‹ L'Université Laval et les fêtes du cinquantenaireChapitre 8 sur 40 · L.-J. Casaui/t · texte numérisé non relu

L.-J. Casaui/t

Celui qui, dès 1852, a le plus fait sans nul doute pour assurer à Québec l'établissement d'une université, celui qui, dès la première Heure, s'est le plus identifié avec l'œuvre nouvelle, et en a fait ensuite vraiment l'œuvre de sa vie, c'est l'illustre et premier recteur, l'abbé Louis-Jacques Casault. On l'a appelé à bon droit le principal fondateur, le vrai fondateur de l'Université ; c'est ce titre même qui doit le faire vivre toujours dans la mémoire des anciens élèves de Laval, et c'est cette gloire toute particulière que nous désirons surtout rappeler.

Nous ne pouvons faire ici la biographie de Monsieur Casault (I) ; nous voudrions seulement, qu'à l'occasion de ce cinquantenaire que l'on vient de célébrer, la figure du premier recteur, si méditative et si austère, mais si franche, si intelligente, si caractéristique, se gravât plus profondément dans le souvenir de tous. Nulle autre ne méritait plus que celle-ci d'attirer l'attention des enfants réunis autour de Y Aima Mater. Le cinquantenaire de l'Université Laval a été avant tout une fête de famille : or, celui-là est vraiment le père de la grande famille universitaire qui, par tant de labeurs et au prix de tant de dévouement, a créé ce foyer où tous nous avons puisé la vie intellectuelle, qui a

(1) M. Casault est né à Saint-Thomas de Montmagny, le 17 juillet 1S0S. A l'âge de 14 ans, il entra au Petit Séminaire de Québec comme élève de trente-sixième. Il devança bientôt ses premiers confrères de classe, et fit en six ans tout son cours d'études, pendant lequel il remporta de très brillants succès. En 1828, il entra au Grand Séminaire. Prêtre en 1831, il fut d'abord attaché pendant trois ans, comme vicaire, à la cure du Cap-Santé. Rappelé après ce temps au Séminaire de Québec, il y dépensa le reste de sa vie sacerdotale.

Voir pour la biographie de M. Casault une Notice par Mgr M.-E. Méthot, dans V Annuaire pour l'année 1862-63, et un Eloge par le docteur H. EaRue, prononcé en 1863.

élevé sur ce coin de terre de Québec, patrie commune de nos intelligences, les murs de l'Université Laval. Mieux connue et plus souvent mise sous le regard des élèves, la figure du premier redteur et du fondateur reprendrait vite, dans nos souvenirs et dans notre reconnaissance, la place qu'elle doit occuper.

On se rappelle que M. Casault n'a pas eu, le premier, l'idée de fonder l'Université Laval ; mais nous savons que cette idée hantait son esprit bien longtemps avant que l'on en eût décidé la réalisation. Disciple préféré de M. Deniers et de M. Holmes, il avait puisé, dans le commerce de ces deux grands éducateurs, l'inspiration qui devait animer, féconder sa propre vie, et le faire travailler avec un zèle si persévérant à la création de l'Université. Plusieurs années avant que Mgr Bourget eût proposé ouvertement à Mgr Turgeon l'établissement de cette Université à Québec, l'abbé Casault " qui comprenait qu'une université n'est pas seulement, comme le pouvaient penser quelques-uns, un collège a3^ant le pouvoir de conférer des degrés ou de donner des diplômes, mais un établissement distinct et au-dessus des collèges par la nature et l'étendue de son enseignement (I),'' étudiait avec soin toutes les questions relatives à l'enseignement supérieur, et en particulier le fonctionnement et le mécanisme des universités européennes. Comme pour préparer les esprits au projet qu'il prévoyait devoir être bientôt soumis au public, il faisait publier, dans L'Abeille de 1850, quelques articles sur l'organisation des universités d'Oxford et de Cambridge. M. l'abbé Charles Trudelle, qui travaillait à cette époque à côté de l'abbé Casault, et qui devait, lui aussi, fournir

(1) Journal de Québec, 6 mai 1862, article de l'abbé Ferland.

une carrière si utile à l'éducation des jeunes gens et aux lettres canadiennes, nous racontait, il y a quelques semaines, comment M. Casault s'occupait, avant 1850, de la fondation de l'Université, et comment en particulier, presque chaque soir de l'année 1 849-1 850, après la récitation du bréviaire que l'on faisait à deux, il l'entretenait invariablement du projet de l'Université. Le désir de travailler à réaliser ce projet était comme une obsession chez M. Casault, et lui, d'ordinaire si réservé et si sobre de paroles, devenait intarissable quand il causait de ce sujet favori.

Bn 185 1, M. l'abbé Louis Gingras cessait d'être supérieur du Séminaire, et M. Casault était appelé à le remplacer. La Providence le conduisait au bon moment à ce poste où il pourrait bientôt coopérer si activement à l'exécution de ses propres projets.

