‹ L'unique et sa propriétéChapitre 31 sur 35 · Ma Puissance · texte numérisé non relu

Ma Puissance

Le Droit est V Esprit delà Société, Si la Société a une volonté^ c'est précisément cette volonté qui constitue le Droit : la société n'existe que par le Droit. Mais comme elle n'existe que par le fait d'exercer une souveraineté sur l'individu, on peut dire que le Droit est sa volonté souveraine. La justice est futilité de la société, disait Aristote.

Tout droit établi est un droit étranger ^ un droit que l'on « m'accorde », dont on me « permet de jouir ». Aurais-je le bon droit de mçn côté parce que le monde entier me donnerait raison ? Que sont donc mes droits dans l'Etat ou dans la Société, sinon des droits extérieurs, des droits que je tiens à' autrui ? Qu'un imbécile me donne raison, et mon droit aussitôt me deviendra suspect, car je ne me soucie pas de son approbation. Mais que ce soit même un sage qui m'approuve, et je n'aurai pas encore pour cela raison. Le fait d'avoir raison ou d'avoir tort est absolument

indépendant de l'approbation et du fou et du s^e. Cest cependant ce droit, qui n'est que l'approbation d'autrui, que nous avons jusqu'à présent travaillé à obtenir. Lorsque nous cherchons notre droit, nous nous adressons à un tribunal. A quel tribunal ? A un tribunal royal, papal, populaire, etc. Le tribunal du Sultan peut-il être l'organe d'un autre droit que celui qu'il a plu au Sultan de désigner comme étant le droit? Peut-il me donner raison lorsque je réclame un droit qui ne correspond pas à ce que le Sultan appelle le droit? Peut-il, par exemple, m'accorder le droit de haute trahison, si cette dernière n'est pas un droit aux yeux du Sultan ? Ce tribunal, — le tribunal de la censure, par exemple, — peut-il me reconnaître le droit d'exprimer librement mon opinion, si le Sultan ne veut pas entendre parler de ce mien droit } Que demandai-je donc à ce tribunal ? Je lui demande le droit du Sultan et non mon droit, je lui demande un droit — étranger. Il est vrai que pour autant que ce droit d'autrui concorde avec le mien, je pourrai y trouver aussi ce dernier. .

L'Etat ne permet pas que deux hommes en viennent aux mains ; il s'oppose au duel. La moindre rixe est punie, alors même qu'aucun des combattants n'appellerait la police à son secours ; exception laite toutefois du cas où le battant et le battu, au lieu d'être toi et moi, sont un chef de famille et son enfant : h famille, et le père en son nom, a des droits que moi, l'individu, je n'ai pas.

La GaT^ette de Voss (Vossige Zeitung) nous présente le type de l'Etat fondé sur le Droit. Ici, tout doit être tranché par le juge et par un tribunal. Le tribunal suprême de la censure est pour elle un tribunal 3ui « fixe le Droit » et qui « dit la Justice ». Quel roit? Quelle justice? Ceux de la censure. Pour qu^ nous reconnaissions ses arrêtscomme justes, il faudrait^ que nous regardions la censure comme juste. OrB.

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