TABOU
A l'époque de la no^ du toui-ton^ , pu souverain pontife, un mois entieip
est consacré àdesftstins; e$fiuo<!« caaionne une telle consomunatioB 4e vivres que, si l'on ne prenait pas quel* ques précautions, il pourrait en rési^ ter une disette des différentes espèces de denrées. Pour prévenir oet inconvénient, on défend, après les fétv, de manger du cochon, de la volaille et des noix de coco. Cette défense, ou ^ ce oue l'on appelle tabou, ^i dure pendant huit mois, s'étend a loatis monde, excepté aux nrinclpau cbefti- Celui qui était pontire à cette époqm | venait de mourir fersque Mariner a^ ; riva à Tonga. Le tabou ayant été tà$ j après les grandes fêtes funèbres. Il temps de le lever était venu , et Fioat voulait s'acquitter avec ponctualité de devoir imposé par la religion dans cette circonstance; car lea Tongas s'imaginent que lorsqu'il n'est pas rempli exactement, les dieux s'en irn> tent et s'en vengent par la mort di:
oneique chef. Les ordres nécessaires furent aussitôt donnés, et Ton coca* mença à faire les préparatifs pour II i levée du taboo. Les cérémonies doivent ' avoir lieu dans deux ma/ab différents, et au tombeau du touî-tonga. Pour di»tinguer les deux makOs, nous nomma* rons l'un malai du tata-tonga^ et l'aa* tpemcUaideFinau, Celui du touï-toi^j est près de la résidence de ce saint per*; sonnage (voy . pi. 200). On y dressa d'à*' bord , a chacun des quatre angles , vtaé colonne d'yams construite de la ma^ nière suivante : on enfonça en tene!
quatre perches de dix-huit pieds à pm près ; on en forma un carré d'enTÎmi quatre pieds, que l'on garnit tout| rentour de bouts de perches pJaoéi horizontalement de six pouces en sU pouces , et attachés avec des éoorœi d'arbre de f[m (arbre du genre dl VhU>iscus), On remplit d'yams ce pîiiei creux jusqu'à sa partie supérieure ; alor^ on le surmonta de quatre nourelloi perches, au bout desquelles on en attacha encore d'autres, jusqu'à c^ que l'on fût parvenu à la hauteur A cinquante à soixante pieds. Tout h vide fut rempli d'yams,. et le sominel couronné d'un cocbon cuit. Lesquatn ptUers furent élevés la veiUe <l^ h
fr^ f
OCÉAlVllS*
eèèMwe« et Tan foa trais à quatre onis oochons, que Ton fit euire à moitié. Le lendemiûn, ces oochons forait transportés an mala! et Finau, fltoé à eofiron un quart de mille du cramer, et |)lacés a terre devant la nnisan , ainsi que plusieurs chars ou trafoeaux de bois, contenant chacun à peo près cinq cents yams. Pendant mpréparmtifii , Ces indigènes arrivaient de toutes parts., et venaient s'asseoir èms le mabiT deFinau. Pour passer le tanpi et amuser les spectateurs, quel* «Ms-ons d'entre eux s'exercèrent à la Ritte. Le roi et ses chefe, vêtus de goatostoessé, et en costume de guerre (TO^. pL 306) « étaient assis dans la msisoB, observant ce qui se passait dans te mala!. Lorsque tout le inonde iifC arrivé et eut pris place, le roi aaaoaça que la cérémonie allait corn* flKoeer. Les jeunes gens, les guerriers et tous csox qui se piquaient d*étre robustes , se levèrent l'un awès l'autre, et essajèivot d'emporter |e plus gros eoehoo. Leprenier échoua ; le second , h troisièRie ne lurent pas plus heu* veux. Enifai on fut obligé de faire ^ sileser Péaorme animal par deux tanmes suivis par un troisième, chaigé do foie. Ils allèreot le déposer
Béa malaf du touî-tonga , et y at-»
vent rarrivée des autres cochons.
pa eonndève comme un honneur de ■srtieiper à cette opération, et le roi • su-méine se met quelquefois de la par* Ife. Les pkis petits codions âirept por* Ms directement dans le malaî du touî* Mfs, où les chariots chargés d'yams [inent aussi conduits l'un après l'autre. i Iani|pe]eaialaideFinau(voy.|)/.l9d) irt entièrement déblayé, tout le monde leva et se dirigea vere l'autre malaî, fehaomi s'assit. Letouî-tongapr^ida féaaioB : le roi et ses çïms se tin-* ispieetaeusement en dehors du au milieu de la foule. Chacun oeobons énormes que l'on avait , isés dans le voisinage du malaî, iT/fcmt auocessivement apportés.
jvMBe an homme seul ne pouvait ijiwyer sur ses épaules un polos aussi iMsidérable, il se faisait aider par a«tf«8 hommes qui, toutefois ,
Pabandonnaient ensuite à ses propres forces. Le foie de l'animal était porté par un autre individu qui marchait derrière celui-ci. Lorsque tous les cochons furent rangés sur deux ou trois rangsdans le malaî devant le touî-tonga* son premier cuisinier et celui de Finaii les comptèrent, ainsi que les chariots et les piles d'yams. Le cuisinier du touî-tonga en annonça , à haute voix , le compte à son matâre. On transporta alors une vingtaine des plus gros cochons à environ trois cents pieds de distance du lieu de sépulture du tOuîtonga, où on conduisit aussi un cha* riot chargé d'yams.
Le reste des provisions fut diitribué de la manière suivante: l'un des piliers remplis d'yams fut donné au roi , qui les répartit toujours entre ses chefs et ses guerriers. Un autre pilier tomba en naria^ au véaGhi(levéachi, ainsi que le toui-tpnga, est un saint personnage descendant d'un dieu ; il est inférieur au touî-tonga, dont il est, pour ainsi dire , le lieutenant, mais, pstr son ori-
§ine, ainsi que nous l'avons dit, auessus du roi ) , et à deux ou trois autres chefs. Le troisième fut offert aux dieux (c'est-à*dire aux prêtres qui en disposent); enfin le tom*tonga ré* elama le quatrième comme lui appartenant, (^lant aux chariots chargés d'yams , il n'en est iamais question ; le touî-itpnga s'en sert pour l'usage de sa maison. Les cochons sont distribués d'abord aux- principaux chefs ; ceux-ci en font le partage entre les chefs immédiatement au^tessous d'eux , qui en donnent à leur suite; de sorte que c^cun des assistants en a sa part ,
Suelque petite qu'elle soit. Il en est e même des yams que reçoivent les chefs. La céréiirionie se termine par la lutte, la danse et autres exercices.
Chacun se retire ensuite chez soi avec ses provisions , et dès ce moment le tabou est levé.
Les cochons et les yams déposés aq tombeau du touî-tonga y restèrent plusieurs jours, c'est-à-dtre, jusqu'à ee que la viande commençât à se corrom* pre. On la distribua alors aux individuf' des dasses inférieures.
AS
L'UNIVÊKS.
' MARIAGE DE LA t^LtH DtT Ml AVEC LE SOUVERAIN POIfTIFE.
Finaii avait trois filles. 1/aînée ,âgée de dix-huit ans , était depuis longtemps fiancée au nouveau touï-tonga, qui en avait alors quarante. Celui-ci ayant témoigné le désir de célébrer le mariage, Finau donna Tordre d'en faire les préparatifs.
