‹ L'UniversChapitre 270 sur 348 · TESTAMENT DE L'EMPEREUR HOUNGWOU · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE L'EMPEREUR HOUNGWOU

Pour-assurer à celui de ses fils qu’il destinait à lui succéder une occupation paisible du pouvoir souverain, qui n’était pas encore affermi dans sa dynastie, Houng-wou lit un testament selon les formes requises, et le rendit public dans tout l’empire. Ce testament était ainsi conçu :

« Il y a longtemps que j’ai reçu l’ordre du ciel pour gouverner les hommes; je règne depuis trente et un an.

J’ai fait tous mes efforts pour ne rien manquer à ce qui était de mon devoir; j’ai pacifié l’empire, je lui ai rendu son ancienne splendeur. Toujours occupé ou à combattre les ennemis ou à traiter les affaires, je n’ai point à me reprocher d'avoir été paresseux ou négligent; j’ai fait, en tout ce que j’ai pu, l’avantage du peuple; du moins teile a toujours été mon intention, et j’ai lieu de croire qu’il est satisfait de ma bonne volonté.

« J’étais très-peu de chose de mon extraction; je n’avais ni vertus ni mérite, et je me suis vu placé sur le trône sans l’avoir recherché, sans même l’avoir désiré. Les sages empereurs des siècles passés sont ceux que je m’étais proposes pour modèles dans la manière dont je devais gouverner; je sens qu’il s’en faut bien que je les aie imités en tout; cependant je suis tranquille, parce que je crois avoir fait tous mes efforts pour en venir à bout. Je suis

(*) On possède un ouvrage semblable , si ce n’est pas le même, à la Bibliothèque royale de Paris, sous le litre de Ta-minghoeï-tian , catalogue de Kourmont, n" cxt. Le P. Couplet ( Monarchies sinicce Tabula chronologica)y dit qu’il ordonna aussi la confection d'un corps de loisanciennes et modernes en trois cents volumes, qui ne devait être complètement rédigé et publié que cent vingt ans apres : <• Lcges priscas et moder- « uas in uuiun corpus 3oo voluminuin redigi «jubet, quod opus cenlui» viginti post • auuis tandem perlicietur et lucem videbit.»

arrivé à la soixante et onzième année de mon ôge; mes forces s’affaiblissent de jour en jour, et il y a grande apparence que je ne tarderai pas à rendre à la nature le tribut que tous les hommes lui doivent ; je m’y attends sans aucune inquiétude.

« Pour faire en sorte, autant qu’il est en moi , que l’empire jouisse encore longtemps après ma mort des avantages que j’ai tflebé de lui procurer, j’ai choisi pour être mon successeur mon petit-lils Tchounq-wen ; j’ai remarqué en lui beaucoup de prudence et de douceur; il a des lumières, et il ne se refuse pas aux avis; je crois qu’il gouvernera bien et que les peuples seront heureux sous son règne; d’ailleurs il est fils du prince héritier, mon fils aîné, et je serais injuste à son égard, si mon choix tombait sur quelque autre que sur lui.

« J’ordonne aux princes, aux grands et à tous les mandarins, tant de lettres que d’armes, d’avoir pour lui tout le respect et toute la déference qu’ils ont eus pour moi, et de lui obéir en tout comme à leur seul et légitime souverain. Qu’on fasse savoir à tous mes sujets quelles sont à cet égard mes dernières intentions et ma volonté suprême.

« Je veux que mon corps repose après ma mort dans le tombeau que je me suis moi-même préparé, et je souhaite qu’on ne change, n’ajoute, ni ne retranche rien dans les lieux qui l’environnent. Pour ce qui est du cérémonial funèhre, ii faut s’en tenir à celui qui fut observé pour l'empereur AVenti des Han.

« Dans la crainte que les princes mes enfants n’occasionnassent quelques troubles, s’ils se trouvaient tous réunis dans la capitale, immédiatement après ma mort, je leur défends à tous d5y venir, et je leur ordonne de se tenir tranquilles chacun dans le lieu de son apanage, et d’y attendre en paix les ordres du nouvel empereur, auquel ils doivent obéir avec tout le respect et toute la docilité que les sujets doivent à leur légitime souverain (*). »

(') Amiot, lien cité. Ce savant et vénéi

Cet empereur mourut quatre mois après, l’année 1398 de notre ère.

Un autre biographe de cet empereur, que nous avons déjà cité (*), s’exprime ainsi : « Houng-wou laissa la réputation d’un des plus grands princes que la Chine ait eus; il avait de belles qualités et point de défauts essentiels.

Persuadé que l’intérêt personnel conduit toujours le peuple, il veillait avec soin à ce que ses sujets ne manquassent jamais du nécessaire; et cette conduite, également fondée sur son discernement et sa bonté, lui mérita l’amotir des Chinois et des étrangers.

Sa clémence était égale à son courage.

