‹ L'Université de Bruxelles: Notice historique, faite à la demande du Conseil d'AdministrationChapitre 4 sur 56 · LES ORIGINES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES

L'Université libre de Bruxelles fut inaugurée le 20 novembre 1834. Jusqu'à cette date, la capitale actuelle de la Belgique n'avait pas possédé d'école oii fussent représentées toutes les branches de l'enseignement supérieur. Peu s'en était fallu au xv* siècle que le duc Jean IV ne la choisît pour être le siège de l'établissement dont il voulait doter ses États. Mais les bourgeois de Bruxelles, plus soucieux alors de leur repos que des progrès de la science, avaient décliné cet honneur ; ils redoutaient pour leurs familles la présence déjeunes gens tapageurs et indisciplinés, comme les étudiants l'étaient à cette époque Q. Louvain eut moins de scrupules, et c'est dans ses murs que fut installée, en 1426, la célèbre école qui introduisit dans les provinces belges l'étude du droit romain et de la théologie catholique.

On connaît les destinées de l'Université de Louvain ; elle eut ses jours d'éclat ; mais à la fin du xvni° siècle, on n'y enseignait plus qu'une scholastique vieillie et ridicule ; au lieu d'émanciper les esprits, elle les enchaînait dans la plus soupçonneuse intolérance. Joseph II

(*) Hen.ne et Wauters. Histoire de Bruxelles, I, 228.

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entama la lutte contre elle, et en 1788 il transféra à Bruxelles, dans les locaux du collège Thérésien, les trois facultés de droit, de philosophie et de médecine. Mais l'existence de la nouvelle école, dont

le recteur magnifique était le docteur Van Leempoel, ne fut pas longue (^). La révolution brabançonne rendit à Louvain son université.

Quand survint l'occupation française, le Directoire la supprima, et bientôt Napoléon fit entrer la Belgique dans les cadres de l'Université impériale. Les départements belges furent répartis dans le ressort de deux académies. Le 25 mars 4806, une des douze écoles de droit organisées en vertu de la loi du 22 ventôse an xn, fut ouverte à Bruxelles, dans les locaux de ÏAncienne Cour. Son personnel était composé de MM. Beyts, inspecteur général, Van Gobbelschroy, directeur. Van Bavière, secrétaire général, de quatre professeurs, MM. Cahuac, Van Hoogten, Jacquelard et Tarte, et de deux professeurs suppléants, MM. Heuschling et Maurissens.

La faculté des lettres et la faculté des sciences ne furent installées que le 5 novembre 1840. Elles comptaient chacune quatre professeurs :

Pour la faculté des lettres, MM. Ranc (histoire), Lesbroussart (littérature latine). Rouillé (littérature française) et de Landreville (philosophie) ;

Pour la faculté des sciences, MM. Lallemant (mathématiques pures). Bachelier (mathématiques appliquées), Sentelet (sciences physiques) et Thiry (professeur adjoint de sciences physiques.

L'Université impériale ne créa point chez nous d'école de médecine ; ce n'est point, cependant, qu'on ne l'eût vivement souhaitée. Lorsqu'en 4803, l'érection de deux écoles nouvelles avait été résolue, nos concitoyens s'attendaient à en recevoir une ; mais Turin et Mayence furent préférés. La Société de médecine écrivit alors au maire de Bruxelles (lettre en date du 20 messidor an xi) pour insister sur

{*) Mailly. Histoire d^ V Académie impériale et royale des sciences et helles-lelires de Bruxelles y I, pages 530 et suivantes.

rintérêt qu'il y aurait à obtenir le transfert de cette dernière école dans nos murs; mais ces vœux ne furent pas exaucés Q.

Cependant un décret de l'Empereur, du 2 juillet 4806, autorisa la fondation, sous le patronage du Conseil général des hospices, de cours pratiques près de l'hôpital Saint-Pierre. Ces cours se rattachaient par leur origine à une entreprise absolument privée. Un sieur Terrade avait sollicité, en 1798, de la municipalité l'autorisation d'ouvrir, rue de Loxum, un établissement où il faisait des dissections et enseignait toutes les branches de l'art de guérir. En 1805, nous le retrouvons, avec les docteurs Van Mons et Curtet, à la tête d'une école d'apparence plus sérieuse, à laquelle le gouvernement accorda son appui.

Un programme d'octobre 1813 énumère les cours qui s'y donnaient :

Curtet. Pathologie interne et anatomie.

Terrade. Physiologie et médecine opératoire.

Caroly. Chimie pharmaceutique et pathologie exteime.

Dindal. Accouchements et maladies des femmes et des enfants. V Verdeyen. Matière médicale.

De Kin. Histoire naturelle, minéralogie et botanique.

Cette école se maintint sous le gouvernement hollandais; elle devint prospère et conserva son existence indépendante jusqu'en 1834, époque où elle se fondit avec l'Université.

