‹ L'Unité des forces physiquesChapitre 158 sur 162 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les «1res Lcs étros Organisés envisagés sous le rapport de leurs fonctions sujeu'a^ux matérielles, réactions chimiques et mouvements, sont soumis à forces physi- ['empire des agents physiques, et comme tels satisfont au principe fondamental de la dynamique, que le mouvement ne naît jamais de rien et qu'il résulte toujours d'un autre mouvement. Nous avons déjà vu que les radiations solaires sont la cause presf)ue exclusive du travail végétal au sein des plantes; par une opération purement mécanique elles préparent les composés organiques, après quoi leur fotce vive reste éteinte. L'effet des vibrations lumi* neuses est ici comparable à ce qui arrive, lorsqu'un petit monticule de sable est déposé sur une plaque élastique de façon à n'en recouvrir qu'une très-faible étendue. Aussitôt que la plaque entre en vibration, son mouvement de frémissement se commui^ique aux grains de sable, qui peu à peu se répandent sur toute la surface el s'arrangent en figures géométriques. La mécanique végétale est liée à des conditions que nous ne connaissons pas et que Ton renferme dans le mot de vitalité. Un jour viendra où ce mot pourra être interprété dans son -véritable sens mécanique, mais, pour le moment, toute tentative de le faire serait illusoire.

Les végétaux ont la grande mission dans la nature de détruire R^ie de» les combinaisons faites par les animaux et de préparer ainsi des ^ ^ sources d'énergie potentielle en utilisant la grande énergie cosmique du soleil . Ce point est actuellement hors de doute ; de tout côté on entend dire aujourd'hui que c'est la force Vive du soleil qui, emmagasinée dans les dépôts de chaj'bon, alimente nos machines. Emmagasine- Or, il importe de bien préciser la véritable signilication de cette fol^ce solaire. manière de parler; voici comment on doit Tentendrc. Il a été établi ci-dessus que Tacide carboni(|ue est une combinaison chimique des plus intimes, c'est-à-dire que les atomes élémentaires sont fortement serrés les uns contre les autres. Malgré la stabilité de ce corps, le soleil agissant par l'intermédiaire de l'organisme végétal, le décompose et le transforme en d'autres moins stables, résultant de l'association des éléments de l'acide carbonique avec ceux de l'eau. Durant cette opération, la force vive des rayons solaires s'éteint S car le travail exécuté ayant pour objet d'augmenter la distance qui séparait les atomes du carbone de ceux de l'oxygène, est du même genre que le travail qui produirait l'élévation d'un corps grave à une certaine hauteur au-dessus de la surface d'une planète. Quand ces matériaux une foi^ formés sont abandonnés à eux-mêmes, dans des conditions que nous ne connaissons encore que très-imparfaitement, ils ne transforment en houille, laquelle à son tour, soit gar un travail naturel, soit à la suite d'un traitement artificiel spécial (la calcination dans une cornue à gaz, par exemple), peut devenir charbon pur; dans l'un ou l'autre cas, cette élaboration plus avancée nécessite un travail thermique. Le carbone étant parvenu à cet état, des physiciens modernes disent qu'il tient emmagasiné une grande quantité de force vive, ce que l'on doit entendre ainsi. Pour isoler le carbone et le rendre indépendant des Force dispoautres éléments auxquels il était combiné, il a fallu dépenser une coulbustfwos. grande force vive, car, comme nous venons de le dire, le travail accompli est comparable à celui dont l'effet serait l'arrachement d'une certaine niasse de la matière d'une planète et son élévation à une hauteur telle que celle-ci soit désormais sans action sur elle. Il importe donc de ne pas prendre dans un sens erroné l'expression

• Livre II, ch. vi.

introduite depuis peu par la thermodynamique dans le langage de la science. La molécule de charbon n'a pas en soi la force vive, dépensée à la mettre en liberté, pas plus qu'une pierre, élevée au-dessus du sol, ne renferme une quantité de mouvement ou de force vive égale à celle qui Ta élevée à la hauteur où elle se trouve. Mais de même que la pierre, en tombant sur la terre, reproduit, sous forme de chaleur ou de toute autre force, la force vive qui Ten avait séparée; de même quand la molécule de charbon, jadis arrachée à la combinaison, se précipite de nouveau vers l'oxygène, elle restitue la force vive qui, fournie par le soleil et nos fourneaux, avait opéré son isolement, et cette force vive se manifeste comme chaleur pendant le conflit moléculaire de la combustion. Si bien qu'en réalité le charbon nous rend la force vive qu'il a reçue antécédemment du soleil, et il est permis de dire que le charbon est un dépôt de force, comme une masse d'eau élevée à une certaine hauteur est un réservoir de force. Il est évident que par là on renferme sous une forme concise une longue suite d'idées, qu'on résume mieux avec le mot de force disponible. Dans l'une et l'autre expression, il est manifeste que la forcené se trouve pas dans la molécule elle-même, mais dans ses relations avec le milieu dans lequel elle est plongée. Il est bon d'avoir rappelé ici ces explications pour ceux qui n'auraient pas lu, ou assez médité sur ce que nous avons dit précédemment, car on serait sujet à des interprétations absurdes des phrases modernes. Force me Outre Taction relative au milieu, la molécule elle-même peut acquérir réellement une force vive plus puissante. Une manière d'emmagasiner une force^ c'est d'augmenter la rotation moléculaire comme il se fait dans nos volants ; cette cause n'est pas étrangère sans doute aux actions dont nous parlons. Force Daus Ics animaux ce sont les aliments qui, en brûlant au sein

de l'organisme vivant, engendrent la puissance motrice nécessaire à la circulation des fluides au sein des tissus vivants, et de plus celle qui est dépensée en mouvements extérieurs; si bien que dans les moteurs animés comme dans les autres, il y a conversion de la chaleur en mouvementé La chaleur n'est pas la seule forme

* Yoy. liv. I.

directe.

animale.

de force qui se développe dans les animaux, certaines classes possédant encore l'action électrique ; mais, comme la fatigue épuise l'activité des premiers, ainsi la décharge affaiblit les seconds ; ainsi les animaux qui pour se défendre ou se nourrir lancent contre leurs adversaires les commotions électriques, tombent dans un état d'épuisement et d'affaiblissement remarquable après des décharges réitérées. Les physiologistes ont prouvé que les combustions internes s'accomplissent au sein des muscles, et non dans le poumon, comme on le croyait anciennement, la fonction de cet organe étant de permettre au sang de se débarrasser de l'acide carbonique et d'absorber sans cesse une nouvelle quantité d'air vital. Admirable opération dont le mécanisme est maintenant bien connu, surtout depuis que la théorie mécanique de la chaleur a prêté son appui à la physiologie.

Cet élément de l'activité des êtres vivants, pour être des plus condiiionsde importants, n'est cependant pas le seul ; il faut aussi tenir compte ^^^^^^ d'une action spéciale, liée visiblement à une certaine disposition moléculaire, laquelle, une fois établie, permet à cette action de se continuer tant que les matériaux aptes à l'élaboration ne font pas défaut, et que la disposition est conservée intacte. C'est cette disposition nécessaire que nous nommons organisme.

