M LA DOMINATION ANGLAISE
Extrait du BuileUn de V Académie des Inscriptions et Belles 'Lettres
des mois de juillet et août 1870.
Les historiens racontent qu'après la victoire de Bouvines le roi Philippe-Auguste écrivit à l'Université de Paris : « Loue* Dieu, trôs-chers amis, nous sommes sortis vainqueurs de la bataille la plus terrible que nous ayons jamais eue à livrer (1). »
11 y avait alors quatorze ans que les étudiants et les maîtres des écoles de Paris avaient obtenu du roi certains privilèges qui donnaient à leur corporation une existence officielle et authentique. A peine constituée, cette corporation puissante se trouvait associée par la dépêche de Philippe-Auguste à la politique royale et aux intérêts nationaux.
Ces premiers liens» ces liens patriotiques entre l'Université de Paris naissante et le pays déjà fier de la posséder, s'étaient resserrés de siècle en siècle, tant par une communauté naturelle de sentiments que par l'effet des services rendus, lorsque les désastres du règne de Charles VI et la démence de ce prince mirent une partie de la France aux mains des Anglais.
Dans ces douloureuses conjonctures, il n'appartenait pas à TUniversité de retenir l'Etat sur le penchant de sa ruine; elle n'en
(4) Lau'date Deum, carissimi, quianunquam tam gravem afflictum evasimus. Recueil des historiens de France, t. XIX, p. 159.
avait ni la mission, ni le pouvoir. Mais elle parut alors cède? trop facilement au cours des événements politiques. Son attitude résignée ne répon lit pas aux. espérances xles bons .citoyens, et ne fut même pas toujours digne du rôle que l'Ecole de Paris avait joué, depuis la mort de Charles V, dans les affaires de la nation et dans celles de lTglisc.
C'est un tableau assez triste que celui des défaillances, ipêrae excusables, d'unegrande institution qui, après avoir servi, non sans éclat, le pays, se détache de sa cause par faiblesse et par égoïsme. Cependant ces défaillances appartiennent à l'histoire et ne sauraient être couvertes par son silence. C'est le motif qui nous a engagé* à écrire les pages qui suivent dans lesquelles nous essayons de retracer la physionomie et les actes principaux de l'Université de Paris à l'époque de la domination anglaise.
Nous ne parlerons pas des tribulations que l'Université eut à souffrir à la suite de la prise de Paris par le duc de Bourgogne en 1418, ni du massacre et.de la dispersion de ses maîtres les plus illustres, ni de l'exil volontaire de Gerson, ni du pillage des collèges. Nous ne mentionnons ces événements, antérieurs dé quelques mois au triomphe des Anglais, que pour avoir le droit . d'ajouter qu'ils sont la meilleure explication de la contenance réservée, et à certains égards blâmable, que l'Université garda ensuite durant plusieurs années.
Après la mort tragique de Jcan-sans-t'eur à Môntereati, lorsque des conférences étaient sur le point de s'ouvrir dans la ville de. Troyes pour le rétablissement de la paix entre le roi de France, le nouveau duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre, l'Uni versitô de Paris fut invitée par Charles VI à venir prendre part ;> i, .i.Mihôratioii. Pour la représenter, elle désigna sept de ses zjjaiibics les plus notables, maîtres Thomas Lemoine, Jean de Boissy, Jean iManson et Jean Beaupère, tous quatre maîtres èsarts et docteurs en théologie; Guillaume Enurie, maître esarts et bachelier en théologie; Jacques Saquespée, maîtreès-arts et docteur en médecine ; enfin, Pierre Cauchon, le futur évoque de Beau vais, alors simple licencié en décret (f ). Il est à
(4) Du Boulay, Uist. Univ., t, V, p, 3'*3.
présumer que tous ces personnages siégèrent dans les Conseils multipliés qui furent tenus, selon Monsh'elcl (f), dans les derniers jours du rtiuis' de mai, en présente du roi, de la reine et du duc de Bourgogne, et qui préparèrent le traité de Troyes. I/Universite de Paris, en la personne de quelques uns des siens, eut ainsi officiellement sa part de responsabilité dans ce traité funeste qui, au mépriâ des lois de la monarchie, déjouillait le fils de Charles VI et livrait la France à l'ambition anglaise. En' des temps meilleurs, elle eût rallié autour d'elle par d'énergiques protestations tous ceux qui maudissaient un pareil traité, « toutes gew d entendement », comme s'exprime Juvénal des Drsins (2), m qui le rêputolentde nulle valeur et effet » : mais dans ces jours de trouble et d'affliction, décimée par les factieux, aj*ant perdu ses chefs les plus honnêtes et les plus resp clés, épuisée par tant d'épreuves et à demi ruinée, elle ne songea qu'à son propre^ salut, et mit exclusivement ses soins, durant quelques années, ' à sauver les privilèges deux fois séculaires qui étaient la base de sa constitution.
1/influcnce que les avis et les démarches des députés de l'Université ont exercée se reconnaît aisément dans les articles du trailé de Troyes qui garantissent aux bénéfleiers la possession paisible de leurs bénéfices, et aux églises, universités, études' générales et collèges d'étudiants la: jouissance de leurs droits, prérogatives, libertés et franchises (3). Cependant, et si cîaireâ que soient les promesses contenues dans ces articles, peut-être ne furent-elles pas jugées suffisamment explicites; car, \ peu de temps après la conclusion du traité de Troyes, lTJniver-"
(I) Chtoniqm de Monstrélet, éJit. de la Société de l'histoire .de' France, t. III, p. 378 : « Et en aucuns briefs jours ensuivons furent assemblez plusieurs consaulx en la présence du roy, de Ja royne et du duc de Bourgogue, pour avoir advis sur la paix. .. »
(î) Histoire de Charles VI, dans la collect. Mlchaud et Poujoulal, p. 557.
(3) Chronique de Monstrelet, t. III, p. 395 '/Chronique du relfyieux de S 'int-Denys, publ. et trad. pur M. Bellagucl, 1. VI, p. 4*1.
site de Paris envoya dans cette ville deux nouveaux députés, M e Philippe Marescal, procureur de la nation de France, et M" Jean Basset, qui, sous le nom de promoteur, représentait la corporation près le tribunal du conservateur de ses privilèges apostoliques (J>. Dès leur arrivée, Marescal et Basset devaient se mettre en rapport avec ceux de leurs collègues, cnfanls et suppôts comme eux de l'Université, que renfermait alors la capitale de la Champagne ; ils devaient leur rappeler leurs serments d'obéissance et de dévouement filial envers VEcole de Paris, et les conjurer de lui venir en aide dans la circonstance critique où elle se trouvait* Pierre Cauchon commençait à être en crédit singulier auprès du roi d'Angleterre ; aussi les instructions des deux ambassadeurs signalent- elles Pierre Cauchon comme un personnage important, qui peut leur prêter l'appui le plus utile, qui se chargera de parler à Charles VI et qui saura disposer favorablement Henri V,
11 s'agissait de représenter à Charles YI la situation déplorable de l'Université, les cruelles vexations auxquelles, en dépit de ses privilèges^ elle <était en butte, les lourdes charges qu'entrainaît pour ses écoliers et pour ses maîtres le service de jour et de nuit sur les remparts et aux portes de la ville, service qu'on exigeait d'eux avec rigueur, au grand préjudice nonseulement de leur tranquillité, mais de leurs études. Mais à quoi bon ces lamentations? N'avaient-elles pas été mille fois exprimées? Elles n'apprenaient rien de nouveau à Charles VI ; loin dé là, par des édits récents, par de. pressantes recommandations adressées soit aux généraux commandant les troupes, soit au lieutenant de police (2), le malheureux prince avait fait ce qui dépendait de lui pour épargner aux étudiants les tristes effets de l'état de guerre. Ce qui était plus opportun, et ce qui nous pàraH avoir été le véritable objet de la mission confiée à Jean Basset et à Philrppô MarescaU c'était d'amener le roi d'Angleterre à exécujer loyalement les articles du traité de Troyes en
(4;Ot* Boulay, Ui$t. Univ., t. V, pag. $46.
