‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 71 sur 351 · LEM · texte numérisé non relu

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lutta contre l'adversité avec un courage exemplaire, pour écarter de sa famille jusqu’à la conscience de la position pénible où elle se trouvait ; il employa ses journées à donner des leçons , ses nuits à étudier, et malgré les entraves de tout genre qui paralysaient son zèle, subit avec distinction, en 4818, l’examen de candidat en sciences physiques et mathématiques. Ses efforts furent récompensés par un arrêté ministériel du 5 décembre de la même année, qui le nomma régent de la seconde classe de mathématiques au Collège royal de Gand. Il ne tarda pas à remplacer dans la première classe M. Quetelet, appelé à I Athénée royal de Bruxelles.

Le li avril 1821, l’Université de Gand lui décerna le diplôme de docteur en sciences mathématiques et en philosophie naturelle; sa thèse inaugurale traitait des solutions singulières, des équations différentielles, et en présentait un exposé net et méthodique, d’après les travaux de Lagrange et des écrivains qui, après lui, s’étaient appliqués à rattacher ces formules longtemps inexpliquées aux équations intégrales ordinaires, et s’en étaient servis pour résoudre directement une foule de problèmes difficiles. Le 7 août suivant, Lemaire passa du Collège de Gand à l’Athénée de Tournay, comme professeur de mathématiques supérieures; l’année suivante, il fut en outre chargé d’une partie des cours destinés aux commençants. Il se dévoua entièrement à ses devoirs de profes seur et obtint des succès réels ; on peut rappeler en passant qu’il introduisit avec avantage, dans l’enseignement élémentaire, la considération des projections stéréomélriques. Son mérite ne resta point méconnu : le 1er août 182(>, un arrêté royal le nomma professeur extraordinaire à l’Université de Gand , avec mission d’enseigner la géométrie appliquée aux arts et à la mécanique industrielle (*) En 1827, il lit un cours

spécial à l'usage des ouvriers, et le résuma dans un petit trailéintitulé, comme sa chaire : De Meclkunst op de Kunsten en ambachten toegepaul ( Gand , 1828, in-8* de 170 p. et 3 pl.t dédié à M.

A.-J. Ewyck). Il eut ainsi l'honneur d’être l’un des premiers, dans nos provinces, à contribuer au développement de l'instruction technologique, qui devait plus tard y devenir si importante.

Il ne négligea rien pour s’initier aux procédés industriels : on le rencontre à Seraing, en Angleterre, partout où il a la chance d’enrichir ses connaissances pratiques. La Faculté des sciences ayant été supprimée à Gand le lendemain de la révolution, Lemaire fut désigné pour passer à l’Université de Liège, et chargé des cours d’introduction aux mathématiques supérieures et de calcul différentiel et intégral. Promu à l’ordinariat en 1855, il devint titulaire des cours d'analyse et de mécanique analytique.

Un arrêté royal du 5 septembre 183S l’éleva au rectorat pour l’année académique suivante; le U décembre, il ajouta aux insignes de sa dignité la Croix de l’Ordre de Léopold. La même année, il reçut le titre d’inspecteur de l’Ecole préparatoire des mines; en 1812, il fut investi des fonctions de secrétaire du Conseil de perfectionnement des écoles spéciales. Lemaire, malgré une corpulence excessive qui finit par compromettre sa santé, était très-actif: à ses occupations académiques, il ajouta plusieurs missions ayant trait à l’instruction primaire, et ses rares loisirs étaient régulièrement absorbés par l’étude des chefs d’œuvre littéraires, tant anciens que modernes. Il possédait bien le grec et le latin ; les principales langues vivantes de T Europe lui étaient également familières. La littérature italienne surtout avait le privilège de le passionner : en 181G, il ne put résister au désir d'aller saluer la patrie du Dante et de Michel- Ange. Il s’était fait illusion sur sa force

( * ) Lemaire fui nommé, à proprement parler, professeur à l’Ecole industrielle, qui était une section de la Faculté des sciences de l’Université de Gand. Il y eut pour collègue le Hollandais van Breda, qui reçut sa démission après les évènements de 1830. La Fa-

culté des sciences fut en même temps supprimée à Gand ; mais le Gouvernement, ne voulant pas laisser tomber l’Ecoleindustrielle, remplaça Lemaire et Van Breda par Ed. Jacquemyns et Ch. Morren (v. ce nom).

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physique : le voyage s'accomplit heureusement, mais au retour, Lemaire fut retenu à Albi(Tarn) par une fièvre violente qui prit bientôt de telles proportions, qu'il se vit forcé de demander sa retraite. Il put revoir sa patrie; mais son corps était épuisé et bientôt ses facultés subirent un affaissement général.

Déclaré émérite par arrêté royal du 15 mars 1847 , il alla vivre à Bruxelles chez un frère qui lui prodigua les soins les plus tendres ; il ferma les yeux à Grammont , où il s’était rendu pour se soumettre au traitement hydrothérapique. — Lemaire a peu écrit : les Annales de l’Université de Garni (1818- 1819) contiennent de lui un Mémoire académique couronné, en réponse à une question de botanique (Èxjmüio commodorum methodi naturalis plant a rum tàm in scientià bolanicù ipsâ , quàm in ejus applicationibus); la dissertation citée sur les équations différentielles ( 1841 ) et un discours inaugural (1846) sur le dessin linéaire et sur le rapport des arts mécaniques avec les arts libéraux. Quelques discours insérésdans les Annales des Universités de Belgique, quelques travaux statistiques dans la Correspondance mathématique de M. Quetelet complètent à peu près son bilan. Lemaire était avant tout un excellent professeur, un homme instruit etd'un commerce agréable; peutêtre se serait-il élevé plus haut s’il lui avait été donné de suivre sa vocation.

Sources : Notice sur J. F. Lemaire, par A. C. DeCuyper. Liège, 1853, in- 8°. — Nécrologe liégeois pour 1854 (par U. Capitaine), p. 50-53.

ixsrny ( Joskph-Antoinb) naquit à Anvers le 45 mars 1800 et mourut à Liège le 9 janvier 1839. Son père, docteur en médecine, était piofesscur d'anatomie et de chirurgie à l’ancienne école de chirurgie d’Anvers. L’instruction secondaire étant assez négligée en cette ville, â l’époque de la domination impériale, le jeune Leroy fut envoyé au lycée de Bruxelles, où il fit des progrès rapides. En 1819, il se rendit à l’Université de Louvain pour y étudier les sciences médicales. Il y arriva pénétré

de la conviction qu’aucune branche des connaissances humaines , pour ainsi dire, ne doit rester entièrement étrangère au médecin: la philologie, la botanique, la physique, la chimie, les mathématiques l’occupèrent tourà tour; il voulait asseoir son édifice sur les bases les plus solides. Son examen de candidat en sciences fut des plus brillants. En 1841, la Faculté de Louvain mit au concours la question suivante :

Quels sont les principaux phénomènes chimiques qui peuvent être interprétés physiquement de deux manières différentes ? Il s’agissait , non seulement d’énumérer ces phénomènes, mais de décrire les circonstances dans lesquels ils ont lieu, et les procédés à employer pour les produire. Le Mémoire du jeune Leroy, d’une étendue de 136 p. in- i®, obtint la palme le 10 octobre 1844.

