‹ L'UniversChapitre 14 sur 60 · PATAGONIE, TERRK-DU-FEU ET ILES MALÛUINES · texte numérisé non relu

PATAGONIE, TERRK-DU-FEU ET ILES MALÛUINES

tme det inductions que leurs asser- QOOS contradictoires ont fait naître dans notre esprit; mais c'est du témoignage de M. d'Orbigny que nous noiit tommes princtpalemeot aidé.

Cest rautoritc de son nom qui domioe Tensemble de notre travail.

Le rouage dans l'Amérique mériékmalê irest pas le seul livre qui nous ait fourni les renseignements curieux et tout à fait nouveaux qu*on va lire ; nous avons aussi mis à profit un autre ouvrage plus spécial et non moins re* marquabie; nous voulons parler de V Homme américain y traité de physiologie des plus précieux pour Tetude des races du nouveau continent, et qui , sous plus d'un rapport , place définitivemcnt !Sf. d'Orbigny à cdté de M. de Huniboldt (*).

Il est fâcheux pour nous que la géographie , la géologie , la philolosie et une partie de l'histoire naturelle du Voyage dans r Amérique méridionale n'aient pas encore été livrées à la publicité, ^'ons aurions pu, à Taide des renseignements que nous promet ce complément d'un livre déjà si utile, donner à la description générale de la Patagonie un développement mieax proportionné m autres parties de cette notice.

IVofis commençons , à propos de la constitution du sol de la Patagonie, nos citations et nos rteomés fragosentaires :

« Considéré sons le rapport de sa composition , le sol de la partie septentrionale parait offrir, depuis le pied des Andes jusqu'à la mer, une succession de couches de terrains tertiaires, contenant des alternats de coquilles il eau douce et marines, et des ossements de mammifères , au milieu de grès friables, si uniformément stratifiés que , sur les côtes de la mer et sur les rives du Aio-I^egro , où se remar-

(*) C«tt nuù ropÎBioQ de M. Dtnrin;

savant naturaliste nn;;]ais, qui a exploite le détroit de Magellan ea compagnie du capilaine King, et dont la compétence en eelte maliéra ne peut éire eoaieitée.

quent partout des falaises d*une grande

hauteur, on peut suivre la moindre coucfie l'espace de six à huit lieues, sans qu'elle varie sensiblement d'épaisseur.

Plusieurs échantillons des rocnes, ainsi que la description des voyai^eurs, m*ont prouvé que les mêmes terrains occupent presque toute la Pataaooie, sur la cdte orientale jusqu'au détroit de Magellan; au reste, le sol tertiaire se continue au pied des Andes, vers le nord, communique avec celui qui borde le grand Qiaeo, et circonsdrit partout les Pampas proprement ditas^ lormées invariablement d'argile à ossements et de terrains d'alluvion. Les Pampas elles-mêmes sont beaucoup moins étendues qu'on ne l'avait pense, puisqu'elles ne participent pas ou tout du sol de In Patagonie , cessant entièrement au 39' degré, pour faire place aux terrains tertiaires des polies sus> traies : ainsi , à Texcention des atterrissements et des boras des rivières , la Patagonie n'est pas propre à la culture, ear elle offirâ partout des terrains sablonneux et secs , qui ne conservent pas l'humidité nécessaire. »

Nous avons eu déjà l'occasion de dire ^ue les plaines de ce pays étaient impreg^nées de sel , et que les lacs de la partir nord ctnient tous salés. Cette substance est si abondante dans les terrains de la Patagonie qu'elle se manifeste seevent en eflloresoenees à leur surface, même sur les atterrissements des rives dti Rio-Negro; aussi aucun puits n'y a jamais donné d'eau potable; et cellCHà même eue les estaneleros boivent, à défaut d'autre plus douée, est si saumâtre, qu'elle occasionne aux étrangers des coliques violentes et une d^ssenterie dangereuse. Cette disposition du sol , et la découverte réoente de certains fossiles significatifs, annonceraient que la Patagonie a été couverte par la mer. Si 1 on admet eette hypothèse qui semble parfaitement rationnelle, on s'expliquera facilement la formation des nombreuses salines qui offrent aux colons du Carmen leurs produits naturels: ksesn, en se retirant, ont laissé des 1ms niés

dont la partie liquide 8*est évaporée , ^râce à la rareté des pluies et à l'extréine sécheresse. Les parties salines 68 tant eoBOMitrée» dans l« fond de ces réttrvoirs, et ont enfin passé à Tétat de cristallisation. Il est, du reste, à reiuarquer que les bor^A de ces salines MofaniMit ém criatam que les iodi*-

Sènes prennent à tort pour du sel , car M ne sont autre chose que du gypse ou auliate de chaux ; quelques • uns de CM cristaux an aiguiuaa ont jusqu'à db on deuia pouces de loDcueur, et

Î>euvent passer pour les échantillons es plus compkta et lea plua beaux en ce gei^e.

