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est très-actif, surtout au chef-lieu. On compte dans le canton quarante-huit mille cent neuf maisons assurées, cl, d'après le recensement de 1831 , la population y est de cent cinquante-six mille huit cent trente-quatre habitants, dont cent un mille neuf cent soixante et dix-sept catholiques et cinquante-
?|uatre mille huit cent trente-sept réarmés, indépendamment de celle du chef-lieu qui est de huit mille neuf cent six, ce qui en porte le chiffre total à cent soixante-cinq mille sept cent quarante âmes. Le clergé catholique compte, y compris les religieuses, trois ceut cinquante-six personnes, tandis qu’il n’y a que soixante et dix pasteurs réformes. On exporte annuellement trois mille peaux de bœufs ou vaches , et deux mille peaux de chèvres. ' Les filatures ont quatre-vingt- huit mille broches.
Composé du territoire de l’ancienne abbaye du Rheinthal , des seigneuries de Sax, Sargans, Uznach, Werdenberg, du Gaster et du Toggenhourg, le canton est partagé en huit districts. 11 n’y a de privilège de lieu, de naissance, de famille, ni de personnes, un décret du grand conseil peut conférer les droits de citoyen. Chaque commune politique (il y en a plusieurs réunies en une seule) élit un aninian ou maire, et un conseil municipal de
quatre à douze membres, selon la population, et les fonctions de ces magistrats durent six ans; mais ils sont reéligibles au renouvellement qui se fait par tiers et tous les deux ans. Cela n’empêehe pas que chaque commune isolée ne se constitue une administration particulière. Dans chaque district, il y a un gouverneur nommé par le pouvôircentral; il présideà l'administration et à la police , et remplit aussi les fonctions de juge instructeur. Le pouvoir souverain est confié à un grand conseil composé de cent cinquante membres; il se réunit deux fois l’an a Saint- Gall; ses sessions durent un mois, et peuvent être prolongées par le petit conseil. Le grand conseil délibère sur les projets de loi , se fait rendre compte de l’administration et des finances, vote l'impôt, Ove le nombre et le traitement des fonctionnaires, nomme les députés à la diète et leur donne ses instructions; il exerce aussi le droit de grâce, et choisit dans le sein du petit conseil deux landamman, l’un catholique, l’autre réformé. A Saint-Gall, comme dans beaucoup d'autres cantons, l’un de ces landamman préside le grand conseil et l’autre le petit, et ils alternent annuellement. Le grand conseil se compose d'au moins neuf membres pris dans le sein du petit, et propose les lois, qu'ensuite il fait exécuter. C’est le pouvoir le plus élevé en tait d’administration et de police. Il veille à l'organisation de l’armée et à la sûreté intérieure. Il y a un tribunal supérieur de treize membres devant lequel sont portés les appels. L’élection confère le titre de membre du grand conseil h quatre-vingt-quatre catholiques et à soixante-six réformés : on en sort après trois ans d'exercice, mais on peut être réélu. Chaque district a un corps électoral élu par les communes : celui-ci élit le grand conseil, qui , à son tour, élit le petit pour neuf ans, de façon a ce qu'à chaque révolution de trois ans il en sorte un tiers. On suit à peu près le même système pour l’élection des tribunaux île district. Les affaires litigieuses entre les deux religions sont terminées par des
arbitres. Il y a des juridictions particulières pour les affaires matrimoniales, et pour l'instruction publique des réformés un conseil évangélique, enfin un synode pour les affaires ecclésiastiques. Les catholiques ont un conseil d'administration composé dequinze membres. I.e canton a quatre couvents de moines et onze de religieuses. Saint- Gall fournit un contingent fédéral de deux mille six cent trente hommes et trente-neuf mille quatre cent cinquante francs de Suisse. Après l’anéantissement de l’acte de médiation, en 1814, deux partis se disputèrent le pouvoir, l’un entièrement démocratique, l’autre formé des anciens amis au dernier abbé Pancrace. Les prétentions respectives n’arrivaient pas à une solution satisfaisante. En 1830, le canton, qui avait été admis dans la fédération, en 1798, crut devoir, à l’exemple des autres, procéder à la réforme de sa constitution; il y eut des rassemblements, et principalement à Alstetten et dans le Kheinthal, dans le Toggenbourg et à YYattwyl. enlin à Rorscnach. On décréta que le peuple nommerait une commission, et, malgré l’opposition de l’évêque de Coire, on proclama la souveraineté du peuple, l'égalité des citoyens; on défendit de porter des ordres étrangers , d’accepter des titres , des pensions ou des emplois; on consacra le droit de rachat des rentes et redevances, la liberté de la presse et le droit de pétition, la liberté individuelle, la publicité des débats, ainsi que la liberté du commerce et l'abolition de tous les monopoles. Par une nouvelle division territoriale, on répartit le canton en quinze districts; la
représentation des catholiques au grand
conseil fut augmentée de quatre membres, celle des réformés diminuée d'autant; le nombre des membres du petit fut réduit à sept. Le grand conseil fut désormais sous la direction d’un president, tandis que le petit fut présidé par un landamman; on restreignit la durée des pouvoirs à deux ans pour le grand conseil, à quatre pour le petit.