La jeune épouse, après avoir été abondamment ointe d'huile de noix de coco, parfumée avec du bois de sandal ; fut revêtue de nattes des ties de Samoa, du tissu le plus (in, et aussi douces que la soie. Elle était enveloppée d'une si grande quantité de ces nattes , qu'elle ne pouvait ni s'asseoir ni faire usage de ses bras. Rile était accompagnée par une petite fille d'environ cmq ans, habillée de la même manière, et par quatre autres de l'âge de seize ans , vêtues à peu près aussi de même , mais ayant un moins grand nombre de nattes.
La princesse et sa suite, étant prêtes, se rendirent au malaî du touï-tonga , qui les attendait , entouré d'une nombreuse suite de chefs , et ayant deux mataboulès placés devant lui. En y arrivant , elles s'assirent sur le gazon devant le touï-tonga. Peu de temps après « une femme entra dans le cercle , le visage couvert de gnatou blanc, et de là, se rendit dans la maison du malaï , où était assise une autre femme tenant un grand rouleau de gnatou , un oreiller de bois (dans ces Iles, les oreillers se composent d'uu rouleau de bois d'un pouce de diamètre sur un pied et demi de long, et soutenu à six pouces de hauteur par deux bouts inclinés) , et un panier contenant des bouteilles d'huile. La femme voilée prit le gnatou, s'en enveloppa, et, s'appuyant la tête sur l'oreiller, s'endormit, ou plutôt fit semblant de s'endornn'r. Alors le touï-tonga se leva, prit sa jeune épouse par la main , la conduisit dans la maison , la fit asseoir àsa gauche. On apporta ensuite vingt cochons cuits dans le cercle du malaï et dans un four eu terre échauffée (vo]^. pi, 210},Plusieurs cuisiniers fort adroits se
mirent à les dépecer avte des oonteàni, rivalisant d'efforts pour montrer kar dextérité. Une quantité considérablô de cette viande fiitdistribuéeaux cbeft, mais ils n'y touchèrent point , et ca* chèrent chacun leur part sous leun vêtements. Le reste du porc Ait amoncelé au milieu du cercle , et les assistants se jetèrent dessus , s'en disputaot et s'en arrachant les lambeaux. lâ femme qui s'était couchée se leva aloiSt et se retira, emportant avec elle te gnatou (le gnatou est une espèce d'étoffe faite de l'écorce du mûrier, qw les Qiinois emploient à fàbriauer leur papier), et le panier avec les boa* teilles d'huile. Le touï-tonga présent!
la main gauche à la jeune princc^gner, et la conduisit chez lui, acoompa^péft des cinq jeunes filles ; après quoi les assistants se retirèrent. Ayant introduit son épouse dans sa demeure , le touï-tonga l'amena dans celle qui avail été disposée pour elle, et fv laissa.
afin qu'elle pût se débarrasser dfe toutoi ses nattes, et reprendre ses vétemeali ordinaires. Elle s'amusa ensuite à fàÉDi la conversation avec ses femmes. 9n^ dant ce temps, on préparaît MNir fo soir un grand festin , compose de fi* tits cochons , de volailles , d'yams, elfi^ et du fameux kava. Vers la brune, K; touï-tonga vint présider a la fête. A mÊb. arrivée, chacun s'assit pour recenM sa portion. Le plus graud noaàm l'emportèrent chez eux , mais les fg/ati du peuple la mangèrent aussitôt d^M l'avoir reçue. On fit ensuite^ la dis^ butron du kava^ qu'on but à TinsMl même. Les musiciens (si on peut levÉ donner ce nom ) vinrent alors se piâecl devant le touï-tonga , et au milieu éPm cercle formé par des hommes tenaj des flambeaux et des paniers pleins 0 sable pour y mettre les cenares. tM instruments' consistent en sept ou htl^ bambous de différentes grosseurs 4 de difï'érentes longueurs, dont ton les nœuds sont ôtés , et qui sont hmé chés à Tune des extrémités par un cheville de bois tendre ; on tient oe bambons par le milieu , et en les frafi pant d'un bout contre terre, on tiii un son proportionné aux dimensiom
OCÉANIE
dêrinstronieiit. Tlj avait en outre un JiMnine qui, anne de deux bâtons, frajipajt aiternativement de la main droite et de la main gauehe sur un morceau de tnmbou fendu. Les îndi- Ijèaes dansèrent au son de cette mu- SMpe pendant trèfr4ongtemps. La danse fime, Ton des vieux mataboulès proooD^ un discours sur la chasteté , et dacan se retira chez soi. La jeune mariée n'avait pas assisté à la fête. De retour diez lui, le touî-ton^ Tenvova dierafaer. Dès qu*ils se furent retira, on éteijgnit les lumières , et un homme pla<^ à la porte de la maison, après avoir poussé trois grands cris, fit entendre k plusieurs reprises le son bruyant de la conque marine (*).
UZCI OOaSACRÉS ET INVIOLABLES. SACRInCE D'UM EKFAJiT.
Ces insulaires ont des enceintes consacrées oiï tout individu qui parvient à l'y réfogier devient inviolable.
Mariner raconte un incident de cette •eunpieae qui a rapport à ces asiles.
Patarali, un des chefs de Tarmée de Finao, poursuivant un ennemi jus<]u*à Tendos d'un terrain consacré , lui asaésa on coup au moment où il y en- (nitt de manière qu'il tomba mort dans l'enceinte même. Ce sacrilège fut lapporté à Finau,qui consulta aussitôt ies prêtres. Ceux-a ordonnèrent de la part dtt dieux qu'il serait offert un cniânt en sacrifice pour expier la profcnatioo du lieu samt. Les chefs s'asacDiblèrent en conséouence , et ietèrent bar dévolu sur un nls de Touno-Toa,
ri consentit au cruel sacrifice. Mais D*en Alt pas de même de la malheumère, qui , apprenant la funeste tenoe, avait caché son enfant, 'oiitdbis, un de ceux qui étaient charde le chercher le découvrit, et eva. La mère, au désespoir de se arracher son fils , voulait le suivre, ce ne fut qu'avec beaucoup de peine
ÏOA l'en empêcha. Arrivée au lieu , fesécution, l'innocente victime sou- Am voyant ses bourreaux lui passer
n Mariner.
54^ lÀvraùon. (OcKANlB,) T. Iil.
une bande de gnatoa autour du cou en guise de cordon. Un mouvement de pitié saisit alors tousi^les assistants; mais la crainte des dieux ks r^it muets, et;^ à un signal donné, les bourreaux tirèrent les deux bouts du cordon, et le sacrifice fut consommé.
cÉaéif OHuts aBuourosBs.
Le natchiy ou littéralement por^jon^ est une des cérémonies religieuses les
Ï»lus importantes. £lie consiste à ofrir aux dieux, dans la personne du divin chef touî-tonga, les premiers fruits de la terre , et divers autres objets. Elle a lieu une fois par an, un peu avant la récolte des ignames, et a pour butd'appeler la protection des dieux sur la nation en général, et sur les fruits de la terre, dont les ignames sont considérées comme les plus précieux. On {liante ordinairement ces dernières vers a fin de juillet ; mais l'espèce appelée cahocahoy dont on se sert toujours pour cette cérémonie, est mise en terre un mois plus tôt. On leur réserve sur chaque plantation un petit enclos, où l'on en élève une couple de cette espèce. Aussitôt qu'elles sont parvenues a maturité, le hou en fait avertir le touj-tonea , et lui demande de fixer le jour de la cérémonie. On ne fait de préparatifs que la veille du jour indique, qui est ordinairement le dixième.
