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DE L’EMPLOI DE L’IODE EN THÉRAPEUTIQUE, ET SPÉCIALEMENT DU VIN IODÉ

Parmi le peu de médicaments vraiment héroïques dont dispose la médecine, tels que préparafions de quinquina, d’opium, de fer, de mercure, viennent se ranger en première ligne les préparations iodées,

L’iode, dont la découverte est due à Courtois, date de 1811, et son application thérapeutique, faite pour la première fois par le docteur Coindet, de Genève, en 1819, rend chaque jour d’immenses services. MM. les docteurs Lugol et Ricord en ont tiré un parti inespéré dans certaines maladies rebelles, telles que les rhumatismes articulaires, les ulcères cancéreux des jambes, le développement anormal des glandes et des ganglions , qui disparaissent toujours sous l’influence d’un traitement iodé.

Mais à quel état convient-il le mieux de faire absorber l’iode aux malades?

Là est une grave et délicate question que nous avons entrepris de résoudre.

Le plus souvent c’est sous la forme d’iodure de potassium, d’iodure de fer, d’iodures métalliques ou de teinture dMode que l’on applique l’iode, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur.

Dans ce dernier cas, il n’y a certes aucun inconvénient à agir ainsi ; mais, quand on administre les préparations iodées à l’intérieur, il en est tout autrement.

En effet, les solutions d’iodure de potassium ont un goût désagréable : elles affectent la gorge, occasionnent des maux de tète, enlèvent l’appétit et causent des insomnies.

L’iodure de fer est une combinaison instable, répugnante à prendre, et dont les effets sont quelquefois nuisibles, par suite de la mise en liberté de l’iode. Quant à la teinture d’iode, tout le monde sait qu’on ne peut, sans danger, l’administrer à l’intérieur.

Ce sont ces motifs qui nous ont portés à rechercher un moyen facile, pratique, et, de plus, agréable, de faire absorber l’iode aux malades, et qui nous ont conduits à composer le vin de Moride, dont le. Corps médical commence à faire le plus grand cas.

M. Grirpault a démontré qu’il est facile de dissimuler l’iode dans du sirop de raifort.

Le docteur Boinet a préconisé l’emploi de l’iode dans l’alimentation et a conseillé de l’introduire dans la vendange.

D’autres praticiens l’administrent en le mêlant au lait.

Pour nous, nous préférons introduire l’iode dans d’excellent vin de Malaga, en le combinant préalablement à une matière qrganique, ainsi que cela existe, du reste, dans le tissu cellulaire des plantes marines, car, avec Raspail, nous n’admettons pas, comme le prétendent certains auteurs, que l’Iode se trouve dans les algues à l’état d’iodure, soit de potassium, soit de sodium, soit de magnésium, pas plus qu’il ne faut admettre que le carbonate de potasse provenant de la combustion des végétaux se trouve dans leurs tissus sous cet état de combinaison.

Le vin iodé de Moride, tel qu’il est fabriqué, est, sans contredit, la meilleure des préparations iodées connues. Il peut être pris avec avantage et sans inconvénient aucun, par les enfants comme par les adultes; il est d’un fort bon goût, d’une digestion facile, et passe dans le sang avec une rapidité extrême, én remplissant partout sur son passage le rôle bienfaisant d’épurateur, de fortifiant et de régénérateur.

Son dosage régulier, qui est de 1 gramme d’iode pour 1,000 grammes de vin, permet aux médecins d’administrer ce précieux médicament dans les proportions qu’il juge convenable.

Cette quantité de un millième d’iode peut paraître tout d'abord bien minime, elle ne l’est cependant pas, puisqu’elle correspond, par litre, à 12 grammes de teinture d’iode du Codex; et, ce qu’il y a de remarquable, c?est que l’iode, sous la forme de préparation organique, c’està-dire tel que nous le présentons, est assimilé en entier, tandis qu’il n’en est pas ainsi de J’iodure de potassium, dont 9 grammes sur 10 passent dans les urines quelque temps après leur ingestion dans l’économie, sans y avoir produit aucun effet.

M. le docteur Boinet, l’auteur de l’alimentation par l’iode, écrivait, en 1858 :

« L’iode n’est pas seulement un médicament, c’est un aliment indispensable à l’existence; il active toutes les fonctions, la nutrition, et donne la force et la santé.

“ Par l’emploi de cette héroïque substance, nous sommes arrivés à guérir plusieurs ma a les qui, jusque-là, avaient été regardées comme incurables, telles que les abcès par congestion, les hydropisies et toutes celles qui proviennent d’un épuisement général.

« En joignant l’iode à l’alimentation de l’homme, on parviendra à améliorer |a santé des individus, à guérir toutes les maladies dont l’iode est le remède.

« La meilleure forme pour administrer l’iode, et qui est exempte de tout inconvénient, est celle qui nous est présentée par la nature dans les plantes qui en contiennent le plus; employé ainsi à faible dose, d’une manière presque insensible, mais continue, l’iode a des effets très-avantageux et très-remarquables, il ne trouble pas les fonctions digestives, comme il arrive toujours lorsqu’on administre les préparations iodiques que le pharmacien nous prépare. »

Nous avons dû préférer pour la fabrication du vin iodé l’emploi du malaga à celui des vins de toutes autres provenances, qui n’offrent pas la même sécurité de conservation parfaite.

Aussi, l’administration des hospices de Nantes, qui consomme beaucoup de vjn iodé, nous écrivait-elle, il y a quelques années :

« Sur le rapport favorable qui nous a été adressé par MM. les médecins et chirurgiens en chef de l’Hôtel-Dieu, nous avons autorisé l’emploi du vin iodé audit hôpital, Nous acceptons avec reconnaissance l’offre que vous nous avez faite de nous en préparer. »

De son côlé, M. le docteur Rousseau nous écrivait, après avoir expérimenté notre vin ; « Votre vin iodé est, en un mot, une belle et bonne préparation que je ne saurais trop vous engager à faire connaître. »

Le vin iodé de Moride remplace avec avantage l’huile de foie de morue, que les malades prennent avec tant de dégoût ; il en a, en effet, toutes les propriétés sans en avoir les inconvénients, puisqu’il renferme plus d’jode que ce médicament, qu’il est agréable è boire, qu’il produit comme lui rembonppint, tout en excitant l’appétit des malades, que leur enlève au contraire l’huile de foie de morue.

L’effet curatif du vin iodé est constant dans les maladies de langueur, la phthisie, la faiblesse de tempérament, les pertes blanches, l’engorgement des glandes, les maladies des os et les affections de la peau; mais oq son action utile se fait principalement sentir, c’est Chez les jeunes filles qui commencent à se former et dont la poitrine est faible, chez les personnes fatiguées, amaigries, chez lesquelles la menstruation est irrégulière, le sang trèspauvre, le teint pâle, le caractère triste, qui manquent d’appétit et d’activité; enfin, che? les enfants débiles, rachitiques, dont les os ramollis ont peine à se consolider.

ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES

ACADÉMIE DE MÉDECINE

Séance du 3 juin 1879. t— Présidence de M. Ricbst.

CORRESPONDANCE OFFICIELLE

M. le ministre de l’agriculture et du commerce transmet le rapport de M. le médecininspecteur des eaux minérales de Challes (Savoie) pour l’année 1877. — (Com. des eaux minérales.)

La correspondance non officielle comprend un travail manuscrit intitulé : Quelques notes sur la vaccine, vaccinations et revaccinations au 31e régiment d’artillerie (Le Mans), par M. le docteur Géraqd (Louis), médecin aide^major de lr* classe. (Com* de vaccine.)

Du même, un travail intitulé : La fièvre typhoïde dans la garnison du Mans ; recherches étiologiques.

M. Giradd-Teulon présente, au nom de M. le docteur Sichel fils, le premier volume d’un Traité élémentaire (Cophthalmologie, avec planches et figures dans le texte.

M. Gdeneau de Müssy (Noël) présente, au nom de M. le docteur Bassaget, un ouvrage en deux volumes intitulé : Traité d'hématologie dynamique, pour servir de fondement à un système de pathologie vitaliste.

M. Legodest présente, au nom de M. le docteur Faucon, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Lille, un volume intitulé : Leçons de clinique chirurgical».

M. le Président annonce officiellement à l’Académie la nouvelle de la mort de M. Piorry, et prononce à ce sujet une courte allocution justement applaudie.

Sur l’invitation de M. le Président, M. Tilladx donne lecture du discours qu’il a prononcé, an nom de l’Académie, aux obsèques de M, Piorry. Cette lecture est accueillie par de nombreuses et vives marques d’approbation.