(t) Lotîtes du M jqin 4419, et des t8 et 56 avril «420.
faveur des gradués de l'Université, possesseurs de bônéàces ecclésiastiques, au inscrits, selon l'usage, sur le rôle de présenta» tion, pour être pourvus à la première vacance^ La lettre comme l'esprit du traité voulait que les droits des uns et des autres fussent respectés ; que ceux-ci ne fussent pas troublés dans la perception de leurs revenus, ni ceux-là frustrés dans leurs espétomees, même quand les bénéfices dépendraient de la province de Normandie, la récente conquête des Anglais. L'observation loyale des engagements contractés offrait d'ailleurs d'autant moins d'inconvénients, que les négociateurs de la paix do Troyes n'avaient pas stipulé pour tous les bénéficiera indistinctement» sous quelque bannière qu'ils se fussent enrôlés durant les troubles du. royaume, mais seulement pour ceux qui rempli* raient les clauses du traité, qui feraient serment de s'y sou* mettre, et qui se montreraient sujets fidèles du roi de France, partisans dévoués du duc de Bourgogne, ce qui voulait dire alors, ennemis du dauphin et plutôt Anglais que véritablement Français. Il semblait que le serinent ne dût ôtre exigé que des candidats aux bénéfices; en réalité, s'il faut en croire Thomas Bazin (l) # il fut imposé aussi longtemps que dura la domination anglaise, à tous les écoliers, candidats aux grades dans quelque faculté que ce fut. L'Université se résignai non sans douleur, nous aimtns à le croire, à cette dure condition; elle fit seulement propeser, par l*organe de M e Marescal et de M 6 fiasset| que le serment en question fût prêté entre les mains du recteur, et qu'il pût être prouvé, par un simple certificat déco magifrtrat, dont la signature devait faire foi devant l'autorité supérieure, cl dispenserait de tout autre témoignage.
H est constant, par le témoignage de Thomas Bazin, que ce derdier point fut accordé; quant aux autres, nous ignorons quel fut exactement le résultat de la mission confiée à Marescal et à
(I) Histor. Çaroli. VU, \ib> I, c. 14, 1. 1, p. 36 de l'édit. de M. Quicherat : « Quamdiu Universitas Parisieusis raansit sub ^bedienlia Ànglorum, omnes scholaslici, si ad graduai aliquem in quacumquo facullate promovebanlur, inter alia, in manu rcclorutn Univeisilali^ hujusmodi paeem se servaturos sacramcnlo lirmare adi^cbuulur . .
Basset ; mais quelques semaines plus tard, l'Université envoyait "en députation vers Henri V, deux députés nouveaux, Jean de Ubnesque et Eustache Du Mesnil. Ceux-ci avaient pour instrucr tions de gagner tout d'abord les bonnes grâces du duc de Bourgogne et de. son conseiller, Jean de laSaulx, seigneur de Courtivron ; celles de l'archevêque de Cantorbéry et celles de l'évêqûe d'Amiens. H leur élait aussi recommandé de mettre à profit, dans l'intérêt de l'Université, le crédit de jour en jour croissant de Pierre Cauchon, récompensé depuis peu, par l'évêché de Beauvais, de son dévouement à la cause anglaise. Les points à débattre et à obtenir étaient d'ailleurs les mêmes qui avaient fait l'objet des requêtes précédentes, c'est-à-dire l'exemption du guet et des autres charges militaires en faveur des suppôts de VUniversité, et l'octroi de lettres-patentes, pour garantir aux bénéficiera et aux gradués le complet exercice de leurs droits sur les cures, prébendes et abbayes du royaume, même quand elles seraient situées en Normandie (1).
* Si ces requêtes répétées trahissaient chez leurs auteurs des préoccupations un peu étroiteSj elles n'avaient rien d'excessif ni d'insolite ; et, comme elles ne paraissent pas s'être renouvelées, tout porte à croire qu'elles furent accueillies. Mais l'Université de Paris pouvait déjà pressentir, elle comprit mieux encore
. par la suite que le joug de l'étranger serait pour elle plus lourd 5 supporter que l'autorité paternelle des princes de la maison de France. '
f Au mois de décembre suivant, Henri V faisait soq entrée à Paris, et, comme il advient fréquemment en de telles conjonctures^ un des premiers soins du monarque victorieux fut de convoquer une assemblée cte notables où ne siégèrent que ses partisans, de réclamer des subsides et, comme conclusion, de frapper les habitants d'un impôt extraordinaire déguisé sous la
* (4) Dans notre Index chronologims chartarwn pertinentiutn ad Aiséqtiam Universitatis Parisiensis, n° mclxyi, nous avons publié lfe texte des instructions qui furent données à Jean de Bonesquc cl à Eustache' jpu, tycsnil. '
ferme (Tua échange. OrJre en effet fut donné à chacun de porter à l'hôtel des monnaies une certaine quantité de marcs d'argent proportionnée à sa fortune^ et en échange do laquelle il devait recevoir des espèces monnayées, mais avec perte d'un huitième sur les valeurs métalliques déposées (I). En vain, l'Université,^ voquaût ses vieux privilèges, s'efforça d'échapper à la loi commune ; en vain ses écoliers et ses maitres-portèrent en suppliants leurs réclamations au pied du trône ; Ju vénal des Ursins nous apprend de qu'ils gagnèrent à cette démarche : « Ils furent rebutés, dit-il, par leroy d'Angleterre qui parla hautement à eux;' ils cuidèrent répliquer, mais à la un ils se turent et départirent ; car autrement on en oust logé en prison. Alors aussi falloit-il dissimuler par toutes sortes de personnes, et accorder ce qu'on . demandoit; oti autrement, on les eust tenus assex légèrement pour Armagnacs. » -.'<
Cet échec, non moins douloureux pour sa fierté que funeste, à ses intérêts, ne mit pas On aux sollicitations de l'Université •;' car uh mois ne s'était pas écoulé, qu'elle se décidait à députer de nouveau vers Henri V, alors à Rouen. M* Basset, que devaient accompagner Jean de la Fontaine, maître ès-arts, bachelier en droit canon; Guillaume Guignon, maître ès-arts, bachelier en droit canon et licencié en droit civil ; enfin Pierre Amiot, tnaître. ès-arts et bachelier en droit canon (2). Parmi les affaires qui devaient être humblement recommandées au roi d'Angleterre* nous signalerons le payement des gages de M* Paul de Bonne- . foy, qui enseignait alors la langue hébraïque dans les écoles de Paris. Henri V avait promis en sa faveur une allocation dé 400 fr., sur lesquels 80 seulement avaient été payés et il s'agissait d'obtenir le payement du surplus (3). Nous voyons figurer
(4) Juvénal des Ursins, Hist. de Charles FT, collée t. Michaud et Poujoulal, p. $62; Vallet de Viriville, Uist. de Charles VII, t. I, p. «37.
(2) Index chronologicus, p. 245.
(3) Voyez noire écrit De renseignement de l'hébreu dans V Université de Paris, qui, avant d'être publié à part, avait paru dans la Revue de Sociétés savantes, avrîH863. )
pour h, première fois une autre réclamation ayant peur objet d'assurer aux écoliers et à leurs maîtres la faculté de circuler libre ment dans le royaume, tant par eau que par terre, avec leur 1) a gage et les effets à eux appartenans, sans être assujettis à aucun droit de péage. C'était là un privilège accordé de tout temps aux suppôts de l'Université. et qui ne pouvait guère lui être enlevé ni même contesté en principe, bien qu'il fût exposé, en des jours si troublés, à de fréquentes violations.
