‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuples (volume 2)Chapitre 17 sur 66 · PÊCHE · texte numérisé non relu

PÊCHE

Les Carolins se distinguent surtout dans l'art de pécher à la liçne et à l'hameçon. Ils prennent des poissons volants avec beaucoup d'adresse, et osent même attaquer la baleine. Le combat qu'ils livrent à ce monstrueux cétacé est pour eux un spectacle du plus haut intérêt. Voici dans quels termes le P. Cantova en parle dans les Lettres édifiantes :

K Dix ou douze de leurs lies, disposées en guise de cercle, forment une espèce de port où les eaux sont dans un calme perpétuel. Quand une baleine parait dans ce golfe, les insulaires montent aussitôt sur leurs canots; se tenant du côté de la mer, ils avancent peu à peu en efïrayant l'animal, et le poussent devant eux jusque sur des nauts-fonds non loin de terre. Alors les plus adroits se jettent à l'eau; quel-

Î[ues-uns dardent l'animal de leur ance, et les autres l'amarrent avec de gros câbles dont les bouts sont fixés au rivage. Aussitôt s'élève 4in cri de joie parmi les spectateurs nombreux que la curiosité a attirés sur la côte. On âratne sur le sable la baleine, et un grand festin est la suite de cette victoire. »

i;UNIVERS.

nfDVSTRII.

La construction des pirognes âea Caroîins a acquis depuis longtemps une grande célébrité , et leur navigation surpasse celle des Polynésiens, c Ici, dit M. Lesson, on ne peut se dispenser de reconnaître des insulaires essentiellement navigateurs, observateurs exacts du cours des astres, iK)ssédant une sorte de boussole, insirument que Fon sait exister depuis longtemps en Chine et au Japon , quoique les habitants de ces pays soient loin d'être aujourd'hui d'haBiles marins. La marche de leurs pros peints en rouge, et frottés avec quelques substances qui leur donnent Taspect d'un ouvrage vernissé , est vraiment remarquable, quoiqu'elle soit loin de légitimer ce qu'en ont dit quelques navigateurs, et surtout Anson; elle est de cinq à six milles par heure au plus. JVlais avec (fuelle adresse on fait changer indistinctcfnent à ces pirogues 1 avant en arrière, pr un simple ren- Tcrsement de voile! et ces fragiles embarcations conservent toutes un genre de construction qui ne varie dans aucune tle , et que nous eûmes occasion de voir sur la plupart de ces longues chaînes d'archipels. Adonnés à la

Fuerre, poursuit ce savant, parce que homme y est naturellement porté, les Caroltns ont aussi conservé ou su faire un grand nombre d'instruments de destruction. Cependant nous ne les troii- Tons pas en possession de l'arc et des flèches, réservés aux races noires {'), ni du casse-téte, ni des longues enclines, plus particulièrement usités ciiez les Polynésiens. Des frondes, des pierres, des bâtons pointus et garnis d\ s et d'épines de poissons, des hac! (s de co(]uilles, voilà les armes les plus habituelles et celles dont ils se ser\( nt plus généralement. »

Une industrie précieuse, essert.'rllement propre à ces peuples, c^esl ia confection des étoffes. Les Australiens et les Polynésiens les plus civilisés emploient, pour leur fabrication, des

(*) Nous ne ptrlerons qos de deux races taoire» de rOoétaie, O.LD.R.

écorces battues et amincies soui forme de papier; les Caroîins, au contraire, se servent d*un petit métier, pour assembler les fils, et composer une toile par un procédé et par des Instruments parfaitement analogues à ceux dont se servent les Européens.

R On ne peut , dit M. . Lesson , en voyant ces tissus formés de fils soyeux de bananier teint^ en jaune, en noir ou en rouge, entrelacés sur un métier élégant, ornés de dessins qui annoncent du goût, que faire remonter la source d un art ainsi perfectionné à une race plus anciennement civilisée et depuis longtemps établie en corps de nation. Pourquoi , d'ailleurs , tes Caroîins n'ont-ils Jamais eu recours à l écorce de l'arbre à pain si commun sur la plupart de leurs îles, et qu'ils n*avaient qu'à battre avec un maillet pour la convertir en étoffe? Cela tient à ce qu'ils ont retenu par la tradition les principes d'un art très- perfection ntdans leur patrie primitive, et que leur industrie a su en conserver l'usage pour confectionner les seuls ajustements réclamés par le climat qu ils habitent. > Nous pensons que les Chinois et les Japonais qui ont abordé aux Carolines, leur ont appris l'art du tisse- . rand , sans que les Carolias soient d'origine mongole, c'ast-à-dire tatire, comme le prétend M. Lesson. ^'ous dirons à ce sujet que, d'après la grande Encyclopéd ie ch inoise, San-tk say-thouhoey, geogr. liv. xiii, il n'y a de vrais ïatars que les Mongols et les // a-/a (Eulets), ou Kalmouks d*aujourd1iui.

