OTTAWA, ONT
Éorreuns: A. BUREAU £T Frères.
La création d’une unité nationale absolument parfaite et d’une stabilité inébranlable, c’est là un idéal qui ne saurait se réaliser ni au Canada ni ailleurs, ni dans le présent ni dans l'avenir; car, dans es choses humaines, la perfection absolue est un but qu’on ne saurait espérer atteindre. dt idéal, les Juifs et les Grecs, sont venus bien plus près de le réaliser que la plupart des autres peuples: et cependant, les premiers, sans patrie aujourd’hui, sont dispersés à travers le monde, tandis que les derniers ont cessé depuis longtemps de figurer au nombre des grandes nations,
L'unité nationale, ma gré les entraves et les restrictions imposées par la faiblesse des hommes, n’en est pas moins essentielle à toute race qui aspire à la grandeur et à la stabilité; aussi bien, établir
‘accord harmonieux eatre les aspirations et les oeuvres du corps politique, tel est le suprême devoir qui s’impose à tout citoyen patriote et tel doit être l'objectif de ses efforts et de ses ambitions.
L'élaboration et l'établissement de la constitution du Dominion, voilà ainsi que l’histoire le démontre avec surabondance, l'oeuvre pour la réalisation de laquelle les hommes d'Etat, auteurs de la Confédération, ont dû déployer tout leur savoir et un patriotisme éclairé, de même que les colonies autonomes qui fusionn rent alors leurs destinées et leurs forces durent apporter à cette oeuvre un patriotisme non moins ardent, faire de nombreuses concessions mutuelles et montrer un grand esprit de tolérance. L'histoire des quarante années dernières prouve également que l'édifice élevé par les auteurs de la Confédération repose sur des assises solides et que le succès de leur oeuvre “dépasse peut-être même leurs prévisions” ; mais il n’en est pas moins évident que, jusqu’à une époque récente, nous n'avions guère réussi à créer un esprit national.
Si’ l’unité nationale au (Canada a cru si tardivement cela tient évidemment, à des causes fatalement inévitables, à des difficultés d’ordre législatif, commercial et ethnique qui sous le régime de l’Union et antérieurement avaient mis à une si rude épreuve l'énergie, l’habileté et le patriotisme des hommes d’Etat tant en Angleterre que dans l’Amérique septentrionale britannique: difficultés qui avaient si gravement entravé le développement com-
sources perpétuelles de froissements, d’animosités de races et qui aboutirent à l’
qu'on put splanir entièrement, ou dans une mesure bien «ppréciable, ces multiples difficultés. Quand on songe à l’état d'isolement dans lequel ces provinces britanniques nvaient véeu jusque là, à leur manque de communications entre elles, à leurs besoins, à leurs . respectives et aux préjugés qui les divisaient, on le comprend, ç’eut été se faire illusion que de croire qu’il serait possible, dans la première période du régime de la Confédération, de créer au sein de ces provinces confédérées une parfaite harmonie d’aspirations, un sentiment de parfaite solidarité, au jour de la sr" comme à l’heure de l'épreuve.
auteurs de la loi constitutionnelle — l’Acte de l'Amérique septentrionale britannique — avaient visé à doter les provinces confédérées d’une bonne constitution, et l’histoire des quarante années écoulées sous le régime de la Confédération atteste le succès de leur neuvre; mais, dans leur pensée, cette constitution ne devait pas assurer le règlement immédiat de toutes les difficultés signalées. Ja lenteur du développement dans toutes les sphères de l’uctivité humaine, le retard dans le progrès matériel, et comme conséquence, l'exode d’un tiers de notre population vers les Etats-Unis, incidents caractéristiques des trente premières années du régime de la Confédération, alors que le Canada cherchait, en tâtonnant, sa voie dans une obscurité semi-nationale, voilà certes une situation qui n'était guère de nature à faire naître un puissant sentiment patriotique canadien.
n outre, notre proximité de la République américaine, son merveilleux progrès, son remarquable esprit d'initiative, ainsi que la De res des avantages sax > offrait à cette époque; puis, dans une large mesure, l'indifférence dont faisait preuve la mère-patrie à l’endroit des affaires du Canada, le développement sans cesse grandissant des relatinnis commerriales entre la Grande-Bretagne et nos puissants voisins; notre dépendance relative du marché commercial des Etats-Unis et leur répugnance invincible à nouer de plus intimes relations commerciales avec nous, voilà autant de causes qui tendaient à entra‘er la création d’un puissant esprit national canadien.
