Habitation du Termite des arbres. Du Muséum de Rouen
a séjourné, les Termites ne mettent qu'un temps fort court pour dévorer entièrement une habitation. Un escalier d'une assez bonne dimension est mangé en une quinzaine de jours; des tables, des fauteuils et des chaises, en beaucoup moins. La célèbre voyageuse m'a assuré qu'à Sierra-Leone, souvent, en rentrant chez soi après une courte absence, on ne retrouve plus que l'ombre de son mobilier. L'extérieur possède encore toute sa frai-
cbeur, mais le cœur manque, et chaque pièce creusée se pulvérise sous la main qui la touche ou sous la personne qui s'assied.
Au lieu de ces dômes coniques, ornementés de clochetons et rassemblés en villages au milieu des plaines, quelques espèces de ce groupe, et tel est le Termite des arbres, se plaisent à suspendre leurs nids au milieu des grosses branches des plus vigoureux végétaux. On est vivement frappé de leur masse aérienne mêlée au feuillage des arbres, car il en est qui ne sont pas moins gros que nos barriques à vin. Ces nids, extrêmement poreux, offrent à l'intérieur un inextricable labyrinthe de canaux tortueux ; ils sont formés d'une gangue ou pâte compacte composée de fines parcelles de bois, dégomme et de sucs de plantes.
Depuis un certain nombre d'années, deux espèces de ce genre se sont établies en France, où elles causent d'assez notables dégâts dans quelques-uns de nos départements méridionaux, ce sont le Termite lucifuge et le Termite des Landes; leur introduction ne paraît guère remonter au delà de 1780.
Les dévorantes cohortes du Termite lucifuge ont envahi Rochefort, la Rochelle, ainsi qu'Aix, où leur dent a complètement miné un certain nombre de maisons qui se sont écroulées. A une époque, ces détestables déprédateurs s'étaient mis à ronger la préfecture de la Rochelle et ses archives, sans qu'on s'en doutât ; boiseries, cartons, papiers, tout s'anéantissait sans qu'aucune trace de dégâts parût à l'extérieur. Aujourd'hui ou ne préserve les papiers des bureaux qu'en les conservant dans des boîtes en zinc.
A Tonnay-Charente, des Termites ayant rongé les supports d'une salle à manger, sans qu'on s'en fût aperçu, pendant un repas, le plancher s'effondra, et l'amphitryon et ses convives passèrent à travers.
Dans les régions tropicales, certaines Fourmis ne sont pas moins redoutables que les Termites affamés. Elles n'anéantissent pas nos habitations, mais envahissent les champs et y élèvent
d'énormes fourmilières, qui ressemblent à autant de monticules de quinze à vingt pieds de hauteur. Là, elles les multiplient à un tel point sur certaines plantations, que le colon est forcé de les abandonner. Quelquefois, cependant, celui-ci résiste aux envahisseurs, leur déclare une guerre d'extermination, et incendie leurs établissements à l'aide de substances combustibles. Parfois même, c'est avec de l'artillerie chargée à mitraille qu'on renverse les hauts remparts de ces Fourmis, et qu'on en disperse les décombres et les architectes.
Ainsi, c'est avec le canon que l'homme est obligé d'attaquer un Insecte !
D'autres fois, c'est même avec la mine. C'est ce que l'on est contraint de faire pour certaines Fourmis ailées des contrées tropicales, qui enfoncent leurs nids jusqu'à vingt-cinq pieds dans le sol. Et ces nids sont tellement compactes et tellement solides, qu'on ne peut les faire sauter qu'à l'aide de la poudre, et en bouleversant tout le terrain. Ch. Mûller rapporte qu'au Brésil, des provinces entières des bords du Parana ont été de cette façon transformées en espèces de déserts.