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DEUXIÈME PÉRIODE

L’art. 32 de la loi du 27 septembre 1835 décréta le rétablissement, dans des conditions toutes nouvelles , du Concours universitaire, tombé en désuétude à la suite de la révolution. Cet article, maintenu parles législateurs de 1849 et de 1857, est ainsi conçu :

« Huit médailles en or de la valeur de fr. 400 pourront être décernées chaque année par le gouvernement aux élèves belges, quel que soit le lieu où ils font leurs études, auteurs des meilleurs mémoires en réponse aux questions mises au concours.

» Les élèves étrangers qui font leurs études en Belgique sont admis à concourir.

» La forme et l’objet de ces concours sont détei minés par les reglements. »

Soit que les objections soulevées par la section centrale, en 1835, eussent fait réfléchir le ministre ('), soit que le gouvernement hésitât â trancher certaines difficultés pratiques, la promulgation d’un arrêté organique pris en vertu de l’art. 32 de la loi se fit attendre jusqu'au 13 octobre l,s41 ‘Il était cependant devenu urgent d’offrir aux élèves d’élite, d’une manière ou de l’autre, des encouragements sérieux, et de régénérer véritablement les Universités en y développant l’esprit scientifique et le goût des études désintéressées. Sans viser si haut, la Faculté de médecine était tellement frappée de la première de ces considérations, quelle avait institué pour son propre compte, dès 1839, des concours annuels entre les étudiants qui fréquentaient régulièrement scs leçons.

Mais il ne suffisait pas d’ouvrir des concours; il fallait à tout p» ix les entourer de garanties plus complètes qu’avant 1830, et d’autant plus, que les élèves des Universités libres devaient être appelés â entrer eu lice avec ceux des Universités de l’Etat. La rédaction d’un Mémoire restait naturellement la base du système ; mais il était essentiel de contrôler, par des épreuves subséquentes, l’authenticité de ce travail, rédigé à domicile. Le système des concours en loges,

i‘) « Il y a perle de temps, disait la section centrale, en ce sens que les concours absorbent les jeunes gens pendant plusieurs mois et interrompent la marche régulière de leurs éludes. D’ailleurs, il est impossible aux juges de s’assurer si le travail présenté est réellement de celui qui en est le signataire. »

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employé exclusivement, présentait de son côté des inconvénients graves. « Ce genre d’épreuves , écrivait M. Nothomb ( * ), doit se renfermer dans un espace de temps fort limité ; il exclut l’usage de livres et de tout autre document : l’employer seul, ce serait diminuer de beaucoup l’importance des concours, puisque l’on ne pourrait y aborder aucune des questions qui nécessitent quelques recherches, et pour la solution desquelles il est naturellement permis de s’aider des auteurs. — D’ailleurs, dans un concours en loges, il peut se produire diverses circonstances dont il est impossible d’apprécier l’influence sur l’un ou l’autre des concurrents, et qui rendraient l’équité des jugements souvent contestable. »

On s’arrêta donc à une combinaison des deux systèmes. Le Concours universitaire comprend aujourd’hui trois épreuves :

1° Rédiger à domicile un Mémoire en réponse à une question publiée au moins six mois d’avance;

2“ Rédiger, en loges, un Mémoire en réponse à une question désignée par le sort, au moment de l’entrée en loges, à tous les concurrents d’une même catégorie;

3° Comme complément de la première épreuve , présenter publiquement la défense du Mémoire rédigé à domicile.

Ne sont admis à la deuxième épreuve que les auteurs de Mémoires qui ont réussi au moins pour moitié dans la première. «Les noms des autres demeurent inconnus : il ne fallait pas exposer à la honte d’une défaite publique ceux des élèves qui, moins heureux que leurs concurrents, ont cependant fait preuve de bonne volonté (*). »

Les Facultés préparent d’abord des séries de questions pour le concours à domicile : le Moniteur publie, avant le 15 août de chaque année, celles que le sort a désignées.