Seulement on entend toutes les nuits le son de la conque marine dans les différentes parties de l'tle. Le neuvième jour, on tire de terre les ignames , et on les orne de rubans rouges. La cérémonie ayant toujours lieu dans l'île que le touî-tonga a choisie pour sa résidence, les habitants des lies éloignées sont obligés de s'y prendre quelques jours d'avance pour pouvoir envoyer à temps des ignames à l'Ile où il se trouve. Aussitôt après le coucher du soleil, le son des conques se fait entendre dans toute l'tle, et il augmente à mesure que la nuit avance.
A la moua, comme sur toutes les plantations, les hommes chantent le Nofo, ooua tegger gtuiouéy ooua gnaoué :
« Repose-toi; en ne travaillant pas,
LTJÎflVER*.
ta ne travailleras Bas. » Ceci dure
Êsqu'à minuit. Il i«gne alors un si^ nce général de trois ou quatre heures, jusqu'au lever du soleil, que le bruit recommenoe de plus belle. Sur les huit heures, toute la population de l*lle se met en route pour le moua , et les habitants des îles voisines arrivent dans leurs canots en chantant et en sonnant de la conque. A la moua, tout est en mouvement, et bientôt on y voit entrer de toutes parts des pro* cessions d*hommes et de femmes vêtus de gnatou neuf, et ornés de rubans rouges et de guirlandes de fleiirs. Les hommes sont armés de massues et de lances. Le principal vassal du chef de la plantation porte les ignames dans un panier qu il a suspendu au bras, et va les déposer dans le molaî, où des hommes sont occupés à les enOier sur de grandes perches de neuf pieds de lon^ sur quatre pouces de diamètre.
Chacune des perches est portée par deux honnnes qui en placent les extrémités sur leurs épaules , et marchent l*un devant l'autre. Le cortège se dirige alors sur une seule li^ne vers le tombeau du dernier toui-ton^a, qui est ordinairement dans le voisinage, et durant le trajet , les porteurs d'ignames marchent à pas lents, en cadence, ^ semblent fléchir sous le poids de leur charge, pour montrer combien les dieux sont bons de leur avoir donné une abondante récoite, et de si grosses et si pesantes ignames. Les chefs et les matanoulès , qui les ont devancés, sont assis en demi-cercle devant le faîtoka, la tête inclinée et les mains jointes, au moment où le cortège arrive. Deux jeunes garçons, mardiant de front, le précèdent a une petite distance, en sonnant de la connue; viennent ensuite les hommes qui portent les ignames , au nombre d'environ cent soixante, tous rangés sur une seule ligne, et, après eux , quarante autres chantent à haute voix le Nofo ooua. Deux jeunes gens sonnant de la conque ferment la marciie. Ils défilent entre les- chefs et la tombe, en décrivant trois ou quatre
grands cercles; après quoi ils vont époser les ignames vis-à-vis du faî-
toka , et s'aSMjreBt à terr«. tJn des mataboulès du touî^nga se lève alors, sort des rangs, et va rasseoir auprès du tombeau , où 11 adresse une invoeation aux dieux en général, ensuite à chacun d'eux en particulier, et enfla au dernier touf-tonga. Il les remercie de ce qu'ils leur ont donné une si abondante récolte, et les prie de continuer à répandre leurs bontés sur le peuple des fies Tonga. Cette prièfc ierminée , il se lève et retourne à sa place. Tous les assistants se lèvent aussi, reprennent les ignames, et, après avoir défilé à plusieurs reprises devant le tombeau, ils revienncot, dans le même ordre, au malaî, où ils les détachent des perches. Les cheft et les mataboulès ne tardent pas «n les y suivre, et tous les assistants se forment en demi-cercle sous la présidence da touî-tonga. On apporte alors les autivs offrandes du natchi , qui sont du poisson sec, du makoa^ des nattes, des gnatous et des paquets de meUeco^da, Un des mataboulès du touî-ton^ en met à part un quart pour les dieux |que les prêtres s'appropriait, et que leurs domestiques emportent aussitôt; il en adjuge ensuite la moitié aa roi) et l'autre part au toui4onga. Après cette distribution, la oérénnonie da kava a lieu, et pendant riniusîoo , ua mataboulè adresse au |>euple un dis»
cours dans lequel il lui dit qu'après avoir rempli un devoir aussi important et aussi agréable aux dieux, i peut compter sur leur protection al sur une longue vie, pourvu toutefois (ju'il ne néglige aucune cérémonie r^ ligieuse , et qu'il respecte les ch«^. Lt journée se termine par des dansca, des combats à la lutte et au pugilat^ et chacun s'en retourne chez soi , bimi assuré de la protection divine.
La cérémonie du foukalahi a potvt but, comme nous l'avons déjà ûH% de lever le tabou qui a été mis sur Ici! cochons, la volaille et les noix éé coco , dont il est défenâu de mangaf sous peine de mort. Le mois qui soit le trépas du touMonga étant consac*^ à des fêtes continuelles, il s'en fait une si grande consommation que , pour
OCÉANIE
ênipéchér la disette, on est forcé de recoorir à ces mesures de rigueur (*).
Le kavafouka égtd est simplement une partie de kava présidée par un prêtre in^nré.
U TOUO-TOUa
Le temo^Éouo est une offrande d'ignames, de norx de coco et d'autres ppodoctions Totales, qui se fait an meodu tenaiM, A'io-A'Io, en particulier, et à tous les autres en général , pour demander du beau temps et uneréeolte abondante. Cette récoite a lieu , pour la première fois , un peu avant la saison des ignames , au commencement de novembre , et elle se renouvelle ensuite sept ou huit fois de dix jours en dix jours. Au jour marqué par le prêtre d'A'Io-A'lo , chaque plantation envoie une certaine quantité d*igp&mes , de noix de coco, de cannes à sucre, debnnanes , de plantains, etc.* qui sont apportés au malaî sur des bàtotts. Là on en fait trois tas. L*un eonstste dans les offrandes des habltaots du sud de Itle, l'autre dans celtes des habitants du nord , et la troisième dans eefles des habitants du centre.
Les combats de lutteurs et de boxeurs commencent alors, et durent ordioairanent trois heures ; après quoi, une députation de neuf ou dix nommes, eoaveits de nattes , et portant au cou des ^irlandes de feuilles, amènent sur k malaj une petite fille destinée à icpr^enter la femme d'AMo-AUo. S*élaat placés sur une seule ligne auprès des (^Rrandes, ils adressent une prière à Alo-AMo et aux autres dieux , pour leur daBander de leur continuer leur bienvdRance, et de féconder la terre; puis Hi procèdent à la distribution des Movisions. Ils en adjugent le premier tas à AMo^A'lo et aux aieux , et parta-
St les autres aux principaux chefs, ordonnent à leurs serviteurs de les ver. Ils font de nouveau une inrCe invocation , à la suite de laquelle fh se aiettent a frapner sur un grand Imbour. A ce signal, tous les assis-
tants fondent sur le tas réservé auk dieux, et en enlèvent ce au'ils peuvent, au grand contentement des spectateurs. Les femmes se retirent à 1 écart, et les hommes, se divisant en deux troupes égales, se livrent un combat a coaps de poin^. Cette partie de la oéramonie, appelée toê-tacOf est d'unf nécessité mdispensable. Le plus grand chef entre en lice contre le derniw toua, qui peut, sans conséquence, attaquer le roi et le toui-tonga, les renverser et les battre impitovablament. Ces combats sont souvent trèsopiniâtres, et quand ils ont duré d^w ou trois heures , que ni Tun ni Tautre des deux partis ne paraît pas disposé à céder le terrain, le roi interpose son autorité pour le faire cesser. Après la bataille , tous ceux qui ont eu affaire à des chefs d'un haut rang ont recours au moe-moê pour se détaoouer.