L'organisme suppose comme condition première une disposition convenable, qui en rende les parties constituantes capables de produire un double effet : 1** une action extérieure ; 2** une action intérieure qui assure la conservation du mécanisme lui-même. L'observation prouve que celte disposition ne peut spontanément prendre naissance au milieu de la matière brute, qu'elle dérive de ce que nous appelons un germe. Ce germe suppose des conditions qui ne peuvent être réalisées par une simple combinaison s'effectuant d'après les simples lois qui régissent les molécules de la matière inorganique.

Afin de rendre notre idée plus clairement, prenons comme comparaiion. terme de comparaison les machines ordinaires. On n'arrive pas à construire une machine à vapeur en mettant ensemble, fer, charbon, eau, etc.; il faut distribuer ces éléments d'après un certain ordre, subordonner les uns aux autres. Une expression empruntée au langage philosophique rendra notre pensée assez exactement, il

Application.

faut leur donner une forme. Cette forme n'a rien de substantiel, elle ne consiste qu'en une coordination convenable des parties ; sans elle la machine n'existe pas : les parties employées ne pouvant d'elles-mêmes ni se façonner soit en tubes, soit en roues, ni s'adapter les unes aux autres, suivant tel ou tel ordre. Un mécanicien est indispensable, c'est-à-dire un agent extérieur doué de facultés supérieures à celles de la matière grossière, instruit des rapports abstraits à établir entre les quantités qu'il emploie ; en un mot, un être intelligent. Une fois la forme donnée aux pièces de la machine, les agents physiques'entrant en jeu pourront produire des effets, dont autrement ils n'auraient jamais été capables, Ainsi la pesanteur opérera contre elle-même, la chaleur appliquée à une extrémité du système déterminera un refroidissement à l'autre extrémité et ainsi de suite.

Pareilles conclusions s'appliquent relativement à l'organisme : de l'union de l'oxygène, de l'hydrogène et du carbone de quelque façon qu'on les assemble, alors même que la loi des proportions est scrupuleusement observée, ne sortira jamais une molécule végétale vivante. On a obtenu certains des produits qui s'élaborent dans les tissus végétaux ou animaux, mais non les tissus eux-mêmes organisés. On a obtenu des substances organiques^ une substance organisée jamais, et encore moins un orgatiisme. La génération spontanément opérée par les seules forces de la matière brute est une impossibilité, et, jusqu'ici, elle n'est prouvée par aucune expérience exempte d'objections; il en est de même de la transformation des espèces, théorie d'après laquelle un organisme serait transformable en un autre : il est aussi absurde d'admettre de semblables idées que de croire qu'une montre puisse d'elle-même se changer en une machine à vapeur ^

Cette doctrine, du reste, est contredite par les faits et Tobscr-

des espèces, ^atiou la plus élémentaire. Combien de siècles se sont déjà écoulés,

et, malgré le croisement d'espèces voisines et même très-voisines,

aucune nouvelle espèce féconde n'a pu être obtenue, et au con-

Tranaforma-

* \oy. à ce propos l'ouvrage de Flourens, en réponse à Darwin, qui est annoncé dias les Comples rendus de l'Académie des sciences du 14 mars 1846, et Touvrage de Bian~ coni, intitulé la Théorie danoinienne et la création dite indépendante, Bok^e, 1874; et le dernier mémoire d'Âgassiz : Evolution and permanence of types. Alt. monlhly, 1874.

DBS FORGES ORGANIQUES. 593

traire les espèces modiOées, abandonnées à elles-mêmes, retiennent à leur type primitif. Mieux encore; ou bien les conditions de milieu, dans lesquelles se produit la nouvelle espèce, exigoxt la transformation de l'espèce préexistante, alors celleci doit périr, ou bien elles sont telles qu'elles nentrabieni pas nécessairement une transformation, et alors la nouvelle espèce ne se développera pas; à moins d'admettre un caprice de la nature, une volonté indépendante de l'absolue nécessité des circonstances; mais cela revient à croire à l'action d'une cause libre, et c'est précisément ce que Ton voudrait exclure. U est impossible de faire valoir que les conditions nécessaires à la transformation, existent dans un lieu et manquent dans un autre; car le même individu qui se transforme, ne peut à la fois exister en deux lieux différents, et subir simultanément deux influences : l'une qui l'oblige à se modifier et l'autre pas. En pratique, un animal ne peut être par exemple ruminant et dans le même temps non ruminant : ces deux structures s'excluent et il n'y a pas d*in-« termédiaire assignable et possible avec la vie.

Comme dernière ressource, les défenseurs de la variabilité des Argument espèces, poussés à bout, disent que la transformation s'effectue par fo**r*^\™tes. degrés infiniment petits, compatibles avec les influences les plus diverses. Mais alors nous les prions : l'' de nous dire oùjsont ces variétés intermédiaires, qui, d'après eux, devraient exister en nombre infini; l'histoire naturelle, la géologie elle-même sont muettes sur ce point ; et tout indique que ces divers termes do transition n'existent pas. Comment donc accepter une théorie qui n'a pour s'appuyer aucune donnée d'observation.

En second lieu, nous disons que les degrés insensibles n'exis- impossibuiiô tent pas dans la nature, et seulement dans notre esprit. C'est notre degrk» esprit qui, faisant abstraction des particularités individuelles, de transiUon. crée les genres et les espèces exclusivement par la comparaison des idées générales. Mais dans la nature tout est individuel, et tout individu existant est en soi une réalité indépendante et qui n'influe pas directement sur l'existence des autres; un seul des caractères que l'on nomme habituellement secondaires ou accessoires, a une importance et une réalité tout aussi grandes que ceux qui sont regardés comme fondamentaux et de premier ordre.

SEccni. -^ roRCES physiques. — v édition. 58

Série des créatures.

Lfmiies des

forces phyàiques.

Avouons donc que ces révolutions théoriques de Técole nouvelle sont inso.utenables, et sont de pures imaginations, à Tappui desquelles on ne peut fournir aucune des preuves sérieuses que réclame la science véritable.

Quelques personnes supposeront que nous combattons ces idées pour des motifs religieux : mais il n'en est rien. A notre avis, de tels principes n'ont rien à faire ici : ils ne s'opposent pas à ce que Ton admette que Dieu puisse avoir doté la matière brute de telles particularités qu'elle se constitue dans un mécanisme particulier automate dans certaines circonstances. Les anciens scolastiques, quoique très-religieux, ont soutenu la génération spontanée; thèse (}ui fut rejetée aussitôt que la véritable science fut créée. La question ici est purement scientifique; nous combattons cette théorie, car elle manque de preuves directes pour l'établir empiriquement et rationnellement. Ainsi c'est avec raison que cette opinion a été stigmatisée par un des savants les plus compétents, M. Agassiz, comme un amas d'absurdités.

Il existe à la vérité dans la nature une admirable série d'êtres, un déploiement merveilleux de formes, les unes très-simples, les autres très-complexes, une variété inCnie d'organismes, depuis les plus rudimentaires jusqu'aux plus élevés; mais les lois de la matière ne suffisent pas à donner la raison de cette diversité, et il est nécessaire de reconnaître un principe libre qui, dans le choix et la coordination des formes, a assigné, parmi Tinfinie variété des formes possibles, celles qui étaient en harmonie avec les lois primordiales des forces physiques librement établies par lui.