L’auteur y défendait les idées de son professeur Van Mous , qui regardait l’hydrogène comme le corps le plus simple ou pour mieux dire comme le seul corps simple, et le prenait pour l’unité de la théorie atomique, tandis que les autres chimistes adoptaient t'oxygène. S'appuyant sur cette hypothèse, Leroy traita son sujet in extenso et fit preuve d’une érudition chimique trèsremarquable pour son âge. Ce travail ardu ne l’empêcha pas.au temps voulu, de subir avec la plus grande distinction l’examen de candidat en médecine, infatigable et, de plus, animé par le succès, il rentra presque aussitôt en lice, et obtint en 1841 la médaille d’or, pour un mémoire sur l'emploi du forceps et sur l'usage du levier. « Dans tout accouchement et dans toutes ses périodes , soit que la tête vienne la première, soit que ce soient les pieds, les plus petits diamètres de la tète doivent toujours correspondre aux plus favorables du bassin. » Telle était la doctrine enseignée à Louvain par Van Solingen, et exposée par cet habile professeur, dans un livre estimé : Ifet tvcrkluiglyke der verlossing verklaerd , betoogd , en herleidl toi een algemeen grondbeginsel (Leiden, Ilonkcop, 1799, in-8° de 288 p.). Leroy suivit l’opinion de sonmailreet démontra que le diamètre le plus favorable est le diamètre oblique, qui s'étend d'une

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éminence ilio-peclinée d’un côte, à la symphyse sacro-iliaque opposée. Dans la première partie de son Mémoire , il détermina les huit positions dans lesquelles il convient, en général , d’avoir recours au forceps, d’après l’avis des auteurs les plus recommandables; dans la seconde, il soutint que l'instrument de Palfyn (dont Leroy attribue par erreur l'invention à Châmherlayne) n’est pas applicable toutes les fois que la tête est trop grosse pour traverser la filière du bassin; dans la troisième, il indiqua les positions dans lesquelles le levier doit être préféré ; dans la quatrième, il passa en revue toutes les contre-indications de cet instrument; enfin, dans la cinquième, il détermina le but précis de chacun des deux procédés, et formula des conclusions nettes sur l’opportunité de leur emploi respectif. — Ce mémoire important fut suivi d’une dissertation inaugurale sur l'hématose :

Leroy fut reçu docteur en médecine avec la plus grande distinction le i décembre 1824. Le jeune savant, par ses premiers travaux, s’était fait remarquer surtout comme un excellent élève ; son élude sur V hématose \e plaça plus haut : il y hasardait quelques opinions personnelles. L'hénuitose y est définie : la formation du sang aux dépens des éléments puisés tant au dehors qu’au dedans de l'individu chez lequel ce phénomène a lieu. Cette formation est une operation de chimie vitale; la différence de couleur qui caractérise le sang artériel et le sang veineux est due au plus ou moins d’oxydation du fer qui entre dans la composition de celte substance.

L’hématose ne commence pas au moment où les éléments du sang se rencontrent, mais seulement alors qu’ils arrivent dans les poumons, où ils reçoivent le contact de l’air atmosphérique. L’air expiré renferme la même quantité d’azote que l’air inspiré; mais il a perdu une partie de son oxygène. Qu’est devenu cet oxygène ! 11 s’est combiné partie avec le carbone, partie avec l'hydrogène, selon Lavoisier; avec le carbone seulement, selon Eilis.Mais le carbone ne se combine avec l’oxygène qu’à la chaleur rouge, dit Leroy ; on ne peut, pour invalider celte objection, invoquer la

chimie vitale, puisque d’abord l’acide carbonique se trouve tout formé dans le sang, et qu’ensuite il est probable que les matériaux de la perspiration pulmonaire proviennent des artères bronchites : il en résulterait, en somme, que l’acide carbonique expiré ne résulte pas de la combinaison de l’oxygène avec, le carbone du sang veineux Avec quoi donc se combine l'oxygène absorbé? Avec le fer de la matière colorante. Leroy cite à l’appui de sa théorie une expérience qu'il a instituée (Dus. irnug. p. 51). Il ne conclut pas, toutefois, que l’hématose consiste uniquement dans la suroxydutioti du fer : d’autres modifications ont lieu également; mais elles tombent moins sous les sens. Les poumons ne sont point passifs dans l'acte de l’hématose, comme le prouvent les expériences de Dupuytren et d'autres physiologistes. — Etabli comme praticien à Anvers, Leroy ne renonça pas à ses habitudes studieuses. Le célèbre accoucheur Capuron ayant attaqué avec aigreur, dans les Annules de médecine physiologiques de Broussais (nov. 1825} la théorie de Van Solingen , celui-ci se défendit par une brochure publiée à Louvain en 1821. Capuron revint à la charge l’année suivante et se servit du nom de Leroy pour essayer de ternir la réputation scientifique de son adversaire. L’élève de Van Solingen crut de son devoir de prendre lui-même la plume : il démontra péremptoirement que le principe adopté par Van Solingen n’avait point été formulé par Solayres et Baudelocquc , ainsi que l'affirmait Capuron, et qu'il ne résultait même point de l’ensemble de leur doctrine; il convainquit en outre d’erreur le polémiste français, qui soutenait que les plus petits diamètres de la tête doivent correspondre avec les plus grandes dimensions du bassin, tandis que Van Solingen, avec raison, veut qu'ils coïncident avec les dimensions les plus favorables au passage de la tête. La réplique se terminait par des réflexions sur une lettre de Raudelocque, approuvant le principe de Van Solingen. La querelle en resta là; elle eut seulement pour effet d’attirer l'attention du gouvernement sur le docteur Leroy, qui fut nommé lecteur à

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l'Université de Louvain, le 17 septembre 1820 11 y enseigna «de tout co'ur et de toute âme » la pathologie générale et la physiologie humaine et comparée. Il reçut le titre de professeur extraordinaire le 28 juin 1828. La révolution ayant amené la suppression de la Faculté des sciences et par suite une notable diminution du nombre des aspirants à la médecine. Leroy prêta son concours à ceux de ses collègues qui avaient jugé utile de fonder une Faculté libre. Tout en conservant ses cours en médecine il enseigna la physique et sut s'attirer, par sou talent d'exposition, un auditoire nombreux et fidèle. En 1835, Leroy fut appelé à l’Université de Liège comme professeur de physiologie humaine et comparée.