Maïtilipala, petit-fils du dernier empereur mongol, étant tombé entre ses mains, les grands, qui craignaient que ce prince ne causât quelques troubles, demandèrent qu’il fut immolé dans la salle des ancêtres de la famille impériale; ils s’appuyaient, pour cet acte d’une barbare politique, de l’exemple d’un des plus illustres empereurs chinois, de Taï-tsoung, fondateur de la dynastie des Thang. « Je sais, répondît Houng-wou, que ce prince fit mou-

rable missionnaire, auquel nous avons emprunté une grande partie de son Portrait de Minc-taï-tsou, resté inédit à la bibliothèque royale de Paris , dit en le terminant : « On peut compter sur tout ce que j’ai rapporté du fondateur des Ming. Je n’ai rien dit que d'apres l'histoire authentique et d'après l'excellent ouvrage intitulé : Mingche, ki che-pen-mo ; c'est-à-dire: Mémoires pour servir à l’histoire des Ming , depuis son origine jusnu'à sa fin. (iet ouvrage a pour auteurs Fou-y-tchang , grand du litre de Tai tsee tai-pao, et grand maître de la doctrine de l'empire, etc., et Kouyngtai', grand du litre de Ti-tou leang-tchchio-tcheng , c'est-à-dire, président des lettrés des deux départements de Tc/ié. Il fut imprime à la dixième lune de l'année Ou-siu de Chun-tché (l'an de J. C. 1 658). » Ce portrait et reux de Yuan-tai-lsou . Hiu-heng , Tsing-tat-tsou , sont datés de Pékiug, le là* de la 6e lune (intercalaire) de la 43* année du règne de Kien-toung , c’est-à-dire, du 7 août 1778.

(*) M. Abel Rémusat, Nouveaux mélanges asiatiques, t. II, p. 4.

rir Wang-chi-tchoung dans la salle de ses ancêtres; mais s'il eût eu entre ses mains quelqu’un de la famille des (oui, à laquelle il faisait succéder la sienne, je doute qu’il se fût conduit de même. Qu’on mette dans le trésor public les richesses venues de Tartarie, pour subvenir aux besoins de l’État. A l’égard du prince Maïtilipala, ses ancêtres ont été les maîtres de l’empire pendant près de cent ans; les miens ont été leurs sujets; et, quand même ce serait une coutume constante de traiter ainsi les rejetons d'une dynastie qu'on éteint, je ne saurais jamais nt’y résoudre. » Il ordonna qu’on fit quitter l’habit tartare au prince captif , et qu’on le vêtît à la chinoise; il le déclara prince du troisième ordre, lui assigna un cortège et des appointements convenables , et lui lit donner un palais pour lui et les princesses ses femmes. Peu de temps apres même, ü le renvoya en Tartarie, près de son père, recommandant à ceux qui étaient chargés de le reconduire de prendre bien garde à ce qu’il n’arrivât aucun accident à celui qui devait continuer la ligne directe de la dynastie mongole. La suite fit voir que Houngwou avait su allier en cette circonstance les principes de l’humanité avec ceux d’une sage politique.

PARALLÈLE DE HODNG-WOO AVEC TAMEIUAH ET TCHl.NGKIS-KUAN.

« Contemporain de Tamerlan, continue le même biographe, il parvint, par des moyens bien differents, à une puissance el à une célébrité non moins grandes. L’ambition de l’un causa les plus grands malheurs à la partie de l’Asie qui se trouva exposée à ses ravages; l’ambition deHoung-wou tourna toute au bonheur des hommes, et sauva sa patrie des horreurs de l’anarchie et de la guerre civile. Tamerlan voulut, dit-on, porter ses armes en Chine, pour y venger les princes de la famille de Tchingkis-khan dont il était l’allié. Les historiens chinois ont, pour la plupart, ignoré ce fait, et n’ont vu dans Tamerlan qu’un sujet Gdèle de l’empereur des Ming, qui reconnut le premier

CHINE

l’autorité de Houng-wou, et lui envoya, avec le tribut qui marquait sa soumission, la lettre la mieux écrite qui soit jamais venue des pays étrangers. On sait cependant que Houngwou fut informe des préparatifs que ce prétendu vassal avait dirigés contre lui; car on trouve, dans le recueil de ses ordonnances, un décret pour assembler des troupes , fortifier les places, et construire des camps sur la route qui conduit de la Perse à la Chine. Si la mort ne fdt venue arrêter Tamerlan dans cette expédition, on eût vu si le bonheur, qui avait accompagné jusque-là le libérateur de la Chine, se serait démenti dans cette occasion, ou si le vainqueur de Bajazet, arrivant à l’extrémité de l’Asie avec des troupes fatiguées, ayant pour auxiliaires ces mêmes Mongols que Houngwou venait de disperser, eût pu combattre avec avantage toute une nation animée de l’enthousiasme de sa délivrance, et conduite par un chef habile, qui ne devait ses succès qu’a ses talents et à sa bravoure personnelle.