Nous n'avons pas à rappeler ici ce que nous avons dit, au chapitre premier, de la très large part qui revient à M. Casault clans toutes les démarches et toutes les négociations que nécessita l'établissement de l'Université Laval. Que l'on se rappelle seulement que c'est lui qui fut vraiment, alors, l'âme dirigeante du mouvement universitaire. Personne n'était comme lui préparé à le bien contrôler, à l'orienter, et à le conduire à bonne fin. Ce prêtre, qui n'avait jamais pénétré encore dans une université, connaissait déjà jusque dans les détails les rouages si compliqués d'un pareil établissement, et l'on comprend combien cette expérience purement livresque, mais éclairée par un ferme bon sens, fut d'un secours inappréciable quand, à la première heure, il fallut tracer, pour les soumettre aux autorités civiles, les grandes lignes de l'organisation des diverses Facultés.

Il fallut de plus, à ce moment difficile, toute l'énergie,

toute la persévérance, tout le prestige de M. Casault pour triompher des premières difficultés. C'est lui qui vainquit les hésitations de Lord Elgin, lequel déplorait que les universités anglaises se fussent déjà si multipliées dans le pays, craignait que d'autres villes, à la suite de Québec, voulussent aussi avoir leur université, et qu'un jour ne vînt où l'on ne trouverait plus ni assez de professeurs ni assez d'élèves pour toutes les universités du Canada. C'est M. Casault encore qui sollicita et obtint à Londres la charte royale, et qui ensuite vainquit les hésitations de Pie IX, lequel doutait d'abord de la possibilité d'établir à Québec une université canadienne-française.

C'est M. Casault, on s'en souvient, qui parcourut l'Angleterre, la Belgique, la France, l'Italie, et visita avec tant de soin, étudia avec tant d'intelligence leurs principales universités. Il compléta, à cette occasion, les connaissances qu'il avait acquises déjà sur toutes les questions relatives au fonctionnement de ces maisons, et, au retour, il élabora à peu près seul, et d'une façon définitive, les principaux règlements de l'Université Laval et de ses différentes Facultés. Il étonnait, dit-on, par la précision de ses renseignements et la science des détails techniques, ceux qui étaient chargés de définir avec lui les programmes de l'enseignement universitaire.

C'est encore M. Casault qui s'occupa avec beaucoup de zèle des constructions que l'on commença en 1854, et il traça lui-même les plans de l'Ecole de médecine.

Au reste, il ne fut pas seulement attentif aux besoins matériels et à l'organisation des divers enseignements de l'Université. Il apporta un soin extrême et vraiment sacerdotal à réaliser pour les étudiants les meilleures conditions de vie morale où l'on pourrait les placer. Et c'est

lui qui insista le plus pour obtenir la fondation du Pensionnat, estimant qu'il fallait faire "pour nos étudiants en droit et en médecine ce que l'on fait eu Angleterre pour les élèves des Universités d'Oxford et de Cambridge, et en France pour les jeunes gens qui fréquentent les écoles spéciales." Si le Pensionnat n'a pas eu la fortune que M. Casault lui souhaitait, et si personne aujourd'hui ne songe à le rétablir, cela tient sans doute à des circonstances, et surtout à certaines conditions de vie sociale que, dans notre bonne ville de Québec, l'on peut réaliser, et sur lesquelles le premier recteur n'avait pas osé compter.

On le voit donc, M. Casault ne fut étranger à aucune des préoccupations qui sollicitèrent, en 1852, l'attention des fondateurs de l'Université Laval. Effectivement, il fut partout le premier au travail et à la peine. Aussi n'estil pas étonnant que ses collègues lui aient, après sa mort, décerné le titre de véritable fondateur. M. Ferland, le cardinal Taschereau, qui furent les compagnons et les auxiliaires fidèles de M. Casault, lui rendirent eux-mêmes cette justice.

M. Casault exerça pendant huit ans les fonctions de recteur. Bien que, d'après les constitutions du Séminaire, il eût du cesser d'être supérieur en 1S57, après son second triennat, on pria l'autorité ecclésiastique de le continuer dans cette charge pendant trois autres années. On voulait qu'il pût présider le plus longtemps possible à la direction de l'Université, persuadé que l'on était que nul autre ne pourrait mieux contribuer à asseoir cette institution sur des bases solides et définitives.

La haute situation qu'avait longtemps occupée M, Casault dans le Séminaire et dans l'Université avait rendu son nom populaire. On estimait l'homme, le prêtre,

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l'initiateur, l'ouvrier infatigable, et on l'admirait. Non pas, certes, que M. Casault ait lui-même recherché la popularité : personne ne fut plus que lui modeste, et personne ne se servit moins de tous les moyens, petits ou grands, qui attirent la faveur et l'attention du public. Il évitait, au contraire, toute situation qui pouvait le mettre en évidence ; il s'appliquait à ne pas paraître. Il poussa même parfois ce soin jusqu'à l'exagération, et, lui qui savait faire à ses élèves du Petit Séminaire les instructions si solides, si agréables, si captivantes, dont ils ont toujours gardé le souvenir, il ne voulait jamais monter dans la chaire des églises de Québec.

Il était, au reste, d'une grande pénétration d'esprit De très bonne heure ces talents s'étaient manifestés, et un jour M. Deniers interrompait les exercices de l'examen public où avait figuré le jeune Casault, élève de philosophie, pour faire son éloge, et déclarer aux auditeurs que ce jeune homme était le meilleur élève que, dans toute sa longue carrière, il eût encore rencontré. M. Casault développa par un travail énergique et toujours soutenu ces qualités natives, et il acquit bientôt, dans les sciences physiques et philosophiques auxquelles il consacra surtout ses études, une autorité considérable dans le pays. Volontiers on venait le consulter : prêtres et laïques recherchaient son avis et ses lumières.