M. Legouest lit, au nom de M. le docteur Pingaud, agrégé libre du Val-de-Gràce, médecin en chef de l’hôpital militaire de Sétif (Algérie), un travail relatif à des expériences de horsè pox faites avec le concours de MM. Viseux et Thomas, vétérinaires en premier de l’armée. '

M. Pingaud dit qu’il donnera plus tard le détail de ces expériences. Il se borne pour nns tant à résumer, en quelques mots, les conclusions principales qu’on peut en tirer :

« L’inoculation du horse-pox à l’homme est sans danger, si l’on prend soin de recueillir le liquide séreux et transparent que renferment les vésicules perlées de la bouche du cheval. Elle donne des résultats bien supérieurs à ceux qu’on obtient par les moyens ordinaires.

Le succès de l’inoculation exige des précautions particulières indiquées par la configuration et le siège anatomique des boutons de horse-pox.

L’auleur pense que l’on peut inoculer le virus équin sans crainte de transmettre la morve alors qu’il n’existe pas depuis longtemps un seul cas de morve dans la localité; alors que lé horse-pox se développe à l’état épidémique sur les chevaux jeunes, bien nourris et bien portants, ainsi que cela est arrivé, en 1877, à Sétif, alors que l’éruption buccale, qui fait rarement défaut, se présente avec des caractères anatomiques qui ne sauraient laisser subsister le moindre doute sur leur nature, — laquelle, du reste, peut être soumise au critérium préalable de l’inoculation à la génisse. — On sera, dans de semblables conjonctures, suivant l’auteur, autorisé à faire bénéficier l’homme de l’action d’un agent préservateur de la variole bien autrement puissant et sûr que l’est le vaccin cultivé sur la vache ou sur l’enfant. #

M. Làgneàu, au nom d’une commission dont il fait partie avec MM. Fauvel , Bergeron, Broca et Delpech, lit un rapport sur la coopération des médecins traitants a la détermination des causes de décès. Ce rapport a été provoqué par une lettre de M. le sénateur Hérold, préfet de la Seine, demandant l’avis de l’Académie sur cette importante question qui a fait l’objet des délibérations du Conseil municipal de Paris.

M. le rapporteur propose, au nom de la commission, d’écrire à M. le préfet que l’Académie approuve pleinement l’intention qu’aurait le Conseil municipal de Paris et l’administration préfectorale de demander aux médecins traitants leur coopération dans la détermination dés causes de décès; mais elle pense que cette coopération ne doit être obtenue qu’en se conformant aux conditions suivantes :

1° Il n’est introduit aucune modification dans le service des médecins de l’état civil.

2* Dans chaque mairie, un employé tient un registre à souche, sur lequel sont transcrits les certificats de décès rédigés par les médecins de l’état civil. Une feuille portant les mêmes indications et le même numéro d’ordre que la souche de ce livre est détachée et portée pal* un employé de la mairie au domicile du médecin traitant. Celui-ci est invité à y inscrire l’indication de la maladie qui a déterminé la mort de son client. Lorsqu’il le juge nécessaire, il peut supprimer les nom et prénoms du décédé, écrits sur une partie de celte feuille, qui, limitée par une ligne ponctuée à jour, peut être facilement séparée.

3° Ce bulletin, placé sous pli cacheté, est rapporté par l’employé à la mairie et dirigé, delà, sur le bureau de statistique médicale.

U° La statistique des causes de décès est faite à l’Hôtel de Ville par des médecins.

5° Le bulletin hebdomadaire de la statistique des causes de décès est gratuitement expédié à tous les médecins de la ville. »

Le rapport très-important de M. Lagneau sera imprimé et distribué, et la discussion commencera dans la prochaine séance.

M. Moutard-Martin est appelé à la tribune pour la continuation de la discussion sur la pleurésie multiloculaire.

L’orateur déclare qu’il partage la plupart des opinions émises par MM. Maurice Raynaud et Woillez sur la communication de M. Jaccoud. Il croit, en outre, que M. Jaccoud accorde une valeur trop considérable au signe des vibrations thoraciques dans le diagnostic de la pleurésie multiloculaire, car il a eu occasion d’observer ce symptôme, après la ponction, sur le côté qui avait subi, par le fait de celle-ci, un retrait plus ou moins marqué.

M. Moutard- Martin cite un certain nombre de cas dans lesquels il a pu diagnostiquer une pleurésie cloisonnée, dont la partie la plus considérable de l’épanchement faisait saillie à la partie antérieure de la poitrine; il a réussi dans plusieurs de ces cas, dont un avec épanchement purulent, à obtenir, par la thoracenlèse, la guérison complète des maladies; ce qui prouve l’exagération de l’assertion de M. Jaccoud, en vertu de laquelle il ne faudrait pas tou- C T h p*eurés*e multiloculaire, sous peine de mort pour les malades.

«snnnpl jSe* suivant l’orateur, est exactement applicable dans les cas de pleurésie cloi-

me dans les cas de pleurésie ordinaire, à la condition toutefois que ces pleurésies

cloisonnées ne soient pas des cas de récidives indiquant le plus généralement que la maladie est sous la dépendance d’une diathèse tuberculeuse.

— La séance est levée à cinq heures.

FORMULAIRE

Injection sous-cutanée d’alcool contre les varices. — Englisch.

On fait un mélange, à parties égales d’alcool et d’eau, et à l’aide d’une seringue à injection hypodermique ordinaire, on injecte 15 à 20 gouttes de ce liquide dans le tissu cellulaire sous-jacent à la varice, en ayant soin de soulever cette dernière, au moyen d’un pli fait à la peau. Un léger gonflement se produit à la suite de l’injection, la peau rougit, et trois jours plus lard, on remarque une induration plus ou moins accusée. La veine diminue graduellement de volume, et finit par être dure comme une corde. S’il se produit une légère suppuration au point injecté, la veine variqueuse reste en dehors du foyer. — Une seule injection suffit dans certains cas pour guérir la varice; mais il faut habituellement répéter plusieurs fois l’opération, qui, du reste, est très-peu douloureuse. La durée du traitement varie avec le nombre des veines qu’il s’agit d’oblitérer. — N. G.

Ephéméridcs medicales. — 5 Juin 1775.

De Courcelles, bachelier de la Faculté de médecine de Paris, premier médecin du département de Brest, membre de l’Académie royale de la marine, professeur d’anatomie et de chirurgie, meurt à Brest, d’une fièvre putride, âgé de 70 ans. — A. Ch.

COURRIER

Faculté de médecine de Nancy. — Par décision du 24 mai 1879, M. le ministre de l’instruction publique a demandé des présentations pour la chaire d’accouchements et de maladies des enfants, vacante à la Faculté de médecine de Nancy.

— Par une autre décision du 24 mai 1879, M. le ministre de l’instruction publique a demandé des présentations pour la chaire de physique médicale et d’hygiène, vacante à la Faculté de médecine de Nancy.

— La Société d’acclimatation, fondée le 10 février 1854 et reconnue d’utilité publique par décret du 26 février 1855, a tenu hier, à deux heures de l’après-midi, au théâtre du Vaudeville, sa vingt-deuxième séance publique annuelle, en présence d’une foule nombreuse.

La cérémonie était présidée par M. de Quatrefages, membre de l’Académie des sciences, qui a ouvert la séance par un discours qui a été très- applaudi.

M. Paul Lévy a fait ensuite une intéressante conférence sur le naturaliste en voyage (scènes et épisodes).

La séance a été terminée par la proclamation des noms des lauréats.

— La Société protectrice des animaux a tenu, hier mardi, sa 27* séance annuelle au Châtelet, sous la présidence du baron Larrey. La salle était éclairée à la lumière électrique.

A une heure, salle comble.

Ont pris place au bureau : le baron Larrey, président; le secrétaire général Millet; les maires des 1“ et 7* arrondissements; le secrétaire de l’ambassade chinoise; MM. de Salverte, LeSergeant deMoncove, Richard (du Cantal), marquis de Ginestou, Martin, Sue, Lansquet, etc.

Après une allocution applaudie du baron Larrey, qui a rendu un juste hommage à la mémoire du regretté président M. Valette, la réunion a entendu un discours de M. Millet, secrétaire général, faisant l’historique de la campagne qui vient de s’écouler.

La situation est très-prospère. Le nombre des adhérents est de 4,304, dont 2,435 pour le seul département de la Seine.

On a ensuite procédé à la distribution des récompenses : 660 lauréats : i2 médailles d’or, — 11 de vermeil, — 94 d’argent, — 190 de bronze, — 195 mentions honorables, — primes en argent, — livrets de caisse d’épargne.

Le public a ensuite applaudi les artistes qui s’étaient chargés de la partie littéraire et musicale.

