Chasse aux lions, dans le goût de Rubens
Ce morceau fait le pendant du précédent, et il est gravé d'une pointe aussi rapide, mais plus grossière. Sur la gauche, un cavalier dont le cheval s'est abattu, se défend avec sa pique contre un lion qui s'est jeté sur lui et va le dévorer. Un autre cavalier, qui est au milieu de la planche, lève le bras gauche pour porter un coup de sabre au lion.
Hauteur, 0,157 ; largeur, 0,117.
BARTSCll, 116. CLAUSSIN, 118. WILSON, 120.
Il en est de cette estampe comme de la précédente: les premières épreuves ont le fond sale et des barbes; mais cette saleté ressemble à celle qu'on obtiendrait en frottant le cuivre avec du papier de verre ou de la pierre ponce, de sorte qu'il n'est pas impossible que cette saleté, après s'être usée à l'impression, ait été rétablie par le possesseur de la planche; car elle apparaît sur certaines épreuves dans des conditions suspectes, c'est-à-dire, qu'elle est accompagnée de barbes mal simulées. J'ai eu souvent occasion de ren-
contrer à Londres des épreuves de ces trois Chasses aux lions, tirées à très-grandes marges dont le papier était vierge de toute maculature, et ne portait aucune de ces traces de possession qu'on remarque sur les pièces qui ont passé par plusieurs cabinets d'amateurs ; j'en ai conclu que les planches de ces trois Chasses aux lions pouvaient bien exister encore entre les mains de quelque marchand, trop habile pour ne pas niettre beaucoup de discrétion dans son tirage.
Pour ce qui est du caractère des deux estampes que nous venons de décrire, il est impossible de ne pas s'y arrêter, tant il y a de verve, d'énergie et de feu. La plus belle des deux, à notre sens, est la première, dans laquelle la lionne en furie et le cheval qui se cabre sont des morceaux étincelants d'esprit; mais la seconde est plus curieuse, parce qu'elle est faite évidemment dans le goût de Rubens. Rembrandt, au moment où il grava cette eau-forte, était sans doute préoccupé de quelques estampes de Bolswert; mais c'est la seule fois qu'il paraît s'être inspiré du grand maître flamand, bien qu'il possédât un volume d'estampes d'après Rubens et Jordaens, ainsi qu'on peut le voir dans l'inventaire de ses portefeuilles. Et, à ce sujet, nous remarquerons combien il est singulier que Rembrandt et Rubens, vivant à la même époque bien que d'un âge différent, et habitant des pays si peu éloignés l'un de l'autre, ne se soient jamais connus.
302 LŒUVRE DE REMBRANDT.
Il n'existe en effet aucun vestige de relations entre ces deux chefs d'école, ni dans leur correspondance, ni dans leur biographie. Et cependant il eiii été curieux de savoir comment ces deux génies s'appréciaient mutuellement, l'un expansif, brillant et tout à la surface, l'autre profond, rêveur et concentré.