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SOLUTION DE QUELQUES OBJECTIONS FAITES A LA THÉORIE PHECÉDENTE

Les phénomènes d'induction achèvent de nous imposer, pour Avant-propos ainsi dire, la persuasion que l'électricilé est quelque chose de plus oiije°c'tions qu^un simple mouvement de la matière pesante. Ces expériences apprennent quelle part d'action revient au milieu isolant et au corps conducteur, et il c&t impossible de ne pas reconnaître l'influence d'une masse animée de translation et dont le mouvement satisfait à toutes les lois de l'écoulement des fluides. Si Ton parvient à démontrer que les phénomènes d'induction peuvent se produire sans l'intervention d'un fluide distinct de la manière pondérable, nous nous laisserons convaincre avec un véritable plaisir, car, de cette manière, le but de notre travail sera complètement atteint, puisqu'on aura fait table rase de toutes les forces abstraites, de tous les agents qui échappent à nos sens. Malheureusement, pour le moment, l'hypothèse éthérée est la seule qui permette d'expliquer tous les faits le plus simplement et le mieux.

Nous n'ignorons pas les objections adressées à ce système, mais toutes ne sont pas insolubles. Ainsi, faisant de Téther une vraie matière, mais dans un état autre que celui propre à la matière grossière, nous n'avons pas à nous arrêter sur les difficultés soulevées par les physiciens adversaires déclarés d'un fluide immatériel. Toutefois nous ne devons pas passer sous silence le système soutenu par une grande autorité scientifique.de ce siècle qui, repoussant l'hypothèse d^in fluide universel et renouvelant les idées de Fusinieri, déclare hautement que l'éther est une pure hypothèse complètement inutile. Pour nous, sans prétendre qu'un fluide universel, Téther, soit indispensable (car quel homme pour-

* Le lecteur, conTaincu par les raisonnement précédents, pourra laif^scr de côté ce chapitre, qui ne contient que la réfutation des opinions de Grove, qui sont déjà abandonnées par un grand nombre de ses partisans ; même en Angleterre la lliéorie de l'éther a (ait un grand progrès et y compte ses plus puissants défenseurs. Cependant nous conservons le chapitre pour maintmir rint'^grité de l'ouvrage, et comme marque historique du temps auquel il a été écrit.

410 DE L'ELLGTRICiTÉ.

rait prononcer sur une nécessite absolue), nous regardons néanmoins les arguments fournis contre la théorie de l'éther comme facilement réfutables, et même il est nécessaire de nous livrer sur ce point à une discussion critique.

Nécessité Premièrement, ceux qui refusent d'admettre un fluide occupant ^senl * to"*- l'univers, loin de repousser les agents abstraits et immalé- ^''^mots ^** riels, comme on serait porté à le croire au premier examen, ne font que recourir sans cesse à ces forces imaginaires, sans jamais se donner la peine d'attacher un sens physique aux mois dont ils font usage. Si, entraînés par Texemple, nous nous contentions d'employer des termes conventionnels et que nous ne nous préoccupions nullement d'en donner une définition exacte et de fixer leur véritable signification physique, il nous serait très-facile de bntir une théorie sans avoir besoin de l'éthcr. Nous aussi pourrions ilire : a Les altraclions et les répulsions ordinaires des corps éleetrisés ne présentent pas plus dé difficultés, lorsqu'on les considère comme produites par un changement dans Fétat ou dans le^ rapports de la matière affectée, qu'on n'en trouve à expliquer l'attraction de la terre par le soleil ou d'une balle pesante par la terrée » Mais pour avoir dit cela, le problème est-il devenu plus clair?

En quoi consistent le changement d'état et les rapports dont il est ici question? comment expliquer l'attraction des astres par le soleil et la chute des corps graves vers la terre ?

Voilà la question qu'il fallait résoudre, et en se bornant à montrer Tanalogie des deux phénomènes, on la laisse subsister tout entièie. Sans doute, deux molécules qui se combinent peuvent se comparer à deux planètes qui se précipitent l'une sur l'autre; mais d'où vient ce mouvement? La comparaison faite jadis par Mayer n'est pas une explication.

Cercle Quiconque a Texpérience de la philosophie naturelle, reconnaî-

tra que de cette manière on résout un problème difficile en le faisant retomber dans un autre encore plus difficile. « L'hypothèse d'un fluide (dit en continuant l'auteur cité plus haut) n'est pas jugée nécessaire pour rendre compte des phénomènes dépendant de la gravité ; elle ne doit donc pas l'être davantage pour rendre

* GroTC, CorréUuimi des forces physiques, p. 121. 1866.