Des adhérents nouveaux se sont fait inscrire séance tenante.

On sepîtrê à cinq hêurèsj èû Constatant que Cette fêté avait été des mieux organisées.

Mission scientifique. — La mission scientifique aux lies Canaries, de M. Verneau préparateur au Muséum d’histoire naturelle, a donné les résultats les plus satisfaisants. ’

Ce voyageur a rapporté de son exploration dans ces localités de nombreuses et très-imp0N tantes collections, dont plusieurs sont venues combler des lacunes dans les galeries publique Ces collections proviennent en grande partie des îles Grande-Canarie, Gotnère, Palma et Hierro qui, surtout au point de vue anthropologique, étaient encore peu représentées au Muséum.

Elles se composent :

1° De 235 crânes humains, de Zil bassins, de plusieurs mâchoires inférieures de chevaux anciens et modernes.

Ces têtes ossetises, ces ossements sont du plus haut intérêt scientifique, Ils rattachen Une partie des populations canariennes actuelles à la race humaine fossile de Cro Magnon, découverte dans notre Périgord, tandis qu’une autre partie de ces mêmes populations présente d’étroits rapports avec les races sémitiques.

2° D’une grande quantité de vases, d’armes, d’instruments, etc., présentant un véritable intérêt pour le musée ethnographique récemment créé par le ministre de l’instruction publique.

3° Enfin , de 18 oiseaux , d’une boîte de lézards, de h boîtes d’insectes (coléoptères, lépidoptères, hémiptères, etc.), de 6 boîtes de mollusques, coquilles terrestres, annélides* d’un panier de fossiles, d’une importante série d’échantillons de minéraux et de 50 espèces de graines.

L’opium et les classes ouvrières en Angleterre. — On a dernièrement annoncé, d’après des documents trop certains, que pendant ces deux dernières années la consommation de l’opium par les classes ouvrières en Angleterre a considérablement augmenté, et l’on a voulu expliquer ce fait par lès restrictions que la clôture des débits publics apporte à la vente des boissons spiritueuses,

On ne peut guère douter de l’accroissement de la vente des drogues narcotiques, mais que l’explication proposée soit exacte, rien n’est moins que certain. C’est plutôt au renchérissement des denrées qu’à des prohibitions de vente des spiritueux qu’il faut l’attribuer.

L’opium est moins cher que l’alfcool 5 la dosé que l’on obtient pour 20 centimes a Une action plus énergique qüe 60 centimes d’üne liqueur alcoolique, et quand on commence à en faire usage, il ne produit pas des effets COhsécutifs aussi fâcheux que l’intoxication par l’alcool.

Il est triste d’apprendre que la vente de l’opium se répand dans les classe inférieures, et si ce mal se développe avec la rapidité constatée par des rapports qui doivent être exacts, au moins dans leur ensemble, il faut espérer, dit le journal médical anglais The Lancet , qu’on apportera des restrictions â la Vente de cette substance, qui causerait un Véritable désastre national si l’uSage s’en répandait dans les classes ouvrières.

Une curieuse Caravane. — Le Petit Marseillais annonce la prochaine arrivée à Marseille d’une caravane venant du fond de la Nubie et destinée au Jardin d’acclimatation de Paris, Où elle séjournera pendant quelques mois. Avant son départ pour la capitale, elle se reposera une quinzaine de jours au Jardin zoologique. C’est en traversant des peuplades ennemies, au milieu de mille dangers, que cette caravane, qui a heureusement échappé au massacre, nous arrive. Voici sa composition : 15 hommes, h femmes, 2 enfants, 12 chameaux, lx bœufs, 2 zèbres, U éléphants, 8 autruches, des ânes, des chevaüx d’Abyssinie et de Dongolà, ainsi que plusieurs autres animaux appartenant à cetle contrée très-peu Connue.

VaCcin aHons et RèvacCinàtions ( leur utilité actuelle). — Tel est le titre de la conférence que M. le docteur de Pietra Santa fera comme délégué de la Société française d’hygiène, dans la salle du boulevard des Capucines, n° 39, le jeudi 5 juin, à 8 heures dù soir.

Hôpital du Midi. — M. le docteur Horteloup, chirurgien de l’hôpital du Midi, commencera des conférences cliniques le dimanche 8 juin, à 9 heures du matin, et les continuera les dimanches suivants, à la même heure.

Erratum. — A l’article Laënnec du dernier numéro, restituer à M. le docteur Le Diberder l’honneur d’avoir provoqué la souscription pour la statue de Laënnec, attribué par erreur à M. Lediberdin.

Le gérant , RicheloT.

Pari*. — Typographie Fbmx Maxteste rt i>, iue des Deux -Pirles-Saint-Sauveur, 22.

L’UNION MÉDICALE Samedi 7 Juin 1879

GASTRO-STOMIE

CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA GASTRO-STOMIE : DES CAUSES DE SUCCÈS ET D’INSUCCÈS A LA SUITE DE CETTE OPÉRATION (‘) ;

Par le docteur L.-H. Petit, sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine.

M. Langton, chirurgien de l’hôpital Barthélemy de Londres, a pratiqué tout récemment la gastro-stomie chez un cancéreux. Le malade se releva un peu après l’introduction des aliments par la bouche stomacale, mais il s’affaiblit ensuite progressivement et mourut douze jours après l’opération.

À l’autopsie, on trouva un cancer des ganglions du médiastin comprimant l’oesophage, des noyaux secondaires dans les poumons, et aucune trace d’adhérence entre les séreuses juxtaposées au siège de l’opération. C’est assez dire que le processus réparateur avait fait complètement défaut.

Cancer de l’œsophage. — Gaslro-stomie. — Mort au douzième jour sans péritonite. *■%

Noyaux secondaires dans les poumons et dans les ganglions du médiastin. (Dr Langton,

The Erit. med. Journ., 1" el 15 mars 1879, p. 310 et 395.)

Un homme de 55 ans, cachectique, émacié, vint à la consultation de l’hôpital Saint-Barthélemy dans les premiers jours de janvier 1879. M. Langton découvrit une obstruction dense immédiatement en arrière du cartilage cricoïde, et une sonde introduite dans le pharynx revint teinte de sang. Il y avait une dysphagie très-grande, mais le malade pouvait encore avaler assez facilement les liquides.

Le 6 février, son état s’était fort aggravé; il ne pouvait avaler les liquides qu’avec la plus grande difficulté, el lorsque, après de douloureux efforts, il était parvenu à déglutir un peu de thé de bœuf, il le rendait aussitôt. Ceci indiquait qu’il existait probablement une dilatation au-dessus du siège du rétrécissement. On pouvait sentir, à droite du cartilage cricoïde, une induration qui repoussait en dehors le muscle sterno-mastoïdien. Le patient maigrissait rapidement et éprouvait cette douleur constante à l’épigastre qui a été observée dans les cas d’inanition prolongée.

Dans une consultation qui eut lieu entre les chirurgiens de l’hôpital, la majorité se prononça pour la gastro-stomie immédiate, les autres demandant qu’on ne la pratiquât que lorsque l’alimentation par la sonde œsophagienne deviendrait impossible.

(1) Suite. — Voir les numéros des 19, 24 avril, Ie', 6 et 27 mai.

FEUILLETON

CAUSERIES

Pourquoi ne l’avouerais-je pas? J’éprouve un certain embarras pour parler de M. Piorry. Les orateurs officiels qui, au nom de la Faculté et au nom de l’Académie de médecine, ont prononcé des discours aux obsèques de ce maître, ont été libres de prendre les tangentes en n’exposant de cette figure que le côté brillant et prêtant à l’éloge. Le chroniqueur, hélas ! n’a pas ce privilège. S’il veut être lu, s’il veut être accepté, s’il tient à inspirer confiance, il doit nécessairement refléter une moyenne d’opinion qui ne soit ni l’éloge exagéré, ni la critique malveillante. Juste milieu fort difficile à tenir, dont ne se rendent bien compte que les journalistes exercés, et auxquels on ne rend pas toujours suffisante justice. Il est vrai que l’on peut dire au chroniqueur : Mais pourquoi vous donner cet embarras? Et qui vous oblige à écrire? — Le devoir, répondrai-je. On est journaliste ou on ne l’est pas, et, quand un homme comme M. Piorry disparaît de ce monde, ce serait manquer à toutes les obligations, à toutes les convenances du publiciste, de le laisser ainsi s’éteindre sans appréciation aucune.

