peut voir sa figure vivante dans le tableau bien connu qui représente une séance de ce tribunal.

11 a été pendant longtemps l’un des champions les plus utiles du parti conservateur, mais il n’a pas vécu toujours en bonne intelligence avec Cartier, dont la rudesse lui déplaisait, et qui se défiait de lui.

M. Sicotte était de Saint-Hyacinthe. Il était avocat, lui aussi, et jouissait de l’estime publique. Il n’avait ni la vivacité d’esprit ni l’éloquence de Loranger, mais il avait un extérieur imposant, plein de dignité, une figure et des manières distinguées, une belle tête et un esprit légal et philosophique. Toujours calme, réservé, sentencieux, drapé dans sa dignité, parlant peu et paraissant penser beaucoup, il avait un air de sphynx mystérieux qui lui donnait du prestige.

Quelques coups de crayon maintenant pour faire connaître leurs clignes adversaires, les étoiles du nouveau parti libéral.

C’était d’abord Antoine- Aimé Horion, avocat et orateur parlementaire de premier ordre, parlant aussi habilement l’anglais que le français, cloué d’un esprit pratique, positif et logique, d’un jugement calme, d’une âme droite, d’un caractère irréprochable ; l’une des illustrations les plus pures du parlement canadien.

Il était cle taille médiocre, mais d’apparence agréable et imposante, d’une grande distinction cle manières et de maintien.

Etrange anomalie ! le parti qu’on disait composé de démagogues avait pour chef l’homme le plus modéré, le plus sage, le plus courtois, le plus juste cle la Chambre.

Au moral comme au physique, tout 'était chez lui mesuré, réglé, méthodique, régulier ; il était la correction personnifiée.

Sous le rapport de la dignité, de la distinction et cle la tour-

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mire d’esprit, de l’élévation du caractère et du désintéressement personnel, il 'était l’héritier naturel et direct des Yiger, des Lafontaine et des Morin.

Il aurait dû être leur successeur et le serait devenu, s’il n’avait pas entrepris de porter la responsabilité des exagérations des jeunes gens de Y Avenir, et surtout de l’impopularité méritée de George Brown.

Ce fut la grande erreur politique de sa vie et la cause des échecs de sa carrière. Durant vingt ans, son alliance avec George Brown a attiré sur sa tête les foudres religieuses et nationales, et a permis à ses habiles adversaires de profiter et d’abuser des défiances naturelles du clergé à l’égard du nouveau parti.

TJn homme plus actif, plus ambitieux, plus remuant, moins philosophe, aurait fini par se débarrasser du manteau de plomb qui l’écrasait. Mais non, Dorion subit son sort fatalement, calme et résigné au milieu des injures, des accusations et des dénonciations qui pleuvaient sur lui, fidèle à ses amis, à ses alliés politiques, ne répudiant rien, acceptant tout en apparence, toujours respectueux envers les prêtres qui le foudroyaient, et ne condamnant, en termes mesurés, que les abus incontestables de leur influence spirituelle.

Comme la plupart des hommes dont la raison domine tous les actes, toutes les paroles, il paraissait froid et manquait de chaleur, d’enthousiasme dans l’expression de ses sentiments religieux et nationaux. Cette froideur ressemblait à de l’indifférence.

Ajoutons à cela sa répugnance pour la cabale, l’intrigue, les machinations inavouables qui s’introduisaient rapidement dans les moeurs politiques, et l’on s’expliquera ses insuccès. C’était

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une victime fatalement vouée au sacrifice, dans une lutte contre des hommes habiles, hardis, entourés de toutes les influences humaines.

Le véritable porte-drapeau des jeunes gens de V Avenir et de l’Institut Canadien était Joseph Papin, un colosse, un type superbe de force physique et intellectuelle, dont l’âge, la réflexion et l’étude auraient pu faire un homme d’Etat, un orateur puissant. Sa grande taille, sa forte voix, son éloquence robuste, éclatante comme une fanfare, avait un grand effet sur les masses. Ses luttes gigantesques contre Siméon Morin, dans le comté de l’Assomption, sont restées légendaires. Son vote en faveur des écoles communes et ses opinions indépendantes à l’égard du clergé, brisèrent sa carrière politique, de même que ses campagnes électorales et ses écarts de régime ruinèrent sa santé. Il fut défait, aux élections de 1857, par Siméon Morin, fut nommé avocat delà vif le de Montréal, et mourut à l’âge peu avancé de trente-sept ans.

Charles Laberge avait l’air d’un enfant à côté de Papin ; il était petit, délicat, gracieux comme une jeune femme, avocat, lui aussi, orateur séduisant, écrivain nerveux, élégant, libéral, mais très religieux, excellent chrétien.