XmOIBB NATOULLB. — f^igé'

taux. Le voisinage des établissements agricoles de Buenos - Ayres a influé assez puissamment sur la partie de Patagonie que balgoe le Rio-r<egro, pour qu'on y trouve des fermes où sont cultives la plupart de nos céréales et

2uelques-uus de nos arbres fruitiers, Duméréa daaa la [paiagraphe relatif à l'aspect du paya (voyez page 4).

M. d'Orbignv y a rassemblé cent dix-sept espèces de plantes, nombre plus oue suffisant pour justifier ce

fiays du reproche da aomplète stériite; mais, parmi ces cent dix-sept espèces , il n'en est malheureusement aucune qui soit digne de fixer particu- HèraaMBt notre attention.

Animaux. Le règne animal est plus intéressant, I^ous nommerons le Imp rouge Ccania jubatus), qui fait la guerra au |;aiiinaoéa; le eoufou/ot, ce tigre améncaln qui, après s'être ras* sasié de sang et de chair palpitante, couvre d'herbes , de feuilles ou de sable, le reste de sa proie, pour y re?a« nir au beaoiii; dauxaapd(>es plus petitea de chats sauvages, le pajero et le mbaracaya qui font la cnasse , en concurrence avec le cougouar, dans les plaines qtt*arroae le Rio-Negro; la mai0etie qui répand une odeur fétide et insupportable quand un ennemi quelconque s'approche d'elle; le gioulon-arisou, eiploe da furet qui ae ereoia daa terrfera « at qui , doué des mêmea qoalitéa qiM 11 M»Ua« axhala, ^fûoà on

l'irrite , une forte odeur de musc (*) ; le zorriilo, autre mouffette , ressemblant aux martres , aux formea aveltes et sracieases , à la fourrure noire marquée de deux raies blanches longitudinales s'étendant sur le dos de la téte à) la queue; n'oublions pas le r«* «îmf da Patagonie qui , autrant Catesby, ne diffère de celui d'Europe que par sa robe d'un gris argenté. Cet ani" mal , encore plus rusé que celui doot lea mœm noua aoat eonnuaa,iart, !• soir, de sa tanière, pour aller surprendre les volailles dans les fermes. Sou* vent, poussé par la faim, et ne trouvant rien pour l'assouvir, il se jette sur les lanières de peau noD tannée dont les habitants font usage, les coupe, et les emporte. Aussi arrive-t-il fréquemment que des bestiaux ou des chevaux retenua oana on pare fermé de piqueta et de traverses attachées par des liens en cuir, s'ériiappent pendant la nuit, dé* livrés par quelque renard effronté qui a dévoré lea attaebas de la détore. Lta Patagons lea afatgnant aitrémement :

ils racontent sur eux une foule d'histoires plus ou moins extravagantes; ils vont jusqu'à assurer que les renarde aant assez nardis pour venir couper, pendant qu'ils dorment, les courroies qui suspendent leurs recados places en oreiller; aus«i ont-ils toujours Je aoln de lea mettre aeua la eorpa de la selle. Ils prétendant encore qu'une nuit, un renard, en tirant la longe d'un cheval pour se l'approprier, a pu amaeer la ebend même prèa de son torriar.