Cette cérémonie se renouvelle huit ou dix fois de dix jours en dix jours, et, pendant cet intervalle « on garde dans la maison dédiée à A'io-A lo la petite fille qui représente sa femme, et qui a ordinairement de huit à dix ans. Elle appartient le plus souvent aux premières familles de Tonga. Elle préside à la partie de kava donnée la veille du premier jour de la fête.
LB HAUDOU.
La cérémonie barbare par laquelle on étrangle un enfant pour l'offrir aux dieux et en obtenir la guérison d'un parent malade, prend le nom de nouégia. Toutefois, ces naturels ne con>mettent point cette action par un sentiment de cruauté, car les assistants témoignent toujours un véritable intérêt au sort de la malheureuse victime; mais ils sont persnadi^s qu'il est nécessaire de sacriGer l'existence d'un enfant encore inutile à la société pour sauver la vie d'un chef estimé, vénéré, et dont la conservation est précieuse pour tous ses coneitoyens.
Quand le sacrifice doit avoir lieu , ee qui est ordinairement annoncé par un homme inspiré des dieux, la mallieureuse victime, qui est souvent un pro-
ùi
pre enfabt Au malade ou son proclie parent, est sacriGée par un autre parent du malade, ou du moins par son ordre; son corps est ensuite successivement transporté sur une espèce de litière devant les chapelles des différents dieux. Une procession solennelle de prêtres, chefs et mataboulès, revêtus de leurs nattes et portant des guir- ' landes de feuilles vertes au cou , raccompagne, et à chaque station un prêtre s'avance et supplie son dieu de conserver la vie du malade. La céré^ monie terminée , le corps de la victime est remis à ses parents pour être enterré suivant la coutume.
La même cérémonie a lieu quand un chef a commis , par mégarde , un sacrilège qui est censé attirer la colère des dieux sur la nature entière; car le prêtre consulté déclare que 1& dieu exiffe un naudgin , et le sacrifice d*un entant devient alors indispensable.
On choisit toujours de préférence l'enfant d*un chef, parce qu*on supposé que cette offrande est plus agréable à la divinité; mais on a soin de ne prendre que ceux d'une mère d'un rang inférieur, pour éviter de sacrifier un enfant ayant le rang de chef. Du reste , le père lui-même est le premier à donner son consentement à de pareils sacrifices, dans l'intérêt public (*).
A la mort du touî-tonga, sa première femme était soumise à cette cérémonie, afin d'être enterrée avec le corps de son époux. Finau H fut le premier qui s'opposa au sacrifice, lors de la mort du dernier touî-tonga , lequel avait épousé sa sœur. Il fit plus, car il abolit tous les privilèges sacrés de ce chef.
LE TOUTOUNIMA.
Le sacrifice du toutou-nimaj qui consiste à se faire faire l'amputation d'une phalance du petit doigt pour obtenir le rétablissement de la santé d'un grand chef, est très-commun aux îles Tonga; de sorte qu'il y a peu d'habitants qui n'aient perdu leur petit doigt
C) Mariner, t. Il, p. ,-4 et suÎt.
en entier ou en partie. L'opération ne paraît pas être douloureuse, car Mariner a vu maintes fois des enfants se disputer à qui obtiendrait la préférence de le faire amputer. Le doigt étant posé à plat sur un billot, une personne tient un couteau, une hache ou une
{)ierre aiguë, à l'endroit où l'on veut e couper, et un autre frappe dessus avec un maillet ou une grosse pierre, et l'opération est terminée. La violence du coup est telle que la blessure ne saigne presque pas. L^nfant tient atsuite son doigt dans la fumée d'un fea d'herbes fraîches, ce oui arrête l'hémorragie. On ne lave la blessure que dix jours après l'opération, et au bout de trois semaines elle se ferme sans qu'on y ait mis d'a()pdreiL L'amputation se fait ordinairement aux jointures ; mais si l'enfant compte dans sa famille un grand nombre de che&, il demande qu'on lui en coupe une plus
Ï petite portion ,. pour pouvoir se taire aire l'opération plusieurs fois au mécoe doigt (*).
Les bouiousy ou cérémonies funèbres, sont les mêmes pour tous les enterrements, excepté qu'elles sont conduites avec plus ou moins de pompe, suivant la qualité du défunt. Noas aurons l'occasion de les décrire en parlant de la mort de Finau, et nous y renvoyons d'avance le lecteur.
LE LXKDGl.
La cérémonie du îandgi est celle de l'enterrement du touî-tonga. Aussitôt après sa mort, on lui lave le corps avec de l'huile et de l'eau, et ses veuves viennent pleurer sur son corps. Le lendemain, tous les1)ommeSf femmes et enfants , se rasent la tête. La cérémonie de l'enterrement est la même que celle du roi ; mais la durée du deuil est fixée à quatre mois, et à quinze pour ses proches parents, et le tabou, pour avoir touché son corps et ses vêtements, à dix mois. Les hommes ne se rasent pas pendant un mois au moins et ne se frottent d'huile que la nuit, et
(*) Mariner.
-iw ~ ■ I Ci .Ti
!feUK.^i-.^:î;VvV''''MW:.'A.^i<!i
OCEAISIE.
Ji3
les femmes misent deux mois entière dans le faîtoka.
Le soir de renterrement, des hom* mes, des femmes et des enfants, cou- Terts de vieilles nattes, etc. , et munis chacun d'un tome ou torche, et d'un morceau de holatay se réunissent au nombre d'environ deux mille, à la distance de quatre-vingts pas de la fosse.
Une des pleureuses sort du faîtoka et leur crie : « Levez-vous et approchez. » La multitude se lève, s'avance d'enfiroo quarante pas et s'assied de nou- Teau. Deux hommes placés derrière le faîtoka se mettent à sonner de la conque, tandis que six autres, tenant des torches allumée, de six pieds de long chacune, sortent de derrière le tertre, et courent çà et là en les brandissant. Us remontent bientôt après sur le tertre, et au même instant tous les assistants prennent en main leurs bolatas, se rangent sur une seule ligne pour les suivre, et vont déposer leurs torclies éteintes derrière le faîtoka , où ils reçoivent des remercîments des pleureuses. Lofsqn'ils sont de retour à leurs places , le mataboulè oui conduit la cérémonie leur ordonne a'arracher l'herbe , les broussailles, etc., aux environs de la fosse, et chacun se retire ensuite dans la maison qu'il doit habiter pendant le deuil.
A la nuit tombante, plusieurs individus recommencent à sonner de la conque autour du faîtoka, tandis que d'autres entonnent un chant funèbre.