Plus on étudie la nature, mieux on voit que les formes de U matière brute sont limitées; plusieurs actions, regardées d'abord comme inorganiques, lorsqu'elles ont été mieux connues, se sont trouvées être liées au développement d'êtres vivants; telles sont les fermentations et les putréfactions. Ces actions sont ducs au développement de plantes et d'animalcules ayant des dimensions très-petites, et une structure très-imparfaite, disons-^nous, bien que leur mécanisme nous soit aussi inconnu que celui des organismes les plus élevés dans l'échelle des êtres. Un organisme, quel qu'il soit, est l'œuvre de VÉternel Architecte; et ce que nous appelons la nature n'est autre que le travail et Cari de ce Maître

importante.

Suprême. C'est lui qui donne la forme à la' matière organisée, comme il a donné l'existence et le mouvement primordial à la matière brute. Exclure celte action, sous quelque prétexte que ce soit, c'est se fermer là voie des explications, même pour les phénomènes où elles sont manifestes. -Cela est si vrai que ceux qui ont voulu tout expliquer par la seule matière ont été obligés de la douer de forces et de puissances actives insuffisantes et très-variées pour satisfaire à ces besoins ; et ils n'ont pas pris garde que ces forces contrastaient ouvertement avec le caractère fondamental de la matière qui est Vinerlie. Quoi qu'on fasse, le dernier anneau de cette chaîne d'êtres admirables sera toujours relié au siège de la Divinité, pour nous servir de la célèbre allégorie d'Homère.

Admettre une puissance suprême et libre qui produit et règle la DistîncUon matière à son commencement, ce n*est pas dire qu'à l'enchainement scientifique doive se substituer l'arbitraire, auquel cas la science devient impossible. La science, en eiîet, consiste à déduire l'effet de sa cause, et quand la loi demeure constante, cela est toujours possible. Avancer que les lois de la nature ne sont pas nécessaires d'une façon absolue, ce n'est pas soutenir qu'elles soient changeantes et soumises au caprice. L'Eternelle Sagesse qui les fixa dès le principe, les choisit telles que partout régnât Tharmonie. C'est à la connaissance de cette harmonie que l'homme emploie tous ses efforts. Constance dans la loi n'est pas synonyme de nécessité. Des philosophes, très-respectables du reste, ont confondu à tort ces deux notions, et de là ils ont tiré' des conséquences absurdes. Ainsi, par exemple, voyant que toujours au moment où deux corps se choquent il y a transmission du mouvement de l'un à l'autre avec constance de travail perdu ou gagné, ils ont cru à une nécessité absolue, et comme en cherchant dans la nature de la matière elle-même ils ne trouvaient pas la raison du phénomène, ils ont eu recours à des forées intermédiaires et à des activités mises en jeu : êtres imaginaires et de pure fantaisie. Cette première création accomplie, ils ont jugé qu'ils pourraient bien se dispenser de l'action primitive de la Divinité et de son action conservatrice et providentielle.

Si ces philosophes avaient bien considéré les phénomènes dont

Les lois du

mouvement

ne sont pas

de nécessité

absolue.

Erreur contraire.

Ségiium des Torces physiques dans

l'oi^nisme.

il s'agit, ils auraient [vu que dans cette loi il y a sans doute constance^ mais non nécessité absolue. Nous pouvons très-bien comprendre le cas d'un corps qui, en frappant un autre, s'arrête luimême sans rien communiquer à l'autre : cela n'arrive pas, il est vrai ; mais celte loi fondamentale de la nature ne prouve pas sa nécessité absolue : elle serait possible dans un autre ordre de principes.

Les lois du mouvement, fixées par Newton, n'ont pas leur raison d'être dans Tessence de la matière, mais dans un acte libre de la Puissance suprême. Tous ceux qui ont cherché à en assigner la nécessité absolue ont échoué, ou, par une contradiction encore plus flagrante, ils ont attribué à la matière elle-même les propriétés qu'ils refusaient à un Principe libre, éternel et intelligent.

Du reste ces objections et ces difficultés viennent d'un principe erroné ; on semble croire que le Créateur ait fait son travail primitif et imposé ses lois à la matière, et abandonné après le tout à lui-même, a peu près comme l'artiste laisse partir de son atelier la machine confectionnée! Cela est absurde! Tout ce que nous voyons de vie, d'existence actuelle, vit et subsiste par l'action immédiate (le la même puissance qui Ta tirée du néant; de sorte que toute activité actuelle se résout finalement dans l'action même actuelle de la Divinité. Cela est bien connu, et sans tomber dans les erreurs du panthéisme, on doit admirer celte toute puissance nonseulement créatrice, mais aussi conservatrice de la matière, de la vie et de la forcée Mais revenons à notre rôle plus modeste d'expositeur des forces telles que nous les reconnaissons sans vouloir nous élever à leurs principes.

D'autres philosophes, au contraire, sont tombés dans l'autre extrême. Ils ont prétendu que dans les corps vivants et organisés les forces physiques n'agissent pas, et ils se sont mis ainsi en contradiction avec les faits les plus évidenls.

Les forces physiques et chimiques ordinaires servent à la conservation de l'être organisé, à son accroissement et à sa reproduc-

* In ipso vivimuSf movemus et sumus, disait saint Paul. Cette pensée émiuemment philosophique est bien propre à nous faire concevoir une grande idée de la dirinit', idée qui est peu développée dans le vulgaire. Dans une conrérencc astroo»inique, l'auteur de ce livre ayant insisté sur ce point important, un des auditeurs s'en déclara scandalisé, en causant avec un théologien français éminent ; celui-ci lui r^K»-

cettu erreur.

tien ; envisagé sous ce rapport, un être vivant parcourt une série de phases parfaitement comparables, au moins, tant que nous le permet notre faible vue, à ces machines dont le mouvement est entretenu par un ressort ou une pile électrique; une fois montées, elles exécutent une série de mouvements déterminés jusqu'à ce que le ressort soit détendu, ou la pile épuisée.

On doit éviter Texagération dans un sens comme dans l'autre, source de et s'il ne faut pas refuser aux forces physiques l'activité qu'elles possèdent, pas davantage il ne faut leur attribuer celle qu'elles n'ont pas. Envisagés superficiellement, certains phénomènes de la matière brute semblent indiquer qu'il existe en elle une autre substance, un principe différent de la matière; ainsi les anciens croyaient à la présence d'un esprit dans l'ambre frotté et dans l'aimant; mais une analyse plus rigoureuse des faits a ramené ces forces à n'être comme toutes les autres que des mouvements spéciaux de la matière. Il en est de même de la force végétale qui résulte d'un organisme particulier. Mais ni l'organisme ni toutes les forces qui opèrent en lui, ne nous donneront jamaisia raison du principe de la sensibilité et de la conscience, et encore moins du principe intelligent auquel tel organisme est associé.

L'idée de force est en soi une idée confuse, équivoque, nébuleuse pour ainsi dire, qui cache on ne sait quel mystère ; si bien qu'elle prête facilement au sophisme et rend possibles les explications les plus opposées d'un même fait. En examinant les choses de plus près et avec plus de précision, on reconnaît que les forces de la matière se réduisent au mouvement. Mais plusieurs des phénomènes que nous voyons se produire dans les animaux, et ceux auxquels participe notre propre individu, sont tels qu'ils ne peuvent élre rapportés seulement au jeu des forces régissant' la matière brute ; donc partout où ces phénomènes se traduisent à nous, il est nécessaire d'admettre une autre espèce de forces. Cette espèce d'ordre supérieur, de puissances, sera niée comme on a nié Téther autrefois, mais enfîn on finira par les admettre.

dit tout simplement : Est-ce que vous croyez le bon Dieu un gentilhomme, bien élevé y L*illustre théologien, le père Frullet, peut-ôlre no fut pas compris, mais il prouva que la puissance divine difl'ère bien des emblèmes qu'emploient les artistes pour la repri^scnter.

