Abraham parlant à Isaac
Rembrandt a choisi, dans ce sujet, le moment où Isaac demande à son père quelle est la victime qui va être immolée. Abraham, montrant du doigt le ciel, explique à son fils les ordres de Dieu. Il a sa main gauche élevée et la droite sur la poitrine. Isaac est debout devant lui et l'écoute. Il tient des deux mains un fagot qui pose à terre par un bout. On voit sur la gauche, derrière Abraham, un chaudron fumant. L'estampe est un peu cintrée par le haut. On lit au bas de la gauche : Rembrant, et au-dessous 1645.
Les premières épreuves sont entièrement encadrées par un trait irrégulier et raboteux qui a peu à peu disparu.
BARTSCH, 34. CLADSSIN, 39. WILSON, 3 8.
Bien que l'expression soit ici frappante dans la
figure du père, et très-finement nuancée dans celle du
fils, on peut douter que cette pièce ait été gravée par
Rembrandt lui-même. La maigreur et le froid du tra-
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vaii, la faiblesse du modelé, le dessin des jambes, me font penser que l'exécution, du moins, n'est pas de sa main. La signature Rembrant sans d en serait encore une preuve. Toutefois, l'invention étant, selon toute apparence, de Rembrandt, nous n'avons pas cru devoir retrancher de son œuvre une estampe déjà décrite par tous nos prédécesseurs.
f). Le Sacrifice d* Abraham,
Le patriarche est placé au milieu de l'estampe et dirigé un peu vers la gauche. Il tient d'une main le couteau du sacrifice, et de l'autre il cache les yeux de son fils Isaac, qui est à genoux devant lui et dirigé vers la droite. L'ange vient par derrière et saisit les deux bras du père. Au pied de l'autel du sacrifice est un vase destiné à recevoir le sang de la victime. Sur la gauche, on remarque un turban et quelques draperies; sur la droite, plus bas que la figure d'Abraham, on voit ses serviteurs qui l'attendent avec un âne chargé. Dans le lointain, on distingue deux voyageurs qui descendent la montagne. Sous l'aile droite de l'ange, on aperçoit un bélier. Au bas de la droite, on lit : Rembrandt f. 1655. Le^/, étant écrit à rebours, a la forme d'un 6.
Ce morceau peut servir dépendant à celui qui représente Abraham recevant les anges. 11 est gravé d'une pointe libre et spirituelle, et la manière noire y produit un bel effet dans les épreuves tirées de la planche non ébarbée.
Hauteur, 0,lb7; larjïenr, 0,132.
BAirrSCH, 35. CLAUSSIN, 36. WILSON,, 39.
(( Puis Abraham avançant sa main se saisit du cou-
teau pour égorger son fils; mais l'ange de l'Éternel lui cria des cieux, en disant : Abraham, Abraham ! I] répondit : Me voici :
(( Et il lui dit : Ne mets point ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien, car maintenant j'ai connu que tu crains Dieu , puisque tu n'as point épargné pour moi ton fils, ton unique. »
De tous les sujets de la Bible, il n'en est guère que les peintres des diverses écoles aient traité plus souvent que le Sacrifice d'Abraham. Il n'en est guère non plus qui demandent plus d'art, plus de sentiment. Il faut du génie pour exprimer l'action et surtout l'émotion d'un vieillard qui est sur le point d'égorger lui-même son fds, parce que Dieu le lui ordonne. Or, je ne sache pas que personne , même parmi les plus fiers maîtres de l'Italie, ait mieux compris cette scène tragique. Ici, la résignation de l'enfant est déchirante. Il tend le cou à son père avec la confiance et la douceur d'un agneau. Le vieux patriarche, bien que résolu à plonger le couteau du sacrificateur dans le sang de son fils, a eu la précaution de lui fermer les yeux, pour lui épargner au moins la vue de l'instrument de mort... Idée vraiment sublime ! La figure de l'ange , dont les ailes planent sur le tableau, est une de celles dans lesquelles Rembrandt a rencontré involontairement le plus grand style ; mais fidèle à son intuition, toujours si juste, des choses du cœur, le peintre n'a pas dessiné, comme
L'œUVRE DE REMBRANDT.
tant d'autres , un ange qui se contente de montrer le ciel et d'arrêter par un cri le coup mortel que va frapper le vieux père; il a représenté le messager de Dieu saisissant de ses deux mains les deux bras du patriarche, de telle sorte qu'en voyant le commencement de la tragédie, nous soyons bien rassurés sur le dénoùment.
En regardant de près cette belle estampe, où l'on ne voit d'abord que les figures principales, nous y avons aperçu le bélier qui est retenu à un buisson par ses cornes. Ce bélier a échappé à Bartsch , et il n'est cependant pas sans importance , car il fait prévoir le dernier acte d'un drame auguste et barbare. (( Et Abraham alla prendre le bélier et l'offrit en holocauste au lieu de son Pds. » Rembrandt a toujours lu les livres saints avec une attention profonde; il sait la Bible comme on la sait dans les pays protestants. Aussi n'omet-il rien de ce qui peut compléter sa traduction de la Genèse : ni les serviteurs qui attendent , au bas de la montagne, que l'holocauste soit accompli, ni l'âne qui a porté le bagage de cette horrible expédition, ni les voyageurs qu'on aperçoit cheminant, au loin, sur un autre versant de la montagne du sacrifices