Peu après, arrivent une soixantaine d'hommes qui , s'étant avancés jusqu'à la fo^e, j attendent l'ordre d'exécuter une partie de la cérémonie, qui contraste étrangement avec les habitudes de propreté de ces insulaires. Une pleureuse sort du faîtoka et leur parle en ces termes : « Hommes, vous êtes rassemblés ici pour remplir un devoir d^obligation; prenez courage, et faites toas vos efforts pour vous en acquitter convenablement. » Après cela , elle se retire, et les hommes se mettent en mesure de payer leur sale tribut à Cloacyne. Le lendemain, au point du jour, des dames du plus haut rang, toutes femroœ ou filles de cliefs,5e
rendent sur les lieux, accompagnées de leurs suivantes, munies de paniers et de grandes coquilles pour enlever ce qui y a été déposé la veille. Cette cérémonie dégoûtante se renouvelle pendant les quatorze nuits suivantes. Le seizième jour, de très-bonne heure, les mêmes femmes se rassemblent de nouveau, mais elles sont alors parées de leurs plus beaux gnatous, de nattes de hamoa ornées de rubans, et portent autour du cou des guirlandes de fleurs ; elles sont munies aussi de jolis paniers remplis de fleurs, et de petits balais artisteraent travaillés. Elles font mine de balayer la place comme les jours précédents et d'emporter les ordures dans leurs paniers; après quoi elles retournent à la moua, et reprennent leurs nattes de deuil et leurs feuilles d'ifi.
Toute personne qui touche un chef supérieur devient tabouée, mais cette interdiction n'a pas de suites fâcheuses .si elle a recours au moë-moè. Une pièce de terre ou une maison consacrée à un dieu est tabouée. Il en est de même d'un canot que l'on place sous la protection d'A'lo-A'lo avant d'entreprendre un voyage lointain. Si un homme commet un vol, on dit qu'il a rompu le tabou; et comme on croit que les requins attaquent les voleurs de préférence aux honnêtes gens, on fait baigner les individus suspects dans un endroit fréquenté par ces animaux , et tous ceux qu'ils mordent ou dévorent sont réputes coupables. La chair de tortue et celle d un certain poisson donnent aussi le tabou , si, avant d'en manger, on n'a pas eu soin d'en of&ir aux dieux. On connaît le^ fleurs et les fruits taboues à un petit morceau de tapa taillé dans la forme d'un lézard ou d'un crocodile, qu'on place autour de la tige pour défendre d'y toucher.
Lorsqu'on craint la disette de certaines denrées, on a coutume d'y mettre le tabou pendant plusieurs mois de suite.
Toute persoime qui se serait tabouée en touchant un chef supérieur ou un obiet quelconque lui appartenant, est obligée de recourir au moe-moë avant de pouvoir se servir de ses mains pour
man^. Cette oérémonle consiste à appliquer d'abord la paume et ensuite le dos de la main à la «plante des pieds d*un chef supérieur, et à fee laver ensuite les mains dans de Teau , ou à se les frottdr avec des feuilles de bananier ou de plantain ; on peut alors manger en toute sûreté. Celui qui a eu le malheur de se servir de mams tabouées est obligé d'aller s'asseoir devant un chef, de prendre son pied et de se l'appliquer contre l'estomac pour que les aliments qu'il a pris ne lui fassent aucun mal. autrement son corps s'enflerait et il s'ensuivrait une mort Certaine. On se taboue aussi en mangeant en présence d'un parent supérieur, à moins qu'on ne lui tourne le dos, et en prenant des aliments qu'un chef aura maniés.
Si Ton est taboue pour avoir touché le corps ou le vétenient du touï-tonga, lui seul peut en remettre la peine, parce qu'il n'existe pas de chef aussi grand que lui. Il a pour cet effet, à sa porte, un plat d'étain qui lui a été donné par le capitaine Cook , et qu'il suffit de toucher pour s'dter le tabou. Le kava ne devient jamais taboue par Tattouchement d'un chef quelconque; de sorte qu'un simple toua peut le mâcher, môme s'il a passé par les mains du touîtonga.
Le tougou-kava consiste à déposer devant une maison consacrée, ou un tombeau, un petit morceau de kava, dont on fait hommage à un dieu ou h rame d'un chef (*).
ÀLIIIBNTS.
L'igname, le taro, la banane, le fruit à nain, la noix de coco, le poisson et les ooquiUages forment la nourriture habituelle de ces insulaires dans toutes les saisons de l'année ; les cochons , les volailles et les tortues sont des friandises réservées pour les chefs. Le bas peuple mange les rats.
Le plus souvent ils font cuire leurs aliments dans des fours creusés dans le sol, Qu'ils recouvrent ensuite de feuilles de bananier et de terre. D'au-
(*) Mariaer*
très fois Ils leé font IrfMpleitieAt Mbt sur les charbons ardents ; enGn, quelquefois ils les font bouillir dans lesfases en terre qu'ils tirent des îles Viti.
Leurs mets principauit sont S
H^ai'hou. soupe de poissons faîte arec une préparation d'eau et de noix de coco.
ff^ta^ot^, ignames bouillies et écrasées dans une émulsion de noix de coco.
Pf^cA'hopa, bananes mûres, eoQ« pées par tranches et bouillies dans une émulsion de noix de coco.
f^cH'tchi. espèce de gelée fiiiteatec le ma, et le jus de la racine tM {dracœnœ terminalis).
H^al-viy espèce de fruit (spomSas cytherea) râpé et mêlé avec de Peau, dont on extrait ensuite la partie liquide.
Bobùly préparation de ma et de tM^ fbrmant une gelée semblable au te»itchif mais plus compacte.
B(Ây semblable à la précédente, sans être congelée.
Fax kakal loto toutou y fruit à pain, battu et coupé par petits morceaux, pour le manger ensuite avec une émulsion de noix de coco , et le jus de tchi ou de la canne à sucre.
UntrloUÂy feuilles de taro chanflfo ou bouillies avec le jus de la noix de coco.
Lou-e/feniou, feuilles de taro cottes avec de la noix de coco râpée et fermentée.
Lou ato he bouaha, feuilles de taro Cuites avec un morceau de gras de porc, et conservées jusqu'à ce que le goût en soit fort.
Lou taly feuilles de taro coites atec un peu d'eau de mer.
Ma me y fruit à pain fermenté. Mahopay pâte de bananes fernientée. ilfa matou y bananes fermentées, bien pétries et cuites, ^fa latoî, bananes fei^ mentées et cuites avec le suc exprL de la noix de coco.
Loloî/ehey chien de mer sédié , avec le suc de la noix de coco.
Tao goiUou, espèce de gâteau cuit composé avec la racine de morhoa, noix de coco et le suc de cette noix.
OCÉANIE
Faha Me y poudre de radne d^ ma-hoaf répandue dans Peau dinude jusqu'à ce qu'elle forme une substance demî-sélatineuse.
^'e hahy préparation déjeunes noix de coco, cuites a^ec leur lait.
yiotdai y le dedans des jeunes noix de coco , et le jus de la racine tehi , mêlés avec le lait de coco (*).
Les habitants de Tonga n'étaient point anthropophages; mais, par un point d^honneur militaire, il arrivait quelquefois que tes jeunes guerriers , à Timitation de ceux de Viti, dévonient la chair de leurs ennemis tués au combat.
«ASTROROim.
Si led progrès dans Part gastronomique «ont un indice de la civilisation , les habitants de la plupart des ties de la mer du Sud peuvent passer pour très*avanoés sous ce rapport.