Nécessité Cela devient surtout indispensable lorsqu'on examine Tensemble dcg des manifestations rationnelles de l'homme, car, suivant une re- ^ïvdre' ï"^''^"® fort judicieuse de Tyndall (Discours d*inauguration de la supérieur Société britannique de 1868, secUon de physique et de mathéphysiques. matiqucs), quond même nous arriverions à connaître les mouvements qui, dans les fibres cérébrales, accompagnent nos sensations, il resterait toujours à expliquer comment nous avons la conscience de ces impressions. Entre cette conscience et la modification de l'organe s'étendra toujoi^rs un abîme, que le matérialisme ne pourra franchir, parce qu'il se trouve là en présence de quelque chose, qui diffère en tout de la transformation d'un mouvement en un autre.

Pui&sauce Cette couscieuce n'est, en somme, que la modification de l'être

inteUecluelle < 9 . 1 » < • i • j 1

immatérielle, pensant, c est un phénomène qui n a rien de commun avec le mouvement, et qui, d'après le témoignage du sens intime, n'a rien de matériel. On a dit, et peut-être avec raison, que sans phosphore il n'y a pas de pensée, mais on peut ajouter que sans oxygène il n'y a pas de pensée non plus, car étant donné qu'une matière est nécessaire à la formation de l'organe perceptif, il ne s'ensuit pas que celte matière constitue la perception ellemême, c'est-à-dire la conscience. Ainsi Vétude attentive de la matière conduit à admettre en nous un principe immatériel, qui régit et commande. Jusqu'à quel point ce principe immatériel domine-t-il la matière? nous l'ignorons; et probablement c'est en exagérer l'importance que de vouloir, à l'exemple de quelquesuns, le substituer à toutes les forces physiques nécessaires au développement de l'organisme. Toutefois la divergence d*opinion qui règne encore sur la question de savoir quelles sont les limites du principe dominateur de la matière organisée n'autorise qui que ce soit à nier l'existence de ce principe. L'unité des Quelqucs persouncs se sont effrayées craignant que la doctrine '^'^quesîe^" de Tunité des forces physiques fraye la route au matérialisme : conduit pas jyjgjg ^jj^g gg trompent. De même que l'âme a besoin de la matière

au ma- * *■

tériaiisme. pour sc mettre dans l'ordre actuel des choses en relation avec le monde extérieur, ainsi a-t-elle besoin de la force, et du mouvement qui accompagne cette matière pour agir sur les corps. Elle en peut disposer et le transformer, mais ne peut ni le créer ni le

détruire ni le réduire au néant, et la force du mouvement est autant indépendante de la volonté que la matière elle-même.

Ce que nous disons, acceptant le témoignage du sens intime, de l'existence en nous d^un principe différent de la matière, est en-core applicable au reste de l'univers. Si au dedans de nous réside une force autre que la matière ; bien plus, si Thomme lui-même est constitué dans sa partie la plus noble par ce principe ; s'il n'est pas son propre auteur, évidemment la cause qui Ta produit aura, pour le moins, pareille qualité et capacité, c'est-à-dire personnalité, raison et intelligence, avec cette différence que, puisqu'on ne peut remonter indéfiniment la série des causes successives. Tune de celles-ci doit présenter à un degré suréminent tous les attributs que l'Iiomme ne possède que par simple communication.

L'étude des forces physiques amène donc à reconnaître comme nécessaire l'action immédiate d'un Être supérieur à la matière ; et il est également absurde de prétendre, à l'exemple de certains philosophes, expliquer les actes de Tintelligcnce par une activité de l'organisme, doué à cet effet d'une puissance extraordinaire, que d'expliquer, sans un principe supérieur qui l'ait produit, l'existence de ce monde si beau et si varié, dont avec tant de peine nous arrivons à pénétrer quelque secret. . L'homme ne peut comparer son œuvre à celle de son créateur, parce que ses moyens d'action sont trop grossiers, il ne peut mettre en œuvre que la matière pesante, et la forme qu'il lui donne pour l'adapter a ses machines se ramène constamment à deux types : la corde et le levier. Quand il utilise quelque autre agent, soit le mouvement moléculaire calorifique, soit le mouvement de l'éther, c'est par l'intermédiaire de systèmes matériels très-compliqués ; toujours est-il qu'il parvient ainsi à des résultats merveilleux ! L'application directe des mouvements moléculaires est tout à fait hors de notre portée, et même, à dire vrai, nous ne connaissons que très-imparfaitement le mécanisme de ces actions. Nous admettons des tourbillons, parce que c'est l'idée la plus simple que notre esprit se forme des mouvements dans les fluides; mais quand il s'agit d'un assemblage de molécules organisées, chacune d'elles par la complication de ses mouvements et de sa structure est comparable à une de nos machines les plus

Puissance

d'ordre

suprême.

Limites

de ractivilé

huinaine.

Mpendanoe savaiDment combinées. Car à voir une légère variation de tempe- * de^â ^ rature en plus ou en moins arrêter ou exciter tout le mécanisme

tempénture. moléculaire, et tous les systèmes organisés, au moins ceux qui ne sont pas (les plus rudimentaircs, ne jamais résister' à la chaleur quand elle dépasse un certain degré, il est impossible de douter de l'énorme complexité de leurs mouvements internes.

Les végétaux sont de tous les corps organisés les plus simples. L'organe qui sert de base à leur développement est la cellule que nous voyons naître d une autre semblable à elle, puis se multiplier et former d'autres organes par leur juxta-position. L'activité végétale exige pour s'exercer de la lumière, certains éléments minéraux, de Thumidité, etc. ; que l'un de ces cléments vienne à manquer, et il se conservera intact pendant une longue suite de siècles, comme on Ta reconnu sur les graines trouvées dans les tombeaux égyptiens, puis reprendra le cours de son évolution, lorsqu^il se trouvera dans les conditions nécessaires à son développement. C'est là ce qui n'arrive jamais à l'animal' parfait, il ne peut suspendre toutes ses fonctions sans périr. Les actions chimiques qui, dans les plantes, s'accomplissent sous l'influence de la lumière et de la chaleur, peuvent être imitées artificiellement dans nos laboratoires, les produits obtenus dans les deux cas sont semblables : ce que nous ne parvenons jamais à imiter, c'est le mode d* action. Sauf cela, il n*y arien dans la végétation qui ne rentre dans le domaine de la chimie ou de la physique. Si bien que l'agencement organique associé au mouvement, d'après une certaine forme^ permet d'expliquer les phénomènes de la vie végétale. Les anciens, très-enclins à tout traduire soos une image sensible, attribuèrent les fonctions des végétaux à une âme végétante; mais rien n'empêche de les regarder toutes comme résultant du jeu d'une certaine disposition des parties animées par les forces physiques ^ Assurément il ne nous est pas donné de comprendre tous les mouvements qui s'accomplissent dans un végétal et de saisir le secret de l'état d'agrégation de ses parties, mais autre chose est de comprendre comment arrive un effet et d'assigner la nature du principe causal.

