PHÉNOMÈNES DUS AUX RADIATIONS LUMINEUSES
Les rayons qui produisent la lumière ont été mieux étudiés que les autres, cela à cause de la facilité avec laquelle l'organe de la vue, grâc^ à sa délicatesse extrême, se prête à l'examen de leurs plus légères modifications, et les notions acquises à leur sujet ont permis de rechercher la nature des autres parties spectrales; mais assurément on aurait pu commencer ces recherches sur Tune quelconque des trois variétés de radiations, si notre œil avait pour les rayons chimiques et calorifiques la même sensibilité que pour les rayons éclairants.
La lumière étant envisagée à ce point de vue très-général, rimportance accordée jusqu'ici à l'action optique de la lumière a beaucoup diminué. En effet, non-seulement la lumière existerait en l'absence de tout organe visuel impressionné par elle, mais elle continuerait à jouer un rôle considérable dans la nature en déterminant les effets calorifiques et chimiques. Le phénomène de la vision, grâce à l'intermédiaire de la lumière , est admirable en ce que Fauteur de la nature a établi ainsi la communication des êtres animés avec le reste de la création parun moyen des plus simples et des plus ingénieux : la formation d'une image au fond de Tœil. Ce fait est pour nous de la plus haute valeur, car nous lui devons une très-grande partie de notre bien-être, et cependant le physicien doit regarder le pouvoir éclairant de la lumière comme une propriété secondaire d'un agent qui tient sous sa dépendance des phénomènes plus nombreux. 11 en est de même des sons; ils sont dus au fait général de la vibration des corps, laquelle peut agiter le sable étendu sur une plaque, et mettre des cordes en mouvement alors même que notre oreille ne perçoit aucun son. L'impression plus ou moins lumineuse d'une radiation sur la rétine est complètement indépendante des autres effets physiques qu'elle est apte à susciter, et rien n'empêche d'admettre une inégale impressionnabilité à la lumière chez les divers animaux.
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Bien plus, à l'appui de cette hypothèse on peut citer le fait très-connu du daltonisme, anomalie de la vision dans laquelle les sujets affectés sont incapables de percevoir certaines couleurs, ou bien, si la perception existe, ils ne les distinguent pas les unes des autres, le rouge est confondu avec le vert, etc. Or, Helloni fait remarquer à ce propos que si la vision des couleurs dépendait d une propriété inhérente au rayon et non d'une modification spéciale de Tœil, on arriverait à cette conclusion absurde d'un raycm visible et invisible en même temps.
On voit ainsi combien il est dangereux d'établir sur la nature des agents physiques des théories ayant nos sensations pour base, et sous ce rapport nulle histoire n^estplus instructive que celle de l'optique. Combien de systèmes ne furent pas proposés à seule fin d'expliquer la vision ! Les uns admettaient une force visuelle spéciale à l'organe de la vue; de l'œil partaient des rayons qui allaient en ligne droite se mettre en contact avec les objets. Les autres disaient que la vision s'opérait à l'aide de petites images lancées dans tous les sens par les objets ; ceux-ci regardaient la vision comme instantanée, ceux-là comme successive, puis on supposait tantôt qu'elle s'opérait dans une certaine partie de l'œil, tantôt dans une autre. Toutes les incertitudes s* évanouirent lorsque le mécanisme de l'œil fut connu et que Scheiner fit voir l'image des objets extérieurs se dessinant sur le fond de l'œil des animaux de même que sur le verre dépoli d'une chambre obscure. A la vérité un vaste problème psychologique restait à résoudre : comment la sensation est-elle extériorée? et alors on se demanda si la vue seule, sans le secours du toucher, suffisait pour nous donner une notion exacte des objets extérieurs^, mais mal-
^ Lisez, dans les Trans. philos. ^ 18 il, p. I, Tobservation d'un aveugle par cataracte congéniale, habitué à reconnaître les solides géométriques au toucher, qui, ayant recouvré la vue à la suite d'ime opération, ne sut point distinguer un cube d'une sphère lorsqu'ils
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gré ces difficultés d'ordre métaphysique» Thypothèse d'une force spéciale produisant la vision disparut pour toujours. La question rentra ainsi dans la série des faits connus. Les théories sur la nature de la lumière pouvaient varier dorénavant, la vision restait expliquée sans qu'il fût nécessaire de recourir à une force d'une espèce nouvelle.
Puisque nous reconnaissons à la lumière une influence des plus considérables; il devient très-important de rechercher en quoi elle consiste ; tel est le sujet que nous allons examiner actuellement.