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LES ARCHITECTES DE LA MER

Lorsque la philosophie antique, avec Thalès, prétendait que tout était sorti de la mer, elle était parfaitement dans le vrai.

La mer est d'une fécondité dont n'approche nullement la terre, et chacune de ses gouttes est un monde rempli d'animation ; ses magnificences sont telles, que, comme le disait Christophe Colomb, « la parole et la main ne peuvent suffire à les décrire. » La vie s'y manifeste partout ; elle anime ses plus ténébreux abîmes et s'étale profusément à sa surface. Ainsi que nous l'avons vu, à 12 000 pieds de profondeur, on en trouve encore de frôles représentants! D'autres ne se plaisent qu'au milieu des vagues; tel est le Fucus nageant, qu'on voit y former d'immenses prairies qui arrêtent les navires.

Le plus considérable de ces bancs de Fucus se trouve sur la route des navigateurs lorsqu'ils se rendent d'Europe en Amérique, entre les Açores, les Canaries et les îles du Cap-Vert. Il en est déjà question dans les traditions phéniciennes : on y parle d'une mer herbeuse ou gélatineuse située au delà des

colonnes d'Hercule. Àristote dit même qu'effrayés par son aspect, les plus hardis marins de l'antiquité n'osaient en franchir les limites.

Cette immense plaine d'Algues, semblant lier les vagues, faillit empêcher la découverte de l'Amérique. La marche des vaisseaux de Colomb s'y trouvant fort entravée, les équipages,

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