* Voy. i ce sujet Texcellent article sur la nutrition, dans le Traité rfe chimie da proressciir Purgotti; 5- édition, Pcrousc (p. 18 et suiv. de l'Eitmil lire à part .

animale .

Tout an contraire, dans les animaux existe un principe, qui, .«ctîTité supérieur à la matière, en commande les réactions. Les forces physiques lui fournissent l'élément de première nécessité, c'est-àdire le mouvement qui constitue le fond de tous les actes de l'organisme. Les effets de ces forces soumises à Tinfluence de ce principe ne sont pas les mêmes, que lorsqu'elles en sont affranchies, de sorte que dans les fonctions animales, les mouvements beaucoup plus complexes, beaucoup plus délicats que dans les fonctions végétales, sont pour ainsi dire d'un ordre supérieur. Cest le même principe qui fait passer une certaine quantité de mouvements d'un point de Tindividu à un autre, qui fait que ce mouvement se communique aux objets extérieurs, tout en se conservant comme élément du mouvement général de la matière. Aux derniers degrés de rçchelle des êtres (dans les polypiers marins et les infusoires, par exemple), il est souvent difficile de décider si les mouvements sont automatiques ou volontaires, mais dans les classes élevées le doute n*est pas possible. En un mpt, dans les animaux que le mouvement, qui est toujours le résultat du concours des forces physiques, joue seulement le rôle d'instrument, de moyen mis à la disposition du principe supérieur, et il est ordonné par ce principe en vue d'un but voulu. La comparaison suivante, bien qu'incomplète, est encore celle qui aidera le mieux à rendre notre pensée. Considérez une locomotive, quelque parfaite que vous la supposiez, jamais d'elle-même elle n'entrera en mouvement et ne se mettra à fonctionner avec régularité; il faut le mécanicien qui ouvre la clef, gouverne le tiroir de façon à la faire avancer ou reculer, etc. De même les animaux doués de mouvements volontaires, non-seulement possèdent ce mouvement, cet attribut inséparable de la matière brute, mais en eux se révèle encore une puissance directrice, d'un ordre plus élevé que la matière. La vie envisagée flu point de vue des phénomènes purement matériels, se réduit à un mouvement de parties fluides, ayant la propriété de subvenir à l'accroissement et au renouvellement des organes au sein desquels ils circulent. Que ce mouvement vienne à cesser dans l'être, aussitôt il meurt ^.

* Dernièrement un auteur nous a taxé d'inconséquence. Toutes les forces, selon nous, disait^il, sont mouvement. Les végétaux Font simple matière et mouvement.

Forces aprôg

la mort de l'animal*

I)estruclion des corps organisés.

Par là, quelques-uns seraient induits à croire que les forces agissantes dans Tanimal vivant sont différentes de celles qui agissent après sa mort. Cette erreur a été très-bien combattue par l'illustre Mayer, fondateur de la thermodynamique. Il fait observer avec justesse que pendant la vie se produisent dans l'animal les mêmes réactions chimiques qu'on a dans Tanimal mort : la seule différence est que Tanimal vivant peut expulser ces matières devenues inutiles et préjudiciables à ses organes, tandis que mort il ne le peut pas. De là accumulation de matières non-seulement inutiles, mais nuisibles à Téconomie, et qui, s'accroissant rapidement, produisent bientôt Taltération des organes eux-mêmes et les rendent incapables de faire les actions du corps sain et vivant. La preuve de ces assertions n'est pas difficile à fournir : tout le monde connaît Tair infect qui émane des corps vivants et la nécessite de le renouveler pour conserver la vie.

Quant la mort d'un animal est causée par une lésion traumatique d'un organe nécessaire à la circulation ou par l'obstruction des vaisseaux, les forces physiques demeurent libres d'agir sur la matière ; et même quand l'organisme n'est pas détruit par la violence de l'action extérieure, comme dans le feu, par exemple, les dilatations inégales causées par la chaleur qui n'est plus maintenue à un degré constant par l'action de la vie, troublent l'agrégation des parties ; l'humidité extérieure qui envahit les tissus, n'en étant plus empêchée par les circulations organiques, les altère, parce qu'elle y introduit des éléments étrangers; et ainsi commence le lent travail de destruction.

Le plus ordinairement la décomposition d'un corps organisé

pour({uoi n'en serait-il pas ainsi de l'animal? Et si cela est vrai pour Tanimal brut, pourquoi pas pour Thomuie? Laissons de côté celle espèce d'argumentation par*de$rr^ qui conduit en général à des absurdités affreuses. Contentons-nous d'examiner les extrêmes. Alors la nécessité d'une puissance nouvelle est frappante. La sponUm'ité non-scuiement, mais l'intelligence, la conscience, la liberté demandaient un principe diflcrent des pures forces physiques, et nous devons radmeitre. Nous retrouvons ici un cas parallèle à celui traité dans ce livre : un grand nombre de phénomènes physiques s'expliquent pnr la seule action de la matière pondéralde : donc il faut pour tous rejeter l'éllierl La logique la plus élémentaire condamne un tel raisonnement; lorsqu'on a des faits de genres nouveaux irrévocables et contradictoires aux causes connuett il faut en admettre des nouvelles ; cela doit se faire avec d'autant moins de réserve que la pénétration de notre science n'est pas vraiment trop forte. (Voy. Revue des cours scietUi figues. Janvier, 1871.)

survient parce que d'autres êtres organisés, d'ordre inférieur, se développent à ses dépens et se nourrissent de sa substance. Ainsi les mousses qui se développent sur les arbres morts, les vibrions et les autres infusoires infiniment petits qui déterminent ce que Ton appelle la putréfaction, sont les agents par l'intermédiaire desquels la matière organisée retourne au monde inorganique. Que Ton empêche ces actions de se produire, et la forme organique ne se détruit pas, ainsi que cela a été réalisé dans les magnifiques préparations anatomiques du professeur Brunetti de Padoue; il est donc faux que la matière organisée, pour subsister sous la forme qui lui est propre, doive être soumise à des forces spéciales ; il faut seulement une action première qui dirige ces forces de façon à en obtenir le résultat à la production duquel Torganisme est destiné. La disposition matérielle, une fois réalisée, elle peut persister alors même que la vie a cessé*.

Le végétal, dans le grand édifice de la création, parait destiné à But du organiser la matière inorganique, qui peut alors servir à Tanimal. Vcréaiion? Celui-ci ne se 7wurrit pas et n'assimile que la matière déjà organisée, tant végétale qu'animale. Toutefois, il n'est pas encore démontré que le végétal ait, de par lui-mênle, la force nécessaire pour rendre organique celle qui ne Test pas du tout. La nécessité de le nourrir avec de l'air tel qu'il est dans l'atmosphère, c'est-àdire renfermant en abondance des émanations organiques, porte à croire que, pour certaines fonctions des plantes, il faut une matière ayant déjà subi une première élaboration. Jusqu'à quel point cette élaboration préalable est-elle nécessaire? On Fignore. Et c'est là un problème digne d'attirer l'attention des observateurs. La plante est encore destinée dans l'économie de la nature à détruire ces combinaisons, qui, accomplies au sein de l'organisme animal et rejetées dans l'atmosphère, en changeraient bientôt la composition.