Nous citerons encore, parmi les mammifères qu'on rencontre en plus ou moins grand nombre dans la Pala« génie, la sarigm^ dont la tendraaaa maternelle est connue de toulle monde, et qui, comme on sait, cache ses petits dans sa poche abdominale, au moindre danger qui laa menaea. Dana le haut pays, on trouve plusieurs espèces d'animaux rongeurs, telles (jue les été' tio?nes, qui laoourent les plaines comme nos taupes ; les rats en troupes innom-

O Bute le noMe /vmM éU Cajmm,

PATAGOmS , TERBErmi-flU ET ILES MALOmnES. 9

hfablM, indkèoes ou aaieoés par les lUiTiris fluroplins^ b souriaet leguyay

«iontquelquesfainilles, venues du Nord, peuplent les marais, et font entendre leur cri mélancolique à l'heure de la nuit où la biscache C) prend ses ébats; C(élo*ci est un animal spécial à cesooih trées, et ne s'approche jamais des tropiques. Il en est de même du léger tna;a, ou lièvre d'Amérique. Cequa> dnipède, voisin do genre des agowHt, est remarquable par son habitude de creuser des terriers profonds. Sa fourrure est gris roux foncé sur le dos et blanche sur le ventre; vers la queue lègne un croissant noir qui tranche agréablemeut avec le reste du oelage.

S^uelaues-uns sont aussi granas que es chiens de moyenne taille. Les indigènes leur font une chasse acharnée et s'y montrent fort adroits. Comme le mara a l'allure très-irréf^ulière et fait mille détours eu fuyant , les cbevaux, habitués à ce genre d'eRerdeOf font autant d'évolutions brusques que l'animal; de sorte que, lorsqu'on n'est pas fait à ce manège, on est infailii» Uement désar^nne. liais les Indiens y sont tellement accoutun)és , qu'ils suivent tous les mouvements du cheval* et qu'ils parviennent à fatiguer le lièvre au point de pouvoir, sans mettre pied à terre , le saisir par les oreilles et l'emporter.

On ne trouve, en Patagonie, ni singes ^ ni jaguars} ce dernier, le plus beau et le plus grand de tous les chats, après le tigre, ne pnsse jataais au sud des montagnes du TanJil.

Parmi les mammifères édcntés, nous ne pouvons omettre le pichiy appartenant au genre tatou. Les aninKiux de cette famille sont, comme ou sait, remarquables par le test écailleux et dur qui les rteouvre; ils ont le noseiu pointu, de grandes oreilles , des ongles allongés, quatre ou cinqdoigts en avant, et cinq en arrière. Ils se creusant des demeures souterraines et vivent de végétaux et d'insectes. Le pichi est un charmant petit animal, très-familier,

f*) Ou mieux vUcaciic , es|>èce de diinddua, de h fimille d« roogran.

absolument inuffeosif, et extrêmement redierfhé pour sa etudr «d ne serait

pas déplacée sur les tables les plus somptueuses d'Europe. Les Gauchos et les uâturels le font cuire en le posant sur des charbons ardents du côté de la carapace, et quand il est suffisamment grillé, les écailles se détachent très-facilement. Il n'est pas rare de reucontrer des pichis dans les niaii^oos des colons, ou ils divertissent par leurs gentillesses et les poses singulières qu'ils prennent quelquefois.

Les marais du Rio-Negro servent de refuge à un grand nonbieda judoorit à coUier, ou sangliers d*Amérique, animaux aussi intraitables dans ce pavs que partout ailleurs. Une espèce àe cerf, nonunée guacuH , est aussi trèscommune dans la Patagoaie, mais elle est rnoiris intéressante que le guanague, dont la chair et surtout la fourrure sont si précieuses aux indigènes.

Ce dernier aaiaud, que quelques naturalistes considèrent comme n'étant (jue le lama à Tetat sauvage, est dans 1 Amérique méridionale le représentant du cbameaud'Orient II peut être oofl»> paré , pour ses formes extérieures, à un âne , avec des jambes et un cou plus longs. On le trouve en grand uonabre dans toutes les parties tempérées de TAmériquc du Sud, depuis les lies boisées de la Terre -du -Feu jusqu'aux régions montagneuses de la Plata , et même jusqu'à la Cordillière du Pérou* Quoiqu'il préfère les lieux élevés, il hnhite les plaines de la Paiagonie méridionale. Fn général , ces animaux vont par petites troupes de douze à trente; néanmoins, sur les vifieaaejstentrionaies du détroit de Magellan, us se réunissent eo bandes nombreuses et pressées.