Le 14 décembre 1838, le roi le nomma chevalier de son ordre. Dans sa nouvelle résidence, il se distingua par toutes les qualités qui lui avaient valu ses premiers succès : mais il était d’une constitution frêle, et ses travaux assidus l’avaient graduellement épuisée. Il fut inopinément frappé à son poste, quand tout semblait lui promettre un brillant avenir. Comme Godet, il n’avait pas 59 ans ! — Outre les dissertations citées, on connaît de Leroy une observation (en coll. avec. M. le Dr Lanthier) de Phlegmon à la marge de l'anus, soumise au jugement de la Société de médecine de Louvain, dont il fut un des membres les

{•) Jean-Baptiste Lesbroussart, né à l’Ily- St-Gcorgcs, en Picardie, le St juin 1747, mourut cri Belgique le 10 décembre 1818. Il était arrivé dans notre pays en 1 778, avec le titre de professeur de poésie au College de ('•and. Il passa plus tard, en qualité de professeur de rhétorique, au Collège Tbérésien. Ses publications lui ouvrirent, en 1790, les portes de l'ancienne Académie de Bruxelles. Il fut compris, en 1816, au nombre des nouveaux membres de cette Compagnie réorganisée. Il eut, d’un premier mariage, notre Philippe et une fille (Mm*Leboeuf, mère du directeur du jardin zoologique du Bruxelles); l'une de ses trois filles du second lit épousa M L. Alvin, ancien directeur de l'instruction publique au ministère de l’intérieur, aujourd’hui conservateur de la Bibliothèque royale de Bruxelles. Voici, d’apres M. (Juelelct, qui nous sert ici encore de guide Annuaire de IA cuti, royale de Belgique, 1855, p. 200 i,

plus zélés, pendant sou séjour en celle ville (v. les Annales de cette compagnie). — Lue notice liés bien faite sur la vie et les travaux de A. -J. Leroy a été lue par M. le docteur i*. Broeck à la 27« séance solennelle de la Société de médecine d’Anvers, et publiée séparément (Anvers, Buschmann , 1802, in-8° de 28 p., avec portrait).

t Philippe), ne à Garni le 25 mars 1781, mourut à Ixclles le i mars 1855. Gomme citoyen, comme écrivain et comme professeur , Lesbroussart a laissé un nom cher aux patriotes belges, à la république des lettres et à l’Université de Liège. Son père était lui-même un littérateur distingué, aussi recommandable par ses qualités privées que par son l aient ( 1 ) ; le jeune Philippe n’eut jamais sous les yeux (pie de saines traditions et de bons exemples, et il sut les mettre à prolll. Cependant les études qu’il avait commencées au collège Tbérésien de Bruxelles se trouvèrent forcément interrompues, et les circonstances I éloignèrent pour un temps de la carrière vers laquelle le portaient ses goûts et son éducation. Il fut mis en réquisition (ou disait ainsi) en l’an III, pour servir comme expéditionnaire dans l'un des bureaux provisoires qu’avaient organises les représentants alors en mission

la liste des principaux ouvrages de J.- B. Lesbroussart : lu Eloge du prince Chorle s de Lorraine. Bruxelles, 1781 ; & Education littéraire ou réflexions sur le plan d’études adopté par S. M. t Empereur pour les Colleges des Pays-Bas autrichiens, ln-12, 178.7 (v. l’art. itOHl.l.Èi; 7° Eloge de Jean de Carontlelet , in-8°,1786; 4° Annales de Flandre, par P. d’Oudegherst, avec un discours préliminaire, des notes, chartes. diplômes,etc.,2vol.in-8‘>, 1786 ; 5° bill'erents Mémoires dansles puHications du l’Académie ; huit ont paru dans le t. I des Nouveaux Mémoires, en 1820. — M. Ad. Mathieu nous appreml, dans une note de son épitre Sur la tombe de Ph. Lesbroussart, que la Bibliothèque de Bourgogne conserve deux manuscrits de Lesbroussart pure : 1° Du Bclgium primitif, in-fol., n" Il 583; 2° Vit ce et gestoruin llrabanitœ ducum brève cangtendtuui (1615-1740), Ms. autographe, n° 15766.

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à Bruxelles (*). « Lors de la création de l'Administration centrale de la Belgique , il fut attaché au secrétariat général ; et plus tard, au cabinet particulier du citoyen Lambrechts, commissaire du gouvernement, depuis ministre de la justice et enfin Pair de France (*). La Belgique ayant été divisée en départements, Ph. Lesbroussart fut employé dans l'administration départementale de la Dyle , successivement en qualité de commis de première classe, puis de sous-chef dans l’administration des contributions directes. Après le 18 brumaire an Vil!, les i.dministrations départementales ayant été remplacées par des préfectures, il fut placé par M. Doulcet de Pontécoulant, préfet de la Dyle, comme chef de bureau, dans la division qui avait pour directeur M.

Jouy. » Le futur auteur de Sylla , des

Jiaroles de la Vestale, de l 'Hermite de. a chaussée d'Antin ne pouvait manquer de s’intéresser â un jeune homme qui partageait ses goûts personnels.

Lesbroussart put consacrer une partie de son temps à compléter ses études :

il fréquenta, entr’autres, à l’Ecole centrale du département, les cours des professeurs Wyns (législation) et Rouillé (littérature française). Jouy le prit décidément en affection ; et il est probable, dit M. Quetelet. que les muses eurent à s'applaudir de ce rapprochement, bien plus que l’administration à laquelle ils appartenaient. C'est à l'influence de nos deux hommes de lettres que l’on doit la création et 13 prospérité de la Société littéraire de Bruxelles,

(') Les détails qui suivent sont empruntés à une note de Lesbroussart, communiquée par M. Th. Juste à M. Quetelet.

(* ) V. les Vit s de quelques Belges, par M. Van Hutsl. Liège, 1842, in-8°.

( *) Les membres de cotte Société se réunissaient régulièrement, le dimanche matin, pour se communiquer leurs productions. A la fin de chaque année, on publiait un Almanach poétique , et de temps à autre on banquetait, sans manquer jamais de chanter ou de lire des vers au dessert, le plus souvent sur des sujets indiqués d avance. Outre Jouy et Lesbroussart, nous citerons, parmi les habitués du cénacle, les barons de Stassart et de Reiffenberg, Raoul, Baron, Cornelissen, MM.

Alvin, LeGlay, etc. (v. Quetelet, Notict sur

qui continua ses utiles travaux pendant près d’un quart de siècle (*).

En 1804, Lesbroussart donna sa démission pour aller rejoindre son père, alors directeur de l’école secondaire d'Alost. il y débuta dans renseignement, comme professeur de troisième latine. Confiné dans une petite ville, il n’en entretint pas moins des relations littéraires avec la plupart des écrivains belges, et donna signe de vie en composant quelques pièces de société, restées d’ailleurs inédites (*). il fit paraître à Paris, en 1807, la traduction d’un roman anglais (*); la censure interdit la publication dun autre ouvrage, Adolphe et Maurice, dont il avait remis le manuscrit à son libraire.