Les questions préparées ensuite par les mêmes Facultés pour le concours eu loges sont publiées intégralement un mois au moins avant le jour fixé pour celte seconde épreuve: les concurrents ontainsi le loisir de les étudier toutes et les mêmes chances de succès en présence du hasard du sort. Les questions à traiter eu loges « sont d’ailleurs conçues de manière à pouvoir être résolues au moyen des connaissances acquises par la fréquentation des cours qui constituent l’enseignement de la Faculté ».

Chaque Université compte un représentant dans le jury ; il y a un «

(*; Rapport au Roi , la octobre 1841.

( *) Ibid. — Le Moniteur publie toutefois les noms des concurrents admis à la deuxième éprouve, alors même qu'ils n'auraient pas réussi dans la troisième : «relie distinction a déjà assez de valeur pour être ambitiuunée. *

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jury par Faculté. Le cinquième membre est choisi par le gouvernement. en dehors du corps enseignant.

Il peut être décerné deux prix spéciaux dans chacune des quatre Facultés, savoir : 1° dans la Faculté de philosophie et des lettres, un prix pour les sciences historiques et philosophiques, un autre pour la philologie; 2° dans la Faculté des sciences, un prix pour les sciences naturelles, un prix pour les sciences physiques et mathématiques ; 3° dans la Faculté de droit, un prix pour le droit romain, un prix pour le droit moderne; 4° enfin, dans la Faculté de médecine, un prix pour les matières générales f anatomie, physiologie, etc.) et un autre pour les matières spéciales (pathologie, thérapeutique, etc.).

La disposition finale de l’art. 147 du Règlement de 1816 est reproduite dans l’arrêté organique du 13 octobre 1841.

Pour être admis au Concours en philosophie et en sciences, il fallait d’abord avoir été reçu candidat depuis deux ans au moins ; une année de candidature suffit aujourd’hui (arr. du 12 août 1842) ; on n’a jamais exigé davantage des élèves en droit et en médecine. Les docteurs sont exclus du Concours, ainsi que les candidats âgés de plus de 23 ans (en médecine, en vertu de l'arrêté de 1842, il y a tolérance jusqu’à 27 ans f ». Depuis 1842, les élèves-ingénieurs des ponts cl chaussées et des mines ayant une année de grade sont assimilés aux candidats en sciences. Les étrangers qui veulent prendre part au Concours sont soumis aux mêmes conditions que les régnicoles et doivent produire la preuve qu’ils ont fait leurs études universitaires eu Belgique.

Le jury se réunit à Bruxelles le premier lundi de mars, pour recevoir les Mémoires et régler l’ordre d’après lequel ils seront examinés à domicile, successivement par chaque membre. Le premier lundi de mai, nouvelle réunion pour juger les Mémoires; troisième réunion le premier lundi de juillet, pour apprécier la réponse écrite en loges et pour assister à la défense publique du premier travail (*). — La distribution des médailles a lieu au mois de septembre , en même temps que la distribution des prix du Concours général des Athénées et des Collèges.

Les Mémoires couronnés sont insérés, sur la proposition du jury, dans les Annales des Universités de Belgique (arr. du 12 août 1842). Ils peuvent être rédigés en latin, en flamand ou en français.

. 1 ; Les élèves qui accomplissent leur 25° année ou qui sont promus au doctorat dans I intervalle de la publication des questions à traiter à domicile au jugement du Concours, ne perdent pas leur droit à concourir (art. 5, § 3, de l’arrêté organique).

f*) Un règlement particulier pour In tenue du concours en loges et pour la défense publique a été promulgué par M. Rogicr, le 3 mai T 848.

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Le Concours universitaire a-t-il réalisé les espérances du gouvernement ? M. Piercot, ministre de l’intérieur en 1834, s’est chargé de répondre à celle question (*) :

