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VI. OASIS

On donne le nom d'Oasis a des portions plus ou moins étendues de terrain qu’une source d’eau fertilise au milieu des sables; ce sont de véritables lies de verdure sur la plage stérile des déserts. Elles sont situées à l’occident de la chaîne Libyque sur la rive gauche du Nil , et connues dès la plus haute antiquité. Elles furent à la même époque des dépendances du territoire (le l'Egypte. L’histoire a en effet conservé la traditioud’une rébellion des habitants du territoire Libyque, des les premiers temps de la monarchie égyptienne. On ne parvient dans ces cantons isolés quaprès plusieurs journées de marche dans ie désert; quelques voyageurs modernes v ont pénétre, et l’on possède aujourd'hui des notions exactes sur les principales Oasis de l’Égypte.

Leur nom est tiré de l'ancienne langue égyptienne où il signifiait habitation , et comme le dit un géographe grec, c'étaient des régions habitées et entourées de vastes déserts; un autre écrivain grec trouvait qu’elles offraient assez (^agréments pour mériter le nom d'iles des bienheureux. La grande Oasis des anciens est celle qu'on nomme aujourd’hui El-Khargéh, a la hauteur de Thèbes : elle est la plus méridionale des Oasis de l’Égypte. En s’avançant vers le Delta, on trouve celles de

Oakhel, Farôfréh, El-Behryéh, d'où l'on parvient, par une route au nordouest, à In plus célèbre des Oasis, nommée aujourd hui de Syouali, et par les anciens Oasis de Jupiter- Ammon. C’est là en effet qu'existait le fameux oracle que toute l’antiquité alla consulter, et qui cessa de prédire et de parler, comme tous les autres, quand l’importance politique du pays où il était établi fut anéantie. On rapporte l’origine de l’oracle d’Ammon à une intervention supérieure, et on raconte qu'une colombe , partie du grand temple de Thèbes d’Egypte, alla désigner, avec évidence, le heu où l'oracle devait être établi. Le temple d'Aminon, qui était la grande divinité de Thèbes, et que les Grecs ont assimilé à leur Jupiter, fut en effet construit dans la partie la plus fertile de l’Oasis. I.a statue du dieu était faite avec du bronze où l’on avait mêlé des émeraudes et autres pierres précieuses. Il était porté sur une barque d’or, pomme les autres grands dieux de l'Égypte.

Plus de cent prêtres étaient attachés nu service du temple, et c’était par la 1 touche des plus anciens que le dieu Aminon rendait ses oracles, les plus célèbres de toute l'antiquité; Hercule, Pcrsée, et une foule d'autres personnages illustres dans les traditions historiques de la Grèce, allèrent religieusement le consulter. Non loin du temple était une autre merveille ; c'était une source nommée la Fontaine du Soleil :

selon Hérodote, l'eau en était tiède le matin et froide à midi, tiède au coucher du soleil, et bouillante vers le milieu de la nuit. Alexandre-le-Grand voulut visiter et consulter cet oracle de Jupiter, fauteur de sa race, disaitil; il descendit donc des environs de Memphis , dans la Basse-Égypte , au-

firès du lacMaréotis; il s'enfonça de à dans le désert avec les personnes qu'il avait désignées pour le voyage a l'Oasis d’Ammon. Les deux premiers jours, dit Quinte-Gurce, la fatigue était supportable, quoiqu'on n'eüt jamais vu de telles solitudes; mais des qu’on fut avancé dans ces mers de sable, l'aspect de la terre ne frappait

plus les yeux; pas un arbre, pas uiu; trace de végétation ; In provision d’eau, portée par les chameaux, était épuisée , et il n’y en avait pas dans ce sahlc brillant; le soleil avait tout desséché; mais il survint heureusement un peu de pluie, et on se désaltéra avec avidité, même en recevant dans sa bouche l'eau qui tombait du ciel. On mit quatre jours à traverser ces vastes solitudes.

Comme on approchait, une troupe de corbeaux vint servir de guide a l’armée d’Alexandre; enfin il arriva A l'Oasis d'Ainmon, où il vit, nu milieu d'immenses déserts , le temple entouré d’un bois épais, où des sources nombreuses entretenaient la fraîcheur et la végétation , et il visita aussi la fontaine du Soleil , dont Hérodote avait fait connaître l'existence aux Orées, un siècle auparavant. Alexandre consulta l’oracle , qui déclara , sans hésitation , qu’il était le lils de Jupiter.

Les voyageurs modernes ont retrouvé à l'Oasis de Syouah les restes des temples égyptiens’, la fontaine intermittente quflérodotc et Alexandre avaient bien connue, des tombeaux creusés dans le roc, des restes de momies et plusieurs lieues de terrains fertiles, appartenants à plusieurs villages. La ville de Syouah, qui donne aujourd’hui son nom à l'Oasis, en est le chef-lieu. Cette ville est placée sur le sommet d'un rocher; elle est divisée en deux parties distinctes; dans l'une, celle qui est à l’Orient , habitent les gens maries , les femmes et les enfants ; dans l’autre, à l’occident, sur un sol plus bas, les veufs et les gardons. Les rues sont couvertes et on circule dans la ville, d’une maison à l’autre, comme les abeilles dans une ruche; mais en plein midi, il faut avoir une lampe à la main. La population de Syouah est d’environ 2600 individus.

A une lieue et demie de cette ville, A l’est-nord-est, existent, à Omm- Béyda, les ruines d’un grand temple de 'style égyptien; il était formé de trois enceintes , dont la plus étendue avait 360 pieds de longueur, -sur 300 de largeur. Une salle encore subsis-

tante est couverte par trois énormes pierres qui lui servent de plafond ; elles ont chacune 26 pieds sur 33, et pèsent ainsi cent mille livres chaque; des sculptures subsistent encore et prouvent que le temple était dédié à la grande divinité de Thèbes, h Aminon- Ra, le Jupiter-Ammon des Urées.

Des inscriptions en caractères hiéroglyphiques accompagnaient les scènes religieuses • figurées sur les bas - reliefs. Non loin de ces ruines, au sudest, on retrouve dans un bois de palmiers la fontaine dont les eaux sont alternativement, chaudes et froides dans l’espace de 12 heures. Voilà donc le véritable temple de Jupiter-Ammon et la fontaine du Soleil dont Hérodote a donné la description et qu'Alexandrele-Grand alla visiter , après qu’il eut fait la conquête de l'Égypte. Cambyse avait voulu détruire ce temple; son armée périt à la traversée du désert.

Alexandre s’y rendit pour honorer le dieu , et aussi , dit une tradition, parce qu’ Hercule et Persée avaient fait ce voyage. L'Oasis d’Ammon fut célébré dès la plus haute antiquité : c’était un temple dédié au grand dieu de l’Egypte, Ammun-Ra à tête de bélier, comme le montrent les sculptures du temple d'Omm-Bevda; quant à l’oracle, il est vraisemblable qu'il fut imaginé par les Grecs; et Gambyse, qui le méprisait, ne pensait, en occupant le pays des Ammoniens, qu'à en faire la conquête.

Autrefois réunies à l’Egypte, dont elles étaient des dépendances politiques, les Oasis en sont aujourd’hui séparées de fait, et ne conservent avec elle quedes relations de commerce; les Oasis sont les stations , les lieux de rafraîchissement des caravanes qui partent chaque année de l’intérieur de l’Afrique, et traversent le grand désert pour se rendre en Egypte. Elles sont d'une ressource infinie pour la sdreté et le succès de ces voyages.

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