A Gand, où le grand-mailre de l'Université l’envoya pour remplir, au lycée, la chaire de seconde année d’humanités, il rencontra des gens distingués :

Cornelissen, Wailez, Roelants, Ferraris, Couret de Villeneuve , Kluyskens, Benans, Malengreau, le préfet Faipont et son secrétaire Liégeard, spirituel chansonnier, le savant chanoine de Bast et un autre chanoine, De Graeve, bien connu par sa Hépublique des Champs Elgsées , sorte de mystification involontaire dont l’auteur fut la première dupe (*). Tous ces hommes d’aptitudes et de goûts si divers vivaient en parfaite harmonie, voués qu’ils étaient tous au culte des choses de l’esprit ; les uns sacrifiaient aux Muses et aux Grâces, les autres se livraient à des études sérieuses ; Lesbroussart se mêlait à tous et prêtait au besoin sa plume

te baron de Stassart , dans l'Annuaire précité, p. 412-113'.

i * ) A l'exemple de Molière, de Boursault, de Picard, il était h la fois auteur et acteur (Quetelet, Notice sur Ph. lesbroussart, dans l'Annuaire précité, p. 201).

(*) Fanny Seymour, 3 vol. in-42.

{•) Quetelet, p. 202. — La Hépublique des Champs Elysées, renouvelée des rêves de Goropius Becanus, a été écrite pour prouver que la scene de l'Odyssée se passe en Belgique. Vlissingen ou Ulissingen est la ville d'Ulysse ; Minerve aux yeux bleus est évidemment une Flamande; les trois gueules de Cerbère sont les tria ostia Rheni; la Hollande a donné son nom à l'Hellesponl ; le Brabant est la Propontide, etc., etc.

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à des confrères plus érudits qu’habiles à tourner la phrase. On avait recours à lui dans toutes sortes de circonstances : c’est ainsi qu’à l’occasion d’une cérémonie publique, il se chargea de faire, à lui seul, tous les discours qui devaient y être prononcés (*).

Lesbroussart versifiait avec la plus grande facilité : on peut dire qu'il rima dès qu'il sut tenir une plume. On cite de lui une pièce de vers sur la mort de Marie- Antoinette, publiée dans les journaux en 1 794 : il n’avait alors que treize ans. Il ne songeait guère, du reste, à mettre au jour ses élucubrations ; indulgent envers les autres, il était pour luimême d’une sévérité excessive: il attachait si peu de prix à ses poésies légères, qu’il n’en gardait pas copie. lise décida pourtant , en 1810, à prendre part au concours de poésie ouvert par la Société des Catherinistes d’Alost : son poème des Belges fut couronné et lui valut dans tout le pays d’unanimes applaudissements (*). Cette œuvre remarquable, la plus importante peut-être de Lesbroussart, comprend à la fois une description de la Belgique , une brillante revue de ses annales et un tableau des progrès des sciences, des lettres, des arts, du commerce et de l’industrie dans notre pays Ce plan était en quelque sorte imposé aux concurrents ; le principal mérite du lauréat devait donc consister dans l'exécution. Or, Lesbroussart possédait la langue française comme l’un des Quarante : familier avec les grands maitres du style, il avait surpris tous leurs secrets; son oreille délicate ne pouvait souffrir la moindre discordance ; la tournure la plus heureuse, la plus harmonieuse se présentait à lui naturellement , et celle élégance innée, ce purisme sans effort n’enlevaient à sa phrase ni la fermeté ni la dignité. L'influence de Deiiile se fait sentir dans ses compositions du genre

( 1 ! Excellent moyen d’éviter les redites, ajoute M. Quetelet ; de plus, on pouvait être sùr que les orateurs ne se contrediraient pas les uns les autres.

(*) François de Neufchàteau, juge du concours, après avoir consulté quelques-uns de ses confrères de l’Académie française, déclara qu’il n’y avait qu’une voix pour adjuger

descriptif ; cependant il savait trouver de mâles accents, lorsque sa fibre patriotique était touchée. Le poème des Belges présente les plus saisissants contrastes et atteste à la fois la flexibilité du talent de l’auteur , l'élévation et la générosité de ses sentiments. Le facil indignalio versum pourrait s’appliquer à son tableau du règne de Philippe il; en revanche , il ne comprit pas Artevelde. A cette époque, nos annales n’avaient guère encore fait l'objet d’une étude sérieuse ; d’incroyables préjugés régnaient au sujet des séditions communales du moyen-âge, et tout en reconnaissant à la nation belge un caractère et des aspirations sui generis , on en était venu, à la suite des révolutions, et peut-être Lesbroussart tout le premier, à considérer son existence indépendante à peu près comme un rêve irréalisable (*). Si Lesbroussart prévoit de meilleurs jours, c’est en pressentant une renaissance des lettres et des arts; son idéal dans le passé , c'est le règne d’Albert et d’Isabelle. Happelercerôgne, c’est immédiatement évoquer les souvenirs glorieux de l'fccole flamande de peinture des Itubens, des Van Dyck, des JordaensetdesTéniers Par parenthèse, Lesbroussart s’est plu à réhabiliter le peintre des kermesses flamandes, et la postérité lui a donné raison. Nous suivrons l'exemple de M. Quetelet, en citant les vers pleins de grâce et de fraicheur que les charmants tableaux de l’artiste méconnu par Louis XIV (*) ont inspirés à l’auteur des Belges :

One j'aime de Téniors le* peinturai champêtres !

LA. co sont de» buveurs accroupis sous de* hêtre*; Le plaisir est empreint snr leur front bourgeonné : D'un cêté celui-ci, sur U ta! le incliné.

Suivant du coin -le l’ail U lA-.ère fumée (.m'exhale dans te* airs ss pipe bien-aiméo;

Cclui-U, savourant *a doutée volupté.

Sou verre devant lui, « belle A *00 cAté,

Et l'entourant d’on bra«, soi' sa fraîche maltreaMi Fixe des yeux brillants de vin et de tendra*.«e ;

Plus loin, sous cet ormeau tourne un cervlo joyeux,

te prix à Lesbroussart. Un second prix fut décerné à M. Lemayeur, et un accessit à M. Benau. de Gand.

(*) V. Quetelet, p. 238.

(*) « Qu’on enluve ces magots! • s'écria le grand roi lorsqu'on lui présenta des tableaux de Téniers,

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Qui, b'agilanl on nom il’uo tourbillon poudreux,

A la frnnrho galtA «nrrilinot U frrâi-e,

Du terrain iiir «ex pan fait trembler la nurfarc ; Tsnili, ijuc du snmiuut d’un (norme tonneau.

Un rustique omphion, le rhurnie du hameau,

Pour guider les élans de la foule bruyante.

Joint son urehet eriard a sa voix glapissante.

Le seigneur du eanton, dans son fauteuil A liras Gravement étendu, présidé A leurs ébats.

Mais que font dans oo coin cos quatre solitaires?