Quant à l'école de droit et aux facultés de lettres et de sciences, elles ne survécurent que peu de temps à l'Empire.

Les événements de 1815 avaient été pour l'enseignement à tous les degrés le commencement d'une ère nouvelle. La politique éclairée du roi Guillaume donnait enfin à notre pays des universités sérieuses : Gand, Liège et Louvain en furent le siège. On y appela

(*) Tous ces détails sur ITIniversité impériale sont fournis par les archives de Bruxelles. Nous publions à la suite de notre travail quelques documents intéressants sur ces questions.

des professeurs distingués du pays et de l'étranger. Il n'en fallait pas moins pour réveiller un peuple que des siècles de domination catholique avaient plongé dans une véritable léthargie.

L'esprit de parti a cherché à amoindrir cette œuvre de régénération. Il est facile de dire que dans ces établissements improvisés tout n'était point parfait : nos populations étaient, hélas! déshabituées de l'étude. Mais ce que l'on ne peut oublier, à peine d'être ingrat, c'est que les universités hollandaises ont formé la forte génération de 4 830. M. Alphonse Leroy, dans le Liber meinorialis (^), consacré au cinquantenaire de l'Université de Liège, les a d'ailleurs parfaitement vengées des dédains injustes dont elles ont été l'objet ; il a montré la part que des hommes tels que Wagemann, Ackersdyck, Kinker, Bekker, Fohmann, etc., ont prise à la renaissance de la Belgique. Warnkœnig n'est-il pas le créateur de notre histoire nationale?

Bruxelles, cependant, était déshérité. On croyait, ce semble, qu'une grande ville n'était pas faite pour être le séjour de l'étude recueillie; l'exemple des petites universités allemandes plaidait en faveur de cette thèse, dont une expérience plus récente a démontré l'erreur.

En 1827 seulement, on organisa au Musée des cours publics de sciences et de belles-lettres. Baron, Van de Weyer, Lesbroussart, Quetelet y trouvèrent un auditoire attentif et sympathique.

Vint la révolution de 4 §30, et avec elle le bouleversement de tout ce qui touchait à l'instruction publique. Inspiré par une fausse notion de la liberté, le gouvernement provisoire commit la faute de détruire ce qui existait sans rien mettre à la place. Poussé par la haine du régime hollandais, on sema le pays de ruines. Les communes et les provinces s'empressèrent de fermer les écoles, et les hommes qui présidaient aux destinées de notre patrie naissante portèrent brutalement la main sur les établissements d'enseignement supérieur. On prétendait tuer le monopole de l'État, on invoquait le prétexte de mesquines écono-

(*) Pages XXXIV et suivantes.

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mies, et l'on n'aboutissait qu'à ce triste résultat de renforcer l'influence du clergé et de compromettre le patrimoine de l'avenir. Seize professeurs étaient expulsés du pays ; plusieurs facultés étaient supprimées. Louvain seul consei*vait une faculté de philosophie ; à Gand ne subsistaient que les facultés de droit et de médecine. A Liège, il n'y eut plus que neuf professeurs ordinaires, cinq extraordinaires et quatre lecteurs.

De pareilles mutilations constituaient un véritable attentat à riionneur du pays, et le respect qui est dû aux fondateurs de la nationalité belge ne peut empêcher l'historien de condamner leurs erreurs. L'alliance catholique-libérale commençait à porter ses fruits. Les catholiques, qui rêvaient le rétablissement des Pays-Bas d'avant Joseph II, se croyaient déjà assurés du succès.

Les universités, cependant, réduites à des tronçons misérables, firent un eflbrt pour se sauver ; elles constituèrent spontanément dès facultés liWes pour remplacer celles qu'elles avaient perdues. Comn)ent, en effet, une faculté de droit pouvait-elle vivre sans faculté de philosophie, une faculté de médecine sans faculté des sciences?

Créées à la hâte, avec des ressources insuffisantes, ces facultés ne répondaient certes qu'à demi à leur mission ; dépourvues de caractère officiel, elles ne pouvaient délivrer de diplômes. Elles obtinrent, toutefois, qu'un arrêté du 2 octobre 1 831 instituât des commissions d'examen, devant lesquelles se présentaient leurs élèves. Ce fut le germe des jurys ultérieurs.

En réalité, l'enseignement supérieur était plongé dans le chaos, et le mal fut si profond, qu'après plusieurs années il n'était pas encore guéri. Le premier rapport triennal, publié en 4853, est obligé de reconnaître officiellement cette situation. « La loi de 4849, dit-il, a eu pour but de relever l'enseignement. La vie scientifique n'existait plus en Belgique. » M. Nothomb, dans son rapport de 4842, s'exprimait en termes tout aussi sévères.