- Au mois d'août Hît , tandisque Henri V assiégeait la ville de Dreux, nous trouvons encore la trace d'une députation qui fut envoyée verâ lui pour implorer sa royale protection auprès des évoques et même auprès du Saint-Siège, en faveur des gradués de l'Université, candidats aux bénéfices ecclésiastiques. La collation des bénéfices donnait Heu alors à beaucoup de discussions dans l'Eglise et même dans l'Ecole, par la difficulté de concilier les privilèges des gradués et les droits des collateurs. Les documents recueillis par Du Boulay sont incomplets et ne laissent pas voir clairement ce qui se passa devant Dreux entre léséuvoyés de l'Université. 11 en ressort cependant qu'une dis r cussion s'éleva entre Tévèque de Paris, Jean Courtecuisse» prélat très-mal vu de la faction anglaise, et M* Jean Beaupère, delà Faculté de théologie, dévoué aux intérêts de cette faction. On ne parvint pas à s'entendre, et la députation dut regagner Raris sans avoir conclu à rien, ni rien obtenu. A son retour, elle fut accueillie au cloître des Mathurinspar l'explosion du mécontentement général; et une partie de l'assemblée invita le recteur à sévir contre ceux qui avaient si mal servi les intérêts de la compagnie (1). Peut-être faut-il rattacher à cet incident la retraite de Jean Courtecuisse, qui peu de temps après quitta le siège de Paris pour aller occuper celui de Genève.
L'année suivante, à quelques semaines de distance, moururent Henri V et Charles VI, l'un lô 34 août, l'autre le 21 -octobre 143S*- Aux termes flu traité de Troycs, l'Université de Paris devait rcconnaitre le fils de Henri V, qui, à peine âgé de quelques mois,
(•) Du Boulay, Eist. ffmv., t. Y,.p. 349 et s.
venait d'être proclamé roi do France et d'Angleterre, éôusle nom de Henri YK Trop empressée, pour sa gloire, défaire acte de soumission à ia domination étrangère, elle se hâta de faire partir pour Londres deux de ses maîtres, Jean Beau père, que nous avons déjà vu paraître tout à r heure, et Jean Saquespéc, de la Faculté de médecine. Ils étaient porteurs de lettres de créance près la reine mère et le duc de Glocester» qu'ils avaient mission d'entretenir « d'aucunes choses, disent ces lettres, touchant la seigneurie de notre souVeraiii seigneur Henry, roi de Franco et d^ngleterro, et la paix d'iceux royaumes (i). » Ces démonstrations prématurées de dévouement obtinrent la récompense qu'elles méritaient; et, dès le mois d'août. 4 423, parurent des lettres patentes de Henri VI, qui étaient conçues dans les termes suivants :
a Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et d'Angleterre* au prévost de Paris et & tous noe séneschaulx» baillis* prévosts, vicontes, et autres noz justiciers, officiers et subget, ou à leurs lieutenants, salut. De la partie de nos très chiers et bien amei les recteur, maislrcs et escoliers de notre très chière et très amôe fllle> l'Université de Paris, nous a esté exposé en com plaignant, que en plusieurs pais et lieux de nostre royaume de France, ils sont par vous ou aucuns de vous molestée, troublez ou empeschiez en l'exécution de leurs privilèges, d'ancienneté à culx octroiet, desquelx ilz ont joy notoirement et paisible* ment partant et tel temps qu'il n'est mémoire du contraire» sans lesquelx ilz ne pourraient vaquer ne entendre à leur estude ; lesquelles molestations, troubles et empeschements redondentà leur très grant grief* préjudice et dommages ; requé» ranssor ce notre provision et remède; et pour ce, nous, ces choses considérées, et, avec ce» les gratis et innumérables biens et frais, qui, tant en ampliation, accroissement et deffense de la foy catholique, comme autrement, se sont ensuis et ensuivent do temps en temps, non seulement en notre dit royaume de France, mais généralement en toute christianté, et les granft
(4) Du Doulay, Ufst. Umv., t. V, p. 360 et 361» \
sciences,, labeurs et diligences de notrcdiclc fille et dessupposts d'icclle; les voulans pour ce favoriser, co tant que selon Dieu et raison faire le pouvons, en ensuivant le traie té de la paix final, fetc entre noz très chiers seigneurs, ayeul et père, auxquels Dieu pardoint : par l'advfë de nostre très chicr et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedfort, avons osté et ostons de présent lesdiz troubles et empeschemens, et voulons que lesdiz exposans jouissent de leurs privilèges, selon la forme et teneur de la paix dessus dicte. Si vous mandons, commandons, et expressément enjoignons^ et à chacun de vous, si comme à lui appartendra, que lesdils troubles et empeschements vous osiez, et lesdiz exposants et chacun d'oui* fetes et souffrez joir et user de ceste nostre présente voulenté, sjlon sa forme et teneur, sans les mjlester, traveiller ou empescher ep aucune manière au contraire (1).»
Dans les lettres patentes qu'on vient de lire, Henri VIj roi d'Angleterre, tient le langage qui convient à son rôle ; tout Anglais qu'il soit, il parle on roi de France, parce qu'il porte ce titre, aux termes d'un traité qui subsistera tant qu'il n'aura pas été brisé par la force des armes. Mais quels sentiments de tristesse et quelle humiliation ne devaient pas éprouver les vieux maîtres de l'Université de Paris, chez qui les discordes civiles n'avaient pas étouffé le patriotisme, lorsque,. sous leurs yeux, cette grande écolo, qui s'honorait d'être appelée la fille aînée des rois de France, ne pouvait obtenir là confirmation de ses privilèges que par la grâce d'un duc de Bedford, à la con^ dition de s'entendre appeler la fille aînée d'un roi d'Angleterre !
A partir de 4423, l'Université de Paris cesse, d'envoyer des députations à Henri VI et de lui adresser des requêtes. Etait-ce qu'elle fût satisfaite, ou bien avait-elle la conscience de ne pouvoir rien obtenir désormais? Ce qui n'est que trop constant, c'est que la situation où elle se trouvait n'était rien moins que florissante. Le nombre de ses écoliers avait sensiblement di-
(4; Index chronologiçus, p. 247.
mîhuê, de môme que celui de ses maîtres. Au lïeu de trente cours de médecine qui étaient en pleine activité à Par's, vers le commencement du XIV € siècle, on ne comptait pins que dix à quinze docteurs régents de la Faculté qui donnassent flcslcçons publiques (*>. Les collèges étaient en pleine décadence. Celui de Navarre, un des plus considérables, avait été dévasté, et ses mâttres massacrés ou mis en fuite, lors du sac de ta ville par les Bourguignons en 1448 (2). D'autres collèges, moins importants, étaient, faute de ressources, abandonnés par leurs principaux; et, bien qu'il se trouvât encore des compétiteurs pour se disputer les postes vacants,' le candidat préféré ne trouvait le'plus souvent que la pauvreté et la ruine là où il avait cru découvrir pour lui des moyens assurés d'existence (3).
Celte lamentable situation , qui s'aggravait d'année en année, se continua, sans incidente remarquables, depuis l'avéncment de ttenri YI jusqu'à l'époque où les exploits de la Pucclle d'Orléans ranimèrent tout à coup l'espérance dans le cœur de ceux qui n'avaient pas subi sans une amère douletir l'autorité d'un prince étranger. Cependant cette fois encore, njniversité de Paris, malgré l'exemple du chancelier Gcrson, se montra infidèle à ces traditions de patriotisme qui faisaient naguère son honneur et sa force, A la nouvelle des combats heureux livrés par les Français sous les murs d'Orléans, le pieux chancelier, retiré à Lyon au couvent des Célcstins, avait pris la plume, et dans un écrit, qui peut être considéré comme son testament, car cet écrit est daté du 44 mai 4429 et précéda seulement de quelques semaines la mort de l'auteur, il
0) Voyez sur ce point une note de. notre Index chronologicus, p. 223, n° 3.
(2) Launoy, ttegii Navarrœ gymnasii Historia, Parisiis, 4677, in-4°, p. 4*6.