Ce sont de vieux fermiers, cnlrei hoqosnt leur» verras; Leur repari! est humide : un heureux vermillon De «es vives eouleurs enlumine leur front ;

Ils parlent : je erois presque entendre leur langage ; Le rire épanoui sur leur large visage Par son aspect joyeux excite mu natté,

Et je souiis moi-méme A leur félit ite.

Le poème des Helyes renferme , dans un genre plus élevé, des beautés de premier ordre. On l’a mis en parallèle avec l’œuvre célèbre de Ilelraers : De Hollandsche initie; cependant il faut reconnaître dans celle-ci plus d’éclat et de vigueur. Lesbroussarl , ne l'oublions pas, écrivait a une époque où la littérature française ne se distinguait pas précisément partes qualités. — En 1M2, la rhétorique du Lycée de Gand lui fut conGée. Il ne l’occupa qu’une année : des avantages considérables le déterminèrent à entreprendre , en 1815, avec un jeune homme dont il dirigeait l’éducation , un voyage dans les contrées méridionales de l'Europe.

Il venait de se marier ( ' ) : le moment du départ fut pénible ; mais il se dédommagea de l’éloignement par une active correspondance. Si Lesbroussart avait les lumières et le cœur d’un Mentor, ajoute son biographe, ii n’en avait, ce semble, pas toujours la prudence : c’est ainsi qu’à Lausanne il provoqua en duel un officier suisse, qui l’avait traité avec brusquerie. Le combat eut lieu à l’épée , bien que notre voyageur fût myope au plus haut degré:

l’officier eut le bras traversé, puis on reprit tranquillement le chemin de la

(*)Avec Mm* V* Giron, née Devvaele.

Lesbroussarl devint ainsi le beau-père de M. Au#. Giron, qui s'esl fail également un nom dans les lettres (Quelelet, p. 204).

(*} Quelelel, p. 205. — Lesbroussarl laissa des traces de son excursion dans les Alpes. A Ghamounix, il inscrivit, sur un registre dVitel, à propos des faiseurs d'enthousiasme a froid, une boutade qui a été recueillie dans l'IIermite de la Guyane (t. 11) el reproduite, avec quelques corrections, dans le volume de poésies publié en 1827. A Genève,

ville , ainsi que la conversation un moment interrompue (*) Après un séjour d’environ deux ans en France, en Savoie et en Suisse, Lcsbroussart dut rentrera Gaud sans avoir visité l’Italie : son élève venait d’être désigné pour faire partie de la garde d’honneur. Les événements se précipitèrent : l’empire de Napoléon s’écroula dans nos plaines.

Pendant qu’on saluait avec transport le retour de la paix, la Société des beauxarts de Garni mit au concours une cantate sur lu bataille de Waterloo. Lesbroussarl conquit une nouvelle palme ; cependant ce second triomphe eut moins d’éclat que le premier. « La pièce couronnée, remarquable comme œuvre littéraire, laissait à désirer peut-être sous le rapport lyrique : les opinions d'ailleurs étaient encore fort partagées , môme parmi les belges, sur l’événement politique, objet du concours » (*)

Lesbroussarl ne rentra dans l’enseignement quYn 1817, comme professeur de poésie à l’Athénée royal de Bruxelles; son père étant venu à mourir en 1818 , il lui succéda en rhétorique, et occupa celle chaire jusqu’en 18ô0. Ses connaissances étendues , sa mémoire littéraire vraiment prodigieuse, ses qualités personnelles , surtout sa bonté proverbiale et l'affection qu'il portait aux jeunes gens lui assurèrent un succès complet , résultat d’autant plus remarquable que « le professeur, par suite de son extrême myopie, était à peu près dans l’impossibilité de voir ce qui se passait dans sa classe, et devait maintes fois s’en rapporter aux bons sentiments de ses élèves » (*).

La création du royaume des Pays- Bas avait étéaccueillie par Lcsbroussart avec enthousiasme : « A ses yeux , les

il fil imprimer une réponse à l’écrit de Chateaubriand intitulé : De Bonaparte el des Bourbons.

(*; Quetelet, p. 207. — La cantate de 1815 n'a pas été comprise par l'auteur dans ses œuvres littéraires : il la regardait sans doute comme une simple œuvre de circonstance, el il est permis d’admettre aussi que scs idées se modifièrent plus tard. La Pin du poème des Belyes est également un peu trop empreinte de la couleur de l'époque (Ibid.).

V4) Ibid., p. 208.

anciennes formes républicaines et les libertés communales, dont nos voisins du nord avaient mieux que nous conservé les traditions, allaient faire revivre notre histoire nationale et y ajouter quelques pages glorieuses. » Il voulut témoigner ses sympathies au gouvernement. en prenant part a la rédaction du journal ofliciel et en composant, en I8I(>, à l’occasion du mariagedu prince d'Orange avec la grande duchesse de llussie, un opéra-comique intitulé le Fermier belge (’), qui fut représenté au théâtre du Parc. Ses généreuses illusions furent de courte durée. Le salon de Lcsbroussart était le rendez-vous des exilés français et de tout ce que Bruxelles renfermait de gens de lettres : I à se rencontraient Arnauld, Bory de St- Yineent , Cauchois - Lemaire , Tissot , Pocholle, Juilian, Baron, de Potier, Vautier, de Beifl'enberg (*), Baoul, etc On y parlait littérature et beaux-ails; insensiblement on y parla politique.

Les tendances du roi Guillaume commençaient à se manifester: â la paisible Société de littérature de Bruxelles avait succédé la Concordiu , instituée pour faire perdre du terrain à la langue fran-

( •) Musique «le M. Mecs.

{ * ) C’est avec ces deux derniers que Lcsliroussart fonda, en 1817, le Mercure belge. — Un article de Raoul contre une tragédie nouvelle d’Arnauld donna lieu a une polémique assez vive que les deux collaborateurs s’empressèrent d’éteindre : le Mercure vécut alors paisiblement pendant plusieurs années. Lesbroussart y publia surtout des analyses littéraires. — V. la notice de M. Quetelel sur Raoul, dans l 'Annuaire de l'Académie de lira .relie* , année 1849.

(*) Lesbroussart eu faisait partie : quand arriva son tour de porter la parole , il trancha la ditllcullé en prononçant un discours Imw sur la lutte des classiques cl des romantiques. — Quclelcl, p. 209.

(*) Ainsi nommée a cause du nombre de ses membres , qui étaient MM llaron.de Doneker, L. de Potier, Drapiez, L. Gruycr, L. Jottrand , Lesbroussart, Odevaerc , Quelelet , Kd. Smils, Tiolemaus et S. Van de Weyer.

(“) L'auteur de l’article, qui s’était fait connaître, fut seul condamné k 6 mois d'emprisonnement et 800 fr. d’amende.

(*) V. l'art. Baron et lu notice de M. Quételet sur Lesbroussart, p. 210 el suiv.

çaise au profit du flamand ou plutôt du hollandais (J). Une sourde opposition se formait: la Société de» Douze (*), fondée en apparence dans un but littéraire et point de mire des attaques de la presse gouvernementale, à cause de l’obscurité même dont elle s’entourait, n’y était probablement pas étrangère.