' Sur les ferments végétaux el animaux qui sont la cause des prétendues forces putrides ou de dissolution, voy. Pasteur. Comptes rendus 29 juin, t. LVI, 1863. Les ferments que Ton peut regarder conmie végétaux monas, bactcrium, etc., vivent dans l'oxygcnc et dégagent de Tncide carbonique. Les ferments animaux, vibrions, etc., se conservent dans l'acide carbonique, tellement qu'ici la relation qui existe sur une si vaste échelle entre les plantes et les animaux se trouve renversée. L,cs extrêmes se touchent. (Voy. p. 1191.) Ajoutons encore les mucores et les mucédinées, qui sont de véritables végétaux. La putréfaction diftère de la gangrène, parce que celle^i est en quelque sorte une vie purement chimique (p. 1194).

ÉquUibre Ainsi un admirable équilibre règne dans l'univers, et la solil'univen. darité des animaux et des végétaux est si étroite, que la vie des unes est indispensable à l'existence des autres. Existence, monvement, vie végétative, sensation, intelligence, tels sont les cinq termes de la création. L'Auteur suprême, alors qu'il donna Texistence à la matière brute, lui communiqua encore un principe d'activité consistant en un mouvement indestructible. Daiis certains systèmes moléculaires, le mouvement devint la résultante d'une disposition spéciale, soumise tout entière à l'empire des forces physiques ; dans d'autres groupes, des dispositions particulières déterminèrent des réactions progressives sous une loi déterminée tendant à une reproduction continuelle; dans une autre classe, les réactions de la matière furent réglées par un principe supérieur, auquel elle fut associée ; et à celui des êtres qui occupe le sommet de Téchelle, à l'homme seul, l'auteur de la nature donna la lumière de la raison, qui lui confère la puissance de se connaître lui-même, de connaître son Créateur, ses œuvres, les causes des choses, et enfin lui permet jusqu'à un certain point d'imiter le travail de la nature.

Au moment de mettre la dernière main à ce travail qui a dépassé de beauco ip les limites dans lesquelles nous avions espéré le renfermer, nous ne pouvons nous empêcher d'engager le lecteur à jeter un coup d'œil d'ensemble sur le chemin parcouru.

Si, au lieu de s'arrêter aux derniers chapitres où sont traités les sujets qui excitent le plus la curiosité, et auxquels nous attachons une importance seulement de second ordre, le lecteur a eu la patience de suivre la discussion dans tous ses développements, il aura reconnu facilement quels immenses progrès l'esprit humain a faits dans la connaissance de la nature durant ces dernières années.

En présence des résultats partiels fournis par l'expérimentation, il sera persuadé qu'ils nous tracent la voie à suivre pour arriver à envisager les forces régi^^sant la pure matière d'une façon beaucoup plus simple et plus précise qu'on n'a pu le faire jusqu'à présent.

Le résultat le plus important de notre analyse peut se formuler en quelques lignes. Toutes les tendances abstraites, les qualités occultes des corps, les nombreux fluides imaginés jusqu'ici dans le but d'expliquer les agents physiques, doivent être bannis du domaine de la physique, car toutes les forces de la nature dépendent du mouvement.

Il est rationnel d'admettre que le mouvement revêt dans les parties élémentaires de la matière la forme la plus générale sous laquelle il se présente dans une masse finie, c'est-à-dire celle d'un double mouvement de rotation et de translation. Par cette double

Coup d*œil sur l'ouvrage

Voie (le progràs.

Résultat général.

Mouvement élémentaire.

qualité il devient indestructible dans la masse, car la mécanique enseigne qu'en vertu de Tinertie, il se conserve indépendamment de toute action spéciale qui T entretienne. L'énergie qui lui a été communiquée à l'origine par le Premier Moteur se conserve en raison du même principe qui assure la conservation de la matière. Si on nous presse pour dire quelle est la puissance qui a produit le mouvement primitif, nous n'hésitons pas à dire cette Puissance est Dieu,

Conserraiion Lc principe, nommé par les physiciens modernes principe de nergie. j^ conservation de l'énergie, n'est au fond que le premier de ceux posés par Newton lorsqu'il formula les lois de la communication d'un mouvement, c'est-à-dire celui de l'égalité entre l'action et la réaction. Un corps complètement libre se meut naturellement en ligne droite et dans la direction de l'impulsion qu'il a reçue ; si sur sa voie il vient à rencontrer une seconde masse, il lui communique son mouvement, et alors il exerce une action qui, passant du premier au second, est dite produire en lui une réaction égale. De ce principe résultent non-seulement les lois de l'échange de mouvement entre les corps, au sein desquels il ne se développe aucune force interne, mais encore celles qui règlent la communication par le moyen d'autres corps tels que les leviers, les cordes, etc., qui constituent les machines. C'est lui qui donne la raison des formules nommées principe des aires, théorème des moments, principe de d'Âlcmbert. Ce dernier dit, en effet, que dans un système donné il y a constamment équilibre entre «les forces perdues d'une part et celles acquises de l'autre, et par là les problèmes de dynamique se trouvent ramenés à de simples questions de statique.

Force vive. Le mcme principe s'applique encore au cas où les résistances sont continues et naissent soit du frottement, soit de la cohésion, soit de la gravité, soit enfm de l'accélération du corps. En évaluant à chaque instant l'énergie de la cause agissante par le produit de la force mv et de la vitesse instantanée, il résulte à la fin d'un temps fini, le produit \ mv* que l'on nomme force vive, ou énergie, qui est la mesure du travail actif; et en évaluant la ré^ïislance ou réaction par la vitesse communiquée dans le même temps aux parties du corps, multipliée par l'inlensité des forces résistantes,

quelles qu'elles soient, c est-à-dire en représentant le travail accompli par le produit de la force résistante et de l'espace parcouru à chaque instant, on trouvera constamment le travail passif égal au travail actif.

On n'a jamais émis le moindre doute sur l'exactitude de ces principes tant que l'on s'est occupé seulement du mouvement de masses pondérables, et il fut admis comme évident qu'avec de telles masses le mouvement perpétuel était impossible. Mais la nature mal déterminée, et du reste difficile à connaître, de certaines résistances et de quelques causes de mouvement, dites d'ordre physique, ne permettait pas d'appliquer ces formules à un grand nombre de faits, par exemple aux actions chimiques, à celles de l'électricité et de la lumière, et enfin surtout aux phénomènes de chaleur. Les recherches entreprises dans ces dernières années, ont prouvé la complète généralité des principes fondamentaux de la mécanique.

Les découvertes faites en optique, l'étude de la chaleur rayonnante civaient déjà persuadé les physiciens que le calorique est un phénomène de mouvement et qu'il devait en être de même de quelques actions chimiques ; mais le fait récemment démontré de la transformation du calorique en force mécanique avec abaissement de température, les a conduits à diriger leurs investigations dans une voie nouvelle. On a reconnu que l'égalitp entre Taclion et la réaction existe non-seufcment lorsqu'il s'agit des mouvements finis des masses, mais aussi des mouvements n^oléculaires qui constituent ce que l'on appelle le calorique. Cette agitation des molécules est en nous la cause immédiate de la sensation de chaleur; en outre, la tempéi*ature et l'état physique des corps dépendent de l'intensité de la force vive animant les molécules, si bien que la température s'évalue d'après le travail des dilatation.'. C'est encore par le fait du mouvement calorifique que la matière passe à Tétat de Quide élastique ayant pour caractère spécifique d'être expansif ; d'une manière générale de ce mouvement résultent les forces dites répulsives ou diffusives

Après une étude plus approfondie des propriétés de la matière, la nature des forces qui, nommées ordinairement attractions moléculaires, déterminent la formation des corps et leur donnent

Extension de ces principes aux impondérables.