Il y avait, en effet, deux hommes en M. Piorry, et jamais Yhomo duplex ne trouva une plus exacte application. Il y avait le laborieux et sagace observateur, l’amant passionné de la science, dont souvent il pressentait et indiquait le progrès, comme dans le livre, trèsremarquable pour l’époque, qu’il publia avec le concours de M. Lhéritier, sur les maladies du sang, et, cela bien avant les travaux d’Andral et Gavarret sur l’hématologie. Il y avait le mohographe patient et judicieux qui a laissé les beaux mémoires sur l’asphyxié par l’écume Tome XXVII. — Troisième série. 84

En conséquence, la gastro-stomie fut pratiquée le 10 février.

Incision verticale d’environ 2 pouces de long à travers la paroi abdominale, correspondant au segment de la ligne semi-lunaire gauche qui se trouvait juste au-dessus de l’estomac. Cet organe fut fixé aux bords de la plaie par des sutures métalliques; celles du côté droit passèrent à travers les fibres du muscle grand droit. M. Langton pensait qu’il y aurait moins d’inversion du pouitour de la plaie que s’il n’avait pas saisi de tissu musculaire dans la sutured’autre part, il ne craignait pas que la Iransfîxion du muscle produisît d’accidents. L’opération fut faite sous le nuage de vapeur phéniquée.

Le malade fui alimenté avec des lavements d’essence de bœuf, de brandy, etc., jusqu’au 19 février, où M. Langton ouvrit l’estomac et introduisit un tube en caoutchouc, par lequel il s’échappa immédiatement de la bile verdâtre. La température du patient, qui était de 34» 4 avant l’opération, monta le soir à 35°, 5.

Le lendemain, l’estomac garda la plus grande partie des aliments introduits dans le tube, sous la surveillance de l’interne, M. Bruce Clarke. Quoique très-émacié, l’opéré parut un peu mieux après l’opération, mais il s’affaiblit graduellement de plus en plus, et mourut le 22 février, à trois heures du matin.

Autopsie. — L’affection primitive était un cancer de la portion thoracique de l’œsophage, avec propagation aux ganglions voisins.

Il y avait des noyaux secondaires dans les poumons et une légère constriction de l’œsophage près de l’estomac. Cet organe n’adhérait à la plaie pariétale que dans une partie de son pourtour. Du côté droit de la plaie, la lymphe plastique avait uni solidement les deux feuillets du péritoine; mais, à gauche, la réunion était incomplète, et les deux surfaces n’étaient guère maintenues en contact que par les sutures d’argent.

Enfin, la dernière observation publiée est celle de M. Mac Carthy, chirurgien du London Hospilal :

Cancer de C œsophage ; gastro-stomie ; mort au cinquième jour ; noyaux cancéreux dans les

poumons, l'estomac et les ganglions mésentériques. (Mac Carthy, the Lancet, 5 avril 1879,

page 475.)

Homme de 61 ans, d’apparence robuste, entré dans le service de M. Mac Carthy, à London Hospital, dans les premiers jours de janvier 1879. Il avait toujours joui d’une bonne santé jusqu’au mois d’aoul dernier, où il commença à éprouver de la dysphagie. Celle-ci augmenta progressivement, les forces diminuèrent, et le malade entra â l’hôpital. Il n’avait jamais éprouvé de douleur et les matières vomies ne renfermaient pas de sang.

Le rétrécissement siégeait à environ 13 pouces de l’orifice buccal, et laissait encore passer une bougie n° 5. Un peu de sang fut. rendu après l’introduction des bougies, bien qu’elle eût

bronchique, sur la mort par inanition, et d’autres travaux très-remarquables qui seront toujours lus avec profit, ainsi que les nombreux et savants articles qu’il a insérés dans le Dictionnaire des sciences médicales, et dont l’article Physiologie, entre autres, a été déjà signalé dans ce journal comme le plus vaste et le plus complet programme qui ait été donné à celte science. Il y avait enfin le propagateur zélé-de la percussion médiate, qu’Auenbrugger avait découverte, que M. Piorry a popularisée.

Pourquoi M. Piorry ne s’est-il pas tenu à ce beau côté de sa nature? Mais il a voulu être dogmatiste, et il s’est jeté dans une organopathie singulière, exagération bizarre de l’organicisme de l’école de Paris, dont il se prétendait, non sans raison, le seul adepte conséquent et logique.

M. Piorry a voulu aussi être un réformateur du langage médical, et il a produit celle nomenclature hybride pour l’adoption de laquelle il a vainement usé des forces précieuses.

Son ardeur pour la plessimétrie l’a souvent égaré hors des limites du vrai et de l’application pratique.

Ajoutons enfin, pour achever de peindre ce côté peu agréable de la figure du modèle, que son caractère impérieux, que la complaisance qu’il apportait à faire son éloge, à vanter ses œuvres, à célébrer ses succès, ont éloigné de lui grand nombre de confrères, ce qui fait que M. Piorry n’est jamais arrivé à une très-grande consultation.

On peut donc dire de Piorry que la moitié de sa personne a singulièrement nui à l’autre moitié. Tant il est vrai que la plupart des hommes n’ont pas de plus grands ennemis qu’euxmêmes.

Quand se sera éteint le souvenir de quelques excentricités de caractère dont nous avons été les témoins, et dont peut-être nous avons eu la cruauté de rire, le nom de Piorry restera,

été faite avec une grande douceur. Le 20 décembre, le malade pesait 50 kilog. ; le 6 janvier, son poids était tombé à M kilog. ; c’était un homme naturellement maigre, dont le poids, en état de santé, devait être de 60 à 65 kilog.

Le 6 janvier, le rétrécissement devint complètement imperméable même aux plus fines bougies, la dysphagie était à peu près absolue; l’amaigrissement et la perle des forces augmentèrent progressivement, et la mort par inanition était imminente.

L’examen de la poitrine, fait avec soin, fut entièrement négatif, et l’état général du malade ne paraissant pas contre-indiquer l’opération de la gastro-stomie, on la proposa au malade, qui l’accepta.

Celle-ci fut pratiquée le 8 janvier par M. Mac Carthy. On avait préalablement administré des lavements nutritifs concentrés au patient; on le chloroforma et l’opération fut exécutée avec les précautions antiseptiques. Incision d’un pouce un quart de long, parallèle au rebord costal gauche et à un travers de doigt de cette ligne, et se terminant au niveau des neuvièmes cartilages costaux. Le péritoine ayant été soigneusement ouvert, l’opérateur introduisit le doigt dans la plaie et chercha l’estomac. On eut assez de peine à le reconnaître, parce que, d’une part, le rebord costal était très-évasé, la paroi abdominale éloignée des viscères et la plaie très-petite, et que, de l’autre, l’estomac était vide, contracté et appliqué contre le rachis. Le long de la petite courbure et derrière cet organe, le doigt de l’opérateur rencontra des masses indurées qu’on pensa être de mauvaise nature.

Une partie de l’estomac fut alors attirée dans la plaie où elle fut maintenue par une pince à mors fenêtrés, pendant qu’on la fixait aux bords de l’incision par des sutures en soie phéniquée. Pour plus de sûreté, une double suture fut passée à travers la paroi de l’estomac et attachée de chaque côté aux bords de la plaie; les deux bouts du fil furent liés sur un tampon de charpie phéniquée placé en travers de la plaie. U n’y eut pas d’hémorrhagie. On termina par un pansement antiseptique sec.

Après l’opération, la température était à 35°2 et le pouls à 72. M. Mac Carthy pensa que cet abaissement de température était probablement causé par la longue exposition du corps à l’action réfrigérante de la pulvérisation phéniquée.

L’opération avait été pratiquée à deux heures de l’après-midi; à huit heures du soir, la température était à 37°A Nuit bonne.

9 janvier. Malade en bon état. Température 36°8. Alimentation par des lavements nutritifs. La plaie est fort rétractée. L’estomac s’est tellement reporté dans l’abdomen que les bords de la plaie se sont renversés en dedans, et que son orifice n’est plus qu’une simple fente k bords parallèles et cutanés. Au moyen de la suture solide mentionnée plus haut, M. Mac Carthy ramena facilement l’estomac en avant, et, pour prévenir tout déplacement ultérieur, on traversa le viscère et les bords de la plaie par trois épingles à bec-de-lièvre. L’estomac fut alors ouvert et assujetti aux lèvres de l’incision cutanée par des points de suture. Il y eut une hémorrhagie assez notable qu’on arrêta au moyen de la glace. Le pansement antiseptique ne

auprès des générations qui vont nous succéder, entouré d’estime et de respect. On peut assurer même que sa mémoire vivra plus longtemps que celle de quelques-uns de ses contemporains qui ont fait meilleure figure que lui dans la clientèle, mais dont les travaux n’ont pas la valeur de ceux de M. Piorry.