Les tribunaux suoirent des réformes analogues. Le revenu annuel est de
SUISSE
deux cent vingt-huit mille florins ; la dépense de cent quatre-vingt-dix mille.
Il y a deux cent neuf écoles primaires alimentées par un fonds particulier; les gymnases et les écoles supérieures de Saint-Gall sont excellents.
La capitale du canton est située au milieu des montagnes, entre la Sitter et la Steinach : de nombreuses maisons de campagne et de beaux jardins en ornent les environs; les rues sont larges, propres et animées, et les maisons bien bâties. Voici la jolie description qu’en fait M. Théobald de Walscfi, que nous avons eu plus d’une fois l’occasion de citer ; « Le chef-lieu du can- « ton de Saint-Gall offre à l’observa- « teur deux parties bien distinctes, « représentant deux époques qui ne le « sont pas moins. Les bicoques étroi- « tes, irrégulières, qui s’entassent tou- « tes noircies par le temps dans l’en- « ceinte resserrée des anciens murs, « vous reportent au temps de la petite « ville municipale ayant sans cesse à « lutter contre des voisins envahis- « seurs. Les habitations nouvelles qui « forment le faubourg marquent le- « poque industrielle : élégantes, pro- « près, confortables, elles sont un con- « traste frappant avec leurs voisines.
« Ces charmantes demeures , entourées « pour la plupart de jardins, respirent « un sentiment de bien-être qui ne fait « pas pencher la balance en faveur du « bon vieux temps. On voit que les né- « godants et les fabricants de Saint- « Gall ne se bornent pas à savoir faire « travailler avantageusement leurs ca- « pitaux , mais qu’ils possèdent, ce qui «vaut mieux, l’art d'en jouir et de « s’en faire honneur. C’est un effet « étrange que celui que produit au pre- « mier coup d’œil cette contrée, qui « est, à la lettre , tapissée de percale et
• de mousseline qu’on' étend sur le « gazon pour la faire blanchir. Aussi « loin que la vue peut atteindre, tout « paraît blanc, et l’on dirait. qu’il a « neigé, par exception, dans le vallon » spacieux au milieu duquel la ville est
• située. Une dame de ma connais-
• sance, en approchant de Saint-Gall, «fut dupe d'une illusion analogue, et
« demanda quel était donc ce lac qu’elle « apercevait à une certaine distance. »
L’antique abbaye n’existe plus; l'église a été rebâtie en 1755 : on l’a récemment ornée de belles peintures à fresque de Morato. La bibliothèque est devenue cantonale; c’est de là que le Pogge, au douzième siècle, retira la correspondance de Cicéron. A son retour de l’ambassade de Rome , ISiebuhr s’arrêta quelque temps à Saint-Gall, mais il n’y put découvrir que les obscurs fragments du poème de Merobaudes, qu’il publia en la même année 1823. Cette bibliothèque possède encore plus de mille manuscrits.
L’abbaye est devenue le siège du gouvernement; néanmoins on en a réservé un corps de logis pour l’évêque de Coire. Les églises de Saint-Laurent et de Saint-Mangen sont les- seules dont un antiquaire puisse s’occuper; elles servent au culte réformé. L’Iiospice des orphelins est un superbe édifice. F.bel prétend qu’il y avait de son temps trente à quarante mille brodeuses dans le canton; il v en a un très-grand nombre dans la ville, et les femmes y sont en général fort jolies.
Raignc par le Khin dans toute sa 1 ngueur, le canton de Saint-Gall touche au beau lac de Constance et à celui de Zurich, et renferme en lui-même les sombres escarpements de celui de Wahlenstadt. La nature y présente tour â tour les sites les plus brillants et les plus majestueux. Rorsclinch, dernier séjour des abbés, est aujourd’hui un port florissant : du haut de ses collines fertiles, l’œil .parcourt une plaine aquatique de plus de cinq lieues de largeur, et de lointaines embarcations arrivent de la Souabe ou de l’Autriche, ou bien c’est le rapide bateau à vapeur de Constance qui débarque ses nombreux voyageurs sur le seuil de. la Suisse. Entre le canton d’Appenzell et celui de Zürich s’étend l'antique comte de Toggenbourg : nous avons parlé déjà de son vieux donjon, de ses tours, de ses anecdotes. La tradition et l’imagination brillante de Schiller y ont ajouté le charme d’une des plus belles ballades qu’il ait composées. Un
chevalier, dont l'amour avait été froidement accueilli, part pour la terre sainte, et ses exploits portent si haut sa réputation, qu’il espère se faire un titre de sa gloire pour obtenir la main de celle qu’il aime. Il arrive la veille du jour où elle avait pris le voile.