Ajoutons que, sou ent, les efforts tentés par nos hommes publics et autres citoyens, en vue de consolider notre édifice national et ur déraciner les préjugés de race et de culte étaient voués à avortement, et la création de l’unité rationale était entravée, ajournée par les éroistes et les démarogue:, in vérité ‘a nation canadienne a "cent, à ses débuts ne formation, une éducation toute spartiate; ce dont les Can:diens doivent réellement se féliciter. puisque cela a servi à mieux préparer notre peuple à l’étonnant changement de fortune qui s’est effectué, et aux grandes chosés .que l’avenir lui permettra de réaliser. C’est à l’aurore du vingtième siècle que le Canada a été de nouveau révélé aux Canadiens et au monde civilisé,
Mise à l'épreuve, passée au creuset, notre constitution, l’expérence l’a prouvé, sa apte parfaitement et répond à nos aspirations nationales. Le l'Atlantique au Pacifique, elle régit les populations abritées sous son ombre bienfaisante et réunit en un seul faisceau, et un tout harmonieux,— une exception près—les dépendances, auparavant isoltes, de l'Amérique septentrionale Britannique. Elle a Cveillé en nous le désir, la volonté et nous a fourni le moyen de solutionner nos problèmes d'ordre législatif, de répondre aux exigences d'ordre commercial et financier, ainsi qu'aux besoins d'ordre éducationnel et social; et nous le ‘royons et l’espérons, elle assure le règlement de toutes les difficultés de race et de culte. Reposant, à sa base, sur le principe démocratique de l'égalité—sociale, reliicuse et politique—elle a donné aux Canadiens une picine mesure de liberté personnelle et de souvernement représentatif.
L'esprit colonial, cet esprit de dépendance, est presque chose du passé, et il a fait place à un sentiment d'égalité vis-a-vis de nos concitoyens de la métropole, à la conscience de notre propre puissance, au désir, à la détermination bien arrêtée de nous suffire à nous-mêmes, de gérer nos propres affaires, bref, le sentiment national s’est développé en nous. Aujourd’hui, le Canada est parfnitement éveillé et conscient de sa propre force. Telle a été la rapidité de ses A ee au cours de ces années dernières qu’il est permis d’espérer que le temps pes sera amplement racheté.
Le progrès réalisé au Canada, son dévelo pement en tous sens, dans le domaine de l'industrie agricole, de l'industrie manufacturière et du commerce ont dépassé de beaucoup les prévisions et les rêves mêmes du plus erdent optimisme.
Avec ses trois réseaux de chemins de fer transcontinentaux, dont l’un est en pleine exploitation depuis plusieurs années, tandis que les deux autres seront bientôt parachevés; avec son magnifique réseau de voies nautiques dont l'outillage est terminé, tandis qu’un autre réseau de voies fluviales, peut-être le plus étendu du monde entier, sera ouvert dans un prock:ain avenir; la merveilleuse expansion de son commerce ct le rapide accroissement de la richess pu. blique, le vigoureux développement de sa production industrielle, ses puissantes forces hydrauliques, ses forêts presque inépuisables, £es gisements miniers d’une incroyable richesse, ses vastes pêcheries et surtout ses immenses zones à blé de l'ouest — offrant la route commerciale la plus avantageuse et la plus courte entre l’Europe et l’Asie—réalisation du voeu cnressé par l'immortel découvreur du Canada—avec la perspective et l'espoir légitime de voir se déverser au pays un fort volume du commerce de l'Orient, habité par des centaines de millions; en outre, un crédit public qui ne le cède à celui d'aucun autre peuple du monde civilisé, sans compter que le pays n’a pas à supporter l’écrasant fardeau du militarisme, et qu’il est exempt de ces terribles cataclysmes de la nature qui sèment ailleurs la destruction et moissonnent des milliers
de victimes; enfin, le climat si salubre et si vivifiant, dont il est doté, et pour couronner le tout, la beauté de ses superbes paysages parsemés de lacs, de rivières, de montagnes et de fertiies vallées: tout cela ne pue pas de s’énorgueillir d’un si magnifique héritage matériel.