Lesbroussart fut un instant suspect.

Il prenait part à la rédaction du Courrier des Pays-lias; un article de cette feuille, intitulé Fond de valise , fut incriminé.

On constata qu’il en avait revu les épreuves; on y trouva meme quelques corrections de sa main : bref, il fut appréhendé par la gendarmerie et jeté en prison, où il resta un mois, jusqu’à son acquittement (*). Le gouvernement ne fut pas fâché de lui témoigner, quelques temps après, que cet incident ne lui avait pas fait perdre sa confiance : Lesbroussart fut nommé professeur d’histoire générale au Musée de Bruxelles (*). Il se laissa faire et ne montra pas de rancune; en 1850, on le vit un des premiers se mêlera la foule insurgée, non pour exciter les passions, mais pour maintenir l’ordre public (’). Cependant il appartenait de tout cœur au parti révolutionnaire. La

Son altitude est expliquée dans une note rédigée par lui-mêmo pour M. Juste, auteur d’une notice sur la vie de Lesbroussart (Album national, 1845 : « Après l'incendie de I hôtel Van Maanen, Pli. Lesbroussart fut du nombre des six ou sept personnes qui, dans la matinée du lendemain, se rendirent près de la Régence , à l'eltct de proposer la formation d'une garde urbaine pour la protection des personnes el des propriétés. Ge corps ayant été immédiatement organisé et armé , Ph. Lesbroussart , accompagné de quelques citoyens doinchés d'une patrouille commandée par le général Plelinckx , fut assez heureux pour négocier, avec l’odlcier commandant la caserne des Annnnciadcs, l’évacuation de ce local par la troupe et sa remise à la bourgeoisie. Il eut également le bonheur de faire cesser les hostilités qui commençaient à s'engager sur le Grand- Sablon, après quelques instants de conférence avec le major sous les ordres duquel était placé le détachement qui occupait ce point. Nommé membre du Conseil de In garde urbaine. Lesbroussart prit part, en celle qualité, â toutes les délibérations qui eurent lieu à l'hôtel-de-villc, el fut du nombre de ceux qui se rendirent au palais du prince

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faiblesse de sa vue ne l'empêcha même pas de circuler armé dans Bruxelles pendant les journées de septembre.au risque de se trouver en présence d’adversaires qu’il ne distinguait pas: c'est ainsi qu’il faillit être tué à l’entrée de la rue Notre- Dame-aux-Neiges (').

Le gouvernement provisoire, voulant récompenser son zèle, le nomma, dès le mois d’octobre f 850 .administrateurgénéral de l’instruction publique. Il remplit ces hautes fonctions jusqo’en 1855, date de sa nomination à l’Université de Liège. Le lendemain de la révolution, il se trouva en présence de difficultés de toute sorte : on demandait à grands cris la réouverture des Universités, dont les cours n’avaient pu recommencer, comme d’habitude, vers la fin de septembre. Le gouvernement ne put donner suite aux réclamations que vers la fin de l’année; les trois U niversilés de l’Etat furent maintenues par un premier arrêté du 12 octobre, et provisoirement réorganisées par un second arrêté du 16 décembre. Des mesures définitives ne pouvaient être prises, dans l’opinion des hommes du pouvoir, qu’en présence d’un concours de circonstances qui ne se présenterait que plus tard, et d’autre part une interruption plus longue pourrait devenir préjudiciable aux intérêts de la

d'Orange lorsque celui-ci , par une détermination honorable pour son caractère, mais infructueuse dans ses résultats , fut entré à Bruxelles avec ses aides de camp. Le 31 septembre, la garde se trouvant a peu près dissoute, par suite d'incidents assez connus , il se rendit avec M. l'avocat Plaisant, depuis administrateur de la sûreté publique , dans le üainaul, d'où ils revinrent, le 34, avec une assez forte compagnie de braves villageois des communes do Fayt, Lahulre et Morlanwelz, à laquelle se joignirent sur la roule des volontaires de Charleroy. Pendant les deux dernières journées de la lutte dont la capitale était devenue le tbéûtre, il se trouvait auprès de don Juan van Haien,qui l'avait, dès ce moment , attaché k son étatmajor, et dont le quartier-général était alors établi à l'hôtel de Chimay , d'où il fut, dans la soirée du 35, transféré k l’hôtel de Tirleraont. Les seules personnes qui, pendant la nuit suivante, se trouvèrent auprès du général, étaient MM. Michaux (de Limbourg) ,

jeunesse : on se contentait doue de pourvoir au plus pressé. Mais l’arrêté du 16 décembre alla plus loin, en supprimant d’un trait de plume cinq Facultés : à Gand, la philosophie et les sciences ; à Louvain, le droit et les sciences ; à Liège, la philosophie. Sur les vives réclamations de la Régence et des habitants de Louvain, la Faculté de droit fut rétablie en cette ville, mais avec un personnel insuffisant ('). U’esl alors, comme nous l'avons dit ailleurs, que des Facultés libres s’établirent dans les Universités mutilées. Il s’ensuivit des complications et des embarras. Etranger aux mesures décrétées par l’autorité, Lesbroussart ne devait pas moins en être l’exécuteur : l'opinion publique lui sut mauvais gré de son intervention.

Les professeurs des Facultés supprimées se trouvaient tout d’un coup sans emploi , et parmi eux se trouvaient quelques amis de l’administraleur-général, entr’autres Raoul. On disait de Lesbroussart « qu'il administrait l’instruction publique comme on administre un malade ; on se plaignait partout de la décadence des études et des rigueurs officielles; cependant, quand à ce dernier point, on sait aujourd'hui qu’il fit tout le possible en laveur des professeurs lésés. Au commencement de 1851, il présenta au gouvernement

Pulmaerl aîné et Ph. Lesbroussart. Après le départ des Hollandais , ce dernier assista, pendant quelques semaines , avec voix simplement consultative , aux séances du gouvernement provisoire, qui le nomma , conjointement avec MM. Nicolay et Vautier, membre de la Commission d'enseignement, et plus tard administrateur-général de l'instruction publique. >

{') «Cet excellent homme, qui n'a jamais fait le moindre mal à personne , qui n'en a pas même eu la pensée, avait parfois, comme tant d'autres , la manie de paraître terrible. Ainsi, pendant les premiers jours de la révolution , il avait laissé croître sa barbe et traînait un grand sabre. Quis generum ineuitt huic glati io alligavit ? disait Cicéron, en voyant son geudre dans le même appareil belliqueux. > (Quetelet, p. 315;.

( * ) Etat de l'instruction supérieure en Belgique 'Rapport de M. Nothombi, Bruxelles, 1844, in-8°, 1. 1, p. CIV.