Désespéré , il fait bâtir un ermitage vis-à-vis du couvent : là il épiait chaue matiu l'heure où la jeune fllle objet e ses voeux venait à sa fenêtre... immobile, il l’attendait ; mais un jour on le trouva, cadavre inanimé, étendu dans ce même lieu et le visage tourné vers cette même fenêtre.
La plus belle partie du canton est au sud; le lac de Wallenstadt et les hautes montagnes qui dominent la vallée jusqu’à Sargans et Ragatz feront à jamais l'admiration des voyageurs. Le lac est assez dangereux pour que le gouvernement ait cru devoir prendre des précautions extraordinaires: il défenu aux bateliers de naviguer par certains vents; à la moindre apparence d'orage, ils doivent suivre la côte méridionale; mais la police ferait mieux d’étendre sa sollicitude à la forme des bateaux , qui n’ont presque pas de bord et qui risquent toujours d’être submergés. M. Simon fait remarquer que la construction en est faible autant que grossière, et qu’ils n’ont pas même de revêtement intérieur qui puisse défendre les planches contre les coups de pied des chevaux; enfin qu’ils marchent également mal a la voile et à la rame. Le côté du nord est très-e$carpé : les roches nesont pas semblables sur la rive opposée; les couches de même nature sont autrement disposées. Autrefois le lac baignait le petit bourg qui lui a donné sou nom, mais il s’en est peu à peu retiré; il est long de quatre lieues et n’en a tout au plus qu’une de large. Malgré tous les dangers de cette navigation, on ne se souvient d’aucun événement tragique. Le lac ne gèle jamais; il abonde en poissons; on y pêche de grands saumons venus du Rhin et des truites de trente livres.
Sargans est un joli bourg rebâti en 1811, après un incendie; son antique château, assis sur une roche de mar-
bre, est encore habitable, mais n’est plus habité. Jusqu'à la dernière guerre, c'était la demeure du bailli. On y jouit d’une vue magnifique sur le bassin du lac de Wallenstadt, dont cependant l’on est déjà fort éloigné, et sur le cours du Rhin qui passe auprès de Ragatz : le peu d'élévation du sol a fait conjecturer qü'autrefois ce fleuve avait un autre cours, et traversait les lacs de Wallenstadt et de Zurich, au lieu de passer entre le Schollberg et le Falkness. On admet que, dans ces temps anté-historiques, le pays coinjlris entre Bade et Coire formait un lac, et l’on fait sur l’avenir de ce fleuve les plus beaux raisonnements; enfin l’on calcule à l’avance ce que produirait le plus léger éboulement du Schollberg.
Ragatz est un fort joli village sur le bord de la Tamina, qui se précipite à travers un gouffre profond : là, de hautes montagnes presque verticales, de sombres forêts qui descendent jusqu’aux habitations, enfin de vieux châteaux qui mêlent aux teintes sévères de la nature la gravité et le vague des souvenirs : tels sont Freudenberg , Nydberg et Wartenstein. En été, Ragatz est la halte des voyageurs qui vont à Pfèffers : il y a deux chemins pour s’y rendre, l’un par Valenz; l’autre, en passant près Je l’abbaye, s’attache au flanc escarpé de la montagne. L’abbaye n’offre rien qui doive longtemps arrêter les regards; cependant elle a été fondée en 720. Le batiment actuel est de 1665; il est revêtu de marbre en plusieurs endroits, et l’on voit à l’église d’assez beaux tableaux. L’abbé jouissait dcl’immediateté et était prince de l’F.mpire. Il y a encore des bénédictins, et les bains de Pfeffers leur appartiennent. Au treizième siècle, un chasseur vit sortir une fumée légère du fond d’un gouffre profond; il v (lescendit et découvrit la source : elle est dans une crevasse entre deux roches qui ont l’air de retomber l’une sur l’autre, au fond d’une déchirure qui pénètre à sept cents pieds, dans un lieu sous le sol, où le soleil ne pénètre jamais, si ce n’est en juillet et eu août, de dix heures du matin à trois heures de
Hssins
SUISSE
l’après-midi. Là sont quatre bâtiments à la suite les uns des autres : le principal a six étages; les corridors servent de bazars, et l’on s’y promène quand il fait mauvais temps. Les religieux dirigent l’établissement , et l’on }• est fort bien servi; cependant les vivres n’y peuvent descendre que par une poulie adaptée au sommet du roc.
Toutes les communications se font par cette voie; il serait trop pénible d escalader le roc; ilest plus d'un endroit où ses degrés sont glissants. Dans l’étroite galerie où sont cachés ces bains, il y a une promenade fort périlleuse; le roc se rejoint au-dessus du cours de la Tamina, la voûte se ferme en grotte souterraine, laissant à peine pénétrer sur le cours bruyant de la Tamina un