Mais il en est des nations comme des individus: cette richesse matérielle n’est pas leur unique bien; en réalité, cette richesse n’est que le moyen d’atteiridre la fin de la société: le progrès intellectuel et moral. Et plus ces avantages matériels sont précieux, plus le développement matériel est rapide, plus la richesse individuelle et nationale se développe, plus le progrès intellectuel et social doit s’accentuer et se généraliser.
L'expansion subite de la sphère nationale; l'élargissement du champ ouvert à l'énergie et à l'initiative individuelles, l'accumulation de grandes fortunes privées et la convoitise du pouvoir et des honneurs qu'engendre fatalement l’opulence, ainsi que l'influence néfaste qu’exerce la richesse sur le caractère national, tant au moral qu’au physique; la fréquence et l’aggravation des conflits industriels qui surgissent entre le capital et le travail, entre le riche et le pauvre; les occasions plus nombreuses de corruption qu'offre la vie pen tant’ aux électeurs qu'aux représentants du corps électoral, ainsi que les tentations plus fortes semées sur les pas des hommes publics et des mandataires du peuple; le flot toujours grossissant d'immigration qui se déverse au pays et jette sur nos rives divers éléments étranges sans aucune communauté de traditions, éléments ethniques dont les aspirations doivent subir une évolution plus ou moins prononcée et dont l’assimiliation doit fatalement être une oeuvre de lente évolution ; bref, en présence de toutes ces influences énervantes et corruptrices, résultant du développement de la richesse matérielle, les Canadiens verront se dresser devant eux, dans le vaste champ ouvert à l'énergie publique et privée, de si ardus problèmes, des gers si graves et parfois si imminents que pour y faire face, il leur faudra avoir reçu une haute éducation morale; ils auront besoin d’un caractère d’une forte trempe.
Car, en dernière analyse, le caractère, la volonté, voilà le fond, l'essence même de la nationalité idéale; c’est le principe fondamental sur lequel doit reposer tout l’édifice national. Une nation ne sera vraiment grande quen raison même du développement et du degré de perfection donnés à la constitution morale de son peuple. Le progrès matériel n’est et ne saurait jamais être autre chose qu’un facteur d'ordre secondaire dans l'édification de la nationalité, et il est toujours l’accompagnement obligé et la résultante infaillible d’un solide progrès moral.
La principale préoccuptation du Canada ne doit donc pas porter sur ses avantages naturels, ses ressources naturelles, dont la richesse ne saurait faire doute, mais sur son aptitude à développer et à perpétuer
un civisme de bon aloi, actif, toujours en éveil, vigilant, incorruptible et sans défaillance ; une erennsé bien déterminée à demeurer fidèle aux traditions, aux ob igations, aux intérêts et aux aspirations de la nation; bref, un civisme reposant non pas sur la force ni l'arbitraire, mais s'inspirant des principes du droit, de la justice, de l'égalité de la tolérance, de confraternité, d'assistance mutuelle et de coopération constante.
C’est bien vers les sentiers de la démocratie que doit s’acheminer le Canada, à l'avenir, s’il veut être en mesure de prendre place au concert des grandes nations et se mainteiir dans cette haute situation. Le gouvernement démocratique est né sur le sol améri- Cain et il est inconcevable qu’un groupe ethnique quelconque de ce continent puisse atteindre à la véritable grandeur, sous une autre forme de gouvernement. =
Voilà Le d’un siècle que la démocratie est à l'épreuve dans cet hémisphère et quels qu’aient pu être ses manquements, les déceptions qu’elle a causées par le passé, les défectuosités inhérentes à ce régime, les difficultés et les dangers qui l’attendent dans l'avenir, elle indique la seule voie vers laquelle doivent s'orienter les peuples Fe continent dans leur marche ascensionnelle vers l'idéal na-
L’essai qu'a fait la grande République américaine des idéals démocratiques a abouti au succès, au moins dans une large mesure, et cela en dépit d'épreuves et de luttes dont bien peu de gouvernements européens seraient sortis victorieux.
L'exemple encourageant des Etats-Unis d'Amérique doit inspirer aux Canadiens l'espoir et créer chez eux la conviction qu’ils sont de taille à rivaliser avec leurs voisins, sinon à les surpasser,
s la tâche qu’ils ont entreprise: édifier et asseoir sur des bases solides un Etat reposant sur l'idéal pe, tre Ce ne serait ni une ‘émérité ni une vantardise d'affirmer ue expérience de gouvernement démocratique tentée au Canada onne l'espoir d’un succès plus complet et plus durable que tout ce qui a été réalisé jusqu'ici; car cette assertion et cet espoir reposent sur des données par-
aitement évidentes.
