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L'Université Laval à Montréal [microforme]

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Discours prononcé par LE DOCTEUR D'ORSONNENS à la réouverture des cours de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, le Ler octobre 1878.

A propos de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, par UN MÉDECIN DU Nonp, aneien élève de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.

Nous écrivons hardiment ce titre pour trois raisons princi pales.

D'abord c’est notre droit.

En abordant le sujet qu’il annonce, nous ne péchons pas contre les dispositions contenues dans la décision de la S. C. de la Propagande du ler février 1876. Ces dispositions, en effet, ne regardent que la manière dont les évêques doivent exercer leur haute surveillance sur l’université Laval. Rome leur dit de réclamer l'attention de l'archevêque et du recteur, quand ils jugeront à propos de faire entendre quelque conseil, mais «sans jamais recourir au moyen de la presse.»

Nous ne péchons pas contre Le XXITIe décret du Ve concile de Québec, qui, en traçant leurs devoirs aux écrivains Catholiques, ne leur interdit aucun sujet en particulier,

Nous ne péchons pas, non plus, contre 1 le XVIe du règle ment sanctionné par le Saint-Siége pour le Conseil de haute Surveillance ou Conseil Supérieur de l’université Laval. Cet article, en effet, parle uniquement de ceux «qui pensent avoir quelque motif de se plaindre, soit de l’université elle - mème, soit

de quelqu'un de ses professeurs ".» Or, nous ne venons nous plaindre ni de l'une ni des autres. Au contraire, nous ne pour rions que les louer ; et, si nous avions l'honneur d'être leur avocat, rien ne nous serait plus facile que de les défendre, Mais nous ne sommes ni un aggresseur ni nn avocat,

Libre du côté de l'autorité suprème, nous ne le sommes pas moins du côté de l’université. Elle ne sait pas, et n'a que faire de savoir, avant leur publication, quels sont les sujets que nous traitons ici, ni comment nous voulons les traiter : le sût-elle, qu'elle n'aurait aucun droit de gèner notre liberté.

C'est peut-être l'occasion de rappeler ce que nous écrivions, il y a deux ans, dans notre prospectus, auquel, Dieu merci, nous sommes resté fidèle :

«La Revue de Montréal n'est et ne sera jamais, tant qu'elle res tera entre nos mains, où qu'elle dépendra de nous, ni la servante, ni l'organe d'une institution quelconque.

« Nous sommes nous-mêmes et voilà tout,

«Nous n'avons pas la pensée de nous soustraire à l’action de l'autorité ecclésiastique ou civile, ni d'échapper aux obligations de respect etéd'obéissance qui nous incombent de droit commun, et que nous aimons. Nous sommes également disposés à suivre le plus fidèlement que nous pourrons les ordres ou les inspira -

* On remarquera que le {anquam professores (comme professeurs), dont on a fait récemment tant de bruit, ne se trouve pas dans la phrase que noug citons. Rome ne savait pas, à ce qu'il parait, que ce lanquam pr'ofessores est “extrêmement important,» comme dit le Courrier du Canada du 23 novem bre, et qu'en l’omettant «on change absolument le sens du décret et on gratifie le professeur universitaire d’une inviolabilité qu'il n’a pas.» S'il eût consulté un simple élève de philosophie, le rédacteur du Courrier aurait aperçu son erreur. On lui aurait dit que le but du décret est simplement de faire respecter le Conseil Supérieur de l’université et de la protéger elle - même contre les attaques des écrivains imprudents ; or, pour cela, il n’est pas néces saire de protéger ses professeurs autrement que comme professeurs. On lui au rait dit aussi qu'il serait absurde de donner à ces derniers une inviolabilité générale, et par conséquent, que la proposition, avec où sans le {anquam pro fessores, ne peut s'entendre du professeur universitaire que comme pro fesseur universitaire. Ainsi s'interprètent les propositions réduplicatives, spécificatives, etc. sans qu'il soit besoin, en général, d'exprimer le {anquam, le qualenus, le secunduin quod, etc. Selon l'herméneutique du Courrier du Canada, on pourrait, avec Voltaire, se moquer de l'Ecriture sainte quand elle dit: Les aveugles voient, etc., sans indiquer comment il faut entendre cette proposition, ou sans exclure expressément le sens composé.