Ticienx.

compte des phénomènes de rélectricité. » Si quelqu'un ne sedéclare pas satisfait de cette argumentation, que lui répondra-t-on ? Oq lui dira, comme cela est écrit plus loin : Cest un mystère! Mais ayec lea mystères on ne fait pas la physique, répliquerons-nous. Et le mystère invoque par Téminent physicien ne vient pas à Tappui de sa théorie, car c'est précisément ce mystère que la science moderne essaye de dévoiler.

Du reste, contrairement à ce que semble croire le savant dont nous discutons les idées, il n'est point absurde de regarder la gravité comme due a l'action d'un milieu. Bien plus, nous avons le droit, en abordant le problème, de conclure comme corollaire nécessaire ce que d'autres érigent en principe fondamental. Les faits nous apprennent que tout changement d'équilibre dans l'éther produit une attraction ou une répulsion ; partant de là, rien ne nous empêche de faire un raisonnement précisément inverse de celui qui nous est opposé, et de dire : Les attractions électriques sont certainement l'effet d'un fluide; donc un fluide étant capable de produire des attractions, l'action de ce fluide peut déterminer la gravité, et, pour soutenir notre proposition, nous ne serions pas forcés de préciser le mode d'agir du fluide dans ces conditions. Mais laissons un moment de côté la comparaison des phénomènes électriques avec ceux de la gravité ; nous y reviendrons plus loin. Toutefois nous ferons remarquer que si réellement les attractions électriques ne diffèrent en rien par leur mécanisme el leur principe de celles attribuées à la gravitation, néanmoins, sous certains rapports, elles répondent à nos recherches plus clairement que ne Ta fait jusqu'à présent la gravité. Par conséquent, celle-ci pourrait demeurer un mystère alors que le secret des attractions électriques nous serait déjà connu.

A entendre certains autres savants, l'hypothèse de l'éther est inutile, parce que ce fluide étant toujours associé à la matière pesante, en est, disent-ils, un compagnon nullement indispensable, les forces propres à la matière elle-même suffisant pour tout expliquer. Nous répondrons : L'existence de l'éther est démontrée incontestablement par la théorie de la lumière, puisqu'il agit à travers les espaces célestes en l'absence de toute matière pondérable. Les phénomènes de l'électricité nous conduisent aussi à ad-

Corollaire

reUtità

b gravité.

L'éther

n'est pas

inutile.

mettre Téthcr, et là seulement il serait le compagnon inséparable de la matière pondérable. La différence serait seulement en cela que les phénomènes lumineux s'accomplissent dans Téther seul et isolé, tandis que les phénomènes électriques s'accomplissent dans cette portion du fluide qui constitue l'enveloppe des particules pondérables. Si on admet l'éther pour la lumière dans le vide, comment le refuser dans les corps transparents? La seule différence consiste en ce que ce milieu alors n'est plus homogène, comme dans l'espace absolu ; aussi peut-il subir des modifications autres que celles par lesquelles il constitue la lumière. Ainsi l'hypothèse éthérée doit être admise, car elle seule nous permet d'expliquer les faits qu'on ne peut comprendre autrement. Cette hypothèse étant reconnue absolument nécessaire dans une foule de circonstances; vouloir l'écarter quand elle s'offre tout naturellement à resprit,ce serait agir contre le bon sens.

L'occasion se présentant de parler de ces forces dont certains auteurs dotent la matière très-gratuitement, afin de lui donner cesauteurs? qualité pouT Suffire à tout, nous demanderons à les connaître autrement que par leur nom; nous voudrions que l'on nous apprît en quoi elles consistent et comment elles agissent. Car, à notre sens jusqu'à présent, la seule force que l'expérience ait reconnue comme appartenant en propre à la matière est sa masse animée de vitesse, et nous tenons pour jeu d'imagination toute autre force qui ne se réduit point à cela^

Si quelque physicien, laissant de côté l'hypothèse de l'éther, réussit à expliquer tous les phénomènes de la lumière et de l'électricité à l'aide de la seule matière pondérable en mouvement, nous sommes prêt à accepter sa théorie.