La Confédération canadienne, conçue et née dans la paix, a été créée dans le but de faire dis araître, au moyen de concessions mutuelles, les différends, les di ficultés, surtout les conflits d’or-
racial et cultuel que les deux des provinces canadiennes sous le régime de l’Union, avaient été impuissantes à résoudre, en outre, l'objectif visé par les auteurs de la Confédération tendait à assurer le progrès, dans la liberté, d'un peuple issu des deux grandes nations modernes portant le flambeau du progrès; et dans la pensée de ses créateurs, cette union devait aussi faciliter le développement fructueux du génie, des aptitudes spéciales de ces deux groupes ethniques, en vue du bien commun, afin que, de l’union des intelligences et des coeurs, de la fusion des tempéraments, des éner.
ies, des qualités morales et intellectuelles, propres à chacun de ces éléments, mais se complétant mutuellement, se dé ageât le typo complexe mais systématique qui devrait plus tard, servir de modèle à l'Etat social démocratique par excellence. Bien que lente et graduelle, l’évolution du Dominion s’est effectuée régulière:nent, sans de trop fortes secousses intéricures ni conflits extérieurs: et par une conquête toute pacifique, sans aucune effusion de sang, i a ajouté à ses unités constituantes primitives cinq provinces eutonomes et plus qu triplé l'étendue de son domaine territorial. C’est sur les arts de la paix que renose entierement son progrès futur, et quant à la gloire militaire, il n’en a cure.
Son territoire actuel suffit pleinement à ses ambitions. Il n’apparait pas qu’il se dresse devant jui de problèmes embarassanis. Quant à la question Monroe ou la question Drago, il ne‘ s’en perooipe guère. Le (Canada a foi dens l'amitié du peuple des
tats-Unis et dans son désir de régler, par des voies pacifiques, tout conflit d'intérêts ou toute contestation qui pourrait surgir entre lui et ses voisins, les Canadiens. Le Can . souscrit à l’affirmation tout récemment tombée des lèvres de l'éminent secrétaire d'Ftat de la République, affirmant qu’il'est inconcevable qu’il puisse surgir eutre es deux = un problème ou se dresser un différend qu’il soit impossible de solutionner à l’amieble, par voie de négo- Clations.
Avec le premier ministre de la Grande-Bretagne, le Canada croit et espère que la République américaine, tout autant que le Dominion FR est partisan de la “trève de Dieu et souscrit à l’anathème porté contre l'antique doctrine blasphématoire voulant que la force armée constituñt le seul titre au respect et la seule garantie de sécurité.”
Grâce à la marche lente et prudente de leur progrès, les Canadiens ont échappé, dans une certaine mesure au moins, aux maux résultant de l'acquisition soudaine d’une erande richesse et ui ont abouti, chez nos voisins, à la création d'une arrogante plutocratie, à l’avilissement des conditions sociales et morales, à la diminution du respect pour la loi et comme conséquence, à l'administration défectueuse de la justice, à une orientation marquée vers les méthodes financières peu légitimes, à un code inférieur de moralité commerciale, à la déchéance de la moralité chez nombre d'hommes publics, à une répugnance de plus en plus prononcée chez les meilleurs éléments .. population à participer aux devoirs de la vie publique; enfin au relâchement des liens sacrés du mariage, à l’indifférence affichée à l'endroit des obligations inhérentes à cet état, ce qui à rendu le divorce aussi facile que le pnariage lui-même. Sans esprit de vantardise ou d’orgueil pharisaique, le Canada peut croire et affirmer que les conditions générales, rémmant dans le Dominion, tant au point de vue moral que national, offrent à la démocratie l'épreuve la plus décisive qu’elle ait encore tentée,
‘venir de la nat
me à toute épreu
sages, d’habitudes, d’aspirations et de langues. les nouveaux venus réclameront l’ faudra le leur ac
exercice du droit d À moins que l’ précédée et
national,
crues des citoyens d’
Il faut tenter
tenus, non pas des ef a malheureusement m
course effrénée vers la ric
veaux venus le ferment du
ons que bientôt sonnera l'heure où
sse repose sur un gouvernement L'intégrité de la nati ar les animosi usieurs années,
onalité canadienne, de race et de culte;
larges, doué de la perspicacité et
torité nécessaire, entreprendra
été plus d’vne fois mais heureusem
danger ne suscite plus
de graves appréhensions. L'absorption de la population de DE française par la majorité de langue anglaise, comme essentielle à l'unité nationale, théorie professée par des hommes, sincères sans doute, mais aux vues étroites, voit de jour en jour diminuer le nombre et l’influence de ses pattisans. Cette absorption n’a jamais été possible; jamais elle n’a été désirable et elle ne l’est pas davantage aujourd'hui. Il n’est pas plus souhaitable que les descendants des deux grandes races qui constituent la masse de la population du Canada renoncent au culte qu'ils ont voué à leurs tra itions, à leurs idéals, à leur lois, à leurs institutions et à leur langue respective. Sauf les quelques individus dont le jugement est faussé par une ignorance crasse et par des préjugés enracinés,—et heureusement, ces individus se font rares aujourd’hui, au Canada—personne ne croit re les Canadiens-Français y gagneraient en patriotisme et en fidélité à leur pays, s'ils cessaient de”parler la langue apprise sur les genoux de leurs mères et renonçaient au culte que leur a enseigné un clergé patriote et dévoué.