(3) Du Boulay, ibid., p. 385, cite celle déclaration du procureur de la nation de France : « Die 46 mensis maii 4 429 ongirgavi natlonem Francise... Exposui nationi quod erantplura collcgia nalionis quae quolidie demoliuntur propter defectum mngislronim. » Cf. ibid., p. 350 et 351.
avait défendu Jeanne d'Arc contre les imputations -de sortilège,d'impiété et d'inconduite que la faction anglaise commençait à propager (f). Il avait montré que, combattant pour son roi et pour son pays contre des ennemis acharnés, la cause qu'elle, défendait était juste et sainte; qu'elle n'avait usé ni de fraude, ni de maléfices contraires à la loi de l'Eglise; que Charles VU et son conseil ne s'étaient pas décidés sans de bons motifs- à suivre ses avis ; qu'elle s'était conduite avec prudence dans la guerre, et n'avait jamais témoigné cette présomption ni cette témérité, qui est une manière de tenter Dieu (2); qu'enfin les œuvres qu'elle avait accomplies, quelle qu'en fût l'issue, ne devaient pas être nécessairement attribuées à l'esprit malin, mais plutôt à la puissance divine. Tel était le jugement du chancelier Gerson sur Jjeanne d'Arc. Mais sa vois n'était {dus écoutée dans les écoles qu'il avait dirigées si longtemps. L'Université ne comprit ni le caractère ni la mission de la jeune fille inspirée qui sauvait la France;, elle ne sut même pas rester neutre, et prit parti pour les Anglais avec une ardeur aussi inconsidérée que pusillanime. À peine Jeanne d'Arc fut-elle tombée devant Compiègne au pou* voir des Bourguignons, commandés par Jean de Luxembourg, que l'Université de Paris se h^ta d'écrire à ce dernier et au duc de Bourgogne (3) pour obtenir d'eux que la prisonnière fût remise aux mains de l'inquisiteur de la foi ou de l'évêque de Beau vais, dans le diocèse duquel la capture avait eu lieji.
(1) Cet écrit de Gersoû, publié dans le recueil de ses œuvres, 4106, in-rfol., t. IV* p. 864,. a été produit au procès de réhabilitation <}p la Pucelle d'Orléans, et réimprimé à ce ti^re par Al. Jutes Quicherat, Pr,oçés de Jeww d'Apc, t., III, ç. 298 et s.
(2) Procès de Jeanne <%Arc> p. 301 : « Pie et salubriter potest dé pictate fidei et devolianis suslinerj factum illius Pueliap, ... praescrUi» ex causa finaji quœ JusUssima est, scilicet res.lit,uti<* régis, ad reguum suutn, et perlinacissimorum inimicorum justissima répuisio scu d$bellatio. » Ibid., p. 303 : « Ponderandum est quod haec paella et ei a/lhœrenles militares non dimittuut vias humanae prudent se. . . *
(3i) froçès de Jeanne d'Arc, t. I, p, 8 el s. •
Elle iw cacha pas dans 9cs lettres la doutear qu'elle ressendirait de la. délivrance * de cette frmftie quise dit la pucolle, au moyen de Jaquclle l'honneur do Dieu a été sans mesure offensé, la foi blessée, l'Eglise déshonorée. » S'il faut en croire Du Boulay, ceserait àTl'instigation de l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, quû l'Université aurait fait ces démarches (4), Je crains que, par un sentiment de respect filial, le docte historien ne se soit trop hâté d'amoindrir la part de déplorable initiative qui revient dans cette affaire à la grande école dont l'honneur lui était si cher. En effet, quelques mois s'étant écoulés sans que Jean dé Luxembourg se fût dessaisi de sa captive, on vit J'Universilé de Paris gourmander la tiédeur de l'évoque de Deauvais («); elle s'en prit en quelquç sorte à lui-même de l'ajournement du procès qu'elle croyait urgent d'ouvrir do-
- Tant un tribunal ecclésiastique (3)j elle fit appel à l'autorité :du roi d'Angleterre (4) ; elle le conjura démettre fin à « cette
longue retardation de justice qui devait déplaire £ tout bon chrétien », disait-elle : si bien que ce prince, en délivrant les
- lettres-patentes qui lut étaient demandées (5), se félicita pu-
- bljquement de «déférer Sus vçeu? de sa très-sainte et très- : cbère :fllle, l'Université de Paris, et de dévotement obéir ■ aux docteurs et maîtres de saditp très-gainie et très-chère
fille. *>«
Ces maîtres ès-arts, ces docteurs en théologie çt en droit canon, qui auraient dû ôtrclos défenseurs de Jeanne d'Arc, et qui prenaient les devants pour -la condamner, cédaiçnt sans doute à la pression exercée sur eux par une faction dévouée à
(I) Du Boulay, HisL Univ., t. V, p. 395 : « Universitas, inslisranle M. Pe.lro Cauchon, epjacopo Behaçensi, scripsit ad ducem Burgundiae, ut eam Ecclcsiœ traderct. . . »
(%) Procès de Jeanne d'Arc, t. I, p. '45;
(3) JMd , p. 46 : « Si forsan ia ejus roi prosecutione ycslra pnlernilas diligentiara prcebuisset acriorem, nuuc ia ecclesiaslico judioia causa priufatœ mulieris ageretur. »
(4) Procêjs d$ Jeanne d'Arc, t. ii P* *7*
(5) Ibid., p. 48 et 49.
l'Angleterre ; toutefois il faut reconnaître, non pour les absoudre, mais pour expliquer leur conduite, qu'ils obéissaient aussi à des préjugés et à des ressentiments partagés par la grande majorité de la population de, Paris.
Les Parisiens avaient fait l'expérience du gouvernement des Armagnacs qui formaient le gros du parti de Charles VII. Us se rappelaient les impôts forcés, les exactions et les pillages qu'ils avaient eus à subir, quinze ans auparavant, de la part de maîtres cupides et dissolus; et, quelque odieuse que fût pour eux la domination anglaise, ils se résignaient à la supporter plutôt que de retomber sous le joug de leurs ancien* oppresseurs. Aussi quand les troupes de Charles VII parurent sous les murs de la ville, espérant l'emporter par un vigoureux coup de main, non-seulement la Pucellc ne reçut des habitants aucune aide, ils ne tentèrent en sa faveur aucune diversion, mais ils s'unirent résolument aux Anglais pour la repousser. Durant le combat, ils la traitaient de paillarde et de riôaude(\) ; effrayés des représailles qui auraient pu accompagner sa victoire, ils regardaient sa défaite comme une délivrance pour eux-mêmes; et, s'il faut en croire Monstrelet, ils renouvelèrent le serment de résister jusqu'à la mort au roi Charles, qui les voulait, disaient-ils, tous détruire (2). » Cette animosité et ces terreurs presque unanimes des habitants de Paris furent certainement au nombre des causes qui déterminèrent l'attitude de l'Université. Ses instances réitérées, ses lettres, ses démarches pour décider le duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre à faire juger la Pucclle furent l'écho des ma-
il) Journal d'un bourgeois de Paris y coll. Michaud et Poujoulat, p. 256.
(?) Chronique de Monstrelet, t. IV, p. 35 : « Yceulx Parisiens avoienl une commune voulenté d'eulx défendre, sans y avoir division... Et les dessus diz Parisiens plus que par avant se reconformèrent les ungs avec les autres, prometans que de tout leur puissance ils résisteroienj. jusques à la mort contre iceluy roy Charles qui les vouloit, comme ils disoient, du tout détruire. .. »
lédictiofls que proférait contre l'héroïque jeune flrlle une fwle prévenue et inquiète pour sa propre sécurité.
Lorsque le procès qu'elle avait sollicité avec un zèle aussi bruyant qu'intempestif eut été engagé, l'Université figura clans le tribunal en la personne de quatre de ses anciens recteurs, Denis de Sabevrois, Guillaume Evrard, Pierre Maurice et Thomas de Courcelles, auxquels furent adjoints plusieurs mal» très ès-afls, plusieurs docteurs en théologie ou en décret, entre autres Jean Bcaupère , Jacques de Touraine , Girard Fueillet, Jean de la Fontaine, Nicole Midi, Jean Basset. On possède encore l'état des indemnités qui furent, par l'ordre de Henfi VI, payées à quelques-uns d'entre eux pour leur participation au procès, à raison de vingt sous tournais par jour (I). Deux des juges désignés, Jean Tiphaine, docteur en médecine, et Guillaume de la Chambre, licencié de la môme Faculté, s'étaient d'abord récusés, en prétextant leur profession qui les rendait inhabiles à donner un avis en pareille matière ; mais, nonobstant leurs scrupules, ils se virent contraints de siéger (2)& Parmi les plus acharnés contre Jeanne d'Arc, il faut citer Thomas de Courcelles, qui opina pour qu'elle fût
(4) Voyez dans le Procès de Jeanne (TArc, t. V, p. 497 et s., uu mandat de Thomas Blount, trésorier et gouverneur général des finances du roi en Normandie, adressé à Pierre Sureau, receveur gé? néral, pour qu'il ait à payer à maître Jehan Beau père, Jacques de Thoaraine» Nicole Midi, Pierre Morice, Girard Fueillët, docteurs, et à Thomas de Courcelles, bachelier formé en théologie, la somme de vingt sous tournois chacun, par chaque jour qu'ils affirmeront avoir vaqué au procès de Jeanne d'Arc. Donné à Rouen, le 4" mars 4430. — Quittance de celte somme, le 4 mars 44JO. — Lettres du roi d'An gleterre, accordant à Jean Beaupère, docteur en théologie, une gratification de trente livres tournois en sus de ses journées de présence au procès de Jeanne d'Arc. Le 2 avril 4431 . — Nouveau paiement de six vingt livres tournois, fait par le receveur général des. finances de Normandie aux # maîtres en théologie de l'Université de Paris, qui avaient vaqué au procès de Jeanne d'Arc. Le 9 avril 4 431 .