« Sous ce dernier rapport , on peut comparer Houng-wou à Tchingkis, dont il détrôna la postérité. Celui-ci, héritier d’une principauté inconnue en Tartarie, et commandant à quelques cavaliers, ne devait pas plus espérer d’obtenir l'empire de l’Asie, que le fils du laboureur de Sse-tcheou ne pouvait prétendre à l’enlever aux descendants de Tchingkis; tous deux eurent les plus grands obstacles à surmonter, et parvinrent, de l’état le plus humble, à la puissance la plus vaste. On ne met point ces conquérants orientaux au niveau de César et d’Alexandre, parce que, selon l’opinion commune, nés au milieu de la barbarie, ils n’eurent à combattre et à soumettre que des barbares; mais il faut remarquer que tout est relatif, et que les moyens, en pareils cas, sont proportionnés à la fin; d’ailleurs l’histoire moderne prouverait, à défaut de l’histoire ancienne, que les nations qui se disent éclairées se soumettent plus facilement au joug ue celles que l’on traite de barbares, i Tchingkis trouva dans la grossièreté

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même de sa nation et dans son état peu avancé un grand obstacle à ses projets, Houng-wôu eut peut-être plus de difficultés à surmonter dans les lumières de ses concitoyens; car il était plus aisé de rallier des cavaliers tartares, que de subjuguer et de se concilier les esprits hautains des lettrés chinois.

Les deux entreprises demandaient des talents différents; mais si Tchingkis joua un rôle plus éclatant en apparence, Houng-wou mérita mieux le titre de grand homme. Les fureurs de l’un désolèrent deux parties du monde, et coûtèrent la vie à des millions d'hommes; les guerres que Houng-wou fut obligé de soutenir eurent pour effet de rétablir l’ordre dans un grand empire, d’y faire régner les lois, la paix et l’abondance, et d’en chasser des dominateurs étrangers. »

Kibn-wen-ti (1399-1402). Ce jeune homme, auquel son grand-père, par son testament rendu public, avait cru assurer le pouvoir d’une manière durable , ne régna que quatre ans , et fut détrôné par un ae ses oncles, le quatrième fils de Houng-wou, qui avait été privé, comme ses frères, du pouvoir souverain auquel il se croyait le droit d’aspirer. Toutefois Kien-wenti eut encore le temps de signaler son règne si court par un acte de bienfaisance qui le fit aimer des populations : il remit le tiers des impôts qu’on levait sur le peuple. Mais un de ses oncles, prince, de Yen , dont le commandement était à Péking , ayant pris les armes et rassemblé une armée considérable pour attaquer le jeune empereur, celui-ci envoya des troupes pour le combattre et s’opposer à ses projets. Le combat s’engagea avec tant a’acharnement de part et d’autre , que trois cent mille hommes y périrent. Les troupes impériales furent celles qui souffrirent le plus. On fit des propositions de paix au prince révolte ; fl rejeta toute proposition jusqu’à ce qu’on lui eût livré les ministres de l’empereur, qu’il regardait comme les auteurs de sa disgrâce. Sur le refus qu’on lui fit d’accéder à ces préliminaires de paix , fl poursuivit sa marche , et arriva

bientôt avec son armée devant Nanking , qui était alors la résidence impériale.

Un traître, comme il s’en trouve toujours et partout , lui en ouvrit les portes; il se fit alors dans la ville un grand carnage, et le palais impérial fut réduit en cendres. Lejeune empereur, sur les instances d’un mandarin fidèle, se rasa secrètement la tête, se déguisa en bonze, et se sauva des mains du vainqueur qui le crut enseveli sous les ruines fumantes de son palais. Les ressentiments tombèrent aussitôt sur les ministres et les grands de la cour; huit cents personnes périrent dans les tourments. Plusieurs prévinrent, par une mort volontaire, les supplices auxquels ils étaient destinés. D'autres se firent raser la tète, et échappèrent à la fureur du prince sous des habits de bonzes.

Lejeune empereur détrôné atteignit secrètement la province éloignée du Yun-nân , où , par une attention continue et un fréquent changement de résidence , il parvint à rester inconnu pendant trente -huit ans; mais à la fin ayant essayé d’adoucir ses chagrins en composant un poème, dans lequel il déplorait sa destinée , ce poème étant tombé dans des mains ennemies, il fut découvert et conduit à Péking, où l’empereur régnant le fit enfermer le reste de ses jours.

Tching-tsou (1403 -1424). C’est sous ce nom impérial qu’est connu le vainqueur du jeune Kien-wen-ti. Ce nom signifie: celui qui perfectionne la race. Tching-tsou donna à ses années de règne la dénomination de joie ou satisfaction éternelle ( young-lo ). Il se rendit d’abord redoutable par les exemples qu’il donna de sa cruauté; mais ses ressentiments assouvis , il montra de la grandeur d’âme et une sagesse peu orainaire. Un grand nombre de jeunes gens , soit par des motifs politioues, soit par toute autre raison, s’etant consacrés au culte de Fo , avant l’âge de quarante ans, contre la loi qu’avait rendue son père , il en fit sortir dix-huit cents de leurs monastères.

Il fit aussi brûler tous les livres des

Tao-sse, qui traitaient du prétendu secret de se rendre immortel.

La septième année de son règne , il quitta la ville de Nan-king, et transorta sa cour à Péking; il laissa son éritier présomptif dans la cour méridionale (Nan-king), avec un nombre de tribunaux et de mandarins pareils à ceux qu’il établit à la cour septentrionale.

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