C’est une vérité historique que l'agitation pour la réforme constitutionnelle au Canada, prit naissance chez les Franco-Canadiens et que si nous jouissons aujourd’hui du gouvernement constitutionnel et de la responsabilité ministérielle, le mérite en revient,
ans une large mesure, à l'initiative des Franco-Canadiens, à leur intelligence, leur courage et leur patriotisme. Leur absorption, en supposant que la chose eût été possible, ce qui est plus que problématique, aurait retardé, momentanément au moins, au Canada l'avènement du gouvernement autonome, ce bienfait inappréciable. Si l'absorption des Franco-Canadiens se fut réalisée de bonne heure, il est plus que probable que les colonies de l'Amérique septentrionale britannique n'auraient réussi à obtenir leur pleine autonomie, dans le domaine de leurs affaires intérieures, qu’en recourant à la rébellion, comme l'ont fait les colonies américaines. La tentative d'effectuer l'absorption du Canadien-Français, c’est-à-dire l’annulation de ses idéals et de ses caractéristiques nationales, la destruction de sa langue et de sa religion, tentative irréalisable ev condamnable à tous les points de vue, aurait, tôt ou tard, abouti non pas à l'absorption du Cnadinn Focus lui-même, maïs à celle des colonies britanniques sur ce continent par la Ré ublique américaine. L'’homogénéité de race n’est pas plus essentielle à l'unité nationale au Canada qu’elle ne l’a été en fait à la plupart des pays d'Europe, et, comme la chose est manifeste, aux Etats-Unis d'Amérique.
La diversité de races et la variété de caractères, de tempéraments et de talents qui en résultent, au lieu de faire obstacle au progrès et à la marche en avant, dans toutes les sphères où s'exerce l'énergie
umaine, constitue, au contraire, le puissant stimulant de ce pro-
. Les Canadiens doivent se féliciter de cette diversité d'origines,
e langues et de caractères, car c’est là ce qui fait la variété et le pittoresque de leur vie nationale; c’est là ce qui inspire une salutaire
et louable .émulation. Quelle serait donc existence nationale! quelle serait triste et
semblions tous, par les traits Physiques, par la mentalité et le caractre; si tous nous parlions la même lan FF
chaque province est attribuée une fonction spéciale; chacune est dotée de ses institutions autonomes, répondant à besoins et à ses aspirations; mais toutes contribuent à la prospérité, à la solidarité et au progrès du Dominion. L'égalité de droits et de traitements existe Pour touies les provinces indistinctement ; chacune d'elles doit fidélité à la collectivité nationale : bref, l'esprit et l'objectif de la Confédération peuvent se résumer en deux mots: “Coopération et solidarité.” L'unité nationale, au Canada ne saurait exister sans la sincère et cordiale coopération des deux principaux éléments constitu-
tifs de sa population; et cette unité ne subsistera que suivant la latitude qu’on
national orienter
ment, jouant le rôle de père de famille, dans les affaires du ménage national. Il y a là une tendance qui s’accentue de jour en jour et qu'il importe de combattre: c'est de s’adreser au gou-
vernement dans tous les embarras qui surgissent. S'il fallait en croire certaines gens qui se rendent bien plus notoires, il est vrai, par le tapage qu'ils font que par la force de leurs arguments ou par le nonbre d’adhérents qu'ils recrutent, le gouvernement devrait se constituer tout à ln fois, le voiturier publie, Tl’entrepreneur des transports en commun et des services de messagerie: il devrait, en outre, se faire agent d’asmrance au bénéfice de ces messieurs, pour les protéger contre les multiples accidents et contre les risques professionnels tant de la vie industrielle que de la