‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 7 sur 122 · CHIRURGIENS · texte numérisé non relu

CHIRURGIENS

Aucun habitant de cette île n'est admis à exercer la chirurgie s'il n'a été aux îles Viti, dont les naturels vivent dans un état continuel de guerre, et où il a, par conséquent, plus d'occasions d'apprendre son art. Ils n'entreprennent jamais une opération sérieuse, s'ils ne se sentent pas l'habileté nécessaire pour l'exécuter. Les principales sont le caso et le tocolosi, La première a pour objet l'épanchement du san^ extra vase qui s'est formé dans la partie du thorax , par suite de blessures ou l'extraction d'une flèche cassée. Ils n'ont d'autres instruments

3u'un morceau de bambou ou un éclat e coquille, et pour sonde qu'une grosse côte de feuille de cocotier. Mariner rit îaïrt cette opération sur un naturel des lies Viti, qui avait reçu la veille une flédie barbée dans le côté dpoit, entre la cinquième et la sixième côte.

La flèche s'était rompue à trois pouces de la pointe , et était entièrement cachée. On coucha le patient sur le dos , en le tenant un peu penché sur le côté gaudie. L'opérateur commença par vacer avec du charbon la marque de i'incfsion qu'il se proposait de faire des deox côtés de la blessure, et, prenant alors un morceau de bambou , il Gt une aitaîUe d'^environ deux pouces de long catre les deux côtes , assez grande pour fn'fl pât y mettre F index et le pouce. Avant aperçu le bout de la flèche , il la saisit avec deux doigts de la main gauche, tandis qu'avec la droite il y -passa un fil. Il élargit de nouveau la figure , y enfonça les deux doigts de h raaîn droite pour écarter les chairs , et tira la flèdie avec l'autre. En moins ' et deux ou trois minutes elle fut exfaoite. Pendant l'opération, le patient, foi a^ait perdu connaissance, était tenu par plusieurs hommes , de crainte

d'événement. On le retourna ensuite doucement sur le côté droit pour faciliter l'écoulement du sang. Quand il fut revenu à lui, le chirurgien. lui dit de respirer fortement, et lui demanda s'il en ressentait de la douleur; le patient lui ayant répondu que non, il lui prescrivit de recommencer plusieurs fois la même chose , et de se mouvoir doucement, mais de prendre garde de se fatiguer. Le sang coula alors avec abondance. Quelques heures après, l'opérateur introduisit entre les côtes un morceau de feuille de bananier enduite d'huile de coco, en guise de plumasseau, pour tenir la blessure ouverte. Il recommanda ensuite à ses gens de le laisser reposer, de ne pas lui parler, et de ncTrien faire qui pût ex-, citer son attention. Il lui prescrivit de manger beaucoup de lésumes , mais le moins de viande possiblie, et du poulet àe préférence au porc, et enon de boire autant de lait de coco qu'il pourrait. La première nuit le malade souffrit considérablement; il éprouva une soif ardente et dormit peu, mais le lendemain il se trouva soulagé; il avait perdu une ^ande quantité de sang pendant la nuit, et on changea son plumasseau. Huit ou dix jours après, quand la blessure ne rendit plus de sang , le chirurgien y enfonça une sonde pour s'assurer que rien ne s'opposait à son écoulement, et il y mit un appareil plus léger pour qu'elle ne se fermât pas trop vite; il lui permit aussi de clianger momentanément de position.

A mesure qu'il guérissait, il lui permettait de manger une plus grande quantité de viande; mais l'usage du Kava lui fut interdit jusqu'à parfaite guérison. La blessure se cicatrisa en six semaines , sans qu'on l'eût pansée ni lavée. Le malade fut sur pied au bout de deux mois, et à la fin de l'année il jouissait d'une santé parfaite.

On défend à un homme qui a été blessé par une arme aiguë de se laver, de se raser, ou de se couper les cheveux et les ongles avant d'être hors de danger, de crainte qu'il n'en résulte le gita ou le tétanos. Les blessures aux extrémités, mais particulièrement aux

L'UÎIIVERS.

pieds, sont pits^^ tonjoars suivies de la même maladie. Tournois, elle n'est pas aussi fréquente à Tonga qu'aux tles Viti.

Il n'est guère d'individus, dans ces dinerentes îles, qui ne s*entende à traiter les fractures et les dislocations des extrémités. Dans le cas de fracture du crâne, ils laissent la nature suivre son cours. Ils guériissent les foulures en frottant la partie affligée avec un mélange d'huile et d*eau , et quelquefois seulement avec la main. Pour les blessures faites par une arme à feu, ils ouvrent la plaie le plus qu'ils peuvent pour tâcher d'extraire la balle, et pour

Îu'elle se cicatrise plus facilement, .'amputation d'un membre, qui est une opération très-rare , se pratique à

5 eu près comme l'amputation du petit oigt, dont il a d^à été parlé.

OaOSSBSSE.