Et pourtant M. Casault n'avait, à première vue, rien de ce qui attire à soi les hommes. Sou visage, sans doute, était régulièrement taillé ; le front était large, le nez bien planté et droit, la bouche finement dessinée ; mais la tête était chauve, les cheveux négligemment ramenés sur les tempes ; les sourcils étaient froncés, et les yeux, solidement enfoncés sous cette arçature énergique, avaient des

regards sévères ; de haute taille, niais voûté, le corps était amaigri et presque décharné. Aussi l'ensemble était plutôt austère, et trahissait même une souffrance presque continuelle, patiemment endurée : cet homme portait vraiment sur lui-même toutes les traces d'une vie laborieuse, recueillie, mortifiée, ascétique. Méditatif et ami de la solitude, M. Casault semblait tout absorbé dans ses pensées, et se complaire surtout dans le commerce de ses idées. Affligé d'une très mauvaise vue, myope depuis son enfance, il ne pouvait que difficilement reconnaître ceux qui l'approchaient, et ceci même contribuait à le faire paraître plus réservé ou moins engageant.

Mais sous cette écorce un peu rude, M. Casault cachait une nature extrêmement fine et délicate, une charité inépuisable, un cœur d'or : et ce sont ces qualités qui l'ont fait tant estimer de ses contemporains. On ne l'avait pas aussitôt abordé que sa physionomie s'éclairait d'un air de douceur et de bonté qui faisait tout de suite naître la sympathie et la confiance. Aussi, bien que M. Casault ne fût nullement propre à attirer à lui ceux qui sont en quête de bavardage ou de relations inutiles, jamais il n'a éloigné ceux qui voulaient profiter de son commerce, toujours il a provoqué les plus belles, les plus utiles, et les plus solides amitiés.

" Il y avait dans ce grand homme, écrivait dans son Journal du 5 mai 1865, un de ceux qui ont le mieux connu M. Casault et qui ont le plus bénéficié de son amitié, Mgr Cyrille Legaré, une heureuse alliance de bonté et de sévérité qui lui gagnait les esprits et les cœurs, tout en les maintenant dans le devoir. Il y avait chez lui une hauteur d'intelligence et une force de volonté qui caractérisent les personnes appelées à régner sur leurs sem-

blables. Il y avait un tact, une délicatesse de manières qui ne froisse personne dans les rapports avec la société (l) ".

Au reste, M. Casault était né surtout pour le commandement, et il était doué de cette énergie active, persistante, autoritaire qui est particulière aux hommes de gouvernement.

Il arrive souvent, sans doute, qu'une telle faculté de domination ne va pas sans quelques excès, qu'elle s'exalte en face des difficultés, qu'elle brise violemment les obstacles qu'elle rencontre : les fortes volontés sont facilement impérieuses et intransigeantes. M. Casault laissait apercevoir quelque peu ces défauts d'une qualité très précieuse ; il se laissait volontiers éperonner par la contradiction, et, avec une ténacité très ferme, il s'efforçait de faire plier à ses desseins et à ses résolutions ceux qui tout d'abord leur opposaient quelque résistance. Quand il avait aperçu ce qu'il croyait être le plus convenable aux intérêts de l'Université ou aux progrès de notre enseignement classique, il s'efforçait de le réaliser, et sans se soucier toujours de paraître diplomate, il entreprenait avec une infatigable constance les combats les plus longs et les plus pénibles. Aussi bien, cet homme devait-il lutter toute sa vie pour compléter l'organisation de son œuvre, pour faire accepter ses vues relatives au baccalauréat et à l'affiliation des collèges et des petits séminaires à l'Université. Ces luttes, il les soutenait avec la plus entière franchise ; elles lui paraissaient être un devoir que parfois, pourtant, il regrettait d'avoir à accomplir. " Il faudra donc toujours lutter ! " disait-il avec un accent de profonde tristesse, la veille

(i) Nous devons à l'obligeance de Mgr C.-O. Gagnon, d'avoir pu consulter le Journal manuscrit si intéressant et si précieux de Mgr Legaré.

même du jour où il fut mortellement frappé par la maladie. Les souffrances morales ont, aussi bien que les souffrances physiques, précipité la fin de sa carrière. S'il eût vécu quelques mois de plus, il eût vu la réalisation de ses rêves, et nos maisons d'enseignement secondaire s'unir et se grouper enfin autour de l'Université Laval.

Ceux qui ont le mieux connu M. Casault ne reprochent guère à son esprit si fertile et si aiguisé qu'un seul défaut, celui d'une causticité parfois trop piquante. Il aimait, nous écrit l'un d'eux, qui fut quelquefois sa victime, à tirer des pointes pas mal pointties. Mais cette tendance, qui tenait à son tempérament très sec plus encore qu'à une réelle inclination de sa volonté, n'empêchait pas l'abbé Casault d'avoir une grande charité, d'être dévoué sans réserve à ses confrères et à ses amis. Ironie et bienveillance se rencontrent volontiers dans une même âme : et notre nature n'est-elle pas plutôt faite tout entière de ces contrastes ?

