EMPRUNT FORCÉ
Pour faire face à toutes les dépenses qu’une dynastie menacée de toutes parts est obligée de faire pour se maintenir, il faut frapper le peuple de nouveaux impôts. Un des ministres de Tk-tsoung en établit de toutes sortes sur les populations; il taxa toutes les maisons selon l’étendue qu’elles avaient, et cet impôt, levé avec toute l’injustice dont des gens sans conscience et sans
(*) Gaubil Histoire de la grande dynastie des Thon".
probité sont capables, révolta tout le monde. Ensuite on exigea par force des sommes immenses des riches marchands, sous le nom d’emprunt : ce n’était qu’une suite de vexations qui firent tomber partout le commerce, et rendirent l’empereur extrêmement odieux. Il fut obligé de quitter sa capitale pour se soustraire à la fureur d’une milice révoltée, et ses serviteurs les plus dévoués non-seulement l’abandonnèrent, mais tournèrent leurs armes contre lui. Toutes ces révoltes, cette désaffection générale du peuple, sont attribuées, par les historiens chinois, à un mauvais et méchant ministre qui avait complètement captivé la confiance de l’empereur. Sans doute il y a souvent de mauvais ministres qui abusent indignement de leur ascendant sur les chefs des peuples, mais il y a aussi parfois de bien mauvais princes.
, amnistie générale.
Sur les remontrances réitérées de plusieurs mandarins courageux, Tetsoung renvoya son mauvais ministre.
Les esprits se calmèrent peu à peu ; les révoltes s’apaisèrent, et l’année 784 de notre ère l’empereur proclama une amnistie générale. Dans redit qu’il adressa à ce sujet à tous les mandarins, aux grands et aux princes de l’empire, il avoua ingénument que tous les malheurs de son règqe venaient de la mauvaise conduite qu’il avait tenue, en ne profitant pas des avis que le ciel lui avait si souvent donnés, en n’ayant nulle compassion pour les misères du peuple, en les accablant de taxes et d’impôts, en faisant des guerres injustes, maltraitant les officiers, et n’ayant nulle application aux affaires.
«Etre empereur, dit-il, c’est avoir reçu du ciel l’ordre de nourrir les peuples. C’est pour cela qu’un bon prince aime ses sujets , non-seulement comme ses enfants, mais comme sa propre personne. Il est attentif à nourrir ceux qui ont faim, à vêtir ceux qui sont nus; encore ne croit-il pas faire beaucoup, et sa bonté n’est point satisfaite. Ses greniers, dans les temps heurtux,
CHINE
se trouvent chez ses peuples ; tous ses sujets sontà leur aise; les vieillards ne manquent de rien; les corvées sont rares et faciles : trois journées d homme en un an pour chaque famille; c’est ce qu’avaient réglé nos anciens empereurs. Enfin, l'union et la paix régnant dans l’État, il lui est facile d’y faire aussi régner la vertu. Hélas! je suis depuis huit ans chargé de l’empire, et je n’ai pu ni en venir là, ni en approcher. Les irruptions des barbares, les trouves qu’il a fallu entretenir pour mettre en sûreté nos frontières, et les autres dépenses indispensables, m’ont mis hors d’état de soulager mes peuples, et m'ont obligé quelquefois a les charger de nouvelles impositions. Il y a eu successivement des inondations et des sécheresses; pas une année abondante. Les laboureurs abandonnent les campagnes ; les pires vendent leurs enfants ; les chemins sont pleins de pauvres à qui la nécessité a fait quitter leur pays et leurs parents. Qu’ils en viennent jusqu’à oublier ainsi les sentiments naturels, c’est bien moins leur faute que la mienne. Je n’ai eu ni assez d'habileté pour prévenir leurs besoins, ni assez de vertu pour leur inspirer le courage et la patience que ces extrémités demandent. J’en ai une vraie douleur et une extrême confusion ; jour et nuit je ne pense pas à autre chose. En attendant que je puisse soulager mes peuples, comme le territoire qui dépend de cette cour est celui qui a le plus souffert, je le tiens quitte pour un an de toute corvée et de toute imposition; j’ordonne de plus que mes officiers pourvoient par quelque moyen à l’entretien et au soulagement "des pauvres;*). »
L’empereur, parle même édit, abolit les impôts mis précédemment sur les maisons, les bois, les vernis, les marchandises, se contentant du tribut ordinaire. Il ordonna de rechercher les gens de mérite, et de lui en envoyer la liste; il voulut que l’on récompensât les vieillards, et que l’on distinguât les lettrés habiles; il défendit aux grands
(*) Du Halde, t. II, p. 614 , édit. in-J“.