Les obsèques du professeur Pierre-Adolphe Piorry ont eu lieu, samedi 31 mai, à Saint- Philippe-du-lîoule. Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Bouillaud, Béclard, baron Larrey et G. Sée.

Dans la nombreuse assistance qui remplissait l’église, on a remarqué MM. les docteurs Poggiale, Richet, Polain, Tillaux, le lieutenant-colonel Moulin et beaucoup de notabilités de la science et du monde.

Au cimetière Montmartre, où le corps a été inhumé, un discours a été prononcé par M. le docteur Potain, au nom de la Faculté de médecine, glorifiant les grands travaux du maître.

Un autre discours a été lu par M. Tillaux, délégué de l’Académie nationale de médecine, retraçant les diverses phases de cette longue vie si pleine de lutte et de vigoureux efforts.

Après les discours officiels est venu l’adieu du disciple et de l’ami, M. le docteur Antoine Gros, qui s’est exprimé ainsi :

« Cher et vaillant maître,

« Au nom de vos disciples aimés, au nom du Collège libre de médecine de Paris, dont vous avez accepté il y a deux ans déjà la présidence, nous venons vous apporter un dernier adieu. Nous venons prendre devant cette fosse ouverte l’engagement solennel de défendre votre œuvre immortelle, et, dans la mesure de nos forces, de la continuer.

« Adieu, cher maître, adieu ! »

fut pas répété. On fit une injection hypodermique de morphine, et on prescrivit d’ajouter à chaque lavement 3 grammes de sucre de raisin. Dans l’après-midi, douleur dans l’hypochondre gauche, sensible seulement lorsque le malade tousse ou parle. Temp. du soir, 37,6. Nuit bonne.

10 janvier. Temp. 37“1. Le malade se plaint surtout de sentir le goût du sucre de raisin dans la bouche, ce qui rend la salive visqueuse et désagréable. La douleur de la région hypocondriaque est plus vive. Lavements toutes les quatre heures ; ils sont bien retenus. Le malade n’a pas la sensation de la faim ; il suce constamment de la glace. Injection hypodermique; les bords de l’incision de l’estomac sont réunis par du mucus; on enlève une des épingles, et on passe un plumasseau de charpie entre les lèvres de l’orifice. Température du soir, 37 °2 ; selle naturelle pendant la nuit.

11 janvier. Le patient est un peu plus faible, température 36°8. La toux cause de la douleur dans les deux côtés de la poitrine ; on répète l’injection hypodermique. On cesse le sucre de raisin. La plaie a bon aspect. Vers le soir, le patient devient plus faible, la face congestionnée; le pouls petit, à lhk; la température à 37“8. On porte à une once la quantité d’eaude-vie de chaque lavement. Nuit bonne.

12 janvier. Le malade est plus faible que la veille. Température, 38°1. A onze heures, M. Mac Garthy introduit dans l’estomac une sonde n° 10 en gomme élastique, munie à son extrémité d’un spéculum auris en guise d’entonnoir. On put ainsi introduire dans l’estomac une petite quantité d’un mélange composé de deux cuillerées à bouche d’eau-de-vie et d’une demi-once de lait et d’œufs. Le patient se sentit alors mal au cœur, et la nourriture fut rejetée par l’orifice aussitôt que la sonde fut retirée. On recommença cependant, et en laissant le cathéter en place deux minutes la nourriture put être conservée. On donna de la même manière deux cuillerées à bouche du mélange toutes les trois heures.

Le malade resta bien pendant le jour, mais il alla plus mal vers le soir et mourut presque subitement à neuf heures. La dernière température prise était 37°é. La survie, dans ce cas, fut de quatre jours et sept heures*

Autopsie . — Corps très-émacié, mais pas entièrement dépourvu de graisse. L’œsophage était presque complètement obstrué à son extrémité inférieure par une tumeur maligne qui avait envahi le canal dans une étendue de 2 pouces 1/2. Les. ganglions du raédiaslin étaient aussi envahis et on trouva des noyaux de carcinome dans les deux poumons. Ces noyaux étaient en connexion avec les bronches et avaient atteint les parties les plus profondes du poumon en s’étendant le long de leur trajet. D’ailleurs. on aurait cru que le mal s’était étendu de l’œsophage aux poumons par continuité directe de tissu.

Au niveau des noyaux les plus superficiels dans les poumons, il y avait des plaques de pleurésie récente. Pleurésie à la base, des deux côtés. L’estomac était uniformément adhérent au lieu de l’incision; vu le peu de temps pendant lequel le malade avait survécu, celte adhé-

Repose en paix, bon Piorry! car tu fus bon, oublieux des injures, facile au pardon envers tes plus acharnés ennemis. Et y avait tant de naïveté, tant de bonne foi, une telle conviction dans tes excentricités, dans l’explosion de tes vaniteuses boutades, que les confrères tolérants et philosophes étaient plus portés à sourire qu’à blâmer. Piorry a traversé la vie avec celte pensée heureuse et bienfaisante qu’il était le premier médecin, le seul médecin de son siècle, le plus fort déclamateur de son époque, et le plus célèbre poète de son âge. Deux mois avant sa mort, il faisait imprimer une Nouvelle Marseillaise, dont j’ai là un exemplaire sous les yeux, mais dont je ne publierai pas une seule strophe, par respect pour la mémoire de ce trèsméritant maître dont les sérieux travaux passeront à la postérité.

Notre Faculté de médecine commencerait-elle à voir que le concours pour la nomination de ses professeurs la libérerait, sinon eu totalité, au moins en grande partie, des obsessions auxquelles elle est en proie ? Si j’en jugeais par les encouragements que j’ai reçus de plusieurs de ses membres de continuer la campagne ouverte en faveur du rétablissement du concours, je pourrais espérer qu’un véritable revirement d’opinion a lieu dans ce moment parmi les professeurs. Une première victoire à obtenir, serait l’abolition de la permutation des chaires, car tant que cette permutation sera libre, on aurait beau rétablir le concours , il sera paralysé par elle.

- .l^1Cm la centralisation, à Paris, des concours pour l’agrégation dans les Facultés an dirpHonr *eviendrait-elle sur l’eau? On pourrait le supposer en lisant une lettre adressée e a Revue scientifique par M. le professeur Lépine, de la Faculté de Lyon. On

rence était remarquablement solide. Pag de trace de péritonite. La petite courbure était infiltrée de cancer, et les ganglions rétro-péritonéaux étaient également altérés. Entre les tumeurs de l’œsophage et de l’estomac il y avait une portion de tissu sain. Les autres organes étaient sains.

Dans les remarques qu’il fit à ce sujet, M. Mac Carthy émit l’idée que la pleurésie peut jusqu’à un certain point avoir été causée par la pulvérisation phéniquée, vu que le malade n’avait pas de pleurésie avant l’opération. Mais comme la pleurésie siégeait surtout au niveau des noyaux cancéreux du poumon, nous croyons bien plutôt que l’opération a donné un coup de fouet à la généralisation préexistante, et que celle-ci, très-avancée déjà, a rapidement enlevé le malade.

En résumé, il ressort de ce qui précède que, dans les 15 cas de la seconde série, la mort n’est survenue que chez les sujets atteints d’altérations profondes des organes essentiels à la vie et caractérisées dans un cas par une dépression intense du système nerveux (obs. de M. Le Dentu), et dans les 6 autres par des lésions viscérales dues à la généralisation du cancer (obs. de Callender,' Courvoisier, Riesel, troisième cas de Trendelenburg, Langton et Mae Carthy). Dans tous les autres cas, soit de rétrécissement cicatriciel (5 cas : Verneuil, premier et deuxième de Trendelenburg, Bradley, Langenbeck), soit de rétrécissement cancéreux sans généralisation dans les viscères (3 cas ; Lanelongue, Schônborn, Studsgaard), la gastro- stomie a été suivie de guérison.

Ces résultats sont asssez frappants pour qu’on puisse se dispenser de tout commentaire sur leur portée. Comme ceux qui ont été signalés pour les opérés de la première série, ils montrent que les lésions viscérales antérieures à l’opération ont joué unrôlé considérable sur l’insuccès survenu dans un bref délai (1).

Examinons maintenant l’influence du procédé opératoire sur les résultats obtenus.

{La suite dans un 'prochain numéro.)