Un trait particulier du caiaeière da

ce quadrunede est la curiosité. Quand,

par hasara, on se trouve face a face avec un guanaque isolé, au lieu de fuir, comme son instinct sauvage devrait le lui conseiller , il s'arrête, et

vous considère avec attention ; un instant après , il reprend sa course, et s'arrête encore pour vous regarder. Si l'on prend quelque postm dinuBge ,

par exemple , si l'on s'étend à terre en tenant les jtanbes en Tafr, il s'approche pour reconnaître le singulier objet qu'il a aperçu de loin. Quelques voyageurs ont ei'nplo;^é ce stratagème avec SQccès ; et parfois même , tes guanaques semblaient croire que les coups de lusil (jii'on leur îirnit sans les atteindre étaient une suite de la plaisanterie. M. Darwin, naturaliste anglais, en a vu quelques-uns sur les monta* gnes de la Terre-dn-Feu , non-seulement hennir et crier qiinnd on les approchait , mais encore se cabrer et sauter do la façon la plus grotesque.

Ils sont susceptibles dYducntion , et quelquefois très-familiers. Ils sont alors extrêmement effrontés , et attaquent rbommo en le frappant par der> rière avoc leurs deux genoux. On assure que ces singulières agressions ont pour motif leur amour jaioux pour leurs femelles. Il en est tout autrement do guanaque à Tétat purement sauvap;e ; il n'a aucune idée de la défense naturelle . et un seul chien suffît pour venir a bout de lui, maigre sa haute taille. Lors<|oe, rtonis en troupeaux, ils sont assnillis par des hommes à cheval , ils se dehnndent tout à coup, et fuient étourdiment sans savoir où 88 diriger ; c'est ce qui facilite la chasse que leur font les Indiens : ils les poussent aisément vers un point cent ral , et les cernent de telle façon , qu'ils en sont bientôt maîtres.

Les guanaques se jettent volontiers à l'eau. Quelquefois , dans le détroit de Magellan , ils passent d'une île h l'autre. Byroo, dans son voyage, en a vu qui buvaient de Teaa salée; et les officiers du vaisseau anglais te Beagle en ont aperçu un troupeau entier qui paraissait boire le liquide contenu dans une saline do cap Blanc. Du reste, s'ils ne pouvaient pas supporter l'eau salée, ils risqueraient, dans certaines parties de la Patagonie, de périr de soif. Pendant la journée, ils se roulent souvent dans des trous remplis de poussière. Les mù\os se battent quelquefois avec un certain acharnement.

Ces animaux ont une coutume qui paftU inexplicable : tous font leurs

ordures dans le même endroit. Quelques-uns de ces tas de crottin ont jusqu'à huit pieds de diamètre , cl

se composent nécessairement d'une grande quantité de fumier. Frezier re-> marque que cette habitude est com»

munè au lama ; il dit qu'elle est d*un grand avantage pour le^ Indiens, qui emploient les excréments du guanaque comme combustible. M. D'Orbigny confirme cette assertion, etjtssure que toutes les espères du genre, c'està-dire les lamas, les alpncas et les vigognes, sont douées de ce singulier lostinet.

Les guanaques paraissent choisir certains lieux, de préférence à d'autres , pour y mourir. On a vu , sur les bords du Santa-Cmz, par exemple , le soi blanchi tfossements, principalement dans les endroits buissonneux et voisins de la rivière. Ces ossements n*ofFraient aucune trace de brisure, ce qoi edt été tout le contraire, si les guanaques avaient été dévorés par des bêtesferoces. Le même fait a été observé sur les rives du Rio-Oallegos. On ne peut assigner aucune raison à cette habitude ; cependant il est à remarquer que lorsqu'un guanaque est blesse , il se dirige toujours vers le cours d'eau qui coule dans les environs. Ces faits peuvent servir quelquefois à expliquer la présence d'ossements intacts dans une caverne , ou ensevelis sous des couches alluviales ; ils ^uvent aussi nous apprendre pourquoi les débris de certains mammifères se trouvent plus fréquemment que ceux des autres espèces, dans les terraius sedimeutatres(*).

Indépendamment des quadrupèdes

aue nous avons énumérés, on trouve ans la Patagonie des bœufs, des clie- ▼aux , des moutons , que les colons européens y ont successivement amenés et naturalisés.

Les bœufs alimentent un commerce assez considérable de viande salée; aussi en élève-ts>n un grand nombre

(*) Ces dclails sur le gunnaqiie sont Iraduils par extraits de l'iolén^MOt ouvrage de M. Danrio.