« Nous reconnaissons volontiers, dit-il, que des intelligences plus ou moins remarquables se sont révélées de loin en loin dans le Concours; le gouvernement a pu même déjà en utiliser quelques-unes. Cependant nous devons à la vérité de dire que les Concours n'ont nullement répondu à l’attente des amis du haut enseignement. La jeunesse universitaire s'est montrée très-peu soucieuse de prendre part à ces luttes scientifiques. U y a eu des années où un concurrent unique a tenté les épreuves. Il est arrivé assez rarement que plus d'un concurrent se soit présenté pour le même prix. Le Concours ne perd-il pas alors son caractère pour devenir une sorte d'examen individuel, dont la partie la plus importante la défense publique du Mémoire rédigé à domicile) se passe même en fait à huis-clos? Car l'indifférence du public est à l'unisson de celle des élèves. L'administration a beau recourir à tons les moyens de publicité, faire insérer au Moniteur les thèses à défendre, les envoyer avec des lettres d’invitation aux personnes qui, par leur position dans la société, sont censées prendre intérêt au Concours; on se rend bien rarement à cet appel, et le public, devant lequel les concurrents défendent leurs mémoires et leurs thèses, ne se compose ordinairement que des membres du jury et d'un délégué du gouvernement.

» Un concours qui a lieu dans de telles* conditions, est-il bien propre à ranimer la vie scientifique dans la jeunesse?

«Comment une institution, bonne en principe, nous voulons bien l’admettre, est-elle restée stérile?

« Il y a de la faute des élèves et de la faute de la loi.

► Il y a de la faute des élèves : en eflcl, nous l'avons déjà dit quelque part, les élèves n'ont qu'un désir, celui d'arriver le plus promptement possible à la possession du diplôme doctoral ; ils ne sont guère disposés dès lors à prendre part à des luttes qui doivent les éloigner pour un an de ce but, et qui à leurs yeux, ne peuvent leur offrir d'autre compensation qu’une satisfaction d'amour-propre.

» Il y a de la faute de la loi : car, en décrétant qu’un concours serait ouvert entre les ètùrcs belges, elle en a exclu implicitement les docteurs qui n'ont plus celte qualité. Il est vraisemblable que, si le Concours avait été accessible aux docteurs, il eût produit d'autres résultats. On est bien pressé, il est vrai, d'arriver au diplôme; mais, le diplôme une fois obtenu, quelque désir qu'on en ait, on ne se fait pas immédiatement une position dans la société: il faut pour cela un temps moral ; de jeunes docteurs auraient mis ce temps à prolil pour aspirer aux palmes du Concours universitaire, qui leur auraient donné du relief aux yeux de leurs concitoyens.

» Si l’on juge utile de maintenir le Concours universitaire, il faudra peut-être modillor le texte de la loi, de manière à rendre le Concours accessible aux docteurs seuls. I)ans cette hypothèse , on fixerait le nombre d’années de grade après lequel les docteurs ne seraient plus admis : quoi qu'il en soit, il n’y a pas d’inconvénient à laisser provisoirement les choses dans le .110111 quo. L'institution des diplômes spéciaux (v. la section suivante, finira par primer le Concours universitaire et par le faire déserter complètement. On arriverait ainsi, de fait à la suppression du Concours universitaire qui a été proposée par le Conseil de perfectionnement de l’enseignement supérieur. »

Le Rapport triennal pour la période 1853-1855 signale l’indifférence absolue des élèves de Liège à l’égard du Concours. Pendant loule la période suivante, noire Université n’a compté qu’un seul

(* Rapport sur V enseignement supérieur 9 p. li»7.

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lauréat; de 1859 ù 1861, nous en noterons deux; de 1862 à 1864, trois; de 1865 à 1869 incl.l, trois seulement. A Gand , la proportion est beaucoup plus forte. Dans les Universités libres, elle descend au contraire au-dessous de celle de Liège. Des modifications de détail ont été proposées: l'administration a jugé convenable, jusqu’ici , de maintenir le statu quo. Il faudra bien en venir tôt ou lard à une mesure radicale; en attendant, il est difficile de déraciner les préjugés qui régnent parmi les étudiants. Si d'autre part nous avons égard à la valeur intrinsèque des Mémoires couronnés, nous ne pouvons que regretter l'influence de ces préjugés: il est certain que ceux qui l'ont bravée n'ont pas eu à s’en repentir, et que le Concours universitaire a brillé par la qualité, sinon par le nombre des jeunes gens qui y ont pris part.

Voici la liste des lauréats de Liège depuis la promulgation de l’arrêté organique du 13 octobre 1841.

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