Jean-Baptiste-Eric Dorion, surnommé Y Enfant Terrible, à cause de son air jeune et de l’énergie de son caractère, de la vigueur de son esprit ; le plus enthousiaste des Dorion, le plus ardemment démocrate et dévoué aux intérêts du peuple, patriote en paroles et en actions. Après avoir rédigé V Avenir durant plusieurs années, il quitta la plume pour la hache du défricheur, s’enfonça dans les forêts des cantons de l’Est et fonda le village appelé l’Avenir ; et, comme il ne pouvait vivre sans écrire, il éta-

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blit un journal qu’il appela Le Défricheur. Il a été l’un des apôtres les plus utiles de la colonisation dans ce pays ; son exemple, ses écrits et ses discours ont laissé dans les esprits des germes féconds de progrès. Les gens de la campagne ne pouvaient s’empêcher d’admirer un homme qui mettait si bien ses enseignements en pratique, et donnait si bien l’exemple du courage, du devoir et du vrai patriotisme. Aussi, ils le consultaient sur toutes choses, l’élisaient au parlement, lui imposaient toutes les charges politiques ou municipales, l’accablaient, l’écrasaient de leur confiance. Un homme de forte santé n’aurait pu résister à un pareil surmenage ; or il était faible, frêle comme un roseau ; il mourut à un âge peu avancé, laissant un souvenir ineffaçable dans le cœur des populations qu’il avait politiquement évangélisées.

Comme son frère Aimé, il était honnête, désintéressé, sobre, vertueux ; ils avaient bien, tous deux, le droit de sourire amèrement, lorsqu’ils s’entendaient dénoncer comme des démagogues dangereux par des hommes qui souvent ne les valaient pas.

Charles Daoust était avocat et l’un des meilleurs écrivains du parti ; il rédigeait le Pays.

Derrière ces hommes de talent, il y avait, dans le district de Montréal, les Cherrier, les Doutre, les Laflamme, les Fabre, Wilfrid Dorion, tribun puissant, avocat de talent qui mourut juge ; Louis Dessaulles, un polémiste et un savant dont la plume frappait dru et fort ; Félix Cfeoffrion, L.-A. Jetté, depuis lieutenantgouverneur pour la province de Québec ; les Marcil, les Prévost ; dans le district de Québec, les Fournier, les Plamondon, tous deux avocats distingués, écrivains de talent, deux futurs juges ; les Tessier, les Caron, les Letellier, les Pelletier, et un

peu plus tard Fréchette, Langelier et Henri Taschereau (ces deux derniers maintenant juges).

Les deux partis étaient habilement commandés par des chefs dignes de confiance.

Pourquoi combattaient-ils ? Sur quoi différaient-ils d’opinions ?

Sur toutes les grandes questions politiques, la tenure seigneuriale, les réserves du clergé, la réciprocité avec les Etats-Unis, les relations du Canada avec l’Angleterre, ils s’accordaient. La différence était plutôt dans leurs tendances que dans leurs programmes.

L’effervescence de 1848-1849 était un peu calmée ; les jeunes gens de Y Avenir avaient mûri, ils étaient devenus plus sages, plus modérés, mais l’esprit qui avait flotté sur leur berceau politique continuait de les inspirer. Ils ne parlaient plus d’Annexion, de parlements annuels, de république universelle, mais ils paraissaient plus influencés que leurs adversaires par le mouvement des idées européennes, plus enclins à aborder imprudemment les questions d’ordre social et religieux.

Les nouveaux ministres ayant été élus, le ministère McXab- Morin continua la session de 1854, et, fidèle à ses promesses et à son programme, soumit à la Chambre des projets de lois sur les trois grandes questions qui depuis si longtemps agitaient l’opinion publique, savoir : la sécularisation des réserves du clergé, l’abolition de la tenure seigneuriale et le traité de réciprocité douanière avec les Etats-Unis.

Le bill relatif aux réserves décrétait que le produit de la vente de ces terres serait distribué également entre les différentes municipalités du Canada, proportionnellement à la population, et

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formerait un fonds séparé appelé : “ Fonds des municipalités du Haut et du Bas-Canada.” Certains droits acquis en vertu de l’Acte de 1840 en faveur des membres du clergé protestant, furent réservés. Ce règlement fut accepté par la Chambre et approuvé par l’opinion publique.

Le bill de la tenure seigneuriale abolissant les lods et ventes, la banalité et autres charges qui pesaient sur le censitaire et grevaient sa propriété, accordait aux seigneurs une indemnité et créait une commission chargée de faire les cadastres et l’estimation de la banalité, des lods et ventes, etc. TJne cour seigneuriale devait être nommée pour décider les points de droit qui guideraient les commissaires dans leur travail.

Le projet de loi, après avoir été habilement discuté par la Chambre, et considérablement amendé par le Conseil législatif, fut définitivement approuvé par le parlement.

Les anciens conservateurs du Haut-Canada, devenus ministériels, votèrent, sans broncher, en faveur de la politique du gouvernement sur cette question comme sur celle des réserves. J ohn- A. Macdonald leur avait déjà appris à savoir oublier et pardonner ; il les avait initiés au secret d’une politique d’expédients où les principes et les opinions doivent se plier au temps et aux circonstances.

Les anciens libéraux, en voj^ant leurs alliés si solides au feu, se félicitèrent de leur alliance avec eux.