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tions qui nous viendraient d'en haut, Notre devoir et notre hon. neur scront toujours de nous conformer à la volonts et à a pen sée de ceux qui commandent et qui jugent, selon les principes que nous énoncions plus haut,

« Nous sommes sous la loi commune,

«De cette manivre, sans échapper à Kesollieitude générale des pouvoirs constitués par Dieu, nous aurons cette heureuse conso lation de n'avoir, dans les écarts où peuvent tomber quelquefois la volonté la plus droite et la sincérité La plus pure, — si Fon peut nous en reprocher, — compromis personne aire que nous GES, n

Nous éerivons encore ce titre sans hésiter, parce que des personnages bien connus, qui auraient dû se montrer mieux inspirés, ont, les premiers, inis devant le publie Ta question, comme ils aiment à Fappeler, de université Laval à Montréal, et l'ont traitée à un point de vue contraire aux injonctions que nons avons rappelées plus haut, Nous nous voyons par là même réduit à l'alternative inévitable ou de sanctionner leurs préten tions par le silence, ou de Les convaincre d'erreur et de venger les droits de la vérité,

Nous écrivons ce litre parce que le sujet dont il s'agit intéresse au plus haut point, non-seulement la ville de Montréal, mais encore le pays tout entier, On a beau essayer de l'abaisser au niveau de ses préjugés et de ses intérèts personnels ; on à beau en faire un élément de rivalité entre deux villes sœurs et qui doivent se considérer comme telles, jamais on ne réussira à faire croire à personne que le sort de notre université catholique, — par là même celui des hautes études, nous de vrions dire la vie intellectuelle, morale et religieuse de la patrie, — puisse trouver le public indifférent; jamais on ne persuadera à personne qu'il faille, pour oser dire un mot, appartenir à Montréal plutôt qu'à Québec ou aux Trois-Rivières, voire mème aux montagnes du Nord plutôt qu'à tout autre coin du pays, où qu'on doive obtenir l'autorisation ou l'agrément de cenx -là qui ont leurs raisons pour étouffer la lumière et ré pandre partout les ténèbres.

Enfin nous abordons ce sujet, qui s'impose à notre attention, parce que, bien convaincu de notre droit, d’une part, et de son importance, de l’autre, nous sentons aussi au fond de notre âme la volonté ferme de le traiter avec sincérité, avec calme, et avec toute la réserve qu'il réclame. Loin de nous les con seils d’une passion aveugle et mesquine, d'intérêts privés, de

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rancunes personnelles ; arrivre, ces ardeurs aveugles que Îles ambitions politiques on les rivalités de partis trainent après elles. Nous ne voulons, nous ne pouvons voir dans la vie ou l'extension de l'université, dans l'intérêt où l'honneur des hautes études, qu'une question patriotique, nationale et religieuse, et c'est à ce point de vue, oui, de cette hauteur, que nous voulons

la considérer et la résoudre,

C rtes, Silest une question jugée et réglée, et à Rome et au Canada, c'est bien celle de l'université à Montréal :

Point d'université distincte où indépendante, mais une suecursale de Laval,

Telle est la sentence finale prononcée par le Saint-Siége, et accueillie de bonne grâce par lautorité ecclésiastique qui nous gouverne immédiatement, Ine serait pas nécessaire de la remettre sous les veux de nos lecteurs, mais puisqu'on manifeste quelque part, autant de répugnance et d'hésitation à se rendre au jugement de Rome qu'on montrait d'empressement et de persistance à le provoquer, il devient presque obligatoire pour les écrivains catholiques de le proclamer, de le proclamer avec énergie, de Je proclamer encore, jusqu'à ce qu'on ait cessé de soulever la poussière qui aveugle et pris noblement et sin cèrement le parti de s'y conformer.

