‹ L'unité des forces physiques (volume 2)Chapitre 8 sur 111 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La science dont le but esl la connaissance des forces physiques régissant l'Univers est entrée depuis ces dernières années dans une nouvelle phase, quant à sa manière d'envisager les phénomènes de la matière inorganique. Comme elle s'est montrée féconde en utiles applications, de toutes parts elle a été cultivée avec ardeur; aussi a-t-elle progressé à pas de géant. Les méthodes scientifiques, Texpérience et l'observation sont devenues des puissances; franchissant l'enceinte étroite du laboratoire des savants, elles ont été mises en œuvre par de riches sociétés commerciales et par les gouvernements éclairés. Ainsi il a été possible de vérifier sur une vaste échelle les conséquences tirées par les hommes d'étude de leurs spéculations théoriques et d'étendre le champ de l'expérimentation.

L'emploi de la vapeur dans les machines motrices, de l'électricité dans la télégraphie et la métallurgie.

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les applications de la chimie à Tinduslrie et aux arts usuels, ont provoqué une série de recherches qui ont éclairé la théorie de la constitution des corps d'un jour tout nouveau. De nombreuses opinions, acceptées généralement jusqu'ici, sont abandonnées; un lien inattendu a été trouvé entre les divers agents de la nature, que Ton croyait indépendants les uns des aulres, et on a entrevu une voie nouvelle qui peut conduire à la solution du grand problème, c'est-àdire à la connaissance des forces régissant la matière.

Depuis longtemps les forces ont été classées et réduites à un petit nombre : chaleur, lumière, électricité, magnétisme, attractions moléculaires, affinités chimiques, gravitation universelle, sont les divers principes à nous connus qui expliquent tous les phénomènes de la matière. Quelle est la nalure de ces agents? Le problème, pendant longtemps mystérieux ou mal compris, est aujourd'hui envisagé sous un aspect nouveau et se simplifie d'une manière admirable. Pour la physique moderne, les forces sont des modes de mouvement. D'après les nouvelles théories, une substance impondérable, impalpable, incoercible, répandue partout, nommée élher, occupe l'univers, et détermine tous les phénomènes dont nous avons parlé, en agissant d'une façon purement mécanique. Mais de quelle manière se produisent ces phénomènes? Quel lien existe entre ces manifestations en

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apparence si diverses? Seuls, les faits bien observés et bien coordonnés nous peuvent éclairer dans cette discussion difficile, et toute théorie qui aspire à se formuler doit être précédée par un exposé et une revue méthodique des données fournies par l'expérience. Après avoir accompli ce travail, et seulement alors, on peut recourir au raisonnement et aux hypothèses afin de combler les lacunes qu'auront laissées l'observation et l'expérimentation.

Coordonner le nombre immense des phénomènes par lesquels se manifestent à nous les forces de la nature, en montrer les liaisons mutuelles, c'est là ce que j'ai tenté de faire dans ces pages, spécialement destinées à la jeunesse studieuse. Toutefois la lecture de notre travail sera peut-être d'une certaine utilité à ceux qui déjà connaissent la science ; car en sériant les faits connus, en les présentant sous un point de vue convenable, et en rapprochant ainsi les diverses parties de nos connaissances, de nouveaux horizons se découvrent et les vérités s'éclairent les unes par les autres. Je me suis efforcé autant que possible de ne pas introduire mes opinions personnelles dans la discussion, et je ne m'y suis décidé que là où certains desiderata m'autorisaient à apporter quelques compléments aux travaux des autres. Puissent mes efforts ne pas être jugés téméraires.

Réduire toutes les forces de la nature à un principe unique, voilà l'expression de la tendance

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scientifique de Tépoque. Mais avouons que jusqu'à présent le chemin n'est pas encore complètement frayé ; il présente de grandes lacimes : heureux celui qui saura les combler.

Un savant distingué a essayé la synthèse physique, en excluant toute cause autre que la matière pondérable. Pour moi, je tente une voie différente. Le lecteur appréciera de quel côté est la vérité. On reconnaîtra facilement que la différence entre les deux théories n'est pas aussi grande qu'elle paraît à première vue, et laissant de côté les points secondaires encore douteux, je suis convaincu qu'en cherchant à réunir les parties déjà achevées de ce grand édilîce, on arrivera plus facilement à son couronnement. Jusqu'à présent les savants modernes ont tenu en faible estime les travaux de ce genre : aux yeux de la plupart d'entre eux, coUiger les faits vaut mieux que tenter une synthèse scientifique. Disons toutefois que la réaction contre cet éloignement systématique s'accuse chaque jour davantage. Il devait en être ainsi, car, de même qu'on jugerait absurde un homme qui sans cesse rassemblerait des matériaux sans jamais penser à édifier, aussi la connaissance de la constitution de l'univers et de ses lois étant Tunique objet de la science, les savants feraient fausse route si, bornant leurs efforts à accumuler des observations, ils ne jetaient de temps en temps un coup d'œil rélrospeclif sur les connaissances déjà acquises, au moins

pour savoir quelles sont les parties faibles de Tédifice scientifique, et quels problèmes réclament leurs travaux. De cette manière, on prépare à la génération future une roule qui la conduira à des connaissances dont la découverte nous est peut-être impossible aujourd'hui. Tel est Tunique objet de ce travail, et je serai le premier à applaudir celui qui traitera ce sujet plus heureusement qu'il ne m*a été permis de le faire moi-même. Jusque-là je dirai :

... Si quid novisti rectius islis, Candidus impertii si non, his utere mecum.

[Horace,]

L'UNITÉ

DES

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