La chaleur

mode de

mouvement.

Forcés allractives.

une forme déterminée, devint moins obscure, on reconnut qu'elles ne consistaient pas en des liens matériels réunissant les diverses parties constituantes, ni en des principes abstraits agissant à distance; mais qu'on devait les considérer comme un effet des mouvements qui animent les masses élémentaires. Tous les eflets mécaniques et thermiques de la matière se réduisent simplement à changer des directions et à faire varier des vitesses dans les masses ; et l'unique différence qui sépare les effets ordinaires de ceux d'ordre atomique réside en ce que dans les premiers, les mouvements sont très-apparents, tandis que les autres échappent a nos sens, vu leur amplitude excessivement petite. Et si parfois la translation moléculaire parait manquer, il n'en faut pas conclure que l'effet est nul, car alors l'action s'épuise à modifier la rotation. Les plus petites masses moléculaires peuvent et doivent résister par cette même cause, et par la simple inertie, de même que nous voyons le tore d'un giroscope, par cela seul qu'il est en rotation, résister quand on cherche à changer sa direction, bien qu'il soit suspendu sur des supports d'une mobilité extrême. Réciprocité En vcrtu de ces réactions le travail des forces au sein des masses piiénomènes. ^^^ réduit â un simple effet dynamique, il doit donc être soumis à la loi générale de tous les mouvements. Au point de vue expérimental, une action mécanique quelconque se réduit au choc d'une masse, ]fi choc des masses finies passant aux molécules intégrantes, se résout finalement en chaleur. Réciproquement de la chaleur dérive le pouvoir mécanique, sous forme soit de mouvement moléculaire chimique, soit de dilatation thermique, et tout se passe de telle sorte qu'une compensation parfaite s'établit dans le vaste ensemble de l'univers dont nous occupons un point ; aussi serait-ce folie de prononcer sur ce qui passe aux dernières limites de la création, d'après la manière d'être de ce qui nous entoure ^ Parce que l'action de la matière pondérable est seule perceptible à nos sens, il ne s'ensuit pas qu'elle soit la seule dont il faille considérer les effets et l'influence, il existe dans l'espace et à

JlaUère impondérable.

* Parmi les objections faites aux doctrines ici exposées, se trouve la suivante : Comment les choses se passent-elles aux limites du monde créé? >'ous avouons sur ce point notre complète ignorance, mais cela cmpéclic-t-ii d'admettre les faits dénicnlivs d'une façon palpnble?

Électricité.

GONGLISION. 600

l'intérieur de (ous les corps une matière plus subtile, qui par son inertie est capable d^éteindre les mouvements des masses pondérables, et, en vertu de ses conditions d'équilibre et de pression, peut maintenir les masses pesantes à leurs distances respectives, d'autres fois déterminer leur rapprochement; en un mot, et d'une façon générale, elle agit comme un fluide.

L'optique démontre la présence de cette matière subtile dans Radiadoiu. tout Tunivers., c'est cette matière qui par sa vibration produit non seulement la sensation de lumière, mais aussi excite des actions thermiques et chimiques entre corps placés à distance. Ce milieu, répandu au dedans de tous les corps diaphanes et opaques, par ses mouvements de translation, est la cause des phénomènes qui constituent l'électricité dynamique et le magnétisme, enfin il entre en jeu dans les réactions chimiques. A l'état de flux il ti'ansporte la force vive d'un point à l'autre des masses mises en contact dans les systèmes voltaïques, et par ses pressions il donne lieu aux attractions et répulsions électro-statiques.

Ce milieu est formé par une substance qui essentiellement ne diffère pas de la matière commune, seulement il suppose une condition ou un état de la matière elle-même autre que celui sous lequel elle constitue les corps dits pondérables. L'état dont il s'agit est une complète désagrégation ou une atténuation telle que la matière, réduite à ses atomes élémentaires, pénètre partout, aussi bien dans les espaces planétaires qu'à l'intérieur des corps.

Quand la matière est dans cette condition, on la désigne sous le nom d'éthcr ; elle n'a perdu aucune de ses propriétés essentielles. Elle est inerte et soumise à toutes les lois de la mécanique, et on ne peut l'appeler un agent immatériel que par un abus de mot, et seulement pour la contre-distinguer de la matière pesante. La résistance de l'éthcr aux mouvements de translation devient appréciable seulement dans des cas exceptionnels, alors que le corps est animé d'une vitesse énorme. L'éther ne parait pas soumis à la gravité, parce qu'il est lui-même la cause de cette force et de toutes les attractions.

Le mouvement est la cause directe des répulsions, en tant que les molécules, si elles étaient libres et isolées, iraient en vertu de leur inertie se perdre dans l'espace, entraînées qu'elles seraient

Constitution de 1*61 lier.

La répulsion

cause les

attractions.

SECCHI. — FOnCF.8 PHYSIQUES. — 2« ÉDITION.

610 C0>CLTJSI0N.

par l'impulsion reçue à Torigine; ainsi elles se sépareraient les unes des autres, et s'écarteraient indéfiniment. Mais, ces parcelles étant multipliées à l'infini dans des espaces limités, leur propre mouvement devient une cause indirecte d'attraction, en ce sens que chaque centre de matière de masse différente formant l'atome simple, c'est-à-dire constitué par un assemblage d'atomes vraiment élémentaires, devient en même temps le centre d'une moindre densité au sein du milieu lui-même. D'où résulte un déplacement des centres plus facile suivant la ligne qui les unit que dans les autres directions, ce qui produit les attra(5tions et les pressions environnantes. Suivant l'amplitude et l'intensité du mouvement, dans ces sphères dilatées, sous l'influence des rotations, prennent naissance à diverses distances les attractions desquelles dérivent les propriétés chimiques et moléculaires des corps, et celles qui gouvernent les mouvements des astres. Jusqu'à présent il nous est impossible de dire comment les choses se passent dans chaque cas particulier, spécialement dans ces groupes de matière qui forment les corps organiques. Dans ces groupes les équilibres sont trèsinstables et déterminés par des causes fort complexes et des influences souvent toutes différentes de celles qui agissent ordinairement sur la matière brute.

MouTement Néanmoins, d'une façon générale, il est exact de dire que tout etmatiâre (Jépend de la matière et du mouvement, et nous revenons ainsi à

sufliseatpour ^ ^ '

expliquer la vraie philosophie, déjà professée par Galilée, lequel ne voyait dans la nature que mouvement et matière, ou modification simple de celle-ci par transposition des parties ou diversité de mouvement. Ainsi disparaît cette légion de fluides et de forces abstraites qui à tout propos étaient introduits pour expliquer chaque fait particulier. Il est vrai qu'à diverses reprises, surtout en Italie, plusieurs auteurs se sont élevés contre ces tendances scientifiques, mais nous avons aujourd'hui la satisfaction de voir les nouvelles doctrines défendues même par les savants les plus distingués des autrfs pays*.