(1) Une faute de copie m’a fait dire que le troisième opéré de M. Sydney Jones était mort d’une affection pulmonaire due à la perforation de la trachée par le cancer œsophagien (numéro du 19 avril, p. 827). Ce malade est mort, en effet, d’une bronchite, mais le cancer n’avait pas perforé la trachée, et la bronchite paraît être restée indépendante de la lésion de l’œsophage.

a mis au dossier de M. deCumont, qui n’a fait que passer au ministère de l’instruction publique, et dont on peut dire, sans le blesser, qu’il était peu compétent sur les questions de renseignement médical, on lui a, dis-je, imputé cette mesure. Mes renseignements, que je crois exacts, me permettent de penser que M. de Cumont n’a eu d’autre tort, — si tort il y a eu, — que de signer ou de faire signer un décret qui lui fut présenté tout rédigé, et avec exposé des motifs, par l’inspecteur général des Facultés et Écoles de médecine, M. le professeur Chauffard. Cela soit dit sans aucune intention de critique ou de blâme contre une mesure sur laquelle nous n’avons ici exprimé aucune opinion. Et cela, par cette excellente raison que, au commencement, nous attendions le résultat de l’expérience, et qu’aujourd’hui, malgré l’expérience de plusieurs concours, nous ne voyons pas encore bien clair dans la question, et que nous ne nous sentons pas aussi éclairés que quelques-uns de nos honorables confrères de la Presse pour nous permettre d’agir sur l’esprit de nos lecteurs.

De mon abstention, je ne donnerai qu’un motif. La question de l’agrégation est, pour nous, une question complexe qui se rattache intimement à la question du mode de nomination des professeurs. Tant que cette dernière question ne sera pas définitivement résolue, celle de l’agrégation ne paraît pas urgente. Admettons, en effet, que le concours sorte vainqueur, comme mode de nomination des professeurs; ce mode donnant librement à tous les médecins e droit d’entrer en lice, la question de l’agrégation perd de son importance et de son opportunité. Est-il décrété que les agrégés seuls pourront être candidats aux chaires magistrales? Vous voyez alors quelle importance prend la question de l’agrégation, et quelles épreuves il conviendra d’exiger de ceux qui se présenteront à cette compétition. Nouvelle preuve de ce que je m’efforce de faire prévaloir, que, dans cette grave et difficile affaire de l’organisation médicale, tout se tient, tout s’enchaîne, tout se feutre, et qu’il est impossible d’isoler tel ou tel point de l’ensemble de la conception.

BIBLIOTHÈQUE

DES CARIES DENTAIRES COMPLIQUÉES considérées principalement au point de vue de leur traitemenl, par le docteur Ludger Crüet, ancien interne des hôpitaux de Paris , etc. In-8C de 121 pages. Chez J.-B. Baillière et fils ; 1879.

Dans sa thèse inaugurale, le docteur Cruet étudie les caries dentaires compliquées, en les considérant principalement au point de vue de leur traitement, c’est-à-dire qu’il se place nettement sur le terrain de la pratique et des résultats; cela ne veut pas dire sur le terrain de l’empirisme, car l’auteur le repousse pour s’appuyer uniquement (ce qui n’avait guère été fait jusque-là en thérapeutique dentaire) sur des considérations anatomiques et physiologiques précises et sur les lois générales de la pathologie. C’est un premier éloge que nous devons adresser à l’auteur, d’avoir ainsi élevé la question, et l’on verra d’ailleurs quel parti il a su tirer de celte excellente méthode.

Le docteur Cruet étudie les caries dentaires compliquées, c’est-à-dire, suivant sa définition : toutes les variétés de caries pénétrantes pouvant d’ailleurs s’accompagner de complications diverses dont la guérison est possible avec conservation de l’organe. Dans ces limites, le sujet est assez vaste; car on peut dire qu’il comprend la partie la plus intéressante de la pathologie dentaire proprement dite. L’auteur justifie le terme de caries dentaires compliquées qu’il emploie, en éliminant les caries non pénétrantes, qu’on a aussi appelées caries du premier et du deuxième degré, par une comparaison ingénieuse; il compare la carie pénétrante à la fracture compliquée, c’est-à-dire à une fracture s’accompagnant de plaie pénétrante; le foyer de pénétration, dans la carie, c’est la cavité pulpaire, qui devient ainsi la porte d’entrée d’une série de complications de plus en plus graves du côté de la pulpe et du périoste alvéolo-dentaire. Ce sont ces complications qui sont étudiées dans autant de chapitres distincts.

L’auteur suit, dans sa description, une marche logique ; il va du simple au composé, c’està-dire que, étudiant d’abord la carie pénétrante simple, qui pour lui est la première des caries complquées, il passe successivement en revue les caries compliquées de maladies de la pulpe (inflammation aiguë et chronique, tumeurs); les caries compliquées de destruction de la pulpe (dents mortes); enfin, les caries compliquées de maladies du périoste alvéolo-dentaire. Qu’on ne l’oublie pas, ces complications, dont chacune constitue une véritable maladie, ne sont envisagées que dans leur rapport avec la carie pénétrante, qui en a toujours été primitivement la cause. Les maladies de la pulpe et du périoste alvéolo-dentaire peuvent exister, en effet, indépendamment de la carie; mais c’est surtout à la suite de la carie qu’on les observe; et c’est alors que leur traitement et leur guérison offrent le plus d'intérêt.

Le traitemenl de toutes ces variétés de caries compliquées, tel est, en réalité, le but que poursuit l’auteur, but essentiellement pratique et certainement négligé jusqu’ici par ceux qui

Bien-aimé lecteur, un conseil je vous prie : L’asperge, asparagus officinalis, est-elle un légume nourrissant ou npn? Voici mon cas : Une anorexie implacable, ou si vous aimez mieux une inexorable inappétence, m’a réduit à la condition de légumisle. Or, en pleine saison d'asperges, je ne m’en fais pas faute, et j’en ma ige le malin et le soir. Mais voilà que je viens de lire je ne sus plus où, que l’asperge était le moins nourrissant de nos légumes. Sur quele autorité s’est basé ce monsieur pour j<Her ainsi le trouble dans mes fonctions de nutrition ?— Et voyez, par parenthèse, combien il me serait facile de faire preuve d’érudition. Je n’aurais qu’a consulter tous les dictionnaires, celui de Vléral et Delens, entre autres, quelques traités d’hygiène et de thérapeutique, quelques monographies, et je vous arriverais bourré et bardé de citations et d’opinions contradicioiies. Mais ce petit charlatanisme d’érudition n’est pas à mon usage, et je vous demande tout bonnement, mon cher lecteur, ce que votre expérience vous a appris sur les propriétés nutritives de l’asperge.

Et à propos d’asperge, non plus de ses propriétés nutritives, mais d’une autre propriété très-sensihle à l’olfaction, me revient en mémoire une anecdote assez drôlelte racontée par Vidal (de Cassis), anecdote qu’il intitulait Y Asperge accusatrice. Un confrère très-gourmand, mais très-connu aussi par ses infortunes conjugales, passant un jour devant la boutique de Mm* Chevet, y aperçoit une magnifique botte d’asperges. C’était en plein mois de janvier et par quinze degrés au-dessous de zéro.

— Combien cette botte î

Pour vous. Monsieur le docteur, qui êtes un client, ce sera 50 francs.

— Trop cher pour moi.

se sont occupés de pathologie dentaire. Comme nous le disions en commençant, c’est par ce qu’on pourrait appeler la méthode anatomique et physiologique, que le docteur Cruet procède pour déduire ses conclusions thérapeutiques. A en juger par les résultats auxquels elle l’a conduit, celte méthode doit être bonne. On en aura une idée par l’exemple qui suit, et qui n’est que le résumé de la dernière partie de la thèse de M. Cruet.

Pendant longtemps, l’extraction a été le seul traitement appliqué aux dents atteintes de caries compliquées de périostite alvéolo-dentaire chronique s’accompagnant de suppuration par le canal dentaire ou par une fistule à la gencive. Une méthode thérapeutique récente, au moins dans ses applications pratiques, nous voulons parler de la greffe dentaire, a été employée dans ces cas graves et a donné incontestablement d’excellents résultats. Mais l’opération de la greffe, dont le premier terme est nécessairement l’extraction de la dent malade, est une opération pénible pour le patient, ne pouvant guère s’appliquer d’ailleurs qu’aux dents à une seule racine. Par une analyse sévère des lésions qui existent dans les caries compliquées de périostite alvéolo-dentaire et chronique, par une étude attentive des causes de celte complication et du mécanisme de la guérison dans le cas de greffe, l’auteur arrive à ce résultat, de substituer à la greffe une autre méthode plus simple, plus facile, la méthode antiseptique, pour les détails de laquelle nous renvoyons à la thèse elle-même.

Si les considérations sur lesquelles s’appuie l’auteur sont vraies, et elles nous semblent telles, on peut dire qu’il a fait faire un grand pas à la thérapeutique dentaire.