Par exemple, les naturels de Tonga coonajsseiit trente ou quarante plats diflereots. Voici comment ils apprêtent le porc. On étourdit d'abord ranimai d^an coup de béton , et on le tue en«> suite en le frappant à coups redoublés. On Je frott« avec du jus de bananier, 00 le place sur un grand feu pendant quelques minutes, et lorsqu'il est ânufll, on le gratte avec des coquilles de moules ou des couteaux. Après rsTorr lavé , les cuisiniei^ le coucnent sur le dos , lui ouvrent la gorge pour en ôier la trachée-artère et le gosier , et font ensuite une ouverture circulnfre au ventre pour en retirer les entrailles, qu'ils lavent et cuisent sur des cendres chaudes. Ils remplissent ensuite l'intérieur de l'animal de pierres chaudes enveloppées de feuilles de l'arbre à pain, et le placent «nprès, le ventre en bas , dans un trou garni de pierres échauffées par un reu qu'on a eu soin d'y allumer d'avance. Ils le eoutrent alors de branches et de feuilles de bananier , sur lesquelles ils élèvent on monceau de terre pour que la vapeur ne puisse pas s'en ^happer. Ils
O Mariner» t. II, p. 19$ etsdv.
f placent en même tempi le foie de l'animal et des ignames , et en moins d'une demi-heure le codwn est cuit.
Les sros sont ordinairement à moitié rôtis lorsqu'on les retire ; on les dépèce et on enveloppe de feuilles les morceaux que l'on fait cuire de la même manière. Les habitants se servent, pour tout ce ou'il est nécessaire de niire bouillir, de pots de terre fabriqués aux tIes Viti , ou de chaudières qu'ils se sont procurées par des échanges à bord de quelques bâtiments marchands; mais les volailles, les ignames, le fruit à pain , etc. , sont toujours apprêtés de fa manière indiquée ci<dessu8
LBKATA.
Le chef qui préside au kava est tou-
Iours le plus puissant de ceux présents I cette cérémonie. Il s'assiea surdes nattes, le visage tourné vers le malaî, où les assistants sont rangés en cercle. A ses côtés se tiennent deux mataboulès faisant l'ofDce de maîtres des cérémonies ; viennent ensuite les autres chefs , les mataboulès et les mouas, qui prennent place selon leurs différents rangs. Un tiers du cercle environ est occupé par les jeunes chefs et les fils des mataboulès au service du chef qui préside; et au milieu d*eux se trouve, vis<à-vis du dernier, celui oui doit préparer le kava : c'est le plus souvent un inoua , un toua ou un cuisinier, et même quelquefois un chef.
Derrière eux s'assejrent une multitude de spectateurs, qui, dans des occasions extraordinaires, s'élèvent à trois ou quatre mille individus.
Ces dispositions faites , les cuisiniers du grand chef apportent les provisions.
Un mataboulè tait alors signe h un d'entre eux de s'approcher de lui.
Celui-ci se lève, traverse le cercle, et. étant arrivé près du mataboulè, il s'assied devant lui pour recevoir ses ordres. Le mataboulè lui commande d'aller prendre dans la maison du chef une certaine quantité de racine de kava, et de l'apporter. Le cuisinier part, revient (le la même manière qu'auparavant, d^se le kava devant
le chef n et s'assied à terre. Le matabouiè lui ordonne alors d'aller le porter à la pereonne placée à l'autre bout du cercle ; il se lève, et va le remettre à celui-ci, qui le fend avec une hache, le gratte avec des coquilles de moules, et le donne ensuite à mâcher à ceux qui l'entourent, en ayant soin de âioisir les jeunes gens qui ont de bonnes dents, la bouche saine, et qui ne sont >is enrhumés. Quand la racine est sufilsammcnt mâchée, chacun k retire de sa bouche, et la place sur une feuille de plantain ou de banane.
On la transporte ensuite hors du cercle dans une grande jatte de bois que l'on |)lace devant la personne chargée de faire l'infusion. Celle-ci baisse la iatte pour que le chef puisse juger de la quantité qu'elle contient. S'il trouve qu'il n'y en ait pas assez , il lui dit de Ja couvrir, et de lui envoyer un homme, à qui le mataboulè en donne davantage. Si, au contraire, il juge que la Î[uantité est suffisante, il ordonne de aire le mélange. Les deux hommes assis aux côtés du dernier sortent des rangs, et vont se placer à terre vis-àvis l'un de l'autre auprès de la jatte. L'un d'eux prend une feuille de banane avec laquelle il chasse les mouches ; et l'autre, s'étant lavé les mains, pétrit le kava, et y verse de l'eau jusu'à ce que le mataboulè lui ait it qu'il y en a assez. U prend alors une feuille de bananier, et se met à chasser les mouches avec son camarade. Peu après, le mataboulè ordonne d'y mettre le fo, qui est une écorce d'arbre divisée en petits filaments, avec laquelle on retire le sédiment à trois reprises différentes, jusqu'à ce que la liqueur soit devenue tout à fait limpide.
Cette opération terminée, on procède à la distribution des comestibles.
Ce sont ordinairement des ignames, des bananes, des plantains, et Quelquefois un porc cuit au. four, et ae la volaille. Le mataboulè en ayant ordonné le partage, deux hommes sortent des rangs. Ils commencent par faire la part du chef qui préside, et qu'ils placent devant lui; puis ils servent les
autres convives. Cette distribution dure ordinairement trois ou quatre minutes.
Le kava étant bien passé, deux on trois hommes sortent du cerde, des tasses à la main, et viennent s'asseoir autour de la jatte. L'un d'entre eux se lève alors , présente la tasse à la personne chargée de distribuer le kava , qui plonge dans la jatte un rouleau de fo, et en lais'^e égoutter environ un tiers de pinte dans la tasse. Ce dernier se tourne ensuite vers le chef, et s'écrie à haute voix que le kava est versé. Le mataboulè lui ordonne de l'apporter à un tel , en l'indiquant par son nom. Celui-ci, en s'entendant nommer , claque deux fois des mains pour montrer où il est placé. L'édianson s'avance aussitôt vers lui , et lui présente le kava debout, à moins qa*il ne soit un grand chef, ou que le banquet ne soit présidé par le touî-tonga.
U est alors obligé de s'asseoir. Le cbef qui préside reçoit ordinairement la première ou la troisième tasse , mais cette dernière lui appartient de droit.
Le mataboulè de service, suivant un usage très-ancien , adjuge la première à son collègue, si toutefois il n'y a pas parmi les convives un cbef ou mataboulè des fies voisines. Si le kava a été offert par une des personnes présentes, on lui présente la première tasse par déférence. S'il se trouve parmi les personnes présentes deux pu plusieurs chefs, entre lesquels le mataboulè soit embarrassé de savoir auquel accorder la préférence, de crainte d'offenser les uns ou les autres , il fait porter la première au président, la seconde au mataboulè, son collègue, la troisième au chef du rang le plus élevé, et ainsi de suite.
Quand la première jatte est vidée, le président en commande ordinairement une seconde, et c'est plors au tour de l'autre mataboulè de remplir les fonctions de maître des cérémonies.
Lorsque le banquet est présidé par le touï-tonça , les mataboulès de service sont obligés de se tenir à six pieds de lui. Aucun chef ne se rend à une partie de kava donnée par son inférieur, à
0CÉÀI9IE.
moins qQ*tl ne consente à lui en céder la pmidence. Quand un prêtre préside, la première tasse lui revient de droit
Voici de quelle manière M. de Sainson Mi le récit d'un kava :
«Le chef Tahofa m'engi^ea un ittstin à ra<xx>mpagner sur Hle Onéata, où ses gens se fivraieot à la pêche.