vie commerciale ; il faudrait, de plus qu’il se constituêt leur fournisseur et l’acheteur des denrées et des approvisionnements en général: à les entendre, le gouvernement devrait édicter des lois somptuaires réglementant les achats et les ventes, l’alimentation et les breuvages, les importations et les exportations etc. etc. Certains Canadiens reviendraient volontiers an “moulin banal” et au “taureau banal”. Il n’est pas inutile de rappeler à ce pays britannique que le commerce de la Grande-Bretagne, son industrie, sa richesse, ses florissants établissements distribués sur tout le globe, les succès, les triomphes réalisés dans les arts de la guerre et ceux de la paix sont la résultante de méthodes bien différentes de celles qu’on préconise ici: bref. il serait hon de rapneler à ces messieurs le besoin d’un individualisme plus prononcé, d’un plus grand esprit d'initiative privée.
La chose ne saurait faire doute dans son ensemble le corps électoral canadien n’est pas suffisamment pénétré de la souveraine importance des devoirs et des obligations se rattachant à l'exercice du droit de suffrage électoral. Aux yeux d’un prand nombre d’électeurs, le droit de vote n’est pas nn mandat dont ils s’estiment responsables devant le pays, devant la famille et envers les vénérations futures, mais bien plutôt un acte fastidieux et dont l’exécution leur répugne, une chose de médiocre importance. une quantité négligeable dont on peut faire trafic on se servir dans un but mercenaire; puis, il est malheureusement trop de gens qui comptent sur une rémunération personnelle, soit dans le présent, soit dans l’avenir, pour l’accomplissement de cet acte, un des plus grands et des plus nobles devoirs du citoyen.
C’est à ce manque d’estime pour Je précieux privilège du droit de suffrage, c’est à cette fause > idée qu’on se fait de ce mandat sacré et des graves obligations au’il entraîne qu’il faut attribuer et rattacher d’une façon directe et immédiate, l'attitude des classes dirigeantes de notre population négligeant on refusant de s'occuper dans une mesure légitime des affaires publiques et comme conséquence, l’abaissement du niveau de la moralité chez les hommes publics.
Le plus grave reproche qu’on puisse adresser aux deux grandes démocraties modernes, la république française et la république américaine, c’est qu’elles n’ont pas réussi à vaincre l'indifférence des classes dirigeantes pour la chose publique et à les intéresser à
l'administration des affaires de l'Etat; aussi peut-on affirmer à bon droit qu’en France et aux Etats-Unis, les représentés après tout l’emportent au point de vue de la valeur morale sur leurs représen-
rime Il importe de faire pénétrer dans l'esprit d’un grand nombre
âme le caractère sacré des devoirs et des obligations qui en découlent. ans la mesure même où l'on réussira à effectuer cette réforme, et à
prouve de plus de discernement dans le choix de ses représentants ;
et c’est ainsi que se trouveront éliminées de la vie publique les
nuüllités et ceux qui s’en rendent indignes par leurs agissements dans la vie privée ou dans le monde des affaires.
Réveiller l'intérêt porté aux affaires de l'Etat, relever le niveau
e la vie publique et en annoblir l'exercice, voilà le grand besoin du
Du caractère, de l'énergie sans vaine jactance, le respect de
un sens profond de provoquer la coopération fruc-
hautes aspirations et des idéals les plus élevés, tant dans la vie publique et pe que dans le monde Ï sur laquell i i
L’UNITE NATIONALE CANADIE’ .“
(Du “Globe” de Toronto)
“On ne peut espérer voir se réaliser l'unité nationale parfaite et permanente, au Canaüa ou ailleurs, pas plus qu'on ne peut espérer la perfection dans les choses humaines. .
