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Morren se mit à l’œuvre: le 5 novembre 1858, il put soumettre à l'Académie royale de Bruxelles les plans du nouveau jardin , qui devait contenir une école de botanique divisée par familles, des écoles de plantes médicinales et vénéneuses, de botanique industrielle, de la flore belge, de culture maraîchère et d'agriculture, d’horticulture; un arboretum, un pinicetum et un fructieelum ; des aquaria , des parterres d’acclimatation et d’expériences; entin, des vastes serres. Il ne lui fut pas donné de voir son œuvre achevée; aujourd’hui même, il reste beaucoup ît faire pour répondre â l’idéal conçu par Morren ( 1 ).
De 1838 à 1841, Morren employa ses rares loisirs â voyager et surtout ù visiter les savants étrangers. Il parcourut l’Allemagne, la Hollande, la Suède, l’Italie, la Suisse et la France. Partout il reçut l'accueil le plus flatteur. Il vit à Paris Brongniart, de Jussieu, Gaudichaud, Mirbel et Delessert ; il fut reçu à Lyon par M. Seringe ; â Genève, il fut admis, le 7 septembre 1841, ù consoler M . Alphonse de Candolle, le digne (ils de Pyrame.en deuil de son père depuis deux jours, il se rendait alors en Italie, au Congrès scientifique de Florence, oit il fut traité avec la plus haute distinction. « Le grand-duc de Toscane fit faire les portraits des principaux savants qui se trouvaient alors réunis dans sa capitale, et il choisit, parmi les botanistes, Robert Brown, Link, Tenore et Morren, ce dernier appelé, en cette circonstance, ii représenter la Belgique à côté des représentants illustres de l'Angleterre, de l’Allemagne et de l’Italie ( *). » Les splendeurs de l’art en Italie, au retour la majesté des Alpes, impressionnèrent vivement Morren , qui était doué d’une âme poétique. De retour de Naples et de Rome, il se retira à la campagne et
{ 1 ) Le professeur de botanique de Liège fut mis par le gouvernement en mesure de s'entourer des meilleurs renseignements. Il visita, en 1838, les principaux jardins botaniques de l'Angleterre, de l’Ecosse et de l'Irlande, et porta surtout son attention sur les serres de ces pays, éminemment horticoles. C'est pendant ce voyage qu'il assista au Congrès scientifique de Newcastle, ou il
là, sous l’ombrage d’un vieux châtaignier, il essaya de traduire ses souvenirs dans la langue des Uieux(*): telle est l'origine du volume de poésies qu’il intitula Fleurs éphémères, et qui parut en 1848. Les délassements ne l'empêchaient pas d’étendre le cadre de son enseignement et de ses études; il fut le premier titulaire du cours d'économie rurale et d’agriculture, fondé par le gouvernement à l’Université de Liège, le 25 mars 184-2. il admit le public à ses leçons, et bientôt la réputation de l’agronome égala celle du botaniste.
Les grands propriétaires de la province vinrent l’entendre et n’eurent qu’ù se louerde ses conseils. L’enseignement de Morren, nous l’avons dit, était singulièrement attrayant: il possédait par excellence le talent du vulgarisateur. Ses nouveaux succès lui attirèrent diverses fonctions: le (» avril 1845, il fut nommé membre de la Commission de statistique de la province de Liège; depuis le 1" février 1840. il faisait partie de la Commission provinciale d’agriculture ; non seulement sou mandat lui fut continué le 15 février 1847, mais il ne tarda pas à l’échanger contre celui de membre du Conseil supérieur d'agriculture, siégeant à Bruxelles. Sa plume féconde venait en aide ù sa parole. Insensiblement ses publications prirent un caractère périodique. — Il fonde plusieurs revues spéciales et les soutient concurremment, sans interruption : de 1845 à 1840, il publie les Annales de la Société royale, de botanique et d'agriculture de Gond ; la Belgique horticole (1850) succède dans sa vie d’écrivain à Y Horticulteur belge (1855-1858); le Journal d'agriculture pratique du royaume de Belgique remplace le Cultivateur, qui avait paru en 1857. «Ses notices scientifiques sont assez nombreuses pour former à peu près chaque année un volume ; il fait en
entra en relation avec l.imllcy cl Itobert Brown. Plusieurs mémoires de botanique, publiés par Ch. Morren en Angleterre, datent de la même époque.
t*) Ed. Morren, p. 26.
{ * ) Il avait rimé dès l'âge de 17 ans. On a retrouvé dans ses papiers un recueil de poésies intimes intitulé : Slts loisirs. Plusieurs pièces sont datées de 1824 et de 1828.
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outre insérer régulièrement dans la presse quotidienne des écrits de. littérature, de botanique et d’horticulture qui ont été en partie réunis sous le nom de Palmes et couronnes de F horticulture bcUje. On a peine à comprendre comment des conceptions si variées peuvent se succéder si rapidement. A partir du 3 mars I8V2, il est occupé pendant plusieurs mois, chaque année, par les jurys d’examen universitaires ; on le voit en même temps dans tous les concours, dans toutes les expositions ; il dirige attentivement les travaux d’un jardin botanique nouvellement créé, et il entretient une correspondance extrêmement étendue avec les agronomes, les horticulteurs et les botanistes de l’Kuropc. Son enseignement, il le modifie chaque année pour le maintenir au niveau le plus élevé des sciences. Invité en 1852 et en 1853 par le Cercle artistique et littéraire à donner des conférences publiques à Anvers, il emporte comme orateur le même succès qu’il avait obtenu dans sa chaire professorale...» (').
Une semblable manière de vivre ne saurait manquer d'user avant le temps les ressorts de l’organisation la plus solide. Morreu fut frappé dans la force de l’âge, pour avoir tenu son système nerveux pendant la plus grande partie de sa carrière , dans un état de surexcitation continuelle. Nous l’avons dit plus haut : alors que ses amis ne prévoyaient pas une catastrophe soudaine, il voyait l’heure fatale s'approcher, le mirage s’évanouir (*). Ses facultés intellec-
( 1 ] Ed. Morren, p. 30. — V. le Précurseur d'Anvers du 22 décembre 1832.
{*} Il dut éprouver, dit son fils, la plus immense de toutes les douleurs , une de ses souffrances tellement poignantes , qu’une grande Ame chrétienne trouve seule la force de la supporter, celle de sentir mourir cette partie de son être par laquelle il avait le plus vécu, qui faisait sa gloire, mais aussi, qui tout en mourant ne reste pas moins impérissable. Que de fois ne l'avons-nous pas vu, la tête entre les deux mains, gémir et soupirer, silencieux avertissement que nous, avions peur de comprendre...» (Ed. Morren, p. 31 .
(*) Id., ibid.
(* ) Ch. Morren avait épousé à Bruxelles,
tudlcs étaient restées intactes; la mémoire seule commença peu à peu à le trahir. « Pendant l’année 1853 et surtout en 1 854, sa santé s’altéra de plus en plus; son humeur enjouée, ses allures si cordiales et si ouvertes semblèrent l'abandonner, tandis que des préoccupations vagues et indéterminées s’emparaient de son cœur ; — et puis lotit à coup, le 18 février 1855, le génie de ia mort s’appesantit sur lui ; la veille encore il occupait sa chaire à l’Université, cl personne n’aurait soupçonné, la leçon terminée, que Charles Morren en descendait pour la dernière fois. — Il fallut â la mort plusieurs années pour briser cette riche organisation (*). » M. Ed. Morren, à peine arrivé à la fin de ses études, se trouva mis en demeure, pendant la maladie de son père, de remplir toutes les obligations de chef de famille (*). Il supporta le lourd fardeau avec courage, continua sans que rien y parût la publication des revues périodiques fondées par le pauvre malade, montad’abord pur intérim dans la chaire paternelle, puis, après avoir subi à Gand les épreuves du doctoral spécial, devini titulaire du cours de botanique et comprit dignement les obligations scientifiques que lui imposait son nom <*).
Charles Morren obtint l’émérital le 11 octobre 1858, deux mois avant de succomber.
C’est encore â la notice qu’une main pieuse a consacrée à la mémoire de l'éminent botaniste que nous emprunterons quelques détails sur ses travaux scientifiques. Ch. Morren se fil naturaliste
le 4 juin 1833, M*,e Marie -Henriette-Caroline Yerrassel ; il en eut cinq enfants: M. Ed. Morren est faine d'un frère et de trois sœurs. Mme Morreu ne survécut que peu d'années à son époux, dont elle ne fut pas seulement lu compagne aimante et dévouée, mais le collaborateur assidu : elle contribuait a scs publications par des traductions et par des peintures de fleurs. On lui doit quelques œuvres littéraires, entre autres Emma Neabit ou de i influence des premières impressions cl un Munuel de Cari héraldique , trad. de l'anglais.
( * V. le discours do rentrée prononcé par M. le recteur Lacordaireen 1859.
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sans parti pris, dans le sens le plus large, ne songeant point d'abord à spécialiser ses travaux : les circonstances seules ramenèrent à se préoccuper plus particulièrement du règne végétal. Nous l’avons vu explorer avec succès les domainesde la paléontologie, de la zoologie et de l’anatomie comparée : il n'abandonna jamais complètement ces études ; mais une foissonchoix arrêté, la science des plantesavcc toutes ses ramifications et sesapplications réclama prrsquetout son temps. La physiologie l’intéressait particulièrement ; il s'occupa de recherches micrographiques sur les animaux inférieurs et sur les végétaux les plus obscurs, tels que les algues unicellulaires et en général les hydrophytes ; il observa de part et d’antre les premières manifestations de la vie, cherchant à caractériser la différence des deux règnes et variant a l’infini ses expériences. Sa thèse inaugurale, ses recherches sur les rapports de la lumière avec les végétaux, préludes des Essais sur l'hétérogénie dominante, furent les premiers résultats, et non les moins remarquables, de ce labeur assidu : l’auteur s'attache à y établir, par des faits nombreux, que « le caractère fondamental de la vie végétale, c’est le pouvoir d’organiser la matière inorganique. »
Les Recherches sur la rubéfaction des eaux, entreprises avec la collaboration de M. Aug. Morren et souvent citées dans les traités de physiologie et dans les manuels d’hygiène, se rapportent encore au même ordre de travaux (').
En même temps, notre savant enrichissait l’anatomie végétale de toutes sortes d’observations nouvelles : c’est ainsi qu’il signala dans les Santalaeées, les Phytolacées, les Jasminées et les Bégoniacées un grand nombre d’exemples des moelles discoïdales, qui n’avaient guère été observées que par Grew dans le noyer; les Armais of rntural hislory et surtout les Bulletins de l'Académiede
Bruxelles abondent en notices et en communications intéressantes du même genre (*), notamment sur la mobilité des végétaux, sur la panachure des feuilles, sur l’arrangement régulier des grains verts de chlorophylle, etc. Insensiblement Morren, sous l’influence des idées de Goethe et des doctrines de Cuvier et de Brongniart, s’éleva â des vues d’ensemble, surtout à partir de l’époque où il monta en chaire. Il fut de plus en plus frappé de la nécessité d’observer de près les déviations accidentelles qu’on regarde comme des monstruosités, et il en vint à cette conviction, que des études tératologiques approfondies sont leplussûr moyen que possède la seience de mettre en relief l’invariabilité des grandes lois delà nature. Les monstruositésobéissent à ces lois morphologiques; elles contribuent même par excellence à les révéler : il n’y faut voir que des cas particuliers qu’il est possible de classer en raison des types spécifiques.
La découverte de la fécondation artificielle du Vanillier par Ch. Morren mérite une mention toute particulière.
Les anciennes serres du Jardin botanique de Liège contenaient quelques vieux pieds de Vanilla planifolia qui avaient fleuri plusieurs fois, mais étaient toujours restés stériles. Morren étudia l’organisation de ces fleurs et conçut l’idee d’aider la nature. Le IG février 1836, il eut la satisfaction de voir s’ouvrir la première fleur ; un an après, jour pour jour, elle donnait « le premier fruit de vanille qui eût mûri en Europe » (*). Ce succès fil événement :
plus tard. Ch. Morren fit bâtir une vaste serre pour cultiver en grand ce précieux produit, qu’il sut obtenir dans des conditions parfaites de proportions et d’arome.
Morren ne s’occupait pour ainsi dire qu’accidentellemenl de botanique descriptive ; on ne lui en doit pas moins
t‘j On y trouve surtout des observations sur les Mono*, Trachelomonas, Üiscereu, Euglena , Hœmalococcus et Tessararthera.
— Citons encore un Mémoire sur les Clostéries et l'histoire du genre Aphannomène , petite algued'eau douce voisine des Zygncma,
et qui colore souvent en vert les eaux stagnantes des Flandres (Ed. Morren, p. 38*.
(*) La plupart ont été réunies sous les titres de Etudes, Prémices, Loisirs, Dodoncca , Fuchsia, Lobelia, Clttsia.
(*) Ed. Morren, p. 41.