AUTRE LEÇON DONNÉE AUX COURTISANS
Un jour de la quatrième lune, quelques grands, qui avaient inspection sur les districts de Hoaï-nan,Tclien-kiang, Yang-tcheou çt Taï-teheou , ayant reçu de ces différents districts plusieurs tiges de blé, qui portaient deux, trois et jusqu'à cinq épis, les offrirent à l’empereur, comme une preuve que la récolte allait être des plus abondantes; ils ne manquèrent pas, pour faire leur cour, de lui dire que le ciel favorisait visiblement son régné, puisqu’il donnait à la terre une pareille fécondité, et ils ajoutèrent que c’était en récompense des vertus de Sa Majesté.
— «Je n’ai pas assez de vertu, leur répondit l’empereur, pour mériter que le ciel me récompense , et je ne suis pas assez vain pour me persuader qu’il fasse des choses extraordinaires en ma faveur. Qu'il se trouve des tiges de blé qui portent jusqu'à cinq épis, cela est rare, mais naturel; il n’y a pas là de quoi me féliciter. Je mériterais des félicitations, si, par mon bon gouvernement, je faisais en sorte que tous mes sujets fussent dans le contentement et dans l’abondance , en ne manquant à rien de ce qui est de leur devoir. Je n’oublierai rien pour me rendre digne de cette sorte de félicitation. Vous m’avez fait plaisir cependant de m’offrir ces tiges de blé à plusieurs épis.
Je veux que désormais on me fasse part de tout ce qui pourra arriver
■u (*) Amiot, beu cité.
d’extraordinaire dans toute l’étendue de mon empire, et qu'on m’avertisse en même temps du bien ou du mal qu’on en conclut, afin que je puisse régler ma conduite conformément aux circonstances , et profiter des avis qu’on pourra me donner à cette occasion. *