La charité de M. Casault était d'ailleurs sans bornes : elle ne connaissait pas même les limites de ses ressources. Les pauvres le savaient bien, eux qui sont si attentifs à discerner les mains qui savent s'ouvrir. M. Casault leur donnait tout ce qu'il avait, et l'on trouva même à sa mort qu'il avait contracté pour eux une dette de près de soixante louis : le seul héritage qu'il ait laissé, et qui est échu à un membre de sa famille (I).

Mais cette bonté naturelle, cette charité si généreuse et si désintéressée, c'est envers les élèves de l'Université et du Petit Séminaire qu'il se plût surtout à l'exercer.

Aux étudiants des Facultés de droit et de médecine

(1) Eloge de M. Casault, par le docteur H. Larue, 1863.

il ne ménageait pas ses soins, sa sollicitude toute paternelle. Non seulement il savait, à l'occasion, leur donner l'aumône d'une sage direction, ou d'un bon conseil, mais encore il les secourait de ses propres deniers ; nous savons que pendant plusieurs années il consacra une bonne partie de son maigre salaire à payer les frais d'études des jeunes gens pauvres qui suivaient les cours de l'Université.

Directeur du Petit Séminaire de Québec pendant huit ans, il n'a cessé de prodiguer aux enfants qui lui étaient confiés toutes les marques de la plus bienveillante charité. Homme de règle, et soucieux de faire observer la plus exacte discipline, il était à la fois sévère et bon ; il possédait l'art difficile d'inspirer à la fois de la crainte et de l'estime. Et si, pendant tout le temps de son directorat, rien n'était tant à redouter parmi les écoliers que (f aller chez Monsieur Casault, il est inouï qu'aucun élève, qui avait mérité ce châtiment, ait jamais osé proférer une seule parole amère à l'adresse du bien-aimé directeur. Rarement, d'ailleurs, punissait-il : quelques avis, très précis, quelques mots brefs, et énergiquement accentués, renvoyaient tout confus l'écolier même le plus hardi (I).

C'est que M. Casault aimait ses enfants et leur voulait faire tout le bien qu'il souhaitait. Il cherchait dès lors à entrer en contact avec eux, à les attirer à lui pour les mieux connaître et leur être plus utile.

Professeur de sciences pendant vingt ans, il réunissait ses élèves le jeudi soir dans la classe de physique pour passer avec eux la récréation. C'était pour lui un excellent mo3^en de les distraire et de les instruire tout ensemble, d'éveiller leur confiance, de provoquer leur sympathie, de

(i) Eloge de M. Casault, par le docteur H. LaRue.

leur donner de sages conseils : tellement l'ami, le directeur d'âmes et l'apôtre se confondaient en lui avec le maître ou le professeur. Sa sollicitude allait quelquefois jusqu'à paraître excessive. " Une des grandes préoccupations de M. Casault, dans ses rapports avec les élèves, écrivait encore Mgr C. Legaré, c'était de les éloigner des occasions de péclié ; je trouvais même ses précautions minutieuses : objets, paroles, actions, promenades, repos, réjouissances, tout devenait un sujet de crainte. . . Aujourd'hui, je connais un peu mieux le cœur des jeunes gens, et je ne m'étonne plus de toutes les inquiétudes de M. Casault (l) ".

M. Casault savait aussi qu'un des meilleurs moyens de combattre le mauvais esprit chez les écoliers, c'est de leur montrer beaucoup d'intérêt, et de chercher par tous les moyens possibles à améliorer leur sort. C'est à ce dernier soin qu'il s'est particulièrement appliqué : " Pourrionsnous l'oublier ? écrivait dans L'Abeille, au lendemain de la mort de M. Casault, un de ses élèves ; il aima aussi nos plaisirs. La vie de collège a besoin de distractions, et, plus que tout autre, il voulut compatir à nos faiblesses.

" Dans nos beaux congés de Maizerets, lorsque nous nous livrons aux jeux de la balle, lorsque nos esquifs errent sur ce vaste étang, creusé à si grands frais, lorsque nous nous livrons à nos exercices gymnastiques, nous serions ingrats si nous allions oublier la part, de plaisir que nous devons à M. Casault. Il a proposé ces travaux immenses, il en a dirigé lui-même l'exécution."

Au Petit Séminaire, M. Casault fit agrandir les cours de récréation : il savait combien sont précieuses et combien peuvent être salutaires pour le développement phy-

(1) Journal au 16 août 1865.

sique et moral de l'enfant, ces heures qu'il passe à se distraire et à s'amuser dans une cour où il y a suffisamment d'espace, d'air et de lumière. C'est encore dans le but de ménager à ses chers élèves un lieu de repos plus agréable pour le temps des vacances, qu'il s'appliqua à embellir la délicieuse retraite du Petit Cap de Saiut- Joachim (I) : son industrieuse charité se plaisait à ajouter aux charmes de cette nature, de cette solitude que les mois d'été font si vivante et si joyeuse.