L'objection tirée de ce que la matière pesante est sans cesse accompagnée par Téther et qui semblait à Fusieneri d*une grande valeur, a été reproduite par Grove (p. 127), lequel pose le dilemne

Quelles sont

les forces

admises par

Dilemme de Grove.

* Le professeur Volpicellt, de Rome, vient de publier une très-amère critique de$ idto présentes et il nous reproche de nier les forces. (V. Giornale areadico, r. LVI, i868, p. 250). Il est évident que le savant professeur n'a rien compris à nos théories, el la lecture de notre livre ne lui serait pas inutile, car sans doute il ne nous a pas lu. puisqu'il nous reproche de faire dériver la gravité de latéflexion des rayons soiairet à In surface de la terre, qui les renvoie vers le soleil lui-même !! Nous le prions d'indiquer où nous avons dit cela.

suivant : a Admettons que Téther pénètre les pores de tous les' cprps, scra-t-il lui-même conducteur ou non-conducleur? S'il est non-conducteur, c'est-à-dire si Téther est incapable de transmeltre l'onde éleclrique, Thypothèse élhérée de rélectricité tombe nécessairement, mais si c'est le mouvement de Téther qui constitue ce que nous appelons la conductibilité de l'électricité, alors les corps les plus poreux ou ceux qui sont les plus perméables à 1 élher seront les meilleurs conducteurs. Or ce n'est pas là ce qui a lieu. »

La première partie de cette argumentation ne porte pas. Notre BépooM. théorie admet que Téther est conducteur, dans le sens qu'il est capable de transmettre le mouvement électrique ; mais que, sous ce rapport, on ne doit pas l'envisager indépendamment de la matière pesante à laquelle il est associé. Dans les métaux, ses mouvcmenis sont libres; dans les isolants, au contraire, ses mouvements sont bornés ; toutefois, l'onde se transmet également dans ces corps, mais d'une manière différente et variant avec le mode d'agrégation moléculaire qui permet le mouvement longitudinal, ou oblige le mouvement à se résoudre en vibrations transversales. En quoi consiste ce mode de groupement moléculaire, nous ne le savons pas au juste, mais nous avons présenté quelques conjectures à ce sujet (livre II, chapitre vi). La seconde partie de l'argumentation pèche par la base, car l'auteur confond assez facilement la porosité des corps avec leur perméabilité à l'éther, c'est-à-dire deux propriétés complètement différentes même au point de vue des mouvements calorifiques. En effet, l'aluminium est notablement meilleur conducteur que le plomb ; cependant sa porosité doit être beaucoup plus grande que celle du plomb, sa densité étant moindre ; de même le fer, le platine, deux métaux dont la porosité est parfaitement établie, puisqu'ils se laissent traverser par les gaz, et enfin le palladium qui absorbe une énorme quantité de gaz jusqu'à augmenter de volume, devraient être pour la chaleur des conducteurs plus parfaits que les autres métaux, conclusion radicalement fausse. Ce qui est vrai pour la chaleur l'est aussi pour l'électricité : que celle-ci soit ou non un mouvement de la matière pondérable, la perméabilité à l'éther ne peut marcher de pair avec la porosité. Bien plus, en se

4i* DE L'ELECTRICIIE.

'plaçant à un point de vue plus général, cela reviendrait à confondre la mobilité moléculaire des corps pesants avec leur porosité, de telle sorte que l'on pourrait raisonner ainsi : la mobilité des corps dépend de Fcspace existant entre les molécules, mais les substances les plus poreuses ont les espaces intermoléculaires les plus grands, donc les corps les plus poreux sont les plus mobiles et par là les meilleurs conducteurs. Absurdité manifeste, car le mercure et Teau sont assurément plus mobiles et moins poreux que le liège. Ainsi nous échappons à ce terrible dilemme. Instance do Grovo poursuit OU iusistaut : « De plus, si un métal et Tair environnant sont tous deux pénétrés par l'éther, comment se peut-il que Tonde électrique affecte l'éther dans le métal et n'ébranle pas l'éther dans le gaz ?

iicponse Cette difficulté, qui est plus sérieuse que la précédente, sup-

pose que Téther dans le milieu ambiant gazeux n'est pas ébranlé; or cela n'est pas exact. L'éther dans le gaz est ébranlé, mais en tant que le permet la nature des milieux isolants, c'est-à-dire que les mouvements longitudinaux indéfinis étant très-difficiles, il s'y produit seulemetit une agitation et un déplacement atomique ou moléculaire qui nous est démontré par les phénomènes de l'iuduction.