Le gouvernement finit par comprendre qu'il avait le devoir d'arrêter

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cette désorganisation : des commissions furent instituées (en. 1831 et en 1833), des projets virent le jour. Fallait-il maintenir trois universités? Fallait-il n'en avoir qu'une seule? Disséminerait-on les quatre facultés dans quatre villes différentes? Les conserverait-on réunies? Les débats toujours renouvelés n'aboutissaient à aucune solution définitive, et il semblait que l'on prît plaisir à stériliser les travaux pour entraver toute œuvre de reconstitution sérieuse.

Le clergé, heureux de cette impuissance, a\'ait résolu d'accaparer le haut enseignement. L'épiscopat prit la direction de cette entreprise; on avait pu juger depuis 1815 de ses dispositions envers les doctrines de liberté et de tolérance. Le Jugement doctrinal avait condamné comme impies et perverses toutes les idées qui faisaient la force de la société moderne. C'était à cette source de fanatisme et de haine que l'on voulait abreuver la génération nouvelle. Le pape Grégoire XVI, l'auteur de V Encyclique de 1832, avait donné sa haute approbation au projet. Dès 1833, les bases en étaient arrêtées; une circulaire du mois de février 1834 fit un appel aux fidèles. Le 4 novembre de la même année, l'Université catholique fut inaugurée à Matines.

Pour juger de l'esprit de cette école, nous ne devons nous en rapporter ni à nos tendances personnelles, ni aux résultats acquis depuis un demi-siècle. Il suffit d'écouter le langage de ses fondateurs : a Voulant aujourd'hui, disaient les évéques, donner une forme fixe à cette grande œuvre, à cette précieuse institution, et en assurer pour toujours la stabilité, en vertu de l'autorité apostolique et de la nôtre, nous érigeons et nous établissons, par les présentes lettres, une université qui sera à jamais dirigée et soignée par nous avec un pouvoir suprême et une continuelle sollicitude (sauf en toute chose l'autorité du Siège apostolique), et qui sera composée de cinq facultés... Comme il importe souverainement que cet établissement académique soit dirigé avec fermeté et constance par une seule et même personne, nous députons et nous déléguons pour toute la direction de notre

université, comme notre vicaire général, un recteur magnifique de Tordre ecclésiastique, dont nous nous réservons la nomination et la révocation. . . Nous avons pensé aussi qu'il importait spécialement à notre sollicitude que la nomination définitive des professeurs, tant ordinaires qu'extraordinaires, dont la présentation appartient au recteur, fôt exclusivement sanctionnée par nous. (^) »

On le voit clairement, en faisant usage de la liberté d'enseignement, les créateurs de l'Université catholique n'avaient nullement en vue les progrès de la science libre et indépendante : professeurs, recteur, université, tout n'est qu'un instrument entre les mains des évéques.

Le premier recteur magnifique, Mgr de Ram, était d'ailleurs plus explicite encore dans son discours d'ouverture. « Nous lutterons, disait-il, de toutes nos forces, de toute notre âme, pour défendre la religion et les saines doctrines, pour dévoiler les hérésies et les aberrations des novateurs, pour faire accueillir toute doctrine émanant du Saint-Siège apostolique^ pour faire répudier tout ce qui ne découlerait pas de cette source auguste. »

On ne peut abdiquer plus complètement devant l'infaillibilité pontificale, on ne peut faire plus nettement litière de la raison, on ne peut avouer avec plus de naïveté que la science n'est aux yeux des docteurs catholiques que l'humble servante des préjugés et des intérêts romains. Prétendre élever toute la jeunesse d'un pays moderne dans ces idées digues des siècles les plus obscurs, c'était insulter trop audacieusement au bon sens et au patriotisme des Belges.

Était-ce pour devenir les esclaves de la foi la plus aveugle qu'ils avaient lutté quatre ans auparavant et qu'ils avaient conquis leur indépendance? Fallait-il donc s'attendre à voir renaître les persécutions, à voir se répéter ces scènes honteuses et cruelles qui avaient

{*) Thonissbn. La Belgique saits le ri^gne de Léopold P^, II, pages 220 et toiyantes.

trop longtemps désolé le pays, qui, depuis la fin du xvi* siècle, l'avaient condamné à l'impuissance et à la ruine?

Dans plusieurs villes, à Liège notamment, des manifestations tumultueuses se produisirent. Il est aisé de les réprouver. A ce titre, les journées d'août et de septembre n'étaient également que de vulgaires émeutes. Quand les cœurs sont émus de patriotiques angoisses, il n'est pas toujours possible de les contenir froidement et de se taire.

Mais dans les circonstances actuelles, la meilleure réponse à faire au défi des évêques, c'était d'affirmer hautement les droits de la science et de la raison.

Le parti libéral créa l'Université de Bruxelles.

Dès 1831 , quelques hommes dévoués à la cause du progrès avaient songé à cette œuvre grandiose, mais difficile; on avait hésité cependant, on avait attendu. En 1834, l'hésitation n'était plus permise.

