L'Ange disparaît devant la famille de Tobie
Composition de dix figures représentant la famille de Tobie émerveillée de la disparition de l'ange Raphaël. Au milieu de l'estampe est le jeune Tobie prosterné, ayant à côté de lui son petit chien et, derrière lui, sa femme agenouillée et sa vieille mère debout sur le devant de la gauche; Tobie le père est à genoux, les mains jointes. Dans le fond du même côté paraît une servante qui regarde au travers d'une fenêtre ; une autre est sur la porte avec un serviteur. L'ange, qu'on ne voit plus que par la moitié inférieure
L'UfciUVUK DE REMBKiVINUT.
du corps, s'élève dans le ciel, qui est marqué au liaut de la droite par des rayons lumineux. Au-dessous de l'ange, un serviteur est assis sur les bagages qui ont servi au voyage deïobie, et il tient par la bride l'àne qui les portait. De ce même côté, on aperçoit à distance une figure étonnée. Cette estampe est gravée légèrement, ce qui ne l'empêche pas d'avoir de l'effet. On lit au bas de la gauche, sur le devant: Rembrandt f. 1641.
Claussin et, après lui, Wilsonont commis une erreur singulière dans la description des états de cette planche. Les épreuves qu'ils ont prises pour les premières sont justement les secondes, et celles qu'ils ont décrites comme secondes se trouvent être premières. A insi, la draperie qui forme la coiffure de la femme du jeune Tobie est couverte dans le premier état d'une taille simple et légère donnée diagonalement , à la pointe sèche, sur la partie claire. On remarque, sur l'épaule du jeune Tobie , l'indication de plusieurs crevés, et celle de trois boutons sur sa manche droite , avec quelques fines hachures sur le coude. Mais ces travaux n'ayant fait qu'