Regrettant parfois que les élèves qui avaient étudié au Séminaire ne conservassent point, pour la maison, un souvenir et une reconnaissance assez fidèle, il s'efforçait de développer chez ceux qu'il dirigeait ce sentiment de piété filiale qui doit exister au cœur de tout bon élève. C'est surtout dans ce dessein qu'il institua la fête annuelle de Mgr de Laval. Avec le culte du fondateur, du chef bien-aimé de la grande famille du Séminaire, s'établirait infailliblement dans l'esprit et dans le cœur des élèves un sincère attachement pour l'œuvre qu'il avait créée, et dont ils bénéficiaient à leur tour.

Après même que l'Université fut fondée, et au moment où son organisation absorbait une si large part de son temps, M. Casault s'occupait très activement des œuvres du Petit Séminaire, des élèves et de leurs études. Doué d'une grande lucidité d'esprit, il pouvait se donner à la fois, tout entier, aux affaires de l'un et l'autre établissement. Au surplus, le Séminaire et l'Université avaient trop de points de contact, ces deux institutions se complétaient trop naturellement, pour que M. Casault, travaillant

(1) Voir le Journal de Mgr Légaré, à la date des 14 et 18 juillet 1865, au sujet des transformations faites à la chapelle du Petit Cap par M. Casault.

pour l'une et pour l'autre, ne vît pas qu'il y trouvait une excellente occasion de s'appliquer plus complètement à la réforme et au progrès de l'enseignement au Canada.

Il ne faut pas oublier, en effet, que M. Casault fut par-dessus tout un éducateur émérite, et qu'il vit avec précision tout ce que l'on pouvait, tout ce que l'on devait faire pour perfectionner nos études classiques, alors plus ou moins bien organisées. " A ses yeux, écrivait Mgr M.-B. Méthot, l'éducation de la jeunesse était chose si grande et si sacrée qu'il était prêt à faire tous les sacrifices pour lui donner toute la perfection dont elle était susceptible. Homme de tradition et homme de progrès tout ensemble, autant il respectait les anciens usages, autant il s'empressait d'introduire les améliorations et les réformes qui lui paraissaient nécessaires ou simplement utiles (r) ".

Dès lors, nul doute que le fondateur de l'Université ne travaillait si ferme à son œuvre que parce qu'il en espérait un grand bien, non seulement pour les jeunes gens qui viendraient chercher à Laval des leçons de droit et de médecine, mais aussi pour les collèges et les petits séminaires de la province. Il comptait beaucoup sur l'émulation que ferait naître bientôt chez les écoliers la louable ambition de conquérir le diplôme de bachelier.

L'abbé Casault a-t-il entrevu le jour où l'Université Laval deviendrait l'Bcole normale supérieure du Canada français? Il est permis de le croire. Ce qui est certain, c'est que le premier, dans notre pays, il a posé d'une façon sérieuse et pratique la question de la formation des professeurs de l'enseignement secondaire. " Il désirait, écrit Mgr Legaré dans son Journal du 25 avril 1865, °lue tous

(1) Notice biographique, publiée dans V Annuaire de l'Université, 1862-1S63.

les professeurs eussent étudié en Europe." A peine avaitil jeté les fondements de l'Université Laval, qu'il faisait lui-même décider par le Séminaire de Québec l'envoi de quelques jeunes ecclésiastiques à Paris. L'abbé Casault était convaincu que l'absence d'une formation spéciale pour les professeurs du cours classique est ce qui amène le plus fatalement la routine dans renseignement. L'enseignement secondaire ne peut vivre seulement de traditions ; il dépérit nécessairement quand on ne fait guère que se transmettre de génération en génération, avec les mêmes méthodes, les mêmes habitudes de vie intellectuelle ; il s'appauvrit inévitablement et se stérilise quand il ne se renouvelle pas sans cesse aux sources de l'enseignement supérieur. Il faut au professeur une formation, une culture toute spéciale, s'il veut être dans sa classe un véritable maître, s'il veut apprendre, même aux petits enfants, autre chose que des formules de manuel et des règles de syntaxe, s'il veut ouvrir le plus tôt possible leur esprit, et y verser des idées.

Le professeur n'est pas seulement un homme de métier, il doit être aussi un homme de science. Le métier s'acquiert, sans doute, par l'étude des méthodes et par l'expérience personnelle ; l'art d'enseigner est souvent un pur don de la nature, et c'est en ce sens que l'axiome a raison : nascitur magister. Mais ce que l'on ne peut généralement acquérir soi-même et sans études préparatoires spéciales, c'est la science requise pour le ministère de l'enseignement, c'est cette formation très sûre et très précise de l'esprit qui permet de travailler avec le plus de compétence possible à la formation des autres. Cette culture toute particulière qu'il faut au professeur, le travail personnel, isolé, sans surveillance, sans direction, ne peut

que très difficilement la procurer; l'enseignement secondaire ne la donne pas ; l'Ecole normale ou les établissements d'enseignement supérieur sont, dans tous les pays où l'on s'efforce d'améliorer et de fortifier sans cesse l'enseignement secondaire, les centres où vont se préparer les futurs professeurs.

