EXÉCUTION DU VICE ROI DE CANTON
Le vice-roi de la province de Canton, quoique soumis en apparence au gouvernement tartare, inspirait toujours des craimes. Deux exprès lui furent envoyés et l’attirèrent dans son palais, où ils lui présentèrent un lacet de soie avec ordre de l’empereur de s’étrangler. Cent douze de scs principaux officiers, parmi lesquels il y avait trois de ses frères . furent décapités.
L’année suivante (1681), le vice-roi du I’oukian, dont il a été question précédemment , fut aussi puni du dernier supplice à In cour de Péking en présence du peuple, et son corps jeté
aux chiens ; ses frères eurent la tête tranchée. Le Yun-nân fut occupé par une armée tartare, et Houng-hoa, le fils de Ou-san-koueï, qui avait été nommé empereur, prévint le sort qui lui était destiné, en se tuant lui-méine. Les ossements de son frère furenl déterrés , transportés à Péking , où ils furent exposés en partie sur des pieux avec des notes infamantes, en partie réduits en cendres et jetés au vent.
En 1684, le petit-fils du fameux pirate dont nous avons parlé précédemment, fut aussi obligé de remettre l’île de Formose entre les mains de l’empereur mantchou.
C’est ainsi, qu’à défaut d’union et de lien national de la part des Chinois, les Tartares-Mantchous conquirent et pacifièrent leur empire.
GUERRE CONTRE LES QELETS OU ÉLEUTHS.
Une fois que la conquête de l’empire chinois ne présenta plus de crainte sérieuse à l’empereur Khang-hi, ce prince tourna ses vues du côté du Nord. L’un des chefs de la nation mongole, connue sous le nom d’Oelets ou Eleuths, après s’êlre élevé par des moyens mêlés de crimes et d’artifices à un rang auquel sa naissance ne lui donnait pas droit de prétendre, s'etait ménagé la laveur du Dalaï-lama, dont l'appui est une puissance dans ces contrées. Non content d'avoir assujetti la plupart des tribus de sa nation , il songea encore à étendre son pouv oir sur la partie de la nation mongole, qui, sous le nom de A al/ca, est venue, après avoir été chassée de la Chine, s’établir de nouveau dans les contrées où prit naissance le pouvoir de Tchingg’S-khan. C’était suivre la même marche qui avait si bien réussi a ce conquérant; car, si toutes les branches de la nation mongole se fussent encore une fois trouvées réunies sous l’autorité d'un prince audacieux, entreprenant et ambitieux à l’extrême , tel qu’était Galdan, plus connu par son titre de Contaïsch, il y avait lieu de croire que bientôt tous les Tartares auraient obéi à ce nouveau maître, et
CHINE
que peut-être la Chine et le reste de remportèrent en diverses rencontres P Asie orientale seraient rentrés sous des avantages signalés. Galdan se retira le joug des anciens conquérants. dans la partie occidentale de ses États,
Khang-hi vit le premier le danger où Khang-hi ne jugea pas à propos qu’il y avait de laisser s’affermir cette de le poursuivre. L’année suivante nouvelle puissance qui, sous le nom de (1097), Khang-hi fit une nouvelle djoun-gar (aile gauche), menaçait de. expédition contreGaldan; etcettefois, former de nouveau cette immense ar- il prit sa route par le pays des Ordos , niée qui, plus d’une fois s’est avancée et il s’arrêta sur les bords du lleuve vers le midi, composée de toutes les Hoang-ho. C’est là que les ambassatribus de la Tartarie, et partagée en deurs de Galdan étant venus le trouai/e droite ou occidentale, en centre , ver, il ne voulut accorder aucune conen aile gauche ou orientale (*). dition au Contaïsch que celui-ci ne fdt
Galdan était déjà arrivé sur l’Orgon venu lui-même se remettre entre ses avec une arinee formidable. Le théâtre mains. Il lui fixa pour cette expédition de la guerre et le succès qui couron- un délai de soixante et dix jours, pennait ses entreprises rappelaient éga- dant lesquels il fit lui-même un voyage lemeut les premières guerres deTching- à Péking pour assister aux fêtes du gis-khan. L’empereur .ayant essaye, nouvel an. La mort vint à propos mais inutilement, quelques voies de frapper Galdan avant l’expiration du conciliation , se vit forcé de faire mar- délai fixé pour sa soumission. L'einclier les troupes de l’empire, et d’en- pereur, qui était retourné dans le pays voyer deux divisions commandées par des Ordos, revint à Péking après avoir son frere aîné, et par un autre prince reçu cette nouvelle qui le débarrassait de la famille impériale. Lui-même passa de son plus grand ennemi. Il laissa en Tartarie, sous prétexte d'y passpr à ses généraux le soin d’achever la le temps des grandes chaleurs, mais en guerre.
effet pour, ê re plus à portée de faire Quand il fut de retour dans sa capiexecuier ses ordres et d’observer les taie, il fit, en présence des grands de événements. l’empire qui étaient venus pour le fé-
lJes succès qu’on eut soin d’exigé- lieiter, un discours qui contenait un rer, mais qui n’amenèrent aucun ré- exposé très-lumineux des motifs et des sultat definitif, furent tout le fruit résultats de la guerre. « Galdan, dit-il, de cette première guerre, qui dura jus- était un ennemi formidable : Samarqu’en lti'JO, et qui se termina par une kand, Boukhara, les Pouronts, Yersoumission apparente de Galdan. L’an- kiyang, hachgar, Tourfan, Khamoul, née su vante, Kh ang-hi, qui comptait enlevés aux Musulmans, et la prise de peu sur les serments de ce prince , re- douze cents villes, n’attestent que trop muant et ambitieux, résolut d'aller jusqu'à quel point il avait su poiter lui-même tenir les États des Kalkas, la terreur de ses armes. Les Rallias et faire la revue de leurs tribus. Il fut avaient en vain rassemblé toutes leurs accompagné dans ce voyage par le P. forces, en lui opposant leurs sept ban- Gerbillon, missionnaire jésuite fran- nières, qui formaient une armée de çais, qui nous a laissé une assez bonne plus de cent mille hommes : une seule description de la roule suivie par l’em- armée suffit à Galdan pour anéantir pereur (**). des forces aussi considérables. Le khan
En IG9B, Khang-hi fit sortir contre des Kalkas est venu implorer mon seles Eleuths deux corps d'armée, dont sourset se soumettre à ma puissance, l’un fut sous son commandement. Plu- attiré par la réputation de la grandeur sieurs chefs, vassaux de Galdan, se d’âme et de la générosité avec laquelle soumireut aux troupes impériales, qui j’ai toujours traité les étrangers. J’aurais commis, contre les règles d’une n M. Abel Rémiisai, lieu ciié. sage politique, la faute la plus grave,
(**) Daus la collection de dù Halde, t.IV. si j’avais refusé de le recevoir: il n’au-
rait pas manqué d’aller se joindre aux Oelets, et il serait superllti de vous faire sentir à quel degre de puissance et de force se serait élevé Galdan , avec une année si considérable. »