L'ethnographie exige qu'on cesse de confondre les Turcs, les Tatars et les IM n f idchous qui son t d'origine tungouse, ft \ Pour en revenir aux Caroîins, nous croyons qu'ils sont issus des Dayas deîCalémantan ( Bornéo). (Voy.

notre Tableau général de l'Océanié.) Au reste, cette industrie avancée, dans la civilisation encore si arriérée de ces peuplades de la Polynésie, est trop importante pour que nous ne nous y arrêtions pas encore un instant. Voici de quelle manière s'exprime sur ce sujet un observateur habile , qui le premier établit des relations amicales

entre Féquîpaga de la Coquille et les insulaires dHlaldn, et qai vient de périr peut-être vers les plages du Groenland.

«Un certain intérêt , dit M. Jules de Blosseville, s^attachera peut-être à la description minutieuse et même technique de Tart du tisserand , chez un peuple de la Polynésie, qui , abandonné a ses seuls moyens , nous a presque fait oublier les Mlles draperies a*écorce des Hawaïens et des Taitiens , les nattes fines et jolies de Rotouma, les manteaux soyeux de la Nouvelle-Zélande, et les pagnes renommés de Ma- Sascar. Cet intérêt s'accroît si Ton échit que dans Tancien monde la jEaibrication des tissus remonte à la plus haute antiquité, mais que dans l'Âmérique entim et dans toutes tes tles de la Polynésie, l'invention d*un métier était au-deissus de la portée des esprits. Certes, il y a loin du caribari. ou navette volante, et des métiers a tisser mécaniques, au katap, ou navette simple , et au paaust des Caroline; mais les merveilles de notre industrie paraissent moins surprenantes pour celui qui voit à quel degré de perfection , à quelle élégance de travail étaient parvenus , sans modèle et avec une ^ande simplicité de moyens, des insulaires industrieux , ignorés du reste du globe. »

TSADmonS REUGISUSES DBS CAROUNS OCCIDENTAUX.

Les plus anciens des esprits célestes , suivant la tradition que les insulaires des Carolines ont reçue de leurs pères, sont Sabucor et sa femme Halmeleui; ils eurent pour fils ÈUeulejtj et pour fille Ligobud. Le premier épousa Leleuhiuly dans Vile d'Ouléa ; elle mourut à la fleur de son âge, et son esprit s'envola au ciel.

Elietilep avait eu d'elle un iils nommé Leugueileng; on le révère comme le grand Seigneur du ciel dont il est rhéritier présomptif. Cependant son père , peu satisfait de n'avoir eu qu'un enfant de son mariage, adopta Hechahaidlenûf jeune homme très-accompli , natif oe Lamourek. Cette tradi-

OCÉANIE. ist

tion Dorte mie Rechaouiteng étant dégodté de la terre, monta au ciel pour y jouir de la félicité de son père;

Sue sa mère vit encore à Laniourek ans un âge décrépit; qu'enfin il est descendu ou ciel dans la moyenne région de l'air, pour entretenir sa mère, et lui faire part des mystères célestes. Par ces fables, leshabitints de Lamourek s'attirent plus de respect et de considération de la part de leurs voisins, higobudy sœur û'ÉUetilepy se trouvant enceinte au milieu de l'air, descendit sur la terre, où elle mit au monde trois enfants. Elle fut bien étonnée de trouver la terre aride et infertile. A l'instant, par sa voix puissante, elle la couvrit d'herbes, de fleurs et d'arbres fruitiers ; elle l'enrichit de verdure, et la peupla d'hommes raisonnables. Dans ce$ commencements, on ne connaissait point la mort : c'était un court sommeil; les hommes quittaient la vie le dernier jour du déclin de la lune ; et dès qu'elle commençait à reparaître sur l'horizon, Ils ressuscitaient, comme s'ils se fussent réveillés d'un sommeil paisible.

Mais ÉriqiregerSy esprit malfaisant et ennemi du genre humain, leur procura un genre de mort contre lequel il n'y avait plus de ressource ; de sorte que les gens morts une fois le furent pour toujours ; aussi l'appellent-ils élus-melabusy au lieu qu'ils nomment les autres esprits élusmelqfirs. Ils mettent au rang des élus-melabus Morogroçy qui, ayant été chassé du ciel pour ses manières erossières et inciviles , apporta sur la terre le feu, inconnu jusqu'alors. I^quetiençy fils d'Élieulep, eut deux femmes , l'une céleste , qui lui donna deux enfants, Carrer et Meiiliau; l'autre terrestre , née à Faldlou , dans le groupe de Morileu , dont il eut Oulifat, Ce jeune homme, ayant su que son père était un esprit néleste, prit son vol vers le ciel, dans l'impatience de le voir; mais à peine se futil élevé dans les airs, qu'il retomba sur la terre, désolé de sa chute et pleurant amèrement sa malheureuse destinée. Cependant, sans se désister de son

premier dessein, il aIhuDa un orand feu, et, à raide de la fumée, il fut porté une seconde fois dans les airs , où il parvint à embrasser son père céleste.

BAmS DBS DIEUX.

LapetitetleFai<ii^,quelesmdif;ènes nomment plutôt Fananou, est située dans le croupe de Fananou on Fcdalou, q\yi]s nomment aussi Namolipiafan^ et qui fait partie des îles Mourileu. On y trouve un çetit étang ou lagune d'eau douce , où les Carolins croient que les dieux viennent se baigner. Par respect pour ce bain sacré, et de crainte d'encourir leur indignation, ces bons et naïfs insulaires n'osent pas en approcher.

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