C'est ce que vit bien et ce que comprit M. Casault, avec ce sens très avisé qu'il avait des choses de l'éducation. Ht parce que nulle institution n'existait encore au pays, où l'on pût former les jeunes professeurs de nos collèges et de nos petits séminaires, il pensa que l'Bcole des Carmes de Paris était, à ce moment-là, avec l'Université de Louvaiu, les deux établissements principaux où il convenait d'envoyer étudier les ecclésiastiques que l'on destinait à l'enseignement. C'est à Paris qu'il dirigea lui-même quelques jeunes prêtres ou séminaristes de Québec (I).

L'exemple donné par M. Casault n'a certainement pas été assez suivi. Voilà cinquante ans qu'il est proposé à nos maisons d'éducation, et cependant l'on compte encore sur les doigts ceux de nos professeurs de lettres ou de sciences qui ont eu l'avantage de recevoir une formation spéciale, et de passer, sérieusement, par l'enseignement supérieur. Trop rarement nos collèges et nos petits séminaires ont songé à procurer eux-mêmes à ces professeurs de lettres ou de sciences les moyens de faire les études préparatoires dont ils avaient besoin ; on ne s'est pas habitué encore, dans les collèges et les séminaires de notre pays, à considérer cette dépense comme une de celles qui s'imposent avec le plus de rigueur dans le budget annuel. Et ceci vient sans doute de ce que, en vérité, on n'a pas encore

(1) Voir le Journal de Mgr Legaré, 25 avril 1865.

IÔO L'UNIVERSITÉ LAVAL

ici regardé assez en face, ni étudié avec assez de soin la grave question de la formation des professeurs. On a peut-être pensé trop volontiers que le dévouement, l'esprit de sacrifice qui est bien, certes, la première vertu de nos éducateurs ecclésiastiques, supplée, quand il s'agit surtout des professeurs de grammaire, de littérature et de sciences, à une préparation pourtant indispensable, à une étude sérieuse et approfondie des matières que l'on doit enseigner.

Nul doute, cependant, qu'à mesure que les conditions financières de nos établissements d'enseignement secondaire s'amélioreront, on éprouvera davantage le besoin de sortir de chez soi, d'aller chercher ailleurs des éléments de vie nouvelle, de donner surtout au personnel des professeurs un prestige plus considérable, une valeur scientifique plus grande et plus réelle. Et alors triomphera de tous les obstacles, de toutes les résistances ou de toutes les mollesses le principe si vaillamment prôné par le premier recteur de l'Université. \

M. Casault a encore exercé au dehors de l'Université, soit par ses conseils, soit par son action personnelle, une influence considérable. Nous ne pouvons ici retracer en détail ce côté de sa vie. Rappelons seulement, en passant, la part qu'il prit à l'administration du diocèse. Mgr l'archevêque, soucieux de s'entourer d'un conseil où se trouveraient réunis les membres les plus distingués de son clergé de Québec, et de se mieux renseigner par ce moyen sur l'état des esprits et des œuvres du diocèse, appela M. Casault à siéger dans ce conseil, et lui conféra le titre de vicaire général.

D'autre part, le premier recteur ne perdait jamais une occasion de montrer combien il était zélé pour le progrès matériel, économique de son jeune pays. Sans se mêler

LES HOMMES l6l

aux questions politiques qui divisent les hommes, il se plaisait particulièrement à encourager " ceux qui, par leur zèle ou par le devoir de leur position, travaillaient à la défense des grandes causes de la nationalité canadienne et de la colonisation du pays par les enfants du sol (I) ."

C'est pour cela sans cloute, c'est parce que M. Casault fut à la fois un fondateur courageux, un éducateur clairvoyant, un conseiller habile et un patriote zélé, que sa carrière fut si admirablement remplie, et que sa mort prématurée jeta le deuil dans tout le pays.

Il avait cessé depuis deux ans d'être recteur, et il était préposé depuis ce temps à la direction du Grand Séminaire. Membre du conseil universitaire, assistantsupérieur et vice-recteur, il vivait au milieu de ses collègues, et il pouvait longtemps encore les faire bénéficier de l'expérience qu'il avait si laborieusement acquise. Aussi, ce fut à Québec, et bientôt par toute la province, une cruelle surprise et une véritable consternation quand, le 5 mai 1862, on apprit qu'une mort inattendue, après quelques jours de maladie seulement, couchait M. Casault dans la tombe. Le premier recteur n'avait que cinquante-quatre ans.

Cette mort fut regardée comme un malheur national. Il suffit de relire les journaux de cette époque, et d'y voir les éloges et les sympathies qui, de toutes parts, arrivaient à cette tombe pour comprendre quelle perte l'Église et la patrie canadienne venaient d'éprouver. Cet homme qui avait fui la gloire, qui évitait avec tant de soin les applaudissements du public, et tout ce qui pouvait faire du bruit autour de sou nom, fut enseveli au milieu des larmes et des unanimes regrets de tout un peuple.

(1) Notice biographique, par Mgr Méthot.