Les fenunes Jouissent en général d'une très-bonne santé. Pendant leur grossesse, elles se frottent le corps avec un mélange d'huile et de curcuma pour se garantir du froid, et elles en font autant après leurs couches. Le; accouchements difficiles sont très-rares* Mariner vit uq jour une femme, a qui les douleurs avaient troublé la tête, sç dégager des mains de ses suivantes, et courir comme une folle à travers les champs. Celles-ci ne firent aucune tentative pour lui porter du secours; elles se contentèrent de prier les dieux à haute voix de lui accorder une prompte et heureuse délivrance; mais, lorsqu'elle Ait épuisée de fatigue, elles remportèrent chez elle, où elle accoucba au bout de trois jours.

TATOUAGB,

L'instrument qui sert h faire Topération du t^UaoUf ou tatouage, ressemble assez à un peigne fin, L'opérar teur le trempe dans un mélange d'eau et de suie; il trace d'abord le contour du tabou , puis 11 enfonce les dents dé son instrument dans la peau , en frappant dQ$$us ovec un petit bAton ; il lave

la san^ gui sort des piqârei avec ée l'eau iroide, et repasse plusieurs fi)iî sur le même endroit. L'opération étant douloureuse, il n'en fait qu'une petite partie À la fois , pour laisser au patl^ quelques jours de répit; ce qui raitqw souvent â\e n'est pas terminée au bout de deux mois. Le tatouaga prend de- )uis deux j)ouces au-dessus du genou , usqu'à trois pouces au-dessus du nom- >ril. Les naturels croient qu'il est îadispensable pour un homme d'être ta« toué , et il y en a peu qui , ayant atteint l'âge viril . ne se prêtent à cette opâ» tion : les temmes en sont exemptes.

JUDUSTM^

Nous dirons maintenant quelques mots sur l'état des arts et des manu* factures dans les fies Tonga. Plusjeun professions sont héréditaires : les unes sont exercées par les hommes et les autres par les femmes. Us ont emprunté des habitants des fies Viti onc §rande partie de leurs connaissances ans l'art de construire et de gréer leurs pirogues. Ces derniers bâtîssept les leurs avec un bois dur appelé TSÀ. qui n'est jamais rongé deâ vers. C4 arbre n'existant pas à Tonga, les ptrth gués qu'on y construit ne sont pas ansst grandes que celles des tles Viti, roaif le travail en est plus soigné, et on U$ polit avec la pierre ponce. Ils les ma^ nœuvrent habilement au nliiieu ta récifs (voy. JE?/. 205.)

ART nu FOifOLÉ.

L'art ânjbnoléf c'est-à-dire de tal|^' 1er des ornements de dents de bah "^ '^ pour le cou , leur vient aussi des Viti; mais celui de marqueter ai !a même matière des massues, oreillers de bois , etc. , est de leur vention. On est étonné de la nel du travail de ces premières , quand considère qu'ils n'ont d'autre qu'un togi ou doloire, faite d*ua seau , d'un morceau de scie , et vent même d'un clou aplati , auxc, ^ ils mettent un manche. Ils n'ornent cette manière que les ma^ues d'uiHl

OCÉAJXIIS.

iomm ci cl*ini bois ^artlcullcn , et eelles qui ont déjà servi utilement contre reimemi. Gm ornements sont en gnnde partie eiécotés par les constructeurs de canots.

La maBière île fabriquer les filets est la même que la n^tre. Le fil est £aît de réoorce intérieure de l'arbre appelé oUmga.

coMËmvcncm dbs maisohs.

Chaque homme est censé savoir bâtir une maison, ee que Ton appelle langa JcUli ; mais il en est qui en font keur métier , et qui sont particulièrement char^ de la construction des grande bâtiments sur les malais , des ■Mîaons consacrées et des habitations dee dbeb^ La forme de leurs maisons est ohkmgue ou presque ovale; elles sont femiées sur les cotés , et ouvertes sur la façade et sur le derrière. Gescld^ turcs sont artistement faites (voy. pi.

904). Le toit est soutenu par quatre ou six pîeux V et quelquefois davantage , et les bords descendent jusqu'à quatre pieds de tene. Le principal est de sarofr btenassortr les poutres; ce qui se a vec des tresses ue différentes courouges, noires et jaunes, qui, dis* I avec godt, donnent à la maison

jolie apparence. On emploie pour

la toiture oes grandes maisons, des fianUles sèdics de la canne à sucre , qui durent ordinairement de sept à huit ans, et pour les petites, une espèce de Batte en feuilles de cocotier , qui ont besoin de réparation tous les deux ou tiws ans. ut plancher est élevé d'un mmà environ au-dessus de la surface 2b sel; la terre, d'abord battue, est BBMHte recouverte de feuilles de co* aotier et d'ifl, et d'herbes sèches, sur tpaquellM on étend un natte blanchie, te de jeunes feuilles de cocotier. Les ^ BS ne contiennent à proprement qu'un seul appartement, divisé des cloisons de sept h huit pieds haut. Lorsqu'il pleut, ou pendant mits froides, on bais^ une esde jalousie en natte, laquelle est ' au toit.

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