21" Livraison. (Chine.)
mandarins de se servir dans leurs pltrcets de caractères flatteurs pour désigner l’empereur, par exemple de celui de divin , de sage du premier ordre , d'esprit sublime et pénétrant , de héros, d'homme accompli, etc. « Ces titres, dit-il, ne conviennent pas à un prince qui a fait tant de fautes et qui mérite si peu la dignité impériale. »
LIGUE CONTRE LES TH1BÉTA1NS. DÉPUTA- TIONS ENVOYÉES AUX SOUVERAINS ife
INDES ET AU KHALIFE DES ARABES, 7Sj.
Comme les irruptions des Thibétains sur les provinces occidentales de la Chine étaient sans cesse renouvelées ou menaçantes, un des ministres de Te-tsoung, à l’occasion de la demande en mariage d’une princesse chinoise par un khan ou chef des Oïgours, lui représenta la nécessité de se rallier avec ces derniers contre les Thibetains; il proposa aussi à l’empereur d’engager le roi du Yûn-nân, les princes ou souverains des royaumes de l'Inde, et le khalife des Arabes, dans les intérêts de la Chine; il insista surtout pour obtenir la coopération du khalife, comme étant l’ennemi du Tliibet et le plus puissant prince d’Occident, et disposé d’ailleurs a resserrer les liens d’amitié avec les Chinois. L’empereur suivit les conseils de son ministre; il promit une princesse au khan des Oïgours; il envoya des ambassadeurs au roi du Yûn-nân, aux princes des Indes et au khalife des Arabes.
Les Oïgours furent les premiers qui attaquèrent les Thibetains. Ces derniers furent aussi battus et repoussés, en 790, dans le Sse-tchouan; mais ils défirent les Oïgours dans le district de Péting ou Bich-bhalik, ce qui fit perdre aux Chinois presque toutes leurs possessions dans la petite Bouckharie.
Ils devenaient de plus en plus redoutables par leurs frequentes incursions sur le territoire des villes du Chen-si. Mais, en 791, les Oïgours les battirent, et leur général en chef fut fait prisonnier l’année suivante par le général chinois qui commandait la province du Sse-tchouan.
ambassade nu khalife haroün al rachid. bétains , qui faisaient souvent des courses sur le territoire de l’empire (*).
Dans l’année 798, le khalife Ga-lun (Bfaroun) envoya trois ambassadeurs à grande sécheresse.
l’empereur. Le P. Gaubit, qui rapporte
le fait, dit qu’ils firent la cérémonie L’année 803, la sécheresse fut trèsde se mettre a genoux et de frapper du grande et la misère du peuple extrême, front contre terre pour saluer i’empe- Un mandarin flatteur dit que la réreur. C’est cette cérémonie du ko-téou, coite était bonne, et qu’il n’était pas ou du prosternement , à laquelle les am- nécessaire de soulager le peuple, en le bassaaeurs étrangers, surtout les An- dispensant de payer le tribut de l’anglais, ont eu une si grande peine de née; un mandarin zélé pour l’intérêt se soumettre; un envoyé de cette na- public se récria contre cette dureté, et tion préféra s’en retourner à Londres, représenta la misère où le peuple était de Péking, sans avoir accompli sa mis- réduit. Ses remontrances déplurent à sion, plutôt que de faire ce proster- la cour; il fut soumis à une forte basnement. Les premiers ambassadeurs tonnade, et il mourut des coups qu’il des khalifes, qui se rendirent à la cour, avait reçus. L’illustre Han-yin était eurent d’abord de la peine à faire cette censeur public; il représenta avec vécérémonie. Selon les historiens chinois, héinence la nécessité de soulager le ces mahométans disaient que chez eux peuple; il fut exilé. On exigea les triils ne se mettaient à genoux que pour buts plus rigoureusement que jamais; adorer le ciel. Dans la suite, étant ins- et, pour les payer, bien des contritruits de cette cérémonie respectueuse buables furent forcés de vendre leurs et de pure étiquette, ils n’eurent plus maisons et leurs meubles les plus nèaucun scrupule de s’y conformer. C’est cessaires. Un gouvernement si inique pour cela que l’histoire de la Chine , en aux yeux des Chinois souleva des murrapportant l’ambassade du khalife Ga- mures contre les courtisans et les eulun, remarque que la cérémonie chi- nuques, que l’on savait dominer l’esnoise, pour saiuer l’empereur de la prit de l’empereur.
Chine, tut faite par les mahométans.