Nous bornons là notre analyse très-incomplète de ce travail très-remarquable, qui se recommande de lui-même par le nom de l’auteur, ancien interne des hôpitaux de Paris, et par une connaissance très-approfondie du sujet. Nous n’avons pu donner qu’une idée restreinte des développements très-intéressants qu’il renferme et dont la lecture est remplie d’intérêt.

Henri Huchard.

ACADEMIES ET SOCIETES SAVANTES

ACADÉMIE DES SCIENCES

En raison de l’imporlance des résultats obtenus, nous mettons in extenso , sous les yeux du lecteur, la note de M. J. Reiset, relative à la proportion de l’acide carbonique dans l’air. Des recherches qui modifient les chiffres alm:s dans ions les Traités de physique, de physiologie et d’hygiène doivent être exposés avec précision. Nul ne peut le faire mieux que l’expérimentateur lui-même :

« Les Traités de chimie qui se succèdent reproduisent à peu près textuellement la déclaration suivante, devenue classique et pour ainsi dire officielle : L'air atmosphérique contient une petite quantité d’acide carbonique variant ordinairement entre h et 6 dix-mitlie-

— C’était la seule botte qu’il y eût aux halles, ce malin.

Le confrère ne se laissa pas tenter.

Après un dîner pris à son cercle, le confrère demanda à sa femme :

— El toi, bonne amie, où as-tu dîné ?

— Chez ma sœur, répond-elle avec aplomb.

Mais, disant cela, l’odeur très-caractéristique de l 'asparagus officinalis se répand dans la chambre.

Notre confrère ne souffle mot, n’en dort pas mieux, se rappelant ces paroles fatales de Mm* Chevet : « c’était la seule botte qu’il y eut aux halles. »

Rien de plus pressé, le lendemain, que de courir chez M“e Chevet et de lui demander à qui elle avait vendu, hier, sa boite d’asperges.

— Au grand Véfour, lui fut-il répondu.

Dans ce cabaret fameux, au moyen d’un louis séducteur habilement donné à un garçon, il fut facile au mari infortuné de connaître tous les détails de l’aventure, accompagnée de beaucoup d’autres anecdotes de ce genre, qui eut pour résultat final de provoquer et d’obtenir une séparation de corps.

Et voilà comme, époux ou épouses perfides, T asperge peut fournir un témoignage dangereux de vos méfaits matrimoniaux.

Dr Sim pu ce.

mes en volume. En consultant les travaux les plus précis des savants illustres qui ont contribué à faire adopter ces chiffres, on s’étonne de constater des variations brusques dans les proportions de l’acide carbonique atmosphérique? on trouve que, dans les mêmes conditions météorologiques, à quelques heures de distance, les chiffres sont souvent doublés. Il semble même que ces variations inexplicables donnent le droit de mettre en doute l’exactitude absolue des résultats publiés et surtout la sûreté des déductions, suivant moi trop positives qui en sont tirées. De nouvelles recherchés pouvaient être utilement entreprises sur ce sujet intéressant, et, après avoir étudié une méthode qui permet d’aborder la solution du problème en rase campagne, loin des habitations, j’ai l’honneur de présenter à l’Académie la première partie de ces recherches, commencées dès le mois de juin 1872.

Un attrait particulier m’a encouragé, en poursuivant ce long travail, parfois pénible et monotone? ma pensée se reportait aux admirables phénomènes de végétation ou de combustion et aux grands résultats produits par les quelques dix-millièmes d’acide carbonique répandus ■ dans notre atmosphère. Mais, pour déterminer ces dix-millièmes avec précision et rendre les erreurs d’observation moins sensibles, il paraît tout d’abord nécessaire d’opérer sur un volume d’air assez grand. J’ai donc fait construire deux aspirateurs d’une contenance de 600 litres environ ; chacun de ces aspirateurs, en forte tôle galvanisée et pourvu de bons robinets en bronze pour le service, est solidement installé sur un bâti convenable, avec brancards pour atteler un cheval; des roues supportent ce train mobile de manière à faciliter le transport dans les champs, dans les bois ou au milieu des récoltes. Une petite cabane couverte suit l’aspirateur? dans ce laboratoire en plein vent, on dispose les appareils qui doivent servir à absorber en même temps l’eau et l’acide carbonique contenus dans un volume d’air exactement mesuré. La vapeur d’eau est recueillie et pesée dans un tube en U contenant des fragmenta de pierre ponce imbibée d’acide sulfurique concentré.

Pour doser l’acide carhonique, j’ai adopté la méthode volumétrique basée sur l’emploi de liqueurs titrées. Quand on dirige un volume connu d’air, plus ou moins chargé d’acide carbonique, dans une solution aqueuse de baryte préalablement saturée de carbonate, on peut admettre que le carbonate de baryte formé et précipité à l’état insoluble représente exactement la totalité de l’acide carbonique contenu dans ce volume d’air. En prenant les précautions nécessaires, l’absorption de ce gaz est, en effet, complète. La capacité de saturation de l’eau de baryte, avant et après l’expérience, est déterminée par un acide titré. Le poids de la baryte éliminée, à l’état de carbonate insoluble et séparé par le repos, se trouve ainsi très-rapidement précisé. Un calcul des plus simples donne l’équivalent d’acide carbonique pour le poids d’acide titré employé. En opérant avec l’acide sulfurique convenablement étendu, ce procédé m’a donné les meilleurs résultats.

Voici, en quelques mots, les principales dispositions adoptées : 100 centimètres cubes d’eau de baryte sont distribués dans un grand barboteur en verre à trois boules; trois barboteurs semblables sont réunis en batterie. Quand l’aspirateur fonctionne, l’air, divisé en petites bulles par les tubes plongeurs, traverse successivement les neuf boules, contenant ensemble 300 centimètres cubes d’eau de baryte ; aucune trace d’acide carbonique n’écbappe au liquide absorbant ; on peut constater que les deux dernières boules restent ordinairement très-limpides après un débit de 600 litres d’air en douze heures. Quand l’expérience est terminée, on réunit avec soin l’eau de baryte des trois barboteurs dans un flacon; le carbonate §e dépose rapidement, et, après quarante-huit heures, on prélève, avec une pipette spéciale, la plus grande partie du liquide, très-limpide, qui est ainsi séparé du précipité. Cette eau de baryte doit être analysée sans avoir été fdtrée, car j’ai reconnu que le papier retient dans son tissu une notable quantité de baryte; en employant la filtration pour séparer le carbonate, le dosage devient inexact.

L’air sec, en traversant l’eau de baryte dans les barboteurs, cause une évaporation dont il faut tenir compte. Deux moyens peuvent être employés pour faire exactement cette correction : un tube contenant de la ponce sulfurique est placé après la batterie des barboteurs et recueille la vapeur aqueuse ; la pesée de ce tube indique le nombre de centimètres cubes d’eau distillée qui doivent être ajoutés à l’eau de baryte réunie après l’expérience. Ce moyen est le plus simple; cependant, pour éviter toute pesée, les tubes â ponce sulfurique peuvent être retranchés; il faut alors faire un lavage méthodique des trois barboteurs avec de l’eau distillée et amener le volume total de la liqueur barytique à l\ 50 centimètres cubes, mesurés dans un vase à col étroit, pour obtenir un affleurement exact. Le changement de volume est pris en compte dans le calcul, lorsque l’on procède au tirage. En tous cas, la différence trouvée entre les deux titres pour l’eau de baryte, avant et après l’expérience, se traduit en fn cubes d’acide sulfurique décime, chaque centimètre cube de cet acide équivalant

a j.8 ,00“75c°!’ P°ur le carbonate de baryte BaO.CO*.

ns son Cours de chimie , Régnault a décrit avec beaucoup de clarté le fonctionnement

d’un aspirateur dans lequel l’air pénètre sans pression : j’ai dû modifier un peu cet appareil, afin d’obtenir une circulation régulière quand sont interposés des tubes et des boules chargés de liquides; dans ce cas, l’air qui remplit l’aspirateur a une force élastique notablement plus faible que l’air extérieur; la différence de pression peut varier entre 20 et 30 millimètres de mercure. Pour éviter la rentrée de l’air extérieur dans l’aspirateur par le robinet à cadran, qui règle l’écoulement de l’eau, la douille de ce robinet est liée avec un tube de verre de 1 mètre de longueur plongeant de quelques centimètres dans un vase rempli d’eau. Au moment où se termine l’expérience, la mesure de l’eau soulevée dans le tube de verre pourrait indiquer la pression de l’air recueilli ; un manomètre à mercure, mis en communication avec l’aspirateur, permet de déterminer exactement cette pression. On observe en même temps le baromètre, et, enfin, un thermomètre dont le réservoir est placé au centre même de l’aspirateur. Avec ces données, le volume d’air analysé est ramené par le calcul ordinaire à zéro, à l’état sec et à 0",760.