Mais avant d'exposer, à ceux qui l'oublient ou feignent de l'ignorer, la décision suprème qui mit fin à la question de l'université distincte et indépendante, et amena l'établissement d'une succursale de l'université Laval à Montréal, rappelons, en aussi peu de mots que possible, les principales phases de cette impor tante question, Alors, la décision suprème du Saint-Siége nous apparalira dans toute sa valeur, et la résistance qu'on y oppose, dans toute sa folle présomption.

La question d'une université distincte et indépendante à Mont réal ne date pas d'hier. Elle remonte au berceau de luniversité Laval, à l’année 1852, et elle s'est reproduite sous plus d'une forme, à divers intervalles, jusqu'au mémorable jugement du ler février 1876, et aux événements qui viennent, cette année mème, de se passer sous nos yeux.

C'est un faitque l’université Laval n'était pas encore née, qu'elle:

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n'était encore qu'à l'état de projet, quand Mgr Bourget alors évêque de Montréal, qui avait eu le mérite et l'honneur de re. mettre à l'ordre du jour la question longtemps assoupie de fonder une université catholique en ce pays", exprima des vues qui ne s'accordaient pas complétement avec celles de l'archevè que de Québec, En conséquence, profitant de l'occasion où celui ei demandait le concours de ses suffragants pour oblenir du Souverain Pontile la permission d'établir une université catho lique, Mgr Bourget manifesta la pensée d'avoir aussi son université à Montréal,

«Je me ferai un véritable bonheur,» répondait-il à l'arche vôque de Québec le Æmait fe me ferai un véritable bonheur de signer cette supplique, si telle est la volonté de V, G. Main tenant, puisqu'il n'y a plus espoir de former de longtemps une université provinciale, je me permetts de supplier V, G. de nous accorder son concours pour la formation d'un pareil établissement à Montréal, Il ne s'agira aussi pour elle que de signer Ja supplique que je me propose d'adresser au Saint - Siége à ce sujet,»

L'archevèque de Québec donna toutes les explications néces saires, les difficultés disparurent, et Mgr Bourget se déclara par faitement satisfait, C'est ce que prouve sa lettre à l'archevèque, datée du 1% mai F852:

«En réponse à l'honneur de vos lettres des 7 et 10 mai, je dois protester à V, G. que je suis très-satisfait des explications que Mgr de Tloa a bien voulu me donner sur l'université projetée à Québec, lesquelles se trouvent confirmées par sa derniere, Nos collèges pouvant participer aux priviléses de cette institution, je serai justifiable à leurs veux si, plus tard, on venait à dire que

j'ai porté plus d'intérêt à an établissent étranger qu'à cenx de

ce diocèse, La raison qu'il faut s'unir pour donner à une pareille

* Voici comment s'exprimait l'illustre évèque dans une lettre à Mgr Turgeon, archevèque de Québec, en date du 31 mars 1851: « Votre Grandeur croirait-elle que le concile (le premier concile de Québec, tenu en 1851) devrait s'occuper de la formation d'une université et de l'érection régulière des colléges dépendant de cette maison mère d'éducation? N'est-il pas certain que le Séminaire de Québec serait, plaudentibus omnibus, choisi pour être l'université catholique de notre Amérique britannique ? Quelle force nous aurions dans une pareille institution, après que nous en aurions obtenu, comme de droit, la sanction pontifi:ale! C'est une idée comme une autre, que j’envoie à la bonne aventure. Elle fera ou ne fera pas son chemin: c'est une autre chose. Je la dépose pour ce qu'elle est aux pieds de Votre Grâce. »

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institution toute l'importance qu'elle peut et doit avoir, sera toujours péremptoire. »

L'université Laval fut donc «établie dans sa forme présente pour tout le Bas-Canada, avec l'approbation, donnée en connaissance de cause, de Nos Seigneurs les évêques de la province, et conformément au désir du gouvernement civil »

Mais le projet @e l'université à Montréal allait bientôt renaître, et dés 1862, pas plus de dix ans après la fondation de Laval, commence, en faveur de ce projet, la série des appels à Rome et des réponses que le Saint-Sicge + oppose,

Dannons-les successivement :

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