Et cependant l'entreprise semblait téméraire. Opposer aux forces réunies de l'Église, à ses inépuisables ressources, les efforts d'un petit nombre de citoyens livrés à eux-mêmes, c'était tenter une aventure sur l'issue de laquelle on pouvait ne pas être complètement rassuré.

A Théodore Verhaegen revient l'honneur d'avoir osé aff*ronter le péril, de n'avoir pas douté du succès, d'avoir communiqué sa foi aux autres, d'avoir mené son œuvre à bonne fin.

Ce fut à la Loge des Amis Philanthropes de Bruxelles, en juin 1834, le jour de la fête du Solstice d'été, qu'en présence de nombreux maçons venus des divers points de la Belgique, il exposa son projet et qu'il sut y gagner son auditoire. De la franc-maçonnerie l'idée gagna le public du dehors; elle fit dans l'opinion des progrès rapides. Chacun comprenait que le parti libéral, que la liberté même étaient

l'uM\ERSIT£ de BRUXELLES IS

compromis à jamais, si on laissait les évêques maîtres de renseignement.

Les listes de souscription se couvrirent de nombreuses signatures. Bruxelles en fournit la meilleure part, mais les provinces apportèrent aussi leur contingent. Le Hainaut y était largement représenté, et parmi les localités d'importance secondaire quelques-unes firent preuve d'un empressement remarquable. Nous publions aux annexes les listes telles que nous avons pu les reconstituer à l'aide des documents assez incomplets qui reposent aux archives de l'Université {\'. On sera frappé^ en les parcourant, de la fréquence avec laquelle reparaissent certaines communes : Pâturages, Wasmes, Genappe, IIoudeng, Quaregnon, Jemmapes, Péruwelz, Frameries, Saint-Ghislain, sans parler des villes telles que Dînant, Ypres, Charleroi, Mons, Tournai, etc. La participation de l'armée fut considérable. Parmi les fondateurs, nous relevons les noms de M. Ch. Rogier,deMM. Charles De Brouckere, Henri De Brouckere, Defacqz, de Ilaussy, De Potter, Dumon-Dumortier, Faider, Gendebien, Goethals, Goffinet, Greindl, Jottrand, J. Lebeau, Mellinet, Van de Weyer, Van Meenen, Wyns de Raucour; citons aussi M. Barthélémy Dumortier, l'original député, que l'on ne s'attendrait pas à trouver ici, et qui, il faut l'ajouter, refusa de payer sa cotisation l'année suivante.

Dès le 3 août, on avait réuni 459 souscriptions, pour une somme de 25,380 francs. La souscription totale en fournit 45,000.

La régence de Bruxelles, à la tête de laquelle se trouvait alors le bourgmestre Rouppe, accueillit avec faveur une création qui devait rehausser l'éclat de la capitale. Elle mit à la disposition de l'Université les locaux du Musée, qui avaient été occupés par l'école de droit.

(*) Les listes originales n'existent plus; les souscriptions faites pour une première période quinquennale et renouvelées ensuite en 1839 et en 1843» ont été transcrites dans des registres, sur lesquels il n'est pas toujours possible de reconnaître les vrais fondateurs et les souscripteurs nouveaux; nous avons dû renoncer â faire cette distinction dans la liste que nous avons dressée. (Voir Antiexe /.)

Elle décida, en outre, de lui accorder le subside de 43,000 francs qui avait été attribué précédemment aux cours du Musée et, majorant cette somme de 17,000 francs, de la porter ainsi à 30,000.

De son côté, le Conseil général des hospices donna aux professeurs de la faculté de médecine Taccës des hôpitaux, des amphithéâtres, des collections.

La Société générale pour favoriser VinduMrie nationale s'offrit à faire valoir les capitaux.

Les membres fondateurs de l'Université s'étaient réunis le 3 août et avaient constitué un Conseil d'administration provisoire. Il était composé de MM. Henri De Brouckere, Blargnies, Baron, Verhaegen aîné, le colonel De Puydt, Barbanson, Laisné, Vautier, Barthélémy Dumortier, Guillery, Delvaux de Saive. M. Henri De Brouckere en fut nommé le président. On confia les fonctions de secrétaire à M. Baron, qui avait été professeur de littérature de 1827 à 1830 aux cours du Musée et qui, le premier, semble avoir conçu l'idée de fonder une université à Bruxelles.

M. Dumortier n'accepta point le mandat qui lui avait été conféré; dans une deuxième assemblée, t^nue le 7 septembre et dans laquelle le Conseil fut définitivement constitué, on lui substitua M. Powis de ten Bossche, qui déclina également cet honneur. M. le comte Cornet de Grez et M. le comte Coghen avaient obtenu quelques suffrages.