PÀTÀGONIE, TERRE-DU-F9U ET ILES MALOUIIŒS. •

dans les environs du Carmen. Ils sont parqués auprès des estaocias , et c'est aussi la (ju'on les tue et qu'on prépare leur chair pour être exportée ou vendue à la ville. L'endroit où se fait cette opération s'appelle saladei o ou saloir. M. d'Orbigny en dooDe une description que nottsaUmia reproduire:

^ « Les bestiaux sont amenés aux en- ▼îrons de i'estancia ; et tous les soirs on enferme dans des parcs ceux qu'on destine à être abattus le lendemain.

Dés la pointe du jour , les Ottvriort se distribuent le travail : les uns montent à cheval avec le lazo, entrent dans lu parc , enlacent chacun un animal par les cornes , le contraignent k sortir , tandis que les autres , a force de coups , l'obligent à s'avancer vers le lieu de l'exécution, en face du liangnr. Aussitôt qu'il y est arrivé, Touvrier qui le pousse par derrière , sans descendre de cheval , d'un coup de couteau adroitement donné , lui coupe les Jarrets de derrière, afin de Tempécher de marcher ; puis d'autres le renver* sent et lui donnent un coup dans la gorge , pour le saigner ; ou bien en> core, s'ils sont pressés , ils lui enfoncent, ce qui exige une très-grande habitude, la pointe de leur ç^rand couteau derrière la nuque, de manière à atteindre la moelle épiniere ; et dès lors, la pauvre bête reste sans mouvement et comme morte, jusqu'à ce qu'on ait le temps de l'achever. Pendant que les hommes à cheval continuent ainsi d'enlacer et do tuer, d'autres ouvriers commencent à éoorcher et à décbarner ; mais aussitôt que le nombre d'anmiaux sufGsant pour le travail de la journée est mort , ce qui a lieu quel- ^Mfois de huit à neuf heures du matm, quoiqu'il y eu ait de quatre-vingts à cent dix tous les jours , deux s'attaclient à chaque bete. D'un coup de couteau ils fendent la peau , sur toute la loni^ueur du ventre , depuis la téte Jusqu'à la queue , et les jambes en dedans j deouis le coude , au point de jonction oe la ligne du milieu : ils cooeut les pieds qu'ils jettent, ecorchent animal , et, sur la peau niémei com-

mencent à le dépecer. Les quatre quartiers sont enlevés avec une dextérité étonnante et transportés sous le hangar , où ils sont suspendus à des crocnets destinés à les recevoir ; puis, CCS mêmes hommes détachent toutes les diairs des os en quatre ou six lambeaux , mais avec une adresse et une promptitude difUeile i croire : l'un enlève d'un seul morceau celles di s côtes , l'autre celles de la colonne vertébrale, également par grandes pièces, portées sous le hangar, puis jetées en tas sur des cuirs. Ils détachent la masse (les intestins , que des enfants s'occupent à dégraisser avant de les mettra h part.

« Dès que tous les animaux tués sont ainsi dépecés, les ouvriers portent les peaux dans le hangar» et enlèvent la ehair de dessus les quartien , toujours avec la même adresse , jetant à mesure les chairs d'un côté, sur des cuirs , et les os d'un autre. Quand tout est fini , commence une nouvelle opération à laquelle tous se livrent ensemble. Il s'af^it de revoir séparément chaque lambeau, pour le Tendre, s'il est trop épais , pour lui enlever le surplus de la graisse et le rejeter en tas. Cela terminé , l'on étale des peaux à terre , on y met une forte couche de sel, puis un ht de morceaux de viande étendof avec soin; et alternativement de Tun et de l'autre, jusqu'à ce que tout soit placé de manière à en former une haute pile carrée , à laquelle on ne touche pas de dix à quinze jours, pour que les cnairs se saturent bien do sel. Ce temps écoulé, on expose journelleuient la chair à l'air, sur des cordes , jusqu'à ce qu'elle soit tout a fait sèche , ce qui la rend moins lourde et plus facile a transporter. Les peaux se salent de la même manière que la chair. On les laisse en pile pendant quinze jours ou un mois , puis on forme un paquet de chacune d'elles , quand il s'agit de les embarquer pour les livrer au commerce.