Mon ami Lesson consentit à être de la partie , et nous étant fait mettre à terre sur Pangal-Modou, nous traversâmes à pied le récif qui , en ce moment , restait presque à découvert ; la nombreuse suite du chef marchait derrière noos. Arrivés sur une petite lie où brillait la plus fraîche verdure, noas fîmes balte, et nous vîmes, aux |»réparati£s qui se faisaient, qu'il s'agissait d'un kava. C'était la première occasion qui s'offrait à nous d'être ' témoins de cet acte si fréquent, et, selon les drcoustances , si solennel que\qaefois dans la vie des insulaires.
Jamais ib ne se dispensent de prendre cette boisson forte le matin; et si quelques graves événements, comme ' une guerre , un conseil , des funérailles, réunissent les naturels, l'assemblée débote toujours par un kava ; le chef principal y préside, et les droits de préséance y sont réglés avec la plus sévère étiquette.
« Outre le goût naturel des insulaires ' pour b boisson extraite du kava , goût qn'iis portent quelquefois à un excès nuisible à leur santé, des idées superstitieuses s'attachent encore à la ndne dle-roéme. A l'instant où nous jetions l'ancre, la tamaba, ou reine aère, nous envoya par un exprès une frosse racine de kava, qui devait, pendant le reste du vovage, préserver fyisirolabe de toute fâcheuse aventure.
^r respect pour le don de la vieille adne, son talisman fut suspendu à Tétai d^artîmon , et il y pendait encore tingt jours après, alors que nous ^*= — sous le poids d'une nouvelle in-
5, la guerre avec les sauvages.
« Je reviens à Tahofa et à son fcava la petite tie. Nous étions assis sur fberbe^ formant un cercle allongé; T^iofia occupait le haut bout, Lesson
et moi à sa droite. En faee du chef, au bout opposé, un de ses principaux mataboules se fit apporter un plat rond en bois, et à trois pieds; l'intérieur de ce plat, enduit d un vernis blanc, attestait qu'il avait longtemps servi au noble usage pour lequel il était uniquement réservé.
« Derrière ce grave fonctionnaire, une troupe de jeunes garçons se pressa sans ordre ; on leur distribua aussitôt des morceaux de racine, c|u'ils soumirent à une mastication vigoureuse.
Cette opération terminée, les racines mâchées sont réunies dans un plat ; on jette dessus une sorte de filasse par poignées , puis une certaine quantité d'eau; alors le mataboulè principal retourne et presse avec ses mains le séduisant mélange jusqu'à ce qu'il en juge le degré de lorce suffisante. Pendant ce temps , les autres mataboules font, avec des feuilles de bananier, des tasses extrêmement élégantes. Les choses en étaient à ce point, lorsqu'on nous pria de replier nos jambes a la façon des indigènes : nous obéîmes volontiers ; puis un homme se leva , se plaça debout au milieu du cercle, et la distribution commença.
« Le serviteur qui avait composé cet étrange nectar, en remplissait les tasses ; il en passa une à l'homme du milieu, qui la porta au chef; celui-ci avala le breuvage, et jeta la coupe. Le Ganimède tenait déjà une autre tasse
f>leine ; Tahofa nomma celui qui devait a recevoir d'après son rang, en prononçant : Jvema Finau (donne à Finau).
Le chef désigné frappa des mains en signe d'assentiment, puis il but et jeta le vase. Notre tour arriva , et nous nous soumîmes d'assez bonpe grâce au cérémonial. La boisson favorite de Tonga nous sembla d'abord peu agréable ; son goût est amer , et son passage dans la gorge laisse un sentiment de chaleur comme nos liqueurs fortes; pourtant l'habitude peut la faire trouver supportable. J'eus occasion de renouveler plusieurs fois cet acte de complaisance et de respect pour les usages de nos hôtes, et l'idée que j'ai conservée de la liqueur du kava ,
dialgré ton étrflnç6 ftbrîcatioii, n'eit pas ube idée de dégoût.»
Voici maintenant; comment M. Bennett, le voyageur le plus réoentqui ait Tiaité rarenipel de Tonga , raoonte une partie d'ava ou kava chiez le toubou.
« Je me rendis, diiM. Bennett, à la résidence du toubou , où, j'eus occasion d'aSaistef à la cérémonie qui a lieu quand on boit le kava. Le toubou était assis, et recevait de ouelquee chefs qui venaient d'arriver de distnets éloignes , des hommages de respect et des présents, qui consistaient en étoffes du pays, en ignames , bananes, racines de ■a va , etCi Par cet acte 4 ces chefs étransers reconnaissaient le toubou pour leur souverain. Un des serviteurs prit les présents t et un autre apporta le kava ; on forma un cercle autour du roi, qui conserva toiyours un air grave et solennel; les naturels d'un rang inférieur formaient un second cercle derrière. Les chefs étrangers étaient assis sur des nattes communes, en signe d'humilité. On mit devant un des chefs des racines de kava ; celui-ci fit d'abord couper les racines par deux serviteurs, qui firent usage poui* cela de bâtons très-pointus ; ensuite il les distribua entre plusieurs naturels; ceux-ci commencèrent par râper le kava avec une coquille, puis ils soumirent ces racines à une forte mastication ; un autre naturel fut chargé de préparer la coupe destinée à recevoir cette boisson. Quand le kava eut été suffisamment mâché, on le mit dans la coupe. (On veille avec le plus grand soin à ce que les personnes qui mâchent la racine de kava ne soient affectées d'au^ cune maladie. ) Le vase dont on se sert dans cette solennité, est de diverses grandeurs ; le bois dont il est fait vient des lies Fidgi, et s'appelle fahi ; on fait aussi de ces coupes avec le bois de leki-leki : elles sont à trois pieds, très-larges, et peu profondes.
« Lorsqu'on eut mis dans le vase les racines de kava, on le présenta au roi, qui fit verser sur ces racines l'eau qu'on venait d'a|)porter dans des coques de coco ; puis on eut soin d'ajouter de Peau graduellement : un naturel
exprimait dans le vase le jua au k^va, et retournait ces racines avec ses deat mains. En même temps, on préparait un autre breuvage avec des feuilles da. plantain. Bientôt on apporta les coupes, et quand elles furent pleines , le scr« viteur qui était chargé de cette prépa^ ration dit à haute voix : « Le kava est dans la coupe ». Alors undes chA appela par son nom le roi , en rboiH neur de qui se donnait la fête, et cela* ci frappa fortement ses mains Piioa contre l'autre en signe de remete^ ; ment. On a coutume de distribuer dsi ! bananes dans cette cérémonie.
«Je désirais vivement goûter k 1 kava ; mais comme je montrais de h répugnance à cause du mode de prépa»
ration, le toubou me fit apporter du kava râpé qu'on versa dans un petit vase; Je trouvais à cette boisson un gnft amer et lé^rement piquant. Tant que dure la cérémonie ou kava , les diett et les naturels chargés de préparer œ breuvage observent un relioieui d* lence. Il arrive quelquefois qiron reste à boire pendant fort longtemps; au reste, ceci dépend du nombre des Conviés : dans cette circonstance, nous n'étions pas plus de trente.»
MOKCBS ET COCnniBS. ADMmATtQn rouK LES ACTJOirS GÉNiAEUSBS.
