‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 11 sur 151 · DANS LE COULOIR · texte numérisé non relu

DANS LE COULOIR

Trois chemises d'homme.

Six mouchoirs de poche. Douze serviettes.

Trois nappes.

Quelques collets et manchettes.

Fait et inventorié les 25 et 26 juillet 1656.

(Extrait du Registre des Inventaires de l'an 1656, déposé à la Chambre des Insolvables de la ville d'Amsterdam.)

En lisant ce curieux et triste inventaire , on se demande tout d'abord comment il a pu se faire que Rembrandt n'ait pas trouvé un seul ami pour l'assister. Nous avions dû croire, pour la justification de ceux que ce grand peintre honora de son amitié, que dans ces années malheureuses oii la Hollande était désolée par la guerre étrangère et par les troubles intérieurs, la gêne fut universelle. Les historiens racontent en effet qu'il y avait alors deux ou trois mille maisons inhabitées dans la ville d'Amsterdam. Mais les documents récemment découverts par M. Scheltema, archiviste de cette ville, ont jeté une vive lumière sur ce point. De ces documents il résulte que Rembrandt s'est marié deux fois. Or, aux termes du testament de Saskia Uylenburg, sa première femme, il devait avoir la jouissance de tous les biens qu'elle laisserait ( et ces biens étaient considérables ) pour le

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cas oii il ne se remarierait point. Dans le cas contraire, leur fils unique, Titus Van Ryn, devait hériter de tout. Saskia Uylenburg étant morte en 1642, Rembrandt se remaria, suivant toute apparence vers 1654 , et fut par cela même obligé de rendre des comptes à son fils Titus , et comme ce fils était mineur, l'affaire fut naturellement poursuivie par un subrogé tuteur; mais Rembrandt était alors insolvable. Depuis plusieurs années que sa femme était morte, le désordre s'était mis dans ses affaires : un fils à élever, un atelier de trente élèves à conduire , c'était plus qu'il n'en fallait pour un homme que devaient absorber les créations journalières de son génie. Ajoutez à cela que sa passion pour les objets d'art n'avait plus connu de frein. Un de ses disciples , Samuel Hoogstraten , raconte qu'il lui vit un jour pousser en vente publique jusqu'à 80 florins une estampe de Lucas de Leyde, l'Espiègle, Il était donc ruiné en 1656 , ruiné en ce sens que toute sa fortune était représentée pa^ des objets d'art qui , à cette époque de crise pour la Hollande, venaient de subir une dépréciation énorme. En conséquence Rembrandt ïut exproprié par autorité de justice , et le fut avec toutes les rigueurs de la légalité. Mais ses biens une fois mis en vente, ses créanciers se présentèrent, celui-ci avec son hypothèque, celui-là avec son compte , et ainsi tout s'explique , sans qu'il faille accuser d'aucune dureté les amis de Rembrandt,

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et en particulier le bourgmestre Corneille Witzen et Jean Six.

Mise aux enchères en 1656 , la maison de Rembrandt n'eût pas trouvé un seul acquéreur; la vente fut, en conséquence, ajournée a l'année 1660. Quant aux objets d'art, meubles et effets mobiliers dont l'état précède, les procès-verbaux de la Chambre des notaires de 1657 nous apprennent que, le H novembre de la même année, MM. les commissaires ont autorisé Jacob Haaring, concierge , à procéder à la vente de ces biens. Qui croirait que la totalité d'une aussi merveilleuse collection pour laquelle Rembrandt avait dû dépenser des sommes si considérables, et qui aujourd'hui représenterait près d'un million, ne produisit dans ces temps désastreux que 4,964 florins 4 stuivers ! même en y comprenant les dessins et estampes qui furent vendus séparément, un an plus tard, comme nous le verrons ci-après. Il y avait à peine là de quoi satisfaire tous les créanciers. Le premier qui se présenta fut le bourgmestre Corneille Witzen, à qui Rembrandt avait emprunté, en 1653, la somme de 4,180 florins, ainsi qu'il résulte de la pièce suivante :

Extrait du quatorzième registre des minutes déposées à la C/iambre des Insolvables de la ville d'Amsterdam.

Les commissaires autorisent le secrétaire de la ville d'Amsterdam à payer à l'honornble M. Corneille Witzen , boiirgueraestre de

INVENTAIRE

celte ville, la somme de 4,180 florins, à prélever sur le produit de la vente des biens saisis de Rembrandt Van Ryn, en payement de pareille somme due audit bourguemestre par ledit Rembrandt, fils d'Harmen, peintre.

Fait ]e 30 janvier 1658.

Franz Bruyningii.

Cette somme fut en effet payée , comme le prouve la quittance qui suit :

Je soussigné reconnais avoir reçu de la Chambre des Insolvables, le 22 février 4 658, la somme ci-dessus mentionnée de 4,4 80 florins, suivant mon inscription au registre des hypothèques.

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