« Les graisses sont divisées en trois classes : il y a d'abord celles qu'on enlève des intestins , et qui fimnent le

suîf (sebo) ; ellc« sont souvent envoyées en barriques , seulement empilées ou fondues ; c*est la dernière qualité , dml 60 M sert pour VéMn^ ém pays et pour l'exportation ; puis eclle

an^on enlève des rhnirs (grasa). On en égage la chair , on la fait fondre , et on la met camitt imm des fenieg oo de gros inCeftini ; elle ii*est employée dans le pnv? qne pour la cuisine; cW une de dt'nreeâ dont peut le moins se passer , soit l'habitant des campagnes, Mit eeloi de Bueoot-Ayres. On cueille enfîn dans les saladeros une * troisième sorte de graisse ; les ouvriers mettent à ^rt tous les os susceptibles de contenir de la moelle, et quand leur journée est finie , Ils brisent ces os, l'en retirent avec un petit morceau de bois, la fondent dansides chaudiène, et en fempliinint de pciiti barilt. Oetta dernièra espèce sert dans les cuisines du propriétaire , se donne en cadeau aux amis comme chose de prix, et se vend assez cher aux gourmets argentins, qui Pestiment beaucoup; c'est en effet , ?nns contredit , l'assaisonnement le plus délicat , bien supérieur à la graisse de porc, au beurre, et méoM è rhuile. Les ningues sont salées àpart, puis on les fait sécher, et elles deviennent ainsi un objet de commerce.

C*est un mets assez bon , estimé des oensommatevfs de viande sèche. Ceet principalement avee le Brésil qu'on en fait le commerce , ainsi que de la omisse, parce que les fortes chaleurs de fiahia , de Rio Janeiro , et de toutes les antres filles sRaées sous la zone torride, ne leur permettent pas de conserver de viande fraîche.

« Une fois que les ouvriers ont fini lenr ionmée de travail , ils s'occupent à nettoyer leur abattoir ; la tête avee ses chajrs , toute la charpente osseuse du tronc , et les os des jambes , sont transportés près du bord de la rivière, 06 Ton entasse tous ces rester , ainsi que les intestms, le cœur, le foie «t les poumons , qu'on jette aussi , lorsque les pauvres gens du Carmen , ou les Ifldnns, nevtennent pas lescbercher.

C'est ainsi que les os, recherchés avec tant d'emprauement en Europe, sont

abandonnés dans la campagne , et restent saiih usage. A peine , lorsque les chairs se sont putréfiées , le propriétaire fait-il enliever les cornes, qui sa détachent nlors plus facilement ; mais comme les environs fournissent assez de bois pour qu'on ue soit pas obligé d*emplo:^er les os en gnisa da finmlmatible , ainsi qu'on le fait dans tontes les Pampas de Buenos-Ajrres , ils sont abandonnés et ne servent absolument à rien. On rencontre, sur plusieurs points de la riva, de ces amas considérables d'ossements, qui attestent quîl y a eu un saloir dans le voisinaj^e , et qui y resteront jusqu'à ce que 1 industrie étrangère veuille se les approprier, en en faisant prendre des chargements pour les transporter en Europe , ou que l'industrie indigène les emploie oana le pays même , lorsque la ovilisation y aura transporté ses fiMques.

« L'Européen , témoin de l'exploitation d'un saladero , ne peut qu'être frappé de Tadresse et de la férocité dea ouvriers, ainsi (pie de la dextérité avec laquelle ils esquivent les coups de cornes des taureaux , qui , furieux d'être enlaola , ss débattsnt avec nna foraa extraordinaire, lorsquMIs approchent de leurs frères déjà morts sur la place, sautent, ruent , et mettent le cavalier dans un danger réel. Le spectateur fréorit à ohaqoe instant à l'aspect de ces hommes, qui , entoures de mille morts, se font un jeu de la colère du taureau comme de celle de la vache.

Leur présenoe d*esprit dans tona lea moments é^ale leur vigueur et leur adresse. Il est rare qu'ils soient blessés. Mais ces hommes qui ne craisnent

G 8 la mort, qui la trouvent oonmniel* nent, sont aussi durs pour les anl* mnux que pour eu\-m^mes. Ils jouissent des souffrances de leur victime, comme d'une sorte d'indemnité dea risques qu'elle leur a filit courir. Sou* vent ils la laissent longtemps se tourner à terre, les jarrets coupés, et riant des beuKiements plaintifs que lui arrache la douleur ; la mutilant gratuitement , et la livrant ainsi sans défense à d'éuonnes chiens, qui, lois^u'eUa