“Mais bien que l'unité rationale ne puisse jamais être complète à Cause des défauts inhérents à la nature humaine elle n’en est pas moins essentielle à toute nation qui checrche la grandeur et la stabilité. Comme résultot des contitions historiques, “l'esprit colonial est à peu Près disparu du Canada et a été remplacé chez les Canadiens par un sentiment d'égalité envers les citoyens de la métropole, par la confiance dans leur propre force, le désir et la détermination de ne se fier qu’à eux-mêmes et de conduire leurs propres affaires. Le sentiment nattonal s’est réveillé.”
“Le développement matériel est une chose importante, mais le caractère constitue en définitive le fond et la substance de l'idéal national la base sur laquelle doit être érigé et maintenu l'édifice de la nation,
“La démocratie est la forme de gouvernent qui prévaut en Amérique, et l'avenir du Canada, ses chances de prendre place au milieu des grandes nations du monde et d'y conserver cette noble et fière position, tout cela repose dans la démocratie.”
“Le développement du Canada a 6t6 lent mais, en somme, satisfalsant, et son plus grand danger actuel vient de l'invasion nombreuse d'immigrants de races, traditions, coutumes, langages et aspirations différentes des nôtres.’
“Des anfmosités de races et de religious ont empêché l'unité natlonale dans le passé, mais la diversité de caractère ‘4e tempéramment de pensée, au lieu d'être des obstacles au progrès et à l'avancement de tont ce qui touche à l'énergie humaine, “onstitue au contraire un sujet d’6mulation des plus énergioues et des plus puissants.”
Ces courts extraits donnent une bonne idée d'une étude nnhliée, dans la livraison de septembre de la Westminster Review, par l’honorable N. A. Belcourt, autrefois Président de la Chambre des Communes Au Canada, et présentement encore député de la Capitale au narlement fédéral. M. Belcourt écrit sons prétention ni ostentation, comme Canaflen de race francaise: bien au'il parle de la France avec nAmiration, fl réserve son enthousiasme pour le Canada. Les phrases citées ri-Aessus font voir que bien au'il soit aussi ovtimiste qu'enthonsiaste. {1 nèse avec soin chacune de ses expressions. et reprime mndérément ges asnlrations. Tous ceux ant voudront étudier un peu l'histoire An CansAn. provinces et territoires. comprendront en Hsant l'écrit de M. Belronrt avec quelle justesse fl a su interpréter les sentiments de ses comnatriotes Canadiens de toutes racer et croyances. Il arrive rarement aue l'on vole traiter la auestion de patriotisme avec une ontimisme ansal re une sincérité aussi courageuse et une tolérance aussi phllosophique.
M. Beïlcourt termine son article en mettant sen Jecteurs en garde contre deux dangers: le premier celui d'introduire “tron de prternalisme dans Ja conduite de nos affaires nationsles”’: le denxième contre les abus dans l'exercice du suffrage électoral. À son avis 1a nation gonffra d’être trop gouvernée, et elle court aussi des dangers en raison de ra qu’il y a trop de paternalisme dans la conduite de nos affaires natio-
Dales. La tendance À susciter toutes espèces d’embarras au gouverue-
ment devrait être réprimée.
“Il n’est pas inntile de ranneler À ce pavs britannique ane le rnmmerce de la Grande Bretagne, sn industrie. «a richesse, ses florissante établissements, les sucrès, les triomphes réalisés dans ler arts de 1 paix et de la guerre sont }a résultante de méthodes bien Aifférentes 4e ral. les aue l’on préconise ici: bref f] serait bon de ranmeler le hagoïn d'in individualigme plus accentué, d’nn lus grand esnrit d'initiative nrivée.” Aux yeux d’un grand nombre d’électenrs “le droit de vote n’est pas nn mandat dont ils s’estiment resnonsables devant le navs, devant la famit. le et envers les générations fntures mais bien mintôt nn acte fastidieux et dont lexéention lenr répugne, une chnse dont on vent faire trafic ou se servir dans on but mercenaire, C'est à re mannne A’estime pour le précieux vrivilège du droit de snffrage, c'est à rette fansse idée que l’on se fait de ce mandat sacré et de ses sraves ohligations au’ faut attribner d’une facon directe et immédiate, lattitnde des classes dirigeantes de notre vonulation néelfseant nn rafnsant de participer dans une mesure légitime dans la gestion des affsires publique, et romme consénuen ce. l’abaissement du niveau de la moralité chez les hommes publics.” RTS