Prétendre que l'électricité d'un conducteur communique au railieu isolant circonvoisin un mouvement semblable au sien, reviendrait à prétendre que les parois d'un tube dans lequel un courant liquide ou gazeux est établi prennent un mouvemeiil identique à celui du fluide. Il n'est donc nul besoin d'adjoindre à Tbypollièse éthérce de l'électricité un certain nombre de suppositions accessoires, mais en raisonnant sur les propriétés de réther tclb que l'optique et l'étude des courants nous les ont révélées, on reconnaît que, relativement à l'éther, la constitution des corps iso* lants et celle des conducteurs sont complètement différentes et que dans les premiers l'éther paraît avoir toutes les propriétés de> .solides, et dans les seconds celles des fluides. n^ip Les phénomènes de rupture,' de transport et de volatilisation

^^ ^T'^u^^ causés par les décharges électriques sont certainement des effets qui appartiennent à la matière pondérable et qui en dépendent, mais nous pouvons nous demander : Quelle absurdité v a-t-il à aJ-

mettre que Téther ne puisse se mettre en mou /ement sans entraîner avec lui la matière pondérable (point sur lequel on n'est pas fixé aujourd'hui) ? Aucune, assurément. Bien plus, une semblable supposition ne présente rien d'extraordinaire, car pour se réaliser, elle exige seulement les conditions qui rendent possible le déplacement des corps, c'est-à-dire qu'ils soient plongés dans un milieu ayant, comme les fluides, une mobilité indéfinie; il faut, en outre, dans le cas considéré que cette propriété soit spéciale à une classe déterminée de corps pesants, lesquels pourront être assimilés à des espèces de canaux permettant d'établir à chaque instant l'équilibre de tension. Peu importe, du reste, que les communications soient établies par des canaux continus comme le sont les fils métalliques, ou bien qu'elles se produisent violemment par une série de molécules détachées des corps par l'agita-tion, la pression, etc.

Les phénomènes étant envisagés de la sorte, on arrive à expliquer les elfels les plus extraordinaires des décharges électriques sans admettre aucune de ces actions mystérieuses qui suppo^^cnt une transformation de la matière ou tout au moins des conditions dont ne peuvent nous donner une idée les phénomènes connus. Comment, par exemple, concevoir que la vapeur d'eau, par le seul fait de sa condensation, puisse devenir l'énorme puissance que nous appelons la foudre? comment pourrait-elle condenser les molécules de soufre et de fer disséminées dans toute la masse atmosphérique, ainsi que cela devrait être d'après les idées de Fusiiiieri? A la production d'effets aussi considérables une cause est au moins nécessaire, et puisque la foudre n'est ni l'eau, ni Toxygène, ni l'hydrogène, ni aucun autre des éléments de l'atmosphère à l'état d'atténuation, et que le fer ni le soufre ne peuvent exister dans chacun de ces alomes d'air desquels la foudre tire son existence, force est ou d'admettre une niétamorphose de la matière élémentaire, ou de reconnaître comme cause du phénomène un changement survenu dans l'équilibre de quelque matière distincte de la matière pesante, et ce serait celte malièrc spécifique qui, acquérant une vitesse énorme, entraînerait les particules pondérables qu'elle rencontre sur sa route.

Grovc a souvent recours à des renversements subits de polari- PoiarisaUou.

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sation. Ces expressions sont d'un heureux emploi pour rcprcsenler les phénomènes ; mais nous désirerions savoir en quoi consiste rélat polaire dont iL est question. Est-elle une simple disposition on orientation dans un sens défini des solides moléculaires ou atomiques? Alors il faut démontrer comment un semblable effet peut se produire sans Taction d'un principe abstrait, appelé force, et en repoussant toute influence d'un milieu.

