Gueux debout
Un gueux coitfé d'un bonnet élevé bordé de fourrure; il est couvert de haillons et ceint, par le milieu du corps, d'une corde dont les deux bouts pendent derrière lui , et à laquelle est fixée sur le côté une sorte de gibecière. Tl est vu de profil, se dirigeant vers la gauche, et il tient un bâton de la main droite. Le fond est clair, sauf une ombre portée dans le bas de la gauche. On remarque dans le haut une ligne horizontale qui touche à l'extrémité du bonnet, et, derrière le personnage, une autre ligne tremblée qui va de haut en bas. Cette pièce n'est pas commune. H en a été fait une très-jolie copie par Vivarès.
BARTSGH, 163. CLAUSSIN, 160. WILSON, 160.
Les deux estampes qui précèdent représentent le
même gueux, vu de face el de prolil . de près et de loin. Elles sont l'une et l'autre gravées avec gout, bien que faites rapidement et à peu de frais. Ceu\ qui veulent apprendre à dessinei' un cro(]uis pourront consulter ti'ès-utilenient ces deux pièces. Ils verront conunent il sutïit d'accuser les grands plans et les principales ombres, en négligeant tout le i*este, pour donner une idée complète du personnage que l'on veut représenter. Cette leçon sera surtout profitable aux artistes, aujouî'd'Iiiii si nombreux, qui dessinent pour la gravure en bois. La plupart ne savent pas s'arrêter à temps; ils couvrent leur dessin de demiteintes successives , comme on le ferait pour donner un modèle au graveur en taille-douce. Il en résulte le plus triste effet, parce que la gravure en bois, ne pouvant rendre les insensibles transitions du clair à l'obscur, ne pi'oduit qu'un travail galeux, là oii il était si simple de ménager un blanc pur. Le burm du graveur en taille-douce exprime facilement sur le cuivre les passages les plus délicats de la lumièi'e à l'ombre , au moyen du renflement ou de l'atténuation des tailles et par un système de points qui diminuent peu à peu de grosseui' et linissent par devenir presifue imperceptibles; mais le burin du graveur en bois ne saurait atteindre à ces finesses. Les plus habiles savent bien, il est vrai, couper le bois de façon que l'extrémité de la taille ne soit pas à la surface de la planche
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de bois (c'est ce que l'on appelle baisser les tailles); mais quelle que soit la perfection de leur travail, le tirage à la presse mécanique en détruit toujours l'harmonie. Passe encore si chaque épreuve était tirée au couteau avec toutes les nuances de vigueur ou de délicatesse que la main du graveur peut y mettre; mais quand une planche en bois est sous la machine , toutes les roueries de la mise en train n'empêchent pas qu'il n'y ait des points qui viennent et d'autres qui ne viennent point, des tailles qui se brisent et d'autres qui se continuent. De là le misérable aspect dont nous parlions tout à l'heui'e. Il est donc urgent que nos dessinateurs sur bois s'habituent à dessiner des croquis , c'est-à-dire à supprimer les demi-teintes inutiles et à rapprocher hardiment les ombres les plus franches et les plus vives lumières. Pour acquérir cet art, encore une fois, ils n'ont rien de mieux à faire que d'étudier les croquis de Rembrandt , particulièrement les deux Gueux debout que nous venons de décrire.