PATAGONIE, TERRE-DU-FEU ET ILES MALOUINES. It

beugle , lui saisissent la langue et la tirent avec force. Ce sont alors des applaudissements sans tin de la part M ouvriers , qui , tout couverts éè sang , le font couler goutte à goutte , en s'enivrant de ce spectacle, qu'ils aiment par-dessus tout. Comment ces lM>iiiMi , fi babituét à foir soufifrir » foiumiieDi-ils être humains? AuMis toujours le couteau à la main , se n>enaceot-ils sans cesse de se tuer , et s'amusentilt à se faire des balafres à la figure, do OOft» qu'il est rare que les Gauchos consommés n'aient pas la face couverte de cic^itrices. Ils s'assassinent avec autant de sang-froid qu'ils éeerchMil tià bmif on une géniise, d sans éprouver aucun remords. XJne circonstance, qui arriva plus tard dans cette même estaacia , prouve combieo ito lent pea toonblat aux asgoîMef éBt animaux: ayant achevé de toer tous les bestiaux , excepté les jeunes de Tannée , et craignant que ceux-ci oe fussent emmenés par Ma Indiens MNwmis , ils les reofermèteat daas ta parc, où, le temps leur manquant pour les tuer, afin d'en empêcher la ioustraction , ils leur coupèrent les Jarrets à tona* et les laissèrent eo eet état plusieurs jours avant de les achever , moyen de conaervatioa qvd leuc paraissait naturel.

« Le spectade d*iiii salâdero aat dea plus attristants. La mit, les mugissements des animaux enfermés dans le parc , et sans nourriture quelquefois depuis deux ou trois jours ; le jour , les beuglements plaintifs des bestiau ■lutilés ou expirant sous le fer de leurs bourreaux ; l'expression de rage de ceux qui cherchent vainement à se aouttraire à la meurt ; lea chuneora daa ouvriers, enteodues de loin ; et approche-t-on? quel spectacle! Huit a dix hommes dégouttants de sang , le couteau à la maio^ égorgeant ou dépeçant des anBsaax naona ou prêts à mottriri soixante à cent cadavres étendus san-

glants sur quelques centaines de pas e superticie. La , un taureau qui expire ; ici, un corps aneors hrtaeli maia inanimé ; des carcasses décharnées .

dea lambmiT da ahai» diifpanéi ; ai

tout cela au nnlieu des éclats de rire des ouvriers et des cris des oiseaux de proie , attirer par la curée , et va* laat an^esaos an attendant leur toar »

ou disputant aux chieiia Isa paittaa

qu'on leur abandonne.

« Je fus témoia d'une de ces réuaiona ferloitse daa oiseanK fid naaa MKinrisaaBt que de ehates mortes» Ja*

mais une estancia ne manque d'avoir aux environs un certain nombre de cathartes urubu et aura, les vautours de ces oontKéca, et de grands et de petits caracaras , qui vivent des restes des habitants; niais ces oiseaux ne dépassent pas le nombre de iiuit à ▼iogtt à Bsoina «l'en ne tsa mi animal ; car alors il en arrive une plus grande quantité , qui s'en vont dès qu'il n'y a plus assez de pâture pour teoa. Le jour aà Ton afall eommeneé à tuer pour ta saladsro* il y avait à peine une douzaine de ces parasites de l'homme. Bientôt, dans la journée, la vue du sang les attira de toutes (jarts; et ta Sôtr il en trouvait déjà au moins une centaine. Mais lorsqu'on eut placé les carcasses décharnées au bord de la rivière, et qu'on leur eut ainsi donné une curée nelta et inépuisable , les cathartes et les caracaras arrivèrent de tous les points , et tous ceux de vingt à trente lieues a la ronde aa féoniraiK en quelaues jours. Leur multitude aroaaiasait a ehaque instant; et , quand le saladero fut avancé, il y avait quelques milliers d'urubus , des centaines de caracaras, et uu grand nombre de chimangos et d'auras , qoî« toute la journée, perchés sur les ossements , s'y disputaient à grands cris les lambeaux de chairs, et couvraient de leors teintes sombres tous ces reatea sanglants. Là , aussi familiers que s*ils eussent été privés , ils se dérangeaient à peine lorsqu'on approchait ; ou bien» au bruit d*un coup de iusii, lenra volées , par le bruit de leurs ailea , imi« talent le roulement du tonnerre ; et leurs nuées tournoyant au-dessus de la pâture , à une moyenne iiauteur , faisaient ombre sur ta aoL À Buenoa»