Jusque-là, on avait bien connu M. Casault, sans doute : on l'avait estimé, on l'avait admiré ; seulement, on avait pris grand soin de ne pas contrarier son extrême modestie, et avec cette pudeur qui est une des formes les plus délicates de l'amitié et du respect, on avait toujours contenu dans de très discrètes limites les sentiments d'une admiration profonde qui débordait sans cesse et ne cherchait qu'à se manifester au dehors. Mais dès que la mort eut fermé les yeux de cet humble, et qu'elle eut à jamais empêché ses oreilles de s'ouvrir aux bruits de la terre, ce fut autour de son lit funèbre comme une explosion d'universels regrets, et, quelques mois après ce douloureux événement, on pouvait dire en toute justice que la gloire pour M. Casault n'avait commencé qu'à sa tombe n\

Ses funérailles se firent avec une solennité extraordinaire à la cathédrale : la chapelle du Séminaire ayant été jugée trop petite pour contenir la foule immense de citoyens qui voulaient assister à la cérémonie.

Cependant, la veille, la dépouille mortelle du défunt avait été transportée dans cette chapelle du Séminaire, et c'est de là que le jeudi matin partit le convoi funèbre. A neuf heures et demie, les avenues du Séminaire et la chapelle étaient encombrées de fidèles. On comptait, parmi cette multitude, des citoyens appartenant à toutes les classes de la société. Le premier ministre du Canada, M. B. Cartier, et plusieurs membres du gouvernement ; le président de la chambre des députés, le consul de France, le maire de Québec, un grand nombre de juges et d'anciens ministres ; presque tous les membres catholiques des deux Chambres et bon nombre de leurs collègues protestants avaient tenu

(i) Eloge de M. Casault, par le docteur H. LaRue.

à apporter personnellement le témoignage de leur hante et unanime sympathie pour le défunt, et assistaient au service funèbre : si bien que l'on croirait, à lire aujourd'hui le compte rendu de cette démonstration, qu'il s'agissait de funérailles vraiment nationales. Voici, emprunté au Cotirrier du Canada, l'ordre dans lequel défila le cortège :

Le clergé ;

Les Frères de la doctrine chrétienne ;

Six élèves du Petit Séminaire portant le drap mortuaire de la Congrégation ;

Le corps ;

Six supérieures de collège ou grands-vicaires portant les coins du poêle ;

Les membres de la famille ;

Le doyen et les professeurs de la Faculté de droit ;

Le doyen et les professeurs de la Faculté de médecine ;

La Faculté des arts ;

Les élèves de l'Université, selon le rang de leurs Facultés respectives ;

Les ministres du Bas Canada ; le consul de France et le chancelier du consulat ;

Son Honneur le maire de Québec et les honorables juges ;

Les membres des deux Chambres du Parlement ;

Le corps des marguilliers de Québec et de Saiut-Roch ;

Les officiers de la milice canadienne ;

Les membres du barreau ;

Les élèves du Petit Séminaire;

Les élèves du Collège de Notre-Dame de Lévis ;

Les citoyens.

Plus de cent-trente prêtres, venus de tontes les parties dn Canada, assistaient au service religieux. La cathé-

drale suffisait à peine à eontenir la foule des assistants. " Le chœur, le bas-chœur, la grande nef et les nefs '. raies, les galeries de côté, le jubé et la double galerie de l'orgue, tout était rempli comme aux jours des grandes solennités (I)."

" L'église était toute tendue de noir et décorée de toutes les pompes de la mort.

" Le feu, qui prit dans uik au commencement

delà cérémonie, causa une panique subite et une confusion extrême ; mais le feu fut éteint instantanément et le calme se rétablit aussitôt.

k' Le service fini, le convoi se remit en marche pour se rendre à la chapelle du Séminaire, où devait être inhumé le vénéré défunt.

*' M. le grand-vicaire C.-F. Ca/eau, administrateur du diocèse pendant l'absence de Mgr Baillargeon, parti pour Rome, rappela dans une courte mais touchante allocution, les vertus, les mérites, les talents et les es éminents

rendus au pays par cet homme qui allait descendre dans le tombeau ( . "

Le soir de ce même jour, le Journal de Québec consacrait à la mémoire de M. Casault un long article, qui exprimait avec une grande sincérité le sentiment de tout le peuple canadien.

" Cet homme, y était-il dit, aux mœurs si simples, ne pouvait être apprécié que par ceux qui le connaissaient et qu'il approchait. . . Si donc sou nom est si grand et si vénéré aujourd'hui, c'est que son œuvre, à laquelle il ne demandait rien pour lui, a placé sur sou front une auréole de gloire que le temps ne fera pas pâlir.

(i) Le Courrier du Canada, 9 mai 1S62. (2) Journal de Québec, S mai 1862.

S HOM3J I S : r J

" Son regard, d'habitude si timide, s'illuminait parfois

l'r::e e:r;,:;ce :l.~.r:e Or. re srrrri: croire ce cri", y c.wri: de fer. cl"ir.:el' çer.ce :e :-:<::. e: :e vclrrre ...v.> ce::e charpente fragile qui semblait, à chaque instant, succomber sous son poids : de ce feu qui embrase et qui donne les grandes inspirations, de cette intelligence qui crée, de ce::e :..-'. :.:i errerr se e: cri : . : :. erre :1e ;e::e v:'.;:::e rersisr.rre cri exécr:e e: r;.: serrier:.