Pour terminer cet exposé, je dois encore ajouter que je me suis préoccupé de savoir si l’eau de baryte pouvait exercer une action dissolvante sur le verre des vases en usage ; j’ai varié les essais, et je me suis assuré que, dans les conditions où se font les expériences, on n’a pas à craindre la dissolution des alcalis qui entrent dans la composition du verre. L’eau de baryte employée est d’ailleurs peu concentrée et contient, en moyenne, 20 grammes BaO par litre : elle est préparée en dissolvant les cristaux d’hydrate dans l’eau distillée, jusqu’à saturation convenable.

En installant mes appareils à la campagne, j’avais formé le projet de suivre une série d’expériences comparatives, et d’étudier particulièrement l’influence de la végétation sur la proportion de l’acide carbonique dans l’air, au milieu même des foyers de réduction ou de combustion. Un des aspirateurs a été fixé dans les champs, bien à découvert, loin de toute habitation. Cette station des champs se trouvait à 8 kilomètres environ de Dieppe, à l’altitude de 96 mètres, avec la mer pour horizon de l’ouest au nord-est. L’air était puisé à U mètres aur dessus du sol. Le deuxième aspirateur mobile, comme je l’ai indiqué, a été transporté successivement sous bois ou dans les récoltes. J’espère pouvoir publier prochainement les détails de ces nombreuses expériences dans les Annales de chimie et de physique, me bornant à transcrire ici des résultats généraux.

Du 9 septembre 1872 au 20 août 1873, quatre-vingt-douze expériences ont été faites de jour ou de nuit, à la station des champs; elles ont été toutes inscrites, sans exception. Pour chacune de ces expériences, la moyenne a donné 156cc,8 acide carbonique dans 532,906e0, 6 air atmosphérique sec, à zéro et à 0m,76Q. On déduit donc, comme moyenne générale, la proportion de 2,952 acide carbonique dans 10,000 air, en volume, à la station des champs. La lecture des tableaux fait ressortir la concordance des résultats partiels; on ne trouve aucune variation dans le chiffre des dix-millièmes. La plus grande différence observée est de 3 pour 100,000 en volume, entre le maæima et le minime. Je n’ai jamais obtenu la proportion de 5 pour 10,000, et je ne parle ici que pour mémoire du chiffre de 6 dix-millièmes, encore plus inexact.

Quant à la vapeur d’eau, elle varie entre des limites étendues, suivant la température de l’air et suivant son étal de saturation. Voici les chiffres extrêmes fournis par mes observations. Pour un poids d’air représenté par 10,000, on a trouvé 118,30 d’eau, en poids, le 21 juillet 1873, et seulement 32,76 le 25 avril.

Les observations comparatives, sous bois et dans les récoltes, monlrent que là diffusion des gaz est pour ainsi dire instantanée; les variations dans la proportion de l’aeide carbonique sont à peine appréciables. Vingt-sept expériences dans un jeune bois-taillis, bien feuillu, ont donné une moyenne de 2,917CO® pour 10,000 d’air en volume; tandis qu’on obtenait 2.902CO® aux mêmes heures, à la station des champs.

L’air puisé dans une très-belle récolte de trèfle rouge en fleurs, au mois de juin, contenait 2,89800® pour 10,000 ; on trouvait pendant ce temps 2,91500* à la station normale.

Une prise d’air établie à 0“»,30 au-dessus du sol, dans un champ d’orge garni de luzerne, en pleine végétation, au mois de juillet, donne pour moyenne de l’acide carbonique 2,829 ; à la station des champs, on trouve 2,93300® pour volume, air 10,000.

La présence d’un troupeau de trois cents moutons au pâturage, dans le voisinage de l’appareil, pendant une belle journée calme, s’est révélée par une augmentation notable dans la proportion de l’acide carbonique : on a obtenu 3,17800® pour 10,000 air, en volume.

A Paris, rue de Vigny, près du parc Monceau, pendant le mois de mai, alors que les feux commencent à s’éteindre, la proportion d’acide carbonique se règle à une moyenne de 3,027 pour 10,000 air, en volume, cette moyenne déduite des observations que j’ai faites, Pendant les années 1873, 1875 et 1879.

L’ensemble de mes expériences m’autorise à poser cette conclusion générale ;

L’air atmosphérique libre contient, en moyenne, 2,942 acide carbonique pour io.ooo volume. Dans des conditions très-diverses, les variations extrêmes n’ont pas dépassé 3 100,000.

Si l’on veut étudier les relations qui peuvent exister entre ces variations et les différent états de l’atmosphère, on devra employer des méthodes rigoureuses, permettant d’affirmer l’exactitude des cent-millièmes. Tel est le but que je désire atteindre en poursuivant mes recherches. »

A la suite de cette communication , M. Boussingault fait remarquer que les Andes, dans toute leur largeur, versent continuellement dans l’atmosphère des quantités considérables d’acide carbonique par leurs volcans. On ne peut, ajoute le savant académicien , expliquer la permanence de la proportion d’acide carbonique qu’en admettant, avec Gay-Lussac, que le brassage incessant des couches d’air par les vents répartit uniformément partout le gaz carbonique.

L’hypothèse de Gay-Lussac ne me paraît guère satisfaisante. Le brassage est suffisant pour répartir, non pour maintenir. Et puisque la proportion reste la même, il faut bien que le gaz produit chaque jour soit chaque jour aussi consommé ou absorbé. Ce serait, croyons-nous, le cas de faire intervenir l’absorption par le sol, agissant comme corps poreux. Ce rôle de là porosité terrestre a déjà été indiqué par M. le colonel Y. Marchand, et nous nous réservons d’y revenir à la prochaine occasion. — M. L.

CONCOURS POUR L’OBTENTION DES BOURSES DANS LES FACULTÉS DE MÉDECINE ET DANS LES ÉCOLES SUPÉRIEURES DE PHARMACIE

Le ministre de l’instruction publique et des beaux-arts adresse aux recteurs la circulaire suivante :

Paris, le 3 juin 1879.

Monsieur le recteur,

J'ai l’honneur de vous adresser copie d’un arrêté en date du 28 mai courant, par lequel j’ai fixé au 7 juillet prochain l’ouverture du concours pour l’obtention des bourses dans les Facultés de médecine et dans les Ecoles supérieures de pharmacie.

Vous remarquerez qu’aux termes de l’article 2 de cet arrêté, les étudiants qui auront déjà fait au moins une année d’études seront seuls admis à concourir, ils devront justifier par un certificat spécial qu’ils ont obtenu la note bien à leur dernier examen.

Je vous rappelle, en outre, les dispositions de l’article 2 de l’arrêté du 5 novembre 1877, relatives à l’inscription des candidats.

Ils doivent être Français et âgés de 18 ans au moins;

Ils désignent, en s’inscrivant, la Faculté ou l’École à laquelle ils désirent être attachés, en joignant à celte déclaration les pièces suivantes :

1° Leur acte de naissance ;

2* Leurs diplômes de bachelier ès-sciences et de bachelier ès-lettres. Chacun de ces titres peut être remplacé par un certificat du doyen de la Faculté devant laquelle l’examen a eu lieu ;

3° Une note revêtue de leur signature et indiquant la profession de leur père, la demeure de ldir famille, l’établissement ou les établissements dans lesquels ils ont fait leurs éludes, le lieu ou les lieux qu’ils ont habités depuis leur sortie desdils établissements;

4“ Un certificat du chef ou des chefs desdits établissements, contenant, avec une appréciation du caractère et de l’aptitude du candidat, l’indication des succès qu’il a obtenus dans le cours de ses classes, et des renseignements sur la situation de fortune de sa famille.

Vous voudrez bien, de concert avec MM. les doyens et directeurs, examiner avec le plus grand soin les justifications dont chaque demande doit être accompagnée. Il est .entendu que vous n’admettrez au concours que les candidats dont la situation, à tous égards, sera conforme aux prescriptions des arrêtés des 5 novembre 1877 et 29 juin 1878.

Toutes les pièces énumérées ci-dessus devront, d’ailleurs, être jointes aux compositions que vous aurez à me transmettre immédiatement après les épreuves subies. Votre envoi comprendra nécessairement les dossiers de tous les candidats qui se sont présentés.

La clôture du registre devant avoir lieu le 28 juin, vous désignerez le jour même les membres de la Faculté ou de l’École qui doivent former les jurys. (Article 4 de l’arrêté du 5 novembre 1877.)

Recevez, Monsieur le recteur, l’assurance de ma considération très-distinguée.

Le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts,

Jules Ferry.

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