(2) Procès de Jeanne d'Arc, t. I, p. 496 \ t. Jll, p. 47 et 50. .
soumise à la torture ((), et Nicole Midi, soupçonné Savoir réduit le procès aux douze assortions qui devaient servir à ^perdre l'accusée (2). M* Jean Basset, au contraire, inclinait à Tîôdulgçnce ; il hésitait à se prononcer sur lo caractère dos rtMons que Jeanne <TArc s'était attribuées; il ne tes regardait pas nécessairement comme l'œuvre dn malin esprit ; il admettait qu'elles pouvaient venir de Dieu «ans néanmoins l'affirmer, <etse contentait de blâmerce qui, tlàns la conduite de la Puceile, lui paraissait choquer ïes bonnes mœurs et s ? écarler de la soumission due à l'Eglise catholique (3). Son opinion se rapprochait & quelques égards du "sentiment exprimé pur G erson, bien qu'il se montrât, sous d'autres rapports, beaucoup moins favorable & Jeanne d'Arc que le pieux chance- . lier.
Quand rinstruction du procès fut achevée, Jean Beau frère, Jacques de Totiraine, Girard Fueillet et Nicole Midi furent députés à Paris pour communiquer les pièces à l'Université 5 ils reçurent môme pour cette mission, s'il est permis de consigner ici ce détail, une indemnité de cent livres chacun (4). L'Dni- ^versilé ayant renvoyé Texamen de l'affaire A la Faculté de théologie et à Faculté de décret, ces deux compagnies, au
• bout de quelque» jours, firent connaître leur avis par l'organe , de leurs doyens, dans une assemblée générale des quatre Fa-
* cultes qui se tint aux Mathurios, sous la présidence du recteur
. (4) Procès, L. I, p. 403 : « Magisler Thomas de Courcell» dixit quod sibi videtur bon a m esse eam ponere [in torlurisj. »
(2) Déposition de .Thomas de Courcelies dans le procès de réha- , bililaiion. Procès de Jeanne d'Arc, t. 1JJ, p. 60: « Fuerunt facLi cl
exlracli certi articuli, numéro duodecim..., ui sibi videtur et verisi- - mUibus conjectures, per defunctum magistrum NicolaumMidi.
(3) Procès, t. I, p. 348 et s.
(4) Lettres du roi d'Angleterre accordant une indemnité do eent livres tournois à maître Jehan Beau père, Jacques de Thouraine, Nicole
. Midi et Girard Fueillet, .envoyés à Paris pour soumettre les pièces du procès de Jeanne d' Are à l'Université, Donné h Rouen Y le 21 avril 44a?. Procès de Jeanne d'Arc, t. V, p. 203.
Pierre Ctoiida, le 19 avril: 1*31 (2). Cet avis , comme on ne pouvait que trop s'y attendre, était sur tans les points d'une rigueur impitoyable contre Jeanne d'Arc. On la déclarait corw vaincue de mensonge, dé superstition, de blasphème, d'apostasie, de trahison» de fourberie, de cruauté, d'orgueil, de révolte, etc. Après en avoir délibéré, l'Université vota ces conclusions farouches, que le reetçojr fut chargé de transmettre» au tribunal *jcdé&itetique, séant à Itowm. Le prestige que conservait TEeole de Paris donnait à s^n Jugement une autorité, presque irrécusable. Les ennemis de Jeanne d'Arc ne manquêtent pas de feirc valoir, qu'elle avait contre elle les pîas notables docteurs de la plus célèbre école qui fût au mouie. Ou nous dispensera de retracer les derniers incidents de ce simulacre de procès. Condamnée une première Ibis pour ses, méfaits prétendus à la prison perpétuelle, à Te au d'angoisse et au pain de doulour, Jeanftc d'Arc, peu de jours après, pour avoir repris des habits d'homme, était condamnée de nouveau comme relapse, et abandonnée au bras séculier. Le mémo jour, qui était le 30 mai 1431, elle expirait dans les flamme* d'un bûcher, après avoir eu * subir, à ses derniers moments; les exhortations d'un théologien de l'Université de Parisrde ce Nicole Midi, son persécuteur implacable (I). * Le rôle que l'Université de Paris a joué dans le procès do Jeanne d'Arc, la part qu'elle a eue à sa condamnation /ont pesé longtemps sur elle, comme un reproche que )'hi$ioire était en droit de lui faire, et que ses ennemis ne lui ont point épargné. Deux siècles s'étaient jfecoulés depuis le tragique évô<* nement ; et sur la fin du règne de Louis XIII, dans, le feu des constestatious ardentes qui venaient de se renouveler entre l'Ecole de Parisct la compagnie de Jésus, celle-ci disait* en parlant de sa rivale :
(4) Du Boulay, Hist. Uni&., t. V, p. 395 ck s.; Procès de Jeatm» d'Arc, t, I, p. 444 el ».
(2) Proeés de Jeanne d'Arc> 1. 1, p. 4*0 : « Pro ejus (Joaaaœ) salujUiri adiBonilioûo (i populi œditicatione, fuit solemnis- praeilicalio pet eximiujn Ihcologia; doclorem Nicolaom Midi... »
« N'onMIs pas conspiré contre la Pucelle d'Orléans, en* voyée de Dieu miraculeusement pour le salut du royaume très-chrestien, et dan3 une assemblée générale des Mathurins fait lettre au roy d'Angleterre, Henri VI, pour le supplier, avec toutes les instances possibles, de la faire punir?... Ne Font-ils pas condamnée, cette sainetc vierge, après de longues consultations, et déclarée sorcière, invoquant les diables, idolâtre, schisnaatique et hérétique ? Et les juges qui lui firent ensuite don procès, ne disent-ils pa& dans cette inique et cruelle sentence portée contre son innocence, soa honneur et sa vie, qu'ils en ont usé ainsi ayant csgard et respect aux délibérations des maistres des Facultés de théologie et décret en. ^Université de Paris, voire et de tout le corps d'icelle Université^)? *
Ces reproches amers étaient fondés, nous avons pu nous en convaincre; mais, pour être tout à fait juste, il aurait fallu ajouter que, par un revirement, facile à prévoir, de Vapinioa publique, Jeanne d'Arc ayant disparu de la scèrie> l'Uni ver-» site qui avait poursuivi sa condamnation et pris parti jusque-là pour les Anglais, se sépara d'eu* insensiblement, et, sans devenir tout à fait leur ennemie, contraria souvent leur politique. Elle fit encore bon accueil à Henri VI, quand; au mois de décembre 1434* le jeune roi vint à Paris se faire couronner dans l'église de Notre-Dame par les mains du cardinal de < Win*chester (2); elle sollicita peut-être, et en tout cas^ elle reçut de lui avec reconnaissance une nouvelle confirmation de quelques-uns de ses privilèges (3>. Mais un mois ne s'était pas écoulé, Henri VI érigeait l'Université de Caen pour l'étude du droit canonique et du droit civil (4) : grave sujet de méconten-
(4) Response au livre intitulé Apologie pour V Université de Parts contre Udiscours d'un Jésuite, Paris, 4613, iot-42, p. 96 et suk. (%) Chronique de Monstrelet, t. V, p. 4 et suiv*
(3) Ordonnances des rois de France, t. XIlf v p. 4G9-.