Les habitants des tles de Tonga sont pleins d'admiration pour tout ce qii est généreux et libéral. Si un chef v«]l|chez un autre un objet q^iiî lui fatft ^ plaisir, il n'a qu'à le lui demanda ^ pour l'obtenir. Les étrangers aoSti exempts de toute espèce de tribut d'impôt, quand bien même ils po dent de grandes propriétés. On dispense aussi de se conformer usages établis, ou de montrer du pect pour les dieux, parce que , dit- . ce ne sont pas le& leurs, lin chef tout autre se met-il à table , il < mence par partager ce qu'il a avec qui l'entourent, autrement il accusé de bassesse et d'égoîsme.
les repas, les étrangers ont la pL__ rence, et les femmes sont servies avÉÉ les hommes du même rang. On cooéM
OCÉAlMIfi.
dèrète Tespe6td(lldi]zdiefîieoMmea& deroir sacre, aussi agréable aux dieux
Se s'ils en étaient eux-mêmes Tobjet.
vénération quils ont pour la vieillesse est encore un dés beaux traits du caractère de ces Insulaires; et l'at* tachement qu'ils témoignent pour leurs parents ferait honneur à la nation la plus cÎTilisée ; les chefs ont un profond respect poar leur soeur atnée, et le lui prouvent en ne mettant jamais les meds dans la maison qu'elle habite, ib placent au nombre des devoirs rell^eux la défense des droits qu'ils tiennent de leurs ancêtres. Ils affeolioanent particulièrement l'Ile qui les a vus naître , et toutes les lies Tonga , en général, ^rce qu'elles forment un pays soumis aux mêmes lois , et où l'on parle le même langage. Mais on peut supposer que Tamour de la patrie, dans 800 acception la plus étendue, n'exista pas chez eux , par la raison qu'ils n'ont }amaU de guerre à soutenir contre les enoemiB eHérîeurs*
HfSTICB.
Leurs notions de l'honneur et de la Jostioe différent des nôtres sous plusieurs rapports. Par exemple, ils re* gardent comoie un devoir f'obiéissanoe aveogle des subordonnés envers leurs thefin. Il s^ensuit que si ces derniers ont résiria d^assassiner un des leurs ou 4e surprendre un vaisseau européen , ils sont assurés d'avance de la ooopéhéîob des autres* D'un autre côté, il israît iniaste de dire que les senti- **'^' d^bonneur tels que nous les ms ne sont point entendus lies Totiga. Est- il, par exem-
fls, rieD de plus honorable de la part on roi accoutumé à se voir obéir in premier ordre, que la manière iait il accueillit le refus mie lui flt Harfner de tirer sur une malheureuse JllOMiL qui avait perdu l'esprit? La «tadôite de Finau Fidji, à la mort de m frère, est au-dessus de tout éloge.
|hl|nrti putesant le portait au trône, él le Brassait d'accepter la couronne; ■sii il refusa f en disant qu'il était iMp jaJout de son honneur pour con-
sentir Jamais I d^fioafller son neveu de ses droits. Si un homme sa trouve dans une fie dont le chef, pendant la visite, déclare la guerre à celle d'où il vient, riionneur lui commande de-se ranger de son côté. C'est ainsi que Finau Fidji, qui était à Vavaou lorsque le roi son frèi^ déclara la guerre contre cette tie, crut qu'il était de son devoir de foire cause commune avec Toé- Oumou , et de servir contre Toubo* Toaetles assassins deToubou-Mouha*
HAIMB COlrrKB LSS MÉniSAMTSi
Rien ne leur parait à la fois plus ridicule et plus injuste que la manie que nous autres Européens avons de révéler les défauts de nos semblables, et nous Français, en particulier, ceux de nos compatriotes. < En effet, di* « sent-ils , quel bien résulte-t-il de la «calomnie pour son auteur? aucun; «mais quel mal ne fait -elle pas à « celui qui en est l'objet ! Il vaut beau- « coup mieux l^assasslner q^ue d'atta- « quer sa réputation. Dans le premier « cas , on le prive de son existence , « qu'il eût fini par perdre tôt ou tard ; « mais, en le calomniant, on lui ravit « ce qu'il eût pu porter avec lui sans « tache dans la tombe , et qui eût fait « respecter sa mémoire. » Ici, cepen* dant, comme partout ailleurs, les femmes aiment à s'entretenil des défauts de leurs compagnes ; mais elles le font avec si peu ae malice , que ce qu'elles en disent peut bien passer pour de simples plaisanteries ; elles ne se querellent d ailleurs que très-rarement.
La basse flatterie répugne également à ces insulaires, et lorsqu'une personne a fait une action vraiment digne d'éloges , on ne la loue jamais en sa présence, de crainte de la rendre trop vaine.
Il est du devoir d'une femme de demeurer Adèle à son époux, bien qu'elle l'ait souvent pris contre sa volonté.
Près d'un tiers des femmes sont fiances dans leur enfance à des chefo , à des matabouièSy à des mouas ; les deux autres tiers contractent des mariages d'inclination. Toute feoune doit reskr
eo
avec son mari , qu'elle le veuille ou non , jusqu'à ce qu'il plaise à celui-ci de la renvoyer; un assez grand nombre ne s'en séparent quà la mort Personne n'a eu une meilleure occasion d'étudier les mosurs des femmes de ces îles que Mariner; parce qu*en sa qualité d étranger, on le dispensait de se conformer à la plupart des usages auxquels les naturels sont soumis. Il pouvait, par exemple , entrer dans la maison des femmes de Finau ou de tout autre chef, et s'entretenir librement avec elles tant qu'il lui plaisait. Sa mère adoptive, qui était une femme trèssensée, le consultait sur tout ce qui pouvait tendre au bonheur de ses compagnes, et c'est d'elle qu'il tenait la plupart des renseignements qu'il a eus sur le beau sexe en général. Il pense que rinfidélité des femmes est comparativement très-rare, et il ne se rappelle que trois intrigues qui eurent lieu pendant son séjour dans ces îles.
Ces sortes de liaisons sont d'autant moins fréquentes que la bienséance ne permettant pas qu'une femme -d'un certain rang sorte sans être accompagnée de êes suivantes, il faudrait que celles-ci fussent dans le secret de leur maîtresse. La crainte contribue peutêtre aussi à les rendre très-réservées; car si un chef surprend sa femme en flagrant délit, il est en droit de la tuer; celles d'un rang inférieur en sont quittes pour une rude correction corporelle.
Un homme divorce avec sa femme, en lui disant de sortir de chez lui.
Celle-ci devient alors entièrement maitresse de ses actions, et peut se remarier deux jours après , sans que sa réputation en souffre en aucune manière.
Rien n'oblige les hommes à la fidélité conjugale, et, s'ils ne se livrent pas à des excès condamnables, ils sont libres de partager leurs affections entre plusieurs femmes. Ils ont soin toutefois que leurs épouses ignorent ces transgressions à la foi promise, de crainte d'exciter leur jalousie et de leur causer du chagrin; car on doit dire, à la louange des hommes, qu1ls sont singulièrement attentifs au bon-
heur de celles auxquelles ils sont unis. Les femmes sont, pour la plupart, des mères bien tendres; et, comme elles sont chargées de l'éducation de leurs enfants , ilest admis , en cas de divorce , qu'elles les conservent auprès d'elles.
Au reste , les femmes sont généralement respectées à cause de leur sexe, acception faite du rang qu'elles tiennent de leur noblesse. Celles qui sont nobles ont droit aux mêmes honneurs que les hommes d'un rang égal. Si une femme du peuple épouse ur mataboulè, elle en a le rang; mais si elle est noble, elle lui est supérieure, ainsi que ses enfants mâles et femelles, et n'est tenue de se soumettre à sa volonté que pour ce qoi concerne les affaires domestiques. Les femmes fabriquent un grand nombre d'objets de parure : celles des classes supérieures en font à la fois une source d'amusement et de profit sans déroger à leur rang.