* Voy. le dernier ouvrage de Maxwell, EîecttHcity and magnetisin, où, au milieu de la plus grande réserve anglaise et d'une nomenclature particulière, la théorie de l'élher forme la base de l'explication de ces deux clauses de phénomènes. Ceux qui aiment les discussions mathématique^ pourront être satisfaits, quoique les principes ne deviennent pas plus claires pour cela.

Quoique nous nous refusions à admettre ces agents mystérieux, cependant jusqu'ici nous ne pouvons concéder que tous les phénomènes de la nature dépendent de ce seul principe nommé matière pondérable, et nous croyons indispensable d'admettre Texistence d'une autre condition de la matière, échappant à l'influence de la gravité, matière qui n^est peut-être que la même matière grossière et pondérable parvenue à nn degré de rareté et d'atténuation extrême. C'est elle qui donne lieu par ses mouvements divers aux phénomènes de la lumière, de l'électricité, du magnétisme et de la gravité elle-même.

Si un jour on arrive à prouver qu'il est inutile d'admettre cette seconde condition de la matière, on ne fera que réduire toujours davantage le nombre des moyens dont la nature se sert pour arriver à son but, et cela ne saurait porter atteinte au principe posé par nous comme fondamental, qu'il suffit de la matière et du mouvement pour expliquer tous les phénomènes connus sous le nom de forces physiques.

Que l'on nous comprenne bien : nous ne voulons pas dire par c^qmresie la que toutes les questions sur les divers phénomènes de la nature sont résolues, et que dès lors de nouvelles recherches, et de nouvelles spéculations deviennent inutiles. Il reste encore à connaître comment les choses se passent dans une infinité de cas, par quel mécanisme s'accomplissent tels ou tels phénomènes spéciaux; comment les faits se ramènent à des lois semblables. Bien qu'on eût trouvé que les phénomènes célestes se réduisaient à des mouvements suivant des lois bien définies, on ne fut pas dispensé de poursuivre à grand'peine, durant une longue suite de siècles, Tétude de ces lois; semblable remarque est applicable à la mécanique moléculaire. En considérant combien est encore imparfaite la dynamique des fluides pondérables, on ne s'étonnera pas de l'obscurité qui enveloppe plusieurs questions relatives aux effets d*un fluide impondérable, et Ton verra quels nombreux travaux il reste à entreprendre pour parvenir à jeter un peu de lumière sur ces problèmes difficiles.

Dès l'instant où l'on aura compris que tout se fait par le mouvement, les recherches deviendront plus faciles, une nouvelle voie sera tracée qui conduira plus directement à la solution des pro-

But de la science.

modeste de rau>eiir.

blcmcs, c'est-à-diro à l'explication des phénomènes^ car un problème bien posé est déjà à moitié résolu. De nriéme que la vraie chimie date du jour où fut reconnue la permanence des masses, de même on commença à donner une vraie théorie des phénomènes physiques seulement lorsqu'on songea à tenir compte de la quantité de mouvement ou de la force vive, et, pour Ta voir fait, les physiciens de notre époque ont attaché à leur nom une gloire impérissable.

Un phénomène sera réellement expliqué lorsqu^on connaîtra la quantité de travail dépensée à le produire, et le mode de transformation du mouvement qui lui donne naissance. Mais nous sommes loin d'une telle perfection.

Cependant nous avons vu quels grands progrès on a fait dans celte voie en calculant les équivalents des diverses forces ; détermination difficile dans un grand nombre de cas, mais elle est toujours possible ; et ce qui reste à trouver n'est pas affaire de principe, mais plutôt de déduction. La découverte de la théorie mécanique de la chaleur a rompu la barrière qui fermait la route à l'intelligence de la mécanique moléculaire; et grâce à ce principe une foule des faits connus depuis longtemps ont reçu leur explication naturelle. La vaillante phalange de chercheurs, qui s'est lancée dans la carrière et la parcourt à grands pas, parviendra rapidement au but tant désiré. Les travaux théoriques sur* la lumière et le magnétisme avaient préparé le triomphe de la science moderne, que chaque jour voit grandir davantage.

A nous, modeste admirateur de si beaux succès, il reste la satisfaction d'avoir mis sous les yeux du lecteur le résumé des faits qui forment l'héritage intellectuel que la génération présente va, en y ajoutant encore, transmettre à celle qui la suivra. Un simple coup d'œil, jeté sur les résultats obtenus au prix d'efforts sans cesse renouvelés, nous apprend que, dans la nature, tout se lie, et que tous les phénomènes de Punivers sont les innombrables anneaux d'une chaîne unique.

Lorsqu'on remonte ainsi aux principes fondamentaux, lorsqu'on cherche quelles sont les causes directes des phénomènes, on arrive bien vite à reconnaître la nécessité d'une Cause premièrey qui, par sa seule volonté, a dans l'origine assigné aux actions leurs limites

d*iniensilé et a déterminé leur direction. L'iiomme ne peut que scruter cette première volonté du Créateur de laquelle découle comme effet médiat tout ce qui se présente à nos regards ; si, lors de l'examen d'une machine, nous exaltons d'autant plus l'habileté de l'artiste que le principe d'action est plus simple et que l'intervention de la main du machiniste est moins souvent nécessaire, combien plus devrons-nous admirer l'œuvre de l'éternel Architecte. Mais quel homme peut espérer porter ses regards aussi haut!

Les phénomènes discutés par nous sont les plus grossiers de ceux Autres ngets que présente la création, une infinité d'autres resteront toujours complètement inaccessibles à notre court entendement. Les forces étudiées par nous sont comme la matière première qui forme le magnifique édifice de la création. Mais il s'en faut de beaucoup que nous puissions nous en expliquer les détails , les ornements pour ainsi dire, tels que l'organisation végétale et animale.

L'harmonie, la corrélation dans les quelques parties accessibles à notre intelligence, apparaît d'autant mieux que nous les envisageons débarrassées de la multitude des faits de second ordre, qui nécessairement surchargent les cours élémentaires. Du point de vue un peu élevé auquel nous nous sommes placés, pas assez cependant pour effacer les détails, nous avons cherché à nous former une idée claire et précise de ce qu'est la chaleur, la lumière, Télectricité, le magnétisme et les forces moléculaires. Nous avons vu que toutes ces actions sont purement mécaniques; d'où la conjecture qu'il en est de même de la force à laquelle obéissent les astres, et bien qu'il nous soit impossible de pénétrer jusqu'au fond d'un problème aussi difficile, nous avons montré qu'il n'y a aucune absurdité à expliquer la gravitation par le mouvement.

La mécanique moléculaire est aujourd'hui dans le même état où se trouvait la mécanique céleste au temps de Kepler. Ce grand homme connaissait les lois particulières des mouvements, mais il ignorait celle qui les comprend toutes ; à Newton était réservée la gloire de découvrir le principe. Dans un avenir prochain, les ombres qui enveloppent ces vastes et ardus problèmes, disparaîtront.

ou CONCLUSION

nous en sommes convaincu ; aussi notre seul but en écrivant ces pages a été de solliciter les recherches dans la voie nouvelle; et nous dirons avec le poêle :

... Fuugar vice colis, acutum Reddere quœ fcrrum valet exsors ipsa secandi.

(Horace.)

F.5vrier 1874.

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