1 r. t ie Ir ;erresse .::". rr:ec:ier::cr: cl'rre

. - : r:e r..:e— .elle e: cri Iri répcrcl :,:\ '■;;;■: .'.".; ri y..: sesrec;re:s. C. rrrre srrérierr il :ercri: irrlexiblerier: .'.'./. recelé rrris .ivec :•:::: rrerrrcle ecrrrisscr.ee ;.v. ccer.: l:r:::rir. il fcrisr.i: server: serrer rr: -le re rrs voir ce cr il er: é:é r rll^e re rrrir civec :rcr re sévéri:é, e: rir.si

:erri: ce . ". rlri: .le ee::e rcr/ererse ;erresse. c.rx habitudes, aux gofe aux passions et aux instincts si ii ers.

Crrrrre r: resserr. il é:ri: rcrrc.rcrrrV.e : :.: '.:. clrr- :î e: Ir r: : .:. ie 5e< exrlicr:icr:s cri re cess.:ier: ;r:rc,is clè:re crrecrc.erses e: rrrerr.elles ; e; .1: ce::e vérole. cl ::.-.' .rrcle si rirrire. ;rillissci: irvrric/clerrerr 1.-. lr::.iè:e. . .

"Cet homme si for: si - ère en apparence, cette machine à penser et à organiser, qui le croirait, était sensiele eerrrre rr errrr.: e: r.crs l"rvers vv. rlecrer er. -e séparant d'une classe qu'A affectionnait tout particulii ment ; et aussi, ceux qui, de cette classe : encore, ne

l'rv.rlierrr: ;r:r.c.is

" Orrr.cl il rrrr: clevcr: Lrrr Elcrr. yxr: Iri cecrerrcle: sr. rrr:ec:i r. errrès -le S.-. Mc.;e>:e er frverr re "/"Trial, il surprit le noble lord par la lucidi:. sa yv.rele e: 1.-. Ir.r.err .le ses vues, e: ce::e rrc:ec:ior.. si clifreile 1. clrerir rcr.s ::c:re sirrericr. exeer:irrr.elle. i] l'o'erir: srrs reire

" Que n'eût pas accompli cet homme avec une organisation physique plus forte ? car, tourmenté presqu'incessaminent par une dyspepsie décourageante et un rhumatisme aigu, il pensait et agissait dans la souffrance. ..."

Après avoir rappelé les travaux entrepris par M. Casault pour fonder et organiser l'Université Laval, l'écrivain du Journal de Québec terminait ainsi son article :

" Il était humble à l'excès pendant sa vie ; il sera glorifié à l'excès après sa mort, et toutes les générations qui viendront s'instruire à l'Université qu'il a fondée pour elles, béniront sa mémoire et perpétueront son nom chéri.

" Pour nous, nous demandons humblement qu'il nous permette de graver sur sa tombe l'expression d'une douleur amère et d'une reconnaissance sans bornes, pour ses leçons, pour ses conseils, et pour cette confiance généreuse qu'il ne nous a jamais retirée dans les épreuves les plus difficiles et dans les moments les plus remplis de doute (I) ".

A peine la tombe s'était-elle refermée sur M. Casault qu'un comité se forma pour recueillir les fonds nécessaires à l'érection d'un monument qui serait consacré à la mémoire de ce prêtre, et de ce grand citoyen. Dès le 3 janvier 1863, le comité avait mené à bonne fin l'œuvre de pieuse reconnaissance qu'il avait entreprise, et l'on procédait, dans la chapelle du Séminaire, à la bénédiction du monument Casault. Ce monument, qu'on avait voulu faire modeste et très simple, destiné qu'il était à rappeler les vertus du plus grand, mais du plus humble ouvrier de l'Université Laval, fut placé dans le chœur de la chapelle du Séminaire, à gauche du maître-autel. Surmonté des

(1) A consulter sur M. Casault un excellent article, écrit par M. Ferland, et publié dans les journaux français de Québec, le 7 mai 1862. Nous avons fait quelques emprunts à cet article.

armes de l'Université Laval, il portait, gravée dans le marbre, l'inscription suivante que l'on avait placée au jour des funérailles dans la tombe même de M. Casault :

Hic jacet

Illust. et Rev. Ludovicus Jacobus Casauet,

Presbyter,

In Sacra theologia doctor,

Archiepiscopi Quebecencis Vicarius Generalis,

Unus e rectoribus hujusce urbis Seminarii

cui per novem annos superior pr7efuit ;

idem postquam priores octo per annos seminarii mlnoris

Alumnos disciplina informavit,

Novissime Majoris Seminarii factus pr^esul.

Ad obtinendamcondend.e Universitatis facultatem

In Angliam misssus,

Mira prudentia miraque in rébus agendis peritia

Rem ad optatum finem perduxit.

Singulari tandem concilio, quum illustrissimas Europe urbes

Invisisset,

omnia quiecumque in singulis academiis crederet optima

decerpens,

Tatriam suam, adjuvantibus consortibus, Universitate Lavallensi,

CUJUS primus fuit rector,

Dota vit.

nullius tamen rei appetens nisi dei gloria et religionis incrementi,

Fer totam vitam totisque viribus institutioni juventutis indesinenter

incubuit ;

Tum ipsis magistris acceptissimus, tum alumnis carissimus,

Incredibili omnium desiderio et dolore

extinctus est,

Die V Maii, A. D. M.DCCCLXII, .état. LIV.

Ad memoriam tanti viri hoc pium monumentum EREXERUNT CIVES ET

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