M. Dorion et ses amis se firent les avocats des censitaires et réclamèrent avec énergie l’extinction complète et entière de la tenure seigneuriale ; mais la majorité de la Chambre fut convaincue que le ministère était allé aussi loin que la justice et les circonstances le permettaient.

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Le projet de loi ministériel, amendé par le Conseil législatif et interprété plus tard par la cour seigneuriale, n’était pas en effet une mesure radicale, mais il était juste, libéral, pratique ; il délivrait l’agriculture et l’industrie des entraves qui s’opposaient à leur développement, des servitudes qui les étouffaient ; il rendait le cultivateur, le colon maître et seigneur du sol arrosé de ses sueurs.

Cette œuvre de progrès et d’émancipation s’accomplissait sans secousses violentes, sans injustices, au milieu des acclamations unanimes du peuple canadien.

Le commerce lui aussi demandait depuis longtemps la liberté dont il avait besoin pour s’étendre, se développer, et tirer parti des avantages immenses que le Canada possédait. Depuis longtemps il voulait briser les entraves qui l’empêchaient d’écouler les produits de notre sol sur le marché américain, et ce désir alla jusqu’à lui faire souhaiter l’Annexion. Lord Elgin, comme nous l’avons vu, s’était voué en arrivant au pays à cette œuvre difficile et glorieuse. Il avait attaché son nom à l’abolition des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, et surtout à l’établissement définitif du gouvernement responsable dans le pays ; il voulut achever l’œuvre de conciliation, de réforme et de progrès qu’il avait entreprise, en négociant un traité de réciprocité commerciale avec les Etats-Unis.

Ses efforts et ses travaux furent couronnés de succès ; le 5 juin 1854, il signait avec joie, au nom de l’Angleterre, ce traité de réciprocité qui ouvrait le marché des Etats-Unis aux produits naturels et agricoles du Canada et des autres colonies anglaises de l’Amérique du Nord, concédait aux Canadiens le droit de navigation sur le lac Michigan et sur les canaux américains, et

réglait les difficultés suscitées par la question des pêcheries dans le golfe Saint-Laurent.

Lord Elgm crut que sa mission au Canada était finie, qu’il pouvait retourner en Angleterre, jouir chun repos et d’honneurs bien mérités. L’illustre lord pouvait partir, il avait assez fait Pour le progrès et le bonheur du Canada, pour l’honneur et la gloire de l’Angleterre, pour assurer à la Couronne anglaise la loyauté de ses possessions dans l’Amérique du Nord. Beaucoup d hommes, dont la réputation est plus retentissante, n’ont pas fait autant pour leur patrie. Lord Elgin a donné une preuve éclatante de la grandeur des résultats que peuvent obtenir la droiture de l’esprit et la bonté de l’âme unis à une intelligence vive, pratique et cultivée.

Lorsqu’on sut, au parlement comme dans le pays tout entier, que lord Elgin avait donné sa démission, et qu’il devait partir à la fin du mois de décembre, un sentiment profond de regret traversa le cœur du pays. Les Chambres s’ajournèrent, le 18 décembre jusqu’au 23 février suivant, après avoir présenté à lord Elgin une adresse émue à laquelle il répondit avec son éloquence ordinaire, en faisant des vœux sincères pour le bonheur du pays. Le lendemain, 19 décembre, il remettait les rênes de l’administration entre les mains de son successeur, et trois jours après, il partait, laissant sur le sol canadien des traces ineffaçables de son passage. Il partait pour remplir d’autres missions importantes, pour aller en Chine, au Japon, aux Indes, réparer, comme au Canada, les injustices, concilier les esprits et faire accepter, aimer même la politique de l’Angleterre.

Après avoir rempli avec le plus grand succès toutes les mis-

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sions qui lui furent confiées, il fut nommé vice-roi des Indes, où il mourut en 1863.

Quelques semaines après son départ, M. Morin donnait sa démission et devenait juge de la Cour supérieure.

Avec M. Morin, le Canada voyait avec regret disparaître toute une génération, la grande génération des hommes d Etat qui, de 1840 à 1854, a illustré ce pays par leurs vertus, leurs talents, leur patriotisme et leur dévouement, et par une législation pleine de clairvoyance et de sagesse, par des réformes et des œuvres immortelles.

Il ne faut pas, sans doute, dédaigner la génération qui arrive pour prendre la place de ces hommes illustres ; elle est pleine de sève, de talent et d’énergie, mais les temps sont changés, les grandes questions politiques ayant moins d’empire, les esprits dépensent leur activité dans des luttes acharnées souvent injustes et stériles.

L’intérêt du parti l’emporte souvent sur l’amour du principe ; le désintéressement est moins grand, l’ ambition plus ardente ; les caractères ont moins de dignité, la vertu moins d’empire. La politique devient une carrière, un métier, le patronage une puissance ; le vote de l’électeur est moins désintéressé, et celui du député moins indépendant. On commence à faire un usage néfaste de la religion, de l’argent, des emplois publics, de toutes les influences indues pour séduire l’électorat.

Afin de garder le pouvoir ou de le conquérir, pour satisfaire des alliés dangereux, on fera sans scrupule des sacrifices de dignité personnelle ou d’honneur national.

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