‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867Chapitre 22 sur 26 · MOUVEMENT DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DE LA POPULATION

Le recensement de 1844 portait la population du Bas -Canada à 697,000, et celle du Haut-Canada à 432,000.

A l’époque de l’Union, le Bas-Canada, comptait environ 300,- 000 âmes de plus que le Haut-Canada.

En 1851, la population du Bas-Canada était de 890,000, et celle du Haut de 952,000.

Comme on le voit, le Haut-Canada prenait le dessus.

En 1861, la population du Bas-Canada était de 1,111,564, et celle du Haut de 1,396,091.

Le Haut-Canada l’emportait de 284,527. Comment expliquer cette différence alarmante ?

On a dit, dans le temps, que le recensement de 1861 avait été manipulé, de manière à servir la cause et à justifier les prévisions des partisans acharnés de la représentation basée sur le chiffre de la population. M. J.-X. Perrault avait même soulevé la question devant la Chambre et signalé des erreurs qui sautaient aux yeux. Les influences mystérieuses qui avaient fait disparaître de l’acte d’union la clause qui exigeait le vote des deux tiers de la Chambre pour changer la représentation, ont bien pu agir, cette fois encore, discrètement, mais d’une manière efficace. Il est certain aussi que dans le Bas-Canada au lieu de chercher à

gonfler le chiffre de la population, on était fort enclin à l’amoin-

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drir ; mais il faut chercher ailleurs la principale raison de cette anomalie apparente.

C’est à l’immigration européenne que le Haut-Canada doit l’accroissement remarquable de sa population depuis l’Union. Sous le rapport de la nature du sol et du climat, il offrait à l’étranger des avantages et des attraits que le Bas-Canada ne possédait pas.

Non seulement le Bas-Canada ne iecevait aucune force de l’immigration étrangère, mais il ne pouvait même garder sa population native, ses propres enfants. Il n’y a pas de doute que de 1850 à 1870 l’émigration a dû arracher au Bas-Canada plus de 300,000 âmes.

Le calcul est simple, facile.

Le recensement de 1851 portait le chiffre de la population du Bas-Canada à 890,630. Or, comme il a été établi par M. Bameau que l’accroissement des Canadiens-français depuis l’établissement du pays avait été en moyenne de trois à quatre pour cent par an, la population du Bas-Canada aurait dû être en 1871 de 1,400,000 à 1,500,000 âmes; or elle n’était que de 1,191,576. Il y a là un vide hideux, un trou béant qui inquiète avec raison les patriotes canadiens-franais. On a attribué cette funeste émigration à la curiosité, à l’amour des voyages et des aventures. Mais il y a d’autres causes, d'autres raisons plus sérieuses, plus dignes de 1 attention des hommes publics. L’accroissement des ressources du pays n’etait pas proportionnel à l’augmentation de la population; les carrières manquaient; le commerce entre les mains des Anglais et 1 industrie a son enfance offraient peu d’avantages aux Canadiens-français ; la marine et l’armée leur

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étaient fermées ; il ne lenr restait en réalité que le clergé., les professions libérales et l’ agriculture.

Or, quand les vieilles terres ne suffirent plus à leur expansion, quand il leur fallut s’enfoncer dans la forêt, les chemins manquaient, et ils n’avaient pas souvent les moyens d’attendre le résultat de leurs premiers défrichements. Ils partirent pour les Etats-Unis par centaines, par milliers. Il aurait fallu pour les retenir, pour les engager à se livrer aux rudes travaux du colon, la protection la plus efficace, l’aide la plus généreuse. Mais la meilleure partie de nos revenus, de nos ressources, ne nous appartenait pas : elle était employée, comme elle l’est encore maintenant, à ouvrir d’autres pays, de nouveaux territoires à l’immigration européenne.

On verra plus tard que depuis 1871 la population du Bas- Canada a repris sa marche ascendante, malgré l’émigration qui continue de la décimer, et que le tarif protectioniste de 1878, qu’on aurait dû mettre en vigueur immédiatement après l’abolition du traité de réciprocité avec les Etats-Unis, a fait surgir partout des établissements industriels qui donnent du travail à des milliers d’hommes.

On constatera même que l’accroissement de la population de la Confédération n’a pas été jusqu’à présent à la hauteur des espérances des pères du nouveau régime, et que, malgré l’émigration qui a enlevé au Bas-Canada la moitié de sa population, il lui en resterait assez pour tenir tête aux autres provinces, si celles-ci n’avaient pour les soutenir et les alimenter le courant de l’immigration européenne.

Le tableau suivant des recensements de la province de Québec

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depuis l’établissement du pays fournira à plusieurs un sujet d’étude intéressant.

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