Ce n'est pas le désir de critiquer qui nous a entraîné à présenter les réflexions précédentes au sujet d'un ouvrage pour lequel nous professons la plus grande admiration, car on y trouve exposée avec un art admirable la transformation des forces physiques les unes dans les autres. Notre but est autre. Le livre de la Corrélation (les forces physiques est dû à une plume qui fait autorité dans la science ; les arguments y sont présentés de la façon la plus séduisante, et enfin, il est écrit dans un style inimitable ; c'était un obstacle sérieux jeté en travers de la route que nous voulons parcourir, et il nous a fallu l'écarter avant de passer outre. Auircs Tandis que, d'un côté, dans l'explication des phénomènes de la

..( vcrwircs. j^g^^^j.^^ qucIqucs savants repoussent Tinfluence d'un milieu quelconque autre que la matière pondérable elle-même, il y en a par contre un certain nombre qui basent toutes leurs théories sur des agents impondérables, et, à cette fin, ils en ont imaginé un nombre véritablement énorme. Ainsi font ceux qui admettent deux fluides électriques, un positif et un négatif.

i eux iiuidea A la vérité, pour la majorité des physiciens, ces fluides sont de simples expressions destinées à faciliter le langage \ ils ne les acceptent pas comme des réalités, et se résoudraient facileiuenl à les abandonner.

Dans le cas particulier de l'électricité, il est aisé de réduire le^ deux fluides à un seul. En effet, les expériences électrodynamiques ne nous montrent jamais les deux fluides séparés, et les plus chauds partisans de la théorie de Dufay avouent que tous les pliénomènes peuvent s'expliquer à l'aide d'un seul fluide. Si les deux fluides ne sont d'aucune utilité en électrodvnamie, évidemment on peut s'en passer quand il s'agit de rendre compte de l'électricité statique, et revenir aux idées de Franklin, qui ox[>li(|uail les effets attribués au fluide négatif par une éleclrisatiou eu de-

•h Cl —

faut. Du reste, de tous les phénomènes examinés jusqu^ici, il o'en est aucun dans l'explication duquel il faille nécessairement recourir à ce fluide négatif considéré comme réalité distincte.

Nous avons dit combien étaient peu concluantes les preuves fondées cur la forme des explosions, sur les images lumineuses d'une pointe négative, et celles déduites de l'élévation de température plus grande au pôle négatif, car tous ces phénomènes dépendent d'une simple expansion ou mouvement de la matière pondérable, et il n'est nullement démontré que les manifestations électriques ne doivent pas différer suivant qu'elles ont lieu aux points de sortie ou aux points d'entrée du flux électrique. Il peut très-bien se faire que (comme cela arrive dans les fluides pesants), il se produise une agitation beaucoup plus vive et plus tumultueuse lorsque le courant électrique sort d'un conducteur, que lorsqu'il s'y introduit*. Ne voyons-nous pas dans l'injccteur Giffard, cilé ci-dessus, des différences de pression étonnantes dans la vapeur qui entre dans la chaudière et celle qui en sort produites par des variations de vitesse et de changements d'état* jointes à des combinaisons dans la forme des oriGces?

Les esprits pratiques préoccupés exclusivement des applications ^uiiiô irtm utiles de la science, et pour lesquels le résultat est tout, regarderont comme parfaitement oiseuse la question de savoir s'il existe un ou deux fluides, puisque dans les deux hypothèses, les faits, dit-on, s'expliquent également bien.

A cette observation nous pouvons répondre de plusieurs ma-

*■ M. Du Moncel, qui a cru observer une différence enlro les courants voltaïques et les couranU induits, a beaucoup insisté sur ce que le pôle négatif du courant est celui dont la température s*élève le plus haut ; et cependant on trouve dans son ouvi âge divers cas où, au contraire, réchauffement maximum appartient au pôle positif. (Voy. |). 37 et 58 et p. 131 de sa Notice sur la machine de RhunikorfT.) Il nous semble qu'il c<i aussi inutile de discuter sur ces détails que de vouloir distinguer soigneusement les unes des autres les diverses formes des veines liquides, selon qu'elles sortent d'un orifice ou qu'elles y pénètrent. Ces formes peuvent varier à TinOni, mais assurément leur étude ne conduira jamais à la découverte d'un nouveau principe d'hydraulique.

* Nous insistons sur le changement d'état qui s'accomplit dans cet appareil, car il est la source principale du travail. 11 est étonnant que les météorologistes n'aient pas appliqué ( c principe aux bourrasques et aux cyclones. Sans la condensation de la vapeur le cyclone s'arrêterait immédiatement : ce qui lui fournit Télément de force qu'il déploie, c'est la chaleur développée par la condensnlioa do la vapeur qui se trouve dins Tatmosphcre. Ainsi arrive- t-il que, dans les déecrts de fable, les tourbillons iù trouvent bien vite épuisés et que toute leur action se réduit a amonceler du sable dans un lieu donné, sans presque aucun mouvement progressif comme cela arrive sur la mer.

sccGUi. — ronces physiques. — ^* éoiti n, "il

seul fluiile.