Ayrcs , où il n'y a pas de noirs urukia, ka aientours des aatadasea « aa

hiver » sont couverts au contraire de blanches mouettes , qui vivent également de restes de ciiairs. Toutes ces réunions momentanées d'oiseaux di* vers se dispersent dès que la pâture manque ; cette société , qui paraissait si intime , se dissout , et si l'on abandonne rhabitation , on ne verra même plus nn seul de ces parasites dégoûtants, mais indispensables à l'estancia; car les chairs restées sur les ossements pourraient, en se putréfiant, mettre la peste dans le pays, tandis que les oiseaux enlèvent tout ce qui donnerait de rôdeur, et remédient ainsi à l'incurie des habitants. »

ReivraMMis notre énumération.

Les oiseaux sont en grand nombre dans la Pataconie; mais aucun d'eux n'a le plumage brillant et varié des espèces qui peuplent les parties centrales de l'Amérique. L'autruche , qui habite en troupes nombreuses dans le nord , est plus petite que celle d'Afrique , et a aussi des différences notables avec celle-ci. File a quatre doigts aux pieds, trois devant et un derrière, gros et rond ; ses plumes sont grises tout le long du dos , jusqu'à l'anus , et elle a la tête faite' oonmie celle d'une oie.

Son nom indigène est nandu. En octobre et novembre, elle pond dans les lieux les plus sauvages, et se borne à eouver ses œufs pendant la nuit ; encore cette tâche est-elle partagée par le mfile. Les habitnnts disent que quand rincubation toucbe à son terme Tautrucbe casse les eeuft non ffeondés, *'ifln d'attirer des mouches autour d'elle, et de faire servir ces insectes à la nourriture de ses petits. Un autre trait caractéristique de cet oiseau est son extrême curiosité. A Tétat domestique, souvent il vient se mettre au milieu d'un cercle de personnes qui causent, pour les recaraer ; à l'état Siuvsge, ce singulier instinct lui a été souvent fatal, car il vient reconnaître tout ce qui lui paraît extraordinaire, et le couguar le surprend alors sans qu'il poisse lui échapper par la fuite. La chair de Tautruche est très-rechercbée des naturels; •tes Gaudios a'ca

mangent que la poitrine, qu'ils appellent picaniUa. Les oeufs se vendent non-seulement dans le pays, mais encore à Boénoe-Ayres et à Montefidéo.

Les plumes du nandu ne peuvent être comparées, pour la beauté, a celles de l'autruche africaine; aussi ne serventelles qu'i dire des époossetoîrs. A Buénos-Ajms, et chez les Indiens Moxos, on les teint de couleurs brillantes. La chasse de cet oiseau se fait à cheval, et les habitants du Canoeo de Patagonie s'y montrent extrêmement adroits. T.'rmtruche n'est pas facile à approcher, car elle court avec une rapidité presque incroyable. Il liiut, dès qtt*on l'aperçoit, lancer son cheval au grand çatop'dans sa direction, pour l'attemdre dès le premier instant; autrement on fatiguerait inutilement la montttfe en tuivMit Twile nandu dans les mille détours qu'il mk^ sans se lasser le moins du monde, pour déconcerter le chasseur. Dès que le Gaucho est à distance convenable, il lui jette ses bolas, et bientôt le cou« les pattes et le corps m^me de l'autruche sont entoures de liens embarrassants. Quelquefois, se voyant cernée par les cavaliers, eNe cbercbe à éloigner les chevaux en les piquant de l'espèce d'ongle terminal dont son aileest armée; et, quand elle a perdu tout espoir de sahit, elle se précipite entre les jambes des coursiers, qui, épouvantés, envoient souvent sur le sable 1rs chasseurs désappointés. Alors, elle repart en ligne droite ; mais d'autres ennemis Patteignent de nouveau, et finissent par enrouler autour de ses Ioniques pattes une dernière bola, qui arrête définitivement sa course. Aussitôt on la tue, et le vainqueur lui coupe ks ailes, qu'il attache, en signe de triomphe , au cou de son cheval.

Cette cliasse est un spectacle des j)lus Intéressants pour l'étranger, et anime singulièrement les plaines désertes de la Patagonie septentrionale.

M. d'Orbigny a découvert dans ce pays une nouvelle espèce d'autruche, qu i! a nommée Rhea pentuUa; il croit que c'est elle, et non le nandu, qui va jusqu'au détroit de Ms^eUao.

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