On s'occupa immédiatement du choix des professeurs ; mais quand la plupart des nominations furent arrêtées, il fallut procéder à un remaniement du Conseil; car trois de ses membres, MM. Guillery, Laisné et Baron, figuraient au programme comme titulaires de cours, et il avait été décidé que deux professeurs seulement pouvaient siéger au Conseil. Un nouveau scrutin, pourvoyant en même temps à la vacance causée par le refus de M. Pow^is, amena la désignation de MM. Laisné, Baron, Michiels et Van der Elst. Enfin, M. Michiels s'étant dérobé à son tour, on lui substitua M. Defacqz. M. Rouppe, bourgmestre, accepta la présidence; M. Durant fut nommé trésorier.

Telle fut donc la composition dëflnitive du Conseil d'administration, auquel était réservé l'honneur de réaliser une œuvre sans pareille en Europe : la constitution d'une université due tout entière à l'initiative privée et à laquelle la loi refusait la personnification civile. Si cette entreprise n'était pas chimérique, si elle devait aboutir un jour à un succès inespéré, sans que l'on eût à sa disposition des moyens d'action analogues à ceux que possède le clergé catholique, c'est qu'une idée juste, grande et généreuse, a encore dans ce monde une puissance capable de triompher de bien des obstacles.

L'université prit le nom d'Université libre de Belgique, qu'elle échangea en d842 contre celui d'Université libre de Bruxelles.

La séance solennelle d'ouverture eut lieu le 20 novembre, dans la Salle Gothique de l'hôtel de ville. Elle fut présidée par le bourgmestre Rouppe, assisté de l'échevin Van Volxem. Le baron de Slassart, gouverneur de la province, avait pris place à côté du bourgmestre. Après une allocution du président, qui fit ressortir les avantages nombreux que la ville pouvait se promettre de la fondation de l'Université, M. Baron, secrétaire, prononça un discours qui avait pour objet de caractériser le but et les tendances de la nouvelle école. Chacun, en voyant s'élever l'Université de Bruxelles, devait songer à sa rivale l'Université catholique. M. Baron allait au-devant de cette préoccupation :

Nommer l'Université catholique, c est aborder, je le sais, une question délicate ; qui prétend la traverser, s'en va courant, comme l'occasion du fabuliste, sur le tranchant d'un rasoir ; mais la franchise n'est pas tellement aveugle que l'aveugle seul puisse la prendre pour compagne de route, et, si le mensonge a son utilité, il n'est pas impossible que la vérité ait aussi la sienne.

Oui, Messieurs, l'épiscopat belge, dans la création de l'Univereité catholique, a exercé un droit incontestable, un droit que nous sommes d'autant

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moins disposés à lui disputer, qu'il découle d un principe à nous, non pas à lui. Nous respectons comme chose du domaine de la conscience, comme résultat d'une conviction profonde et sincère, son opinion lorsqu'il pense que les beaux-arts et les sciences doivent être enseignés par des maîtres orthodoxes et professant les principes, non seulement du christianisme, mais de la religion catholique romaine^ qu'il est nécessaire que tous les fonctionnaires de l'Université fassent profession de foi et prêtent serment entre les mains d'un recteur, qui lui-môme jure et promet fidélité et obéissance au corps épiscopal de la Belgique, soumis, à son tour, aux décrets incontrôlables du souverain pontife. Mais nous, nous sommes non moins sincèrement, non moins profondément convaincus que par le nom imposé à son institution et par cette déclaration solennelle, l'épiscopat belge reconnaît dans les termes les plus explicites que ses doctrines scientifiques seront, de nécessité, spéciales et restreintes, car elles se rattachent à un dogme d'obéissance passive que rejettent péremptoirement la Russie, la Grèce, la Suède, le Danemark, la Grande-Bretagne, la Prusse, une partie considérable de rAllemagne et des États-Unis d'Amérique, c'est-à-dire la grande majorité de la civilisation humaine; à un dogme qiii, même dans les États catholiques, est contesté par une foule d'esprits religieux. Les doctrines de l'épiscopat belge seront, de nécessité, incomplètes et arbitraires, car non seulement elles s'arrêtent, comme les nôtres, au pied des limites infranchissables de la morale universelle et des lois, mais elles devront se resserrer, se modifier, se plier, se tordre en tous sens devant la suprême volonté des six dignitaires ecclésiastiques auxquels le recteur, unique modérateur de l'enseignement, jure fidélité et obéissance. Comment, lorsque des professeurs s'imj)Osent à eux-mêmes de si lourdes chaînes, lorsqu'ils se lient par des serments si restrictifs, comment leur demander ces largeurs de prémisses, celte aisance de développement si impérieusement réclamée aujourd'hui par la philosophie, la jurisprudence, la médecine, les sciences politiques, économiques et naturelles? Certes, si le mot catholique avait conservé sa signification primordiale, s'il représentait encore l'idée d'universel, nulle dénomination ne serait moins applicable à l'institution épiscopale belge. S'il est manifestement démontré, en effet, par son acte d'organisation, que cette Université est apte, au plus haut degré, à un degré peut-être unique dans le monde, à distribuer dans toute sa pureté et sa perfection la doctrine apostolique romaine, il ne l'est pas moins qu'elle est radicalement inhabile à donner un enseignement progressif, complet, universel. Les évêques belges ont voulu suspendre tous les chaînons des sciences