Eiplicalion plus simple.

El plus plitlosopliique.

Méeessilé de la svnthèso.

nicres. Premièrement, étant accorde pour un instant que Texplication des faits soit également facile dans les deux théories, il con< vient néanmoins d'accorder la préférence au système qui représenterait les phénomènes de la manière la plus simple, et, sous ce rapport, la théorie d'un seul fluide est la meilleure. D'un autre côté, si la discussion à laquelle nous nous livrons en ce moment importe peu au physicien expérimentateur, il n'en est pas de même pour le physicien philosophe. Le premier se contente de classer les faits sous quelques points de vue généraux ; mais le second cherche en outre à pénétrer le mécanisme des phénomènes de la nature. On échoue fréquemment dans les recherches purement spéculatives ; néanmoins, le désir d'approfondir les problèmes n'est point blâmable. Nous croyons qu'un sage empirisme, consistant à vérifier à Taide de l'expérience les déductions fournies parle raisonnement, est une méthode scientifique précieuse; car, loin de fournir des ailes à l'imagination humaine, elle lui impose un lest suffisant pour la retenir loin du domaine de la fantaisie, vers lequel elle est toujours prête à s'échapper. Voilà pourquoi dans ce livre nous ne nous sommes jamais avancé d'un seul pas sans avoir éclairé notre route en mettant à profit toutes les ressources de l'expérience. A notre avis, on doit accepter comme principes un petit nombre de faits fondamentaux et y ramener tous les autres phénomènes ; de cette façon, il est possible de réduire le nombre trop considérable de forces abstraites qui encombrent la physique, et pour le moins on soulage la mémoire.

Mais traiter avec une méprisante hauteur toutes les recherches faites dans la voie synthétique, et les regarder comme des tenlatives déraisonnables, nous parait une très-grave erreur ; h ses belles époques la science n'a jamais eu ces tendances, et aujourd'hui les savants les plus distingués sont très-éloignés de proresscr une semblable opinion. La véritable philosophie ne consiste pas à imaginer une cause mystérieuse pour expliquer chaque fait particulier^ mais, au contraire, autour d'un même principe elle groupe des faits en aussi grand nombre que possible. C'est ainsi qu'elle a réuni comme effets d\me cause unique le mouvenieut orbitaiie des planètes, la chute des graves à leur surface, le flux et le icflu\ des océans qui les couvrent. Parce que Ton est déjà

parvenu à ce remarquable résultat théorique, il ne faut pas croire que la cause de ces phénomènes doit être éternellement inconnue de nous ; bien au contraire, il importe de se convaincre que tôt ou tard nous arriverons à saisir le lien qui la rattache aux autres forces de la nature. A nos yeux, déclarer impossible tout progrès dans cette voie serait aussi téméraire que tenter la solution de ces problèmes avant de posséder les connaissances et les termes de comparaison nécessaires.

Le grand Newton disait : « Déduire des phénomènes de la nature AutorU* ao deux ou trois principes généraux de mouvement, ensuite faire voir comment les propriétés de tous les corps et les phénomènes découlent de ces principes constatés, serait faire de grands pas dans la philosophie naturelle, malgré que les causes de ces principes demeurassent cachées ^

Nous avons cité ces quelques lignes, car elles expriment clairement notre but; nous voulons, autant que faire se pourra, montrer que les manifestations électriques se ramènent à de simples modalités de mouvement. Dès lors, ayant jusqu'ici envisagé un très-grand nombre de phénomènes comme les effets d'un flux continu, nous sommes maintenant obligé d'expliquer par le même mécanisme les phénomènes de tension.

Avant d'aborder cette étude, nous déclarons que là où d'autres, dans leurs théories, ont recours à des forces abstraites, à des agents mystérieux, nous n'hésitons pas à faire intervenir la pression d'un milieu, parce que cette action se déduit logiquement et physiquement de celle du flux lui-même.

' Ncwlon, Optic, lib. III, question xxii : « Ex pliœnomenis iiaUinc, duo vel tria derîvare genenilia motus principia, et deinde explicare quemadinodum proprietates et aclioncs reruiu corporearam omnium ex principirs islis manirostis conscquonlur, id vero mn^nus esset factus in pliilosopliia progrossus cliainsi, principiorum isfurum cause nondum esscnl cognila*. ))

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