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un rapport général sur la situation ; le 45 juin, il fut chargé de rédiger un projet de loi organique. Le 50 août, le ministre de l'intérieur ad intérim Teichmann, nomma une Commission (' ) chargée de discuter ce projet, qui fut achevé le 20 septembre suivant. Lesbroussart demandait une Université unique , dont les Facultés auraient été disséminées dans le pays : la Faculté des lettres à Louvain, celle des sciences à Liège, celle de droit à Gand et celle de médecine à Bruxelles. A ces deux dernières auraient été annexées des sections préparatoires (lettres et sciences). L'établissement d’une Ecole militaire dans une localité ù déterminer, d’une Ecole de navigation â Anvers ou ù Ostende, d'une Ecole des mines à Narnur, d’une Ecole des arts et métiers à Liège ou à Bruxelles, enfin d’une Ecole vétérinaire à Tervueren était en outre prévu par le projet. Quant aux diplômes académiques, ils devaient être délivrés par une Commission centrale, produit de l’élection ('). La Commission se pronouça pour la centralisation de toutes les Facultés dans une seule ville et pour la création d'une Ecole polytechnique; quatre Commissions spéciales, nommées par le Hoi et répondant aux quatre Facultés, auraient eu mission, selon elle, de délivrer les diplômes académiques. Elle réclamait en outre l'institution d’un Conseil général de perfectionnement. Le gouvernement revut ce projet le 20 mars 1852, mais ne crut pas devoir le soumettre à la législature. Le projet qui fut présenté aux Chambres le 51 juillet 1851, et discuté l’année suivante pour aboutir à la loi du 27 septembre 1855, est l'œuvre d’une seconde Commission, nommée le 18 novembre 1855. Lesbroussart ne donna signe de vie, dans la dernière période de son administration, que par ses rapports sur l’instruction publique, qui témoignent d’ailleurs des vues élevées et du zèle de cet honorable fonctionnaire.

Quand la réorganisation fut un fait accompli, il résolut de redevenir professeur, au prix d’un grand sacrifice pécu-

(‘ ) V. l'art. J.-C.-J. Ernst.

(*) Nothumb, p. CXIV etCXLII.

niaire : la chaire de littérature française de rUuiversité de Liège lui fut confiée, et ce fut une bonne fortune pour la jeunesse. Il joignit à son cours principal un cours d’histoire littéraire comparée, qui a laissé des souvenirs. Il était aussi versé dans la connaissance de la plupart des langues modernes de l’Europe que dans les langues anciennes; il puisait partout â son gré , sans dépendre des traductions imprimées, ce qui donnait à son enseignement l’attrait piquant de la nouveauté , bien qu'il eût soin de proportionner ses leçons de manière â mettre surtout en relief les chefsd’œuvre les plus connus. Son cours de littérature française était remarquable par la délicatesse des analyses et par le choix heureux des rapprochements; en outre, le charme de sa diction suspendait les auditeurs à ses lèvres. Nous empruntons à M. Quetelet le portrait suivant, qui est d’une ressemblance frappante : « Ph. Lesbroussart n’avait rien qui annonçât son mérite, rien qui fixât l’attention ; il était maigre et de taille moyenne ; son regard distrait (’) manquait en outre d'expression, par suite de son extrême myopie ; ses cheveux blonds étaient clair-semés, et ses joues sillonnées de rides présentaient, avant l’âge, la plupart des caractères de la vieillesse. Sans avoir rien d’embarrassé, sa tenue était simple et modeste, surtout quand il gardait le silence ; mais dès qu'il parlait , sa physionomie , habituellement grave et pâle, s'animait d’un sourire de bienveillance, sa voix vibrait d’une manière sympathique, et ses phrases, d’une pureté irréprochable, se déroulaient sans efTort, toujours pleines et élégantes, nettes et précises: on eût pu les imprimer sans avoir un mot à y changer. »

Il a été fait allusion plus haut à ses dispositions bienveillantes : elles se révélèrent dans sa jeunesse, alors surtout qu'il faisait partie du Comité des théâtres royaux de Bruxelles. « Il n’y avait pas de si mauvaise pièce où il ne trouvât des scènes à faire valoir, des vers â citer avec éloge. A l’en croire, tous les ouvrages

( * ) Les distractions de Lesbroussart ont été proverbiales ù Liège.

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qu’on représentait étaient excellents ou tout au moins admissibles. Philinlc ne montre pas plus d'indulgence dans son appréciation du sonnet d’Orontc < ' ). » .Mais c’est surtout dans les jurys d'examen que Lesbroussart se trouvait soumis à de rudes épreuves : « en voyant lés embarras et les angoisses des récipiendaires, il oubliait à tout instant son rôle d'examinateur, et, soufflant officieusement le> réponses, il faisait sourire l'auditoire et compromettait parfois la gravité du jury (*) ». A Liège, lorsqu’il devint président du (’.omité de rédaction de la Rerue belge (i), il se montra également d’une indulgence excessive envers les jeunes écrivains qui lui soumettaient leurs essais : disposition louable en un sens, mais parfois dangereuse. Il faut cependant dire qu’en général il a exercé une influence favorable sur la jeunesse. Ses encouragements ne devaient être pris au sérieux qu’ft moitié ; mais on avait Uni par savoir il quoi s’en tenir. En revanche, avait-on besoin d’un bon conseil, on était sûr, en s’adressant à lui, d’en recevoir deux pour un, et des plus utiles. Quant à lui-même, nous avons dit qu'il ne se contentait pas aisément ; ajoutons que sa modestie naturelle l'empêchait deviser à la célébrité.

La plupart de ses écrits ne furent popularisés que par extraits qu’on lui empruntait pour en enrichir des revues

( ‘ ) Quelclel, p. 2 13.

(*j bans une séance présidée par M.

l'abbé de Ram, Lesbroussart se livrait aux élans de sa bienveillance habituelle. Celte fois, te récipiendaire était du dernier médiocre. On venait de lui demander le nom du vainqueur des Sarrasins à la bataille de Poitiers : après avoir erré dans toute la salle, ses regards inquiets s’étaient arrêtés sur Lesbroussart; celui-ci, en regardant une prise qu'il froissait entre ses doigts, murmura le nom de Charles Martel ; te récipiendaire aussitôt de répéter : Charles Martel, et l'auditoire de sourire. Une seconde question demandait le nom du chef des Sarrasins. Lesbroussart, interrogé du regard, prononça encore à demi-voix le nom d’Abdérame :

c l'abbé de Ram ! » répondit vivement le récipiendaire. Pour le coup , l'Inlarité fut à son comble ; Lesbroussart lui-mème ne put s'empêcher d'y prendre part » (Quetelel, p. 214;.

littéraires ( * ). Si l’un de sesamis n’avait pas eu soin de garder copie de ses poésies , le recueil qui en fut publié en 1827 n’aurait jamais vu le jour ; et encore eut-on toute la peine du monde à lui arracher l’autorisation de le mettre sous presse : il supprima tout ce qu’il put supprimer, si bien qu'il ne resta qu’un assez mince in-18. Il a été question plus haut du poème des Belges :

l'Art de conter ne mérite pas moins de vivre. Lesbroussart était un charmant causeur : il savait par expérience comment on intéresse un cercle , comment on soutient l’attention; il avait du sel attique et même me pointe de malice, avec toute sa bonhomie; ses anecdotes étaient toujours de bon goût et venaient à propos, bien qu’il ne fit jamais d’allusion directe à des personnes. Jamais il ne blessa qui que ce soit ; jamais il ne médit des absents. Avec ccs dispositions , Lesbroussart était on ne peut plus compétent pour tracer les préceptes de cet art qu’il est si difficile de pratiquer sans être ennuyeux. Ces préceptes forment la seconde partie de son poème : la première est une sorte d’histoire de la conversation, parsemée de traits ingénieux. O» entre agréablement au cœur du sujet :

Min lit «oit le bourrunn ilont U loquacité

Depuis une heure, su uioius, m'enchaîne à son rfttê I

A-t-il asser >le fuis, brisant ma patience.

Aux voisins fatigues couiini.inlù le silence.

(*) La Revue belge était, comme ou sait, l'organe de la Société pour [encouragement de lu littérature nationale. Celle Société devait avoir des Comités dans toutes les villes importâmes du royaume : celui de Liège a seul existé. Il a été présidé parM. Polain jusqu'après la publication du t. XIII tv. le Rapport du secrétairo-général, 1. 1, p. 336 et la séance du lor décembre 1839, t. XIII, p, 384). Les premiers collaborateurs de la Revue ont été MM. Polain, Weuslenraad, Uorgnet, Ch. Fnider, de Decker, van Hulsl, Godet, Demarteau, Visschers, Bovy, F. Lebrun, J. Lehcau, Ducpétiaux, L. Labarrc, dcSt-Genois et Grandgagnage. Lesbroussart n'y écrivit qu'b partir de 1838: sa collaboration ne fut jamais très-aclivfc ; mais il présida le Comité après la retraite volontaire des fondateurs. La Revue belge a vécu jusqu eu I8i4 (v. l'avis inséré t. XXV, p. 307, et tes art. Polais et van Hulst).

( * ) Uuetelet, p. 222.

LES

Répété quû té fait est ili^ne de «Téilit* hirtilté uontte A ptotiUo on étnrnpl révit, ltro.té vhuque «téunl, voimnuiité vlmquA pbr^c.

Et pren.tnt booneiutiiit mon «Mintii |K>tir oxt«**,

Qaaii'l de son Ion* •IL«vonr« j'ontrCTOyHi? té té»ut. Ramone ce refrnin : » Monsieur, ce n'e«t pa> tout f •

Quel contraste avec le conteur aimable et spirituel,

Toujotir* au naturel iini««nt 1* fino.se.

Enjoué, gracieux, élégant, léger, sachant

Vnler <|<i«l-|ues instaols aux longueurs do la vie |

On ne soit pn» ses unis se traîner pesamment, ll'uii cerveau ténébreux nenilite euientement ;

On ne voit pas non plus d’une fausse élegaiwo Sa plira.e srun'trtque étaler l’apparence ;

Bien u’y visu A l'elfet, rien n’y trebit l’eirort ;

Il ce*»o do parler, clmeon écoule encor.

Kl [wirtout le plaisir, • mpreint sur les visages, lies auditeurs >. burine. proclama les suffrages.

On doit à Lesbroussarl quelques satires: le Manuel <lu vrai royaliste, l’.t/uyistonomie ou ['art de déraisonner par écrit et VE pitre à S. M. .Xkdola /, roi des P u ris. « Celte dernière pièce fut écrite à l'occasion de l’arrivée à Bruxelles du chef d’une tribu sauvage du Brésil et de sa femme, amenés en Europe par le prince Maximilien de Neuwied. Notre poète saisit habilement eette circonstance pour endoctriner le chef étranger et le mettre au courant de la politique d’alors: c’était vers 1820 ('). » Nous regrettons de ne pouvoir reproduire les beaux vers cités par M. Quetelet ; l’auteur s’y montre dans son vrai jour, passionné pour la justice et la liberté, adversaire décidé de. toutes les tyrannies et de toutes les bassesses. Lesbroussarl savait prendre, quand il le voulait, le ton de la plus haute poésie: témoins le Itéré du tyran, le Spartiate mourant et les Malheurs de la Grèce. Il a aussi composé quelques jolies fables et des épigrammes , quelques ouvrages en prose, notamment Everard t’Serclaes, chronique brabançonne, publiée à Liège, enfin un grand nombre d’articles de toute sorte, dispersés dans différentes revues littéraires et exposés à tomber dans l’oubli, si quelque pieux ami de l’insouciant écrivain ne se décide à les exhumer. Nous attendons avec impatience la publication de VEtude sur Leshroussart annoncée par M. L. Alvin :

nul n’est plus capable d’apprécier di-

(*) Quetelet, p. 234.

gnement le poète; nul ne signalera avec plus d’exactitude celles de ses productions qui méritent d’être conservées.

Lesbroussarl était décoré de la Croix de. fer; le U décembre 1838, il fut nommé chevalier de l’ordre de Léopold.

La même année, il devint membre titulaire de l'Académie royale de Belgique, un peu malgré le règlement, la poésie notant point comprise dans le cercle des travaux de la Compagnie. En 1840- 1841, il exerça les fonctions de recteur de l’Université de Liège. En 1848, ayant droit à l’éméritat.il sollicita et obtint sa retraite , puis se retira dans la capitale où il vécut en famille , ne voyant qu’un petit nombre d’amis qu’il entretenait de ses souvenirs. Il avait perdu de bonne heure l’usage d’un œil : sa cécité presque complète l’empêcha de s’occuper activement des travaux de l’Académie ; cependant il s’acquitta toujours avec zèle des missions qui lui furent confiées.

Jusqu’au dernier moment, il conserva sa présence d’esprit. « La veille de sa mort, malgré les difficultés qu’il éprouvait à respirer, il prit part ît une conversation sur le caractère et le mérite des écrivains anglais, et, par intervalles, sa pensée se manifestait encore vive et lumineuse, comme les derniers jets d’une flamme près de s’éteindre. Son agonie fut de courte durée. » Il mourut dans les sentiments d’une piété vive :

vers la lin de sa vie , il avait de plus en plus élevé sa pensée vers Dieu et médité sur la destination de l’homme. Il laissa d’unanimes regrets : on ne lui avait point connu d’ennemis.

Nous empruntons la liste de ses ouvrages à la Bibliographie académique.

i. Ouvrages publiés :

1” Fanny Seymour, trad. de l’anglais.

Paris, 1807, 5 vol. in- 12.

2° Les Belges, poème. Alost, 1810, in-8°.

5° Réponse A l’écrit de M. de Chfiteuubriand intitulé : De Bonaparte et des Bourbons. Genève, 1813, in-8°.

4° Collaboration à la Galerie historique des Contemporains. Bruxelles, 181 G et années suiv. , 8 vol. in-8“.

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