l'UKIVëRSITÉ de BRUXELLES 19

humaines à lanneau scellé par le catholicisme dans la pierre antique de Fapostolat. Ce désir, quoique renouvelé d'un âge moins avancé en civilisation, est assurément une haute idée, à laquelle nous nous plaisons à rendre hommage. Ceux qui, pour la remettre en lumière, prennent avantage de la théorie toute moderne de libre concurrence, attestent en cela du moins qu'ils appartiennent, eux aussi, au xix** siècle, et ne restent pas étrangers à son mouvement libéral.

Mais une autre opinion s'élève parallèlement a la leur, et les encouragements donnés à notre institution prouvent jusqu'à quel point elle est partagée, c'est que les sciences purement humaines, sous peine d'être imparfaites et tronquées, doivent rester entièrement en dehors du catholicisme. On peut ajouter même, avec beaucoup d'écrivains religieux, qu'une alliance, quelle qu'elle soit, du sacré et du profane, est peut-être, en mainte occasion, plus nuisible qu'utile aux vrais intérêts de la foi, et notre pensée sous ce rapport semble avoir été justifiée d'avance par l'Écriture elle-même, lorsqu'elle dit : a Mon royaume n'est pas de ce monde », et ailleurs : a Dieu a livré le monde à leur curiosité et aux querelleuses investigations de leur science. » Tradidit mundum disputationi eorum. Ce n'est donc point être hostile au catholicisme que de tracer une puissante ligne de démarcation entre ses doctrines et les sciences modernes. Ce n'est donc point être hostile au catholicisme que de tracer d'abord une puissante ligne de démarcation entre ses doctrines et les sciences mondaines et, cela fait, de cultiver tout à l'aise, mais avec tout le respect que nous devons aux croyances de la majorité de nos concitoyens, l'immense terrain qui nous est livré, de poursuivre dans toutes ses veines cette mine inépuisable, laissant ù Dieu, comme disait un éloquent jésuite du dernier siècle, la nuit profonde où il lui plaît de se retirer avec sa foudre et ses mystères.

Tels sont. Messieurs, les seuls motifs qui ont déterminé la création de l'Université libre de Belgique. J'ai cherché à vous les rappeler avec franchise et impartialité. J'espère que cet exposé, tout imparfait qu'il est, suffira pour raffermir quelques opinions encore chancelantes, pour bannir tout scrupule des esprits même les plus timorés, et pour les bien convaincre qu'il ne s'agit pas ici de déployer une bannière ennemie à ce qu'ils se sont fait un devoir et une habitude de respecter et de chérir, tant dans l'ordre politique que dans l'ordre religieux. La nécessité d'une institution d'enseignement supérieur dans le centre commun des institutions nationales se faisait impérieusement sentir; mais, d'une part, le Gouvernement, retenu par des considérations qu'il n'est pas de

notre objet d^exarniner, ne paraissait pas disposé à satisfaire ce besoin ; de l'autre, Tépiscopat belge montrait, il est vrai, plus d'activité, mais le nom qu'il donnait à son institution, son principe officiellement avoué, sa position, non pas dans la ville capitale de la nation, mais dans la ville capitale du clergé, manifestaient l'intention d'étayer un édifice tombant en ruines par un édifice partiel et à jamais inachevé. Dès lors, nous n'avions plus à hésiter. Forte du droit constitutionnel et de l'assentiment public, l'Université libre s'organisa, et, à tous ses avantages essentiels, elle ajouta le mérite de l'à-propos.

Sous le style un peu enveloppé qui est particulier à cette époque, on voit nettement se dessiner la pensée fondamentale qui a servi de base à la création de l'Université : il faut un asile à la science, à la science pure, à la science libre, à la science qui ne relève que d'elle-même, qui n'accepte de mot d'ordre de personne, qui ne poursuit qu'une chose : la vérité, la certitude. L'Université de Bruxelles n'est donc pas une université de parti; si les libéraux l'ont fondée, c'est qu'ils voulaient garantir à jamais les droits de la libre recherche ; c'est qu'en face de l'agression des évêques et de l'abstention de l'État, ils avaient à remplir envers la patrie un devoir auquel ils n'ont pas voulu se soustraire.

L'Université n'est pas davantage une école d'irréligion ou d'athéisme. Elle n'a point de dogme, et la négation systématique lui est aussi étrangère que l'affirmation aveugle et complaisante.

Mais, avant tout, elle proclame l'indépendance du penseur, elle défend les droits de la raison. Les découvertes scientifiques n'ont jamais été faites par ceux qui s'attribuent le don de l'infaillibilité ; ce n'est point la parole d'un voyant ou d'un prêtre, c'est la recherche patiente, attentive, consciencieuse, dégagée de toute préoccupation intéressée, qui réalise les conquêtes durables du savoir humain.