(4) Lettres patentes, datées de Rouen, du mois de janvier 443:1, ce qui correspond pour nous au mois de janvier 443?. I6id.,p. 476.
Tftmcnt, siôôn de préjudice, ptour les écoles de Parts; Il est vrai que Charles VII, à peu 'près à la môme 'époque, fondait l'Université de Poitiers (1) ; maïs il récompensait par là les population* qui s'étaient montrées le plus fidèles à sa cause, tandis que le roi d'Angleterre n'avait pas les mêmes motifs de créer une coàcur* rcrice aux écoles dé là ville où il était venu se faire couronner et qu'il pouvait appeler sa seconde capitale. Ce coup inattendu tft immérité fut vivement ressenti par l'Université de Paris* Elle s'en plaignit avec amertume ; elle représenta que la nouvelle fondation avait été faite contrairement aux clauses du traité de Troyes qui garantissaient les privilèges des écoles de Paris y qu'elle ôtefait à ce* écoles tout moyen de se relever de leurs ruines ; que d'ailleurs elle serait sans utilité, même pour la Normandie, qui, étant un pays de droit coutumicr, n'avait nul besoin d'une Faculté de droit canonique ou de droit civil. Ces énergiques réclamations furent portées devant le parlement par M* Guillaume Evrard, que nous avons vu figurer au procès de Jeanne d'Arc; elles furent môme adressées aux père3 du concile dé Bàlc par l'entremise des envoyés de l'Université (î).
(1) Lettres patentés du 1G mars 443! ; Du Boulay, ÉM. Unto., t. Y, p. 844 et s.; Ordonn., t. XIII, p. 479.
(I) Du Boulay, Hist. Unit., t. V, p. 423. Félibïen, bist. de Pans, t. IV, p. 59 i, donne le procès^verbal de la séance du Parlement, où furent portées les remontrances de l'Université : « Du xn novembre (4433). Ce jour les recteur et députes de l'Université de Paris et le prévost des marchands ûrent dire et remontrer au chancelier et aux présidens et conseillers de Parlement, par la bouche de M* Guillaume Erart, maislro en théologie, qu'ils avoient entendu, qu'on vouloil instituer, eslablir ou fonder en la ville de Caen ësludè de loix et de décrets, et comtnent en pdurroit redonder au grand dommaige el préjudice du roy et de son royaume, ou préjudice et à la diminution ou confusion dé la foy chrétienne, ou préjudice de la souveraineté et ressort de la Court de Parlement, contre le traicté de la paix, et singulièrement t>réjudicièroit à la restauration de la cité et estudo. Déclairoit eh oullre ledict Erart les dommaiges et ioconvéniens disposez d'advenir par ledict estude de Caen, et avec ce rernonstroU
Rat-îl nécessaire 'd ajouter qu'elles n'eurent plu* là puissance -d'empôchër ni mémo de retarder l'effet des concessions de Henri VI en faveur de la ville de Caen ?
Un autre édit de ce prince, qui touchait aussi par certains cotés aux intérêts de l'Université, de Paris, causa dans ses rangs -un très-vif émoi * nous voulons parler de l'édit qui permettait jde racheter moyennant une somme douze fois égale au revenu adouci les rentes constituées sur les maisons et héritages de la viile de Paris et de ses faubourgs (4). Un grand nombre de ces rentes appartenaient à des églises et à des collèges qui trouvaient plus d'avantage à les toucher qu'à recevoir un capital d'un emploi peut-être difficile. L'édit qui permettait le rachat datait du mois de juin 4428 : il avait passé d'abord
comment le dict cslude ne seroit mie utile ne nécessaire, espéeialemcnt pour le pays de Normandie qui est tout reigié et gouverne par couslumes ; et comment à Lou? tin, à Dole et ailleurs avoil est u des de lois pour fournir ce royaume de légistes et juristes. Parquoy vouloit dire iceluy Erafl qu'il n'estoit nécessité ne utilité de establir ladicle estudé do Caca; et que, en tant que foesoing seroit^ l'Université de Paris offroit do consentir et permettre a Paris cslude de droit civil ad tempo*, ainsi que seroit ad visé ; en suppliant au chancelier et à la Court, que ce voulsissent reraonslrer ou faire remonstrer au roy et à son conseil où il apparlrendroit> afin que ledict eslude ne soit estably ou fondé en ladicle ville de Caen> Sur qsoy le chancelier Gst response, en disant aux dessus nommes qu'ils baillas* sent par esoript devers la Court leur offre dessusdicl, et que on auxoit advissur ce qui ayoit esté dict et requis de par l'Université et le pre> vost des marchands de Paris. »
(4) Voici l'art. \* de l'édit du 34 juillet 44Î8:* Que toutes ma* nières de rentes cons'iluées par achat et à pris d'argent,,*, par dons, lais ou autrement ,. sur les maisons et héritages assis à Paris et es laulbours d'iceile, à. quelques personnes qu'elles appartiennent, soient églises, collèges ou autres personnes, les propriétaires d'iceile* liaisons ou héritages, qui sont à présent ou qui seront pour le teins à venir, puissent racheter, c'est assavoir le denier, douze deniers, monnoye eouranlc à présent. • Ordmn., t. XIII, p. 436. Cf. ilnd., p. 47*.
inaperçu; mais iL fut renouvelé Je 31 mai 1434. Les collèges, qui possédaient des rentes» s'alarmèrent; l'Université prit fait et cause pour eux, et protesta devant le Parlement. Cette fois , encore, M 6 Guillaume Evrard Tut l'interprète des doléances (Je sa corporation. 11 insista sur le tort qu'elle éprouvait et qui atteindrait, en môme temps qu'elle, un grand nombre de fondations pieuses, et par conséquent les âmes des trépassés pour lesquelles, faute de revenus, on cesserait de chanter et de prier. Il se plaignit amèrement que l'édit, qui compromettait de si respectables intérêts, eût été préparé dans l'ombre et sans que les gens d'église eussent été consultés. Il mêla même la menace à la plainte, disant que, si les rois et les princes, au temps passé, avaient prospéré pour leurs bonnes œuvres, par le contraire il était à croire vraisemblablement qu'il meschéerait à ceux qui feroient œuvres mauvaises. « PompeiuSj s'écria l'orateur, fut très-glorieux en son empire ; mais tantost qu'il fiât de l'Eglise estable à ses chevaux, il finit uïeschammcnt.(<). »
Les dispositions de l'Université à l'égard de ses dominateurs; étrangers étaient donc moçlifiées,et elle ne laissait paséchappsf; l'occasion de le témoigner. Au mois de mars H32, quelquesuns de ses maîtres, entre autres «Jean Basset, sont arrêtés à Roueij et emprisonnés par les ordres du bailli, sous l'inculpation de complot contre l'autorité du roi d'Angleterre, Leur vrai crime,; c'était leur attitude dans le procès-dc Jeanne d'Arc, et l'intérêt; qu'ils avaient montré pour l'accusée, l'appui qu'ils, avaient essayé de lui prêter (2). Oubliant la conduite tente différente, qu'elle avait elle-même tenue on celle triste conjoncture, et la, part qu'elle pouvait revendiquer dans la sentence de condamnation, l'Université de Paris éleva la voix:en faveur des siens, et, comme sa plainte n'avait nullement ému les magistrats du bailliage de Rouen, elle porta l'atTaire devant le Parlement, qui so :
(1) Da Boulay, Itist. Univ., t. V, p. 424; Vallet de Virivilie, Jlist. de Charles P/f, l. II, p.. 331.
(2) Procé» de Jeanne d'Arc, L V> p. *7», 173«
îflontra fooins inexorable. En effet une délibération du 24 avril 4433 fit défense au bailli de Rotien de rien faire ati préjudice de l'appellation de l'Université (■)• De tels arrêts, rapprochés dos griefs qui les avaient motivés, frappaient, comme autant de coups indirects, le ruineux édifice dte la domination anglaise.
