DÉCOUVERTE ET PUNITION EXEMPLAIRE D'UN MEURTRE
Dans la quatorzième année Kiaking (1818) , le district de San-yang, dans la province de Kiang-nan, fut inondé; alors l’empereur ordonna que le trésor public vînt au secours du peuple qui avait souffert. Wang-chin- H an , le magistrat du district de Sanvang , s’empara de l’argent alloué par le trésor, et l'appliqua à son propre usage, sans le distribuer au peuple. Le vice-roi de Kiang-nan expédia un tsinsse, nouvellement créé, nommé Liyo-tchang, lui-méme magistrat du district, pour aller examiner l’affaire.
Wang-cuin-han, s’étant effrayé de son arrivée, et pensant pouvoir le corrompre, lui proposa dix mille taëla d’or pour assoupir l’affaire. Li-yotcuang , cependant , était un homme
probe et droit; il refusa le prix de la commission, et résolut de rapporter le véritable état de la chose au vice-roi. Dans cette occurrence, le magistrat coupable corrompit trois serviteurs de Li-yo-tchang, en leur offrant deux mille taëls d’argent, s’ils voulaient empoisonner leur maître, et faire passer sa mort pour un suicide.
Ceux-ci consentirent. Après avoir commis ce crime, ils placèrent le corps de leur maître dans un cercueil précieux, et l’envoyèrent à sa demeure pour y être enterré. La veuve du lidèle magistrat délunt soupçonna le crime , et sou oncle étant du même avis , ils se rendirent à Pé-king pour le dénoncer au Tribunal- des peines. Celui-ci se hâta de faire arrêter les trois domestiques qui avaient empoisonné leur maître, et qui avouèrent toute la vérité dans leur interrogatoire. L’empereur, furieux de ce crime, ordonna que le vice-roi fût envoyé en exil dans une contrée éloignée , et que tous les mandarins du district de San-Yang subissent la peine capitale. La famille entière du magistrat concussionnaire et homicide, sans aucune exception, subit le même châtiment , et l’un de ses (ils, qui n’avait alors que environ trois ans, fut mis en prison sur l’ordre de l’empereur, pour attendre l’âge de seize ans, afin de pouvoir être aussi décapité.
Quant au malheureux Li-yo-tchang, l'empereur composa une élégie de trente vers pour célébrer ses vertus , et il ordonna que ces vers fussent gravés sur une table de pierre et placés devant son tombeau, pour instruire tous les hommes qu’il est dix mille fois plus glorieux de mourir en conservant son intégrité, que de vivre en avide fripon. Les trois domestiques qui avaient empoisonné leur maître furent, par ordre de l’empereur, coupés en morceaux devant le tombeau du défunt, auquel on offrit leurs cœurs en sacrifice expiatoire. ta veuve fut élevée au rang de grande dame, et son oncle, qui avait plaidé sa cause, fut aussi récompensé par une promotion. Et comme il n’avait pas d’enfant, le mandarin du district reçut l’ordre de choisir dans
son commandement un jeune homme distingué pour devenir son fils d’adoption, afin de transmettre son nom à la postérité, et d’hériter de ses honneurs (*).
Le règne de Kia-king semble avoir été une suite continuelle de calamités ; une révolte était à peine comprimée, qu’une autre se montrait plus redoutable. Le Yun-ncm et le Sse-tchouan occupèrent longtemps les armées impériales. Les rebelles se retirèrent enfin dans les forêts qui avoisinent la frontière chinoise, parmi les tribus étrangères de ces régions.