Tel est bien le programme d'une université digne de ce nom, et, dans la suite encore, les fondateurs de notre grand établissement d'enseignement supérieur ont été amenés à diverses reprises à exposer leurs idées sur ce point.

Voici comment s'exprimait M. Verhaegen, à la séance solennelle d'ouverture du 14 octobre 1839 :

Nous avons expliqué ce qxCen théorie nous entendons par liberté d'enseignement, c'est ^011 indépendance tant à Végard du pouvoir religieux qu'à regard du pouvoir politique.

Indiquons maintenant comment nous comprenons cette indépendance dans Tapplication pratique.

En ce qui regarde l'enseignement, par ce mot indépendance nous entendons le droit laissé à tout le corps enseignant d'exposer, d enseigner sa doctrine scientifique d après les seules prescriptions de la science, sans chercher ses inspirations dans des influences extérieures.

En ce qui concerne la direction, l'indépendance est pour nous, d'une part, le droit de l'administration d'adopter toute mesure qui lui parait utile, sans être soumise à aucune autorisation préalable et à aucun contrôle ultérieur autre que celui de Y opinion publique; d'autre part, le devoir de surveiller la marche des choses, l'ensemble des travaux de l'Université, de manière qu'il n'y ait jamais atteinte à la Constitution, aux lois du royaume, à la morale et au bon ordre social.

En matière d'administration, par indépendance nous comprenons le droit et l'obligation de faire, des ressources dont nous pouvons disposer, l'emploi le plus convenable, le plus utile, d'introduire les améliorations qui se pré^ntent, de réprimer les abus qui peuvent se glisser dans la marche de l'Université.

Voilà notre indépendance; elle a pour limite les inspirations de la conscience, les prescriptions des lois, le sentiment du bon ordre, et les justes exigences de l'opinion publique.

Et plus loin :

L'Université libre avait aussi des dangers à courir, ceux d'exagérer la belle idée qui fait la base de sa fondation ; une fausse impulsion donnée aux principes libéraux pouvait, en voulant l'accélérer, retarder la marche du progrès politique, social et scientifique. Ce péril a été évité avec sagesse; partout l'équité et la modération ont guidé nos pas ; placée en dehors de tous les débats politiques, de toutes les dissensions religieuses, l'Université libre fut toujours inaccessible à l'esprit de parti.

Car si quelques-uns de ses administrateurs ou professeurs, comme citoyens belges, comme mandataires de leurs concitoyens, ont dû dans d'autre^ enceintes prendre une part plus ou moins active aux luttes politiques, jamais cette position na réagi sur le Conseil universitaire; ses professeurs ont trouvé des aliments à leur activité dans les travaux des cours ou dans des publications scientifiques, sans consumer leur ardeur dans des querelles de parti.

Quelques-uns d'entre eux, môme injustement attaqués dans leurs écrits philosophiques ou historiques, ont laissé à la conscience des hommes instruits le soin de les venger d'imputations calomnieuses, en attendant loccasion solennelle qui se présente aujourd'hui de prouver que la philosophie moderne, la seule désoiTuais digne d'être cultivée dans les universités, n'est pas un absurde p/ùinthéisme, que l'histoire n'est pas le fatalisme, que le droit n'est pas le mat&ialisme.

En laissant ce soin à nos honorables collègues, MM. Ahrens et Altmeycr, qui prendront la parole après nous, nous résumerons ainsi les tendances de l'Université.

Elle a cherché dans les lettres le vrai, le beau et le juste; les doctrines qui forment le cœur en éclairant l'esprit.

Dans les sciences diverses, des théories vraies et des applications utiles aux intérêts humanitaires, sociaux, commerciaux et industriels.

Dans les études philosophiques, le moyen d'agrandir l'intelligence humaine en remontant aux sources des choses, et de fortifier les vertus sociales et morales en montrant leur influence sur le bien-être des individus et sur le bonheur des sociétés.

Dans Yhistoire, la vérité seule, l'inexorable vérité sans complaisance, sans flatterie, sans ménagement, sans déguisement, le passé reproduit tel qu'il est pour servir d'enseignement au présent et à l'avenir.

Dans la médecine, les théories qui n'ont d'autres limites que celles de la science, les systèmes les plus avancés sans esprit d'exclusion, les applications pratiques les plus étendues et les plus utiles au soulagement des souffrances de l'humanité.

Dans les diverses parties du droit, l'amour des institutions qui nous régissent, la connaissance des lois auxquelles nous devons obéissance, et aussi rinfluence et l'étendue de cette grande et noble idée du droit, émanation de la sagesse divine, de ce droit qui, dans sa lutte perpétuelle avec son rival la force, a déjà obtenu d'importantes victoires et finira par tout soumettre à son empire.

Voilà nos principes, voilà les tendances de l'Université libre de Bruxelles.

Le Conseil d'administration avait décidé la création de cinq facultés : philosophie et lettres, droit, sciences, médecine et sciences politiques et administratives. Les quatre premières existaient dans les autres universités; la cinquième constituait une innovation. Il avait paru que dans un pays libre, où les hommes voués aux professions libérales tiennent les rênes du gouvernement, les connaissances ordinaires de l'avocat, du professeur, du médecin ne donnent pas une initiation suffisante à la vie politique.

Voici ce que disait sur ce point M. Baron, dans son discours d'ouverture :

La cinquième faculté est une innovation qui mérite de fixer vos regards, dont tous les bons esprits sentiront l'importance et Topportunîté, et que nous n'avons pas encore complètement organisée, en raison même de son caractère de nouveauté et de la haute idée que nous nous en étions formée.

En effet, Messieure, l'organisation actuelle de l'enseignement moyen embrasse toutes les connaissances préparatoires à l'Église, à l'industrie, au commerce et aux professions que comprenait autrefois le nom générique de robe et d'épée. Puis se présentent, d'une part, les séminaires et les écoles spéciales, de l'autre, les quatre facultés universitaires ofi s'achève l'instruction des ecclésiastiques, des négociants et de cette foule de jeunes gens qui se destinent soit à l'art militaire, soit à l'une des innombrables fonctions dont les grades de candidat et de docteur sont le préliminaire indispensable. Mais dans ce labyrinthe scientifique, à quelle porte frappera celui qui aspire à la carrière politique, diplomatique ou administrative? Et, quand on y réfléchit, que d'études spéciales, inaccessibles par les voies d'instruction consacrées, sont pourtant indispensables à qui nourrit la noble ambition de soutenir près des autres peuples la dignité et les intérêts de la patrie, de prononcer dans les assemblées souveraines sur les rapports de l'État avec les étrangers et les citoyens, d'y voter en connaissance de cause les lois organiques, les décrets transitoires, les règlements commerciaux, et, sans môme s'élever si haut, de parcourir seulement avec honneur les divei'S degrés de la hiérarchie administrative ou d'être rtellement au niveau de l'une des fonctions multipliées qui en dépendent!

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Que cette immense lacune dans l'instruction supérieure restât inaperçue avant les grands événements qui; depuis un demi-siècle, impi'iment à la civilisation européenne un mouvement si énergique, cela se conçoit aisément. Mais il était admis que les privilégiés de la féodalité naissaient hommes d'État, que la science coulait dans les veines avec le noble sang des ancêtres; alors, le roturier publiciste n'était qu'un songe creux ou un folliculaire impertinent; et, cela posé, où trouver chez un peuple sans mandataires cet aiguillon qui lanc^ vers les hautes régions du droit public ou à la recherche des améliorations sociales? Aujourd'hui, au contraire, cet ensemble de doctrines jadis si négligées est devenu la plus universelle, la plus indispensable des sciences. La plus universelle ! Car, Messieurs, le légiste, le médecin, le savant s'arrêtent presque toujours dans les limites respectivas de leur profession, leurs excursions sont rares sur les domaines étrangers ; mais l'esprit des Constitutions modernes donnant à chacun d'eux le droit d'éligibilité à tous les emplois publics et administratifs, tous ne devraient-ils pas avoir parcouru les routes qui conduisent à un champ commun à tous? La plus indispensable! Qui de vous, en effet, tenterait de professer, de plaider, de guérir sans une laborieuse étude de la médecine, des lois, des méthodes d'enseignement? Et Ton pourrait considérer comme la seule science qui ne demande ni veilles, ni travaux, comme la seule science infuse, celle d'où dépendent le bien-être et l'amélioration sociale de la patrie et peut-être de l'humanité tout entière !

La faculté des sciences politiques et administratives ne reçut cependant jamais une organisation complète, elle finit par se fondre dans la faculté de droit. Mais Tiniliative de l'Université de Bruxelles attira l'attention du législateur sur les lacunes que présentaient les programmes officiels, et elle amena la création du grade de docteur en sciences politiques et administratives, qui fut reconnu par la loi de 1857.

Le recrutement du corps professoral n'était pas chose aisée ; il fallait trouver d'emblée, pour chaque branche d'enseignement, des spécialistes qui eussent à la fois la science et les aptitudes pédagogiques. La ville de Bruxelles offrait, en réalité, plus de ressources que n'en aurait fourni une ville de province. L'ancienne école de médecine était prospère; elle fut reprise tout entière par l'Université.

Dans la faculté de droit et la faculté de philosophie, quelques-uns des fondateurs de l'Université, MM. Henri De Brouckere, Verhaegen, Van Meenen, acceptèrent eux-mêmes une chaire.

Nous reproduisons ici le programme de la première année.

UNIVERSITÉ LIBRE DE BELGIQUE i" semestre 1834.

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