Mais quelque chose de plus grave encore que les incidents qui viennent d'être rappelés, ce sont les démarches que fit l'Université auprès du due de Bourgogne en faveur de la paix.
t)ès Tannée 1429, des pourparlers s'étaient engagés entré Charles VII et le duc de Bourgogne (4). Bien que ces premières négociations û'eussent pas abouti, même à une trêve, si nécessaire de part et. d'autre, cependant elles n'avaient pas été entièrement rompues, et les exploits de Jeanne d'Arc, joints au* sentiments personnels de Philippe le Bon, à ses scrupules tardifs, à son dégoût de l'alliance anglaise, avaient ouvert de jour en jour de nouvelles chances de pacification. Ce fut dans ces conjonctures que le cardinal de Sairïte-Croii ayant été envoyé en France par le pape Eugène IV pour travailler au rapproche* ment des. partis, l'Université, encouragée, sans doute, par sa présence, n'hésita plus à se prononcer.
Dan» une assemblée qui se tint aux Mathurins le 7 octobre 1433) sous la présidence de M 6 Gérard Gehe, alors recteur, un cri s'éleva contre les maux de la guerre, et il fut résolu qu'on enverrait une ambassade porter au duc de Bourgogne les doléances et les vœux de l'Ecole de Paris. Les députés dont l'assemblée fit choix furent M e Jean de Brion, évoque de Meaux, conservateur . des privilèges de la compagnie, et M e Nicolas Quoquerel, maître ès-arts. Comme ils réclamaient cent talents d'or pour leurs frais de voyage, et que le tpésor de l'Université se trouvait à sec, les nations de France, de Normandie et de Picardie avancèrent la somme, sous la condition que le payement serait garanti par les
<4) Du Boulay, îlist. univ., t. V, p.42î et 4Î4; Vallet de ViriviJIe, Uist. de Charles VII, t. H, p. 331.
(*) Chronique drMomlrekty t. IV, p. 348.
Facultés de théologie, de droit et de médecine. Les instruction données aux deux ambassadeurs les chargeaient de représenter "à Philippe le Bon la déplorable situation de la France, la désolation des campagnes et des villes, Paffliction de l'Université, Les deux ambassadeurs devaient s'efforcer d'apitoyer le puissant vassal, et le conjurer d'employer tousses soius pour le rétablis? sèment delà paix, d'une paix sérieuse Qt durable, et à défaut dç paix, pour la! conclusion d'une trêve, qui permît d'adoucir les plaies de la guerre (i).
C'était, depuis douse ans, la première fois que l'Université se hasardait à intervenir dans les affaires du pays; qu'ellç reprenait son r01c, non pas d'arbitre, mais de conseillère* ellc-m$mç intéressée au succès de ses propres avis. Elle ne s'adressait pas, chose remarquable, au roi d'Angleterre, hien qu'il f$t par ellç salué du nom de roi de France; elle s'adressait à un prince français, se disant peut-être qu'il se montrerait plus sensible quô des étrangers aux maux du royaume, et qu'il avait entre leç mains tous les moyens de salut. Néanmoins, dans les instructions que l'Université avait données à ses ambassadeurs, elle ne pro- . nonçaitpasle nom de Charles VII; bien plus, elle le désignait sans le nommer^ comme l'ennemi delà nation, et ne laissait percer nulle part le soupçon qu'il pût jamais remonter sur le trône et rentrer dans Paris. C'est ainsi qu'à la veille des événements qui doivent les toucher le plus les partis cherchent à dissimuler et quelquefois n'osent pas s'avouer à eux-mêmes leurs craintes et leurs espérances.
La démarche de l'Université de Paris fut pour le moment sans résultat. Malgré une trêve aussitôt violée que conclue entre les Français et les Bourguignons, les hostilités se continuèrent dans la plupart des provinces. Mais en U35, lorsque s'ouvrirent de nouvelles et sérieuses négociations entre les, belligérants, l'Université eut de nouveau l'occasion d'élever la voix en faveur du rétablissement de la paix. Le Foi d'Angleterre l'invita loi-
- (1) Nous avons publié le texte de ces instructions dans notre Index chronologicvs, p. 556.
tnfcmo à. se fôto8ïé attôOtogtès qui se réunit au monastère de Sàiht-Waast, dans la ville d'Àrras (<)• Là se rencontrèrent uq légàidu pape Eugène IV, et nombre de prélats, abbés et docteurs, 'députés par le concile de Bâte, et tous animés du désir d'apporter uû terme aux calamités d'une guerre si longue, L'Université de TParîs, fidèle * son rôle, se proposait d'exprimer, par l'organe de ses envoyés, sa pitié profonde pour les maux incalculables du royaurte/et ses souhaits ardents pour la cessation des hostilités et la conclusion immédiate de la paix.
Les églises pillées et dévastées, lés reliques des saints Jetées au Vent; les vases sacrés profanés; les immunités ecclésiastiques foulées aux pieds; des viols, des meurtres, derfiree fldies ; nombre d'enfants morts sans baptême et égorgés jusque dans le sein de leur mère; des chrétiens traités si cruelietnent par des chrétiens qu'il eût mieux valu pour eux tomber dans les mains des païens et des infidèles; les écoles désertes; les campagnes dépeuplées ; les routes si peu sûres qu'on n'osait pas s*y hasar- . fler ; partout l'image de la désolation et de la misère i voilà le ' tableau que la France présentait en 1435, et que l'Université avait chargé ses envoyés de dérouler sous les yeux des puissants personnages réunis au congrès d'Arras (2). Pour mettre
(I) C'est ce qui résulte des instructions mêmes données à ses ambassadeurs, Index chronologicus, p. 25S : « Primo signiûcabunt ipsam coavencionem fuisse inlimatam dicUe Universitati ex parle domini noslri régis, cujus obtemperando mandaiis, ipsa • Unirersitas ipsos transmisit ambas?iatores... *
(t) Index thwnologicus, ibid. : « Suât enim uni verse ecclesie manu sacrilega depredate, orbate presbiteris et populo j deslructe et in f uinam irreparabiliter collapse ; sacre reliquie et varsa sacra violenter asporlala; yrao ipsum preoiosissimum Christi eorpus sepe infidell lemerilate irreterenter traefatum, et vililer bumi projfectum, ad de* predationem saeri vasis ad ejus custodiam ordinatié Sunt iûsûpe* horaicidia innuraera, eciam in sacris perpetrata edibus, templa succensa igni, et ad ea confugientes innocentes, qualibet spreta emunitate, absque offensa, inhumaniter trucidati, combusti, aut alias, absque piclatc, glalio interempti. Nequc vero describi possint ly-
fin par une paix solide à de Si épouvantables calamités, fallût-il abandonner une partie du territoire de la France à ceux que» l'Université appelait encore, dans ses instructions, les advei^ spires du royaume, advenariis regni, c'est-à-dire aux partisan» 4e Charles VU, elle y consentait; mais, gardienne toujours vigilante de ses privilèges, elle demandait une garantie en faveur » des bénéficiera dont les bénéfices feraient partie du territoire abandonné. Elle déclarait d'ailleurs que, si la guerre devait cou* tinuer, il ne restait plus qu'une ressource pour les habitants*! royautne, c'était de s-expatrief (l). - • '•" • ■ :. r >
Le congrès d'Arras ne répondit -paa êntiôremci^ atix espé* rances de l'Université de Paris : il ne, rendit po9 la paix à la France; mais il amena un rapprochement sincère et détoitif entre Charles Vil et le duc de Bourgogne, qui ne tarda pas à tourner ses forces contre les Anglais/ si longtemps ses alliés. ' Les affaires prirent alors utie face nouvelle et se précipitèrent . vers le dénoûment que les exploits de Jeanne d'Arc avaient préparé» L'Université de Paris, qui était restée plus français* au fond que quelques-uns de ses actes ne le feraient supposer,
rannides quibus indiiTerenler tam religiosi aut occlesiaslici quam scliolares impie, immanibus et diversis tormentorum speciebus et pcn&rum generibus sunt afûicli, adeo quod cciam inûdeles et pagaai populam Cbristinnum tanta morum crudelitate traclare vercrentur, sioisdcm tftbutum redderelur. Qaante insuper taulières violate, tir* gtnes deflorate, eonjugia fedata sunt, p régnantes mulreres suiftfôate ; parlus et porvuli absque baptisao et sepe in nlero matris péticlitati suai! Etprimi non posait prclerea que edifiotarom derftôiiciô et ruina univers*; païens est, et non est qui terras vel agros audeat excedere, aequo per via» incederc, solum vite periculo ; et, quod p^jas est referre, omnium oculw innotuerunt famés, caiamilas et miserte,' quibus mulliUido innumerabilis populi et privalorum hac occasiono periit. Et ut mu lia brevi verbo dicantur in tantum mata excreverunt, quod nulla iniquilas et impietas saper ex cogita ri valeal. »
<1) Ilrid. i u Aperiatur quomodo pondère guerrarum regnum istud in tantum est depressum, quod atnplius guerram sustincre non posait ; et ubt pax non interveniet, compellit nécessitas regnicolas a J loca ejUranca transire et partes Franeio? relinquere désertas.
n'eut avcuflc peîftc à suivre l'essor imprimé parles événetrienfg aux idées nationales. Après la réduction de Paris au mois d'avril 4436, elle se hâta de témoigner la pari qu'elle prenait à la joie publique, eo ordonnant une procession solennelle qui eut lieu on l'église Sainte-Catherine du Val, et dans laquelle parurent environ quatre mille maîtres et écoliers, portant des cierges (I). Eu môme temps elle désigna quelques uns de ses membres pour se joindre à la députation qui allait porter à Gbarlrs VU le» requêtes avec les hommages des gens d'église et des bourgeois de la ville (5). Ce qu'elle avait îa certitude d'obtenir et que cependant elle sollicitait avec instance comme une faveur difficile, c'était la confirmation de ses privilèges. Charles VII promit < de loi en bailler des lettres en forme, ainsi qu'a voient fait d'ancienneté ses prédécesseurs. » Ces lettres, délivrées â Boufges au mois de mai, furent enregistrées au Chàtelct de Paris/ le % juin suivant ; elles étaient conçues dans les termes les plus explicites et les plus favorables. « Désirans de lotit nostre cœur, disait le roi, voir de nostre tcigps noslro fille, première née, rjJnîvcrsité -de Tcsludc de Paris» ftorir, fructifier, croistre et multiplier en comble et plantureuse abondance de vertus et tous biens, et estre souverainement exaucée et élevée par tous honneurs, grâces et libéralités ; voulans toujours persévérer eu nos faits, selon les vertueuses œuvres dé nos prédécesseurs :...., tous et chacuns les privilèges, libériez; $t franchises par nosdits prédécesseurs donnez et octroyez à uostredite fille l'Université de l'estude de Paris et aux supposts d'icellc, ensemble les autres droits, coust urnes, usaiges d'icellc nostre fille et de sesdits supposts,.;. Nous iceux ayans fermes et agréables, de nostre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royal, louons, approuvons, certifions et confirmons par ces présentes (S). »
\\) Du Boulay, Eist. Univ., t. V, p. 435; Félibien, HisL de Faris, t. IV, p. 825; Vallet de Viriville,B«*. de Charles VU, t- U, P- 361.
(0 Félibien, ibid., p. 826 ; t. V, p. «69.
(3) Recueil des privilèges de V Université, p. 45,* Ordonn. des rois de Ffawc, t. MU, p. 219; Du Boulay, Hist. Univ., t. V, p. 438.
> Malgré d'aussi Tonnelles assurances cti' faveur du maïntîeri d£ ses privilèges, l'Université de Paris, dès l'année suivante,; né fut pas exemptée de l'emprunt; ou, pour mieux dire, de la contribution de guerre qui venait d'être imposée aux habitante dô Paris pour la délivrance de ta ville et du château de Montcreau> encore aux mains des; Anglais. En consentant d'assez bonne grâce à payer sa part de.ee subside extraordinaire,' elle "obtînt du'moins de, Charles VU la déclaration expresse que ce dangereux précédent ne serait pas invoqué contre elle et ne prêjù* dicterait pas dans l'avenir à ses immunités [i j.' ' t
Deux mois s'étaient écoulés depluis ces derniers infcidëfltsi lorsque Chartes VII, s'étant décidé cnOn à quitter ses fidèles provinces du centre du royaumb, rentra dans Pari» Te h S novembre U37, aprfcji une absence qui avait duré près de vingt ans, et qui avait eu toutes les amertumes de l'exil le plus navrant. Au parvis Notre-Dame, il trouva le corps'de l'Université qHiétaitvenulc complimenter (2). Par un caprice, dû sort oit de l'élection, l'orateur qui devait porter la parole au nom des quatre facultés était ce Nicole Midi que noua avons vu si acharné contre Jeanne d'ArCi Quelle attitude pouvait avoir devant Charles VII Victorieux cet ancien adversaire, ce juge Inique dô la Pucelle ? Selon l'usage^ Nicole Midi avait reçu des instruction* contenant la substance, de l'allocution qu'il devait prononcer j Il eut donc, à exprimer les élans de l'allégresse générale au retour d'un prince chez lequel resplendissaient, dit-il, toutes les qualités qui conviennent à un roi catholique, la pureté de la foi, la soumission à Dieu et à l'Eglise, l'amour dé la justice, la clémence et la miséricorde. Il eut ensuite à retracer tout ce qtfé l'Université avait souffert, alors que, pareille à une orpheline; elle était privée de son protecteur naturel* Enfin, après avoir dépeint les malheurs que la désunion entratne et les bienfaits de la concorde, Nicole Midi déposa aux pieds de Charles VII les
(I) Recueil des Privilèges, p. 95; Ordonn., t. XIII, p. 43& (*} Chronique de Monstrelet, t. V, p. 304.
protestations de l'obéissance filiale et du dévouement de l'Ecole dtftrte (*).->
. Ainsi fut scellée, après de longues et mutuelles épreuves, la récanciHa&on de l'Université de Paris et de la royauté des Valois. Cependant Charles VII, qui ne pardonna jamais à la ville de Paris de Tavoir expulsé et combattu, se souvint également, jusqu'à la fin de **n rè»ae* que l'Univefrsité avait méconnu ses droits, abandonna et trabi sa cause pour se donner aux Anglais. Il maintint comme il l'avait promis, ses anciens privilèges, mais sans y ajouter de nouvelles faveurs. Il se garda d'étendre le rote déjà si Considérable de cette corporation, vénérée à juste titre, mate arrogante et présomptueuse, qui s'était mêlée un jour des affaires de l'Eglise et de celles deTEtât, avec la prétention à peu près avouée d'en rester l'arbitre. Loin d'encourager sçs visées ambitieuses, il les réprima : elle prétendait relever Immédiatement de l'autorité royale, iMa soumit à la juridiction du Parlement (2), Elle continua de s'appeler la fille atnée des rois de France ; mais elle apprit de Charles VII qu'elle était leur sujette en même temps que leur fille aînée, et elle sentit do plus en plus dans la suite le poids de cette sujétion. Ainsi la décadence politique de l'Université de Paris suivit de près l'extension un peu abusive de son influence. Après avoir révèles plus hantes destinées, elle vit, en moins d'un quart de siècle, ses espérances à. demi réalisées, puis cruellement déçues. Désormais surveillée, contenue* affaiblie» elle allait se trouver peu à peu ramenée au rôle qui était le sien, celui d'une grande école qui a pour mission d'élever ta jeunesse, et qui doit se contenter de sa tâche et s'y dévouer exclusivement avec une légitime fierté ; car si t p|tr certains côtés, cette tâche laborieuse paraît obscure et ntème isgrate, il n'en est pas, après- tout, qui importe plus aux familles et i l'Etat.
(4)DuBoulay, Uesl. tente, t. V, p. 442-, Vallet de Vïriville,ffwf. de Charles Vil, t. II, p. 3S4 et s.
(i)Ordonn. t t. XIII, p, 457.
Paris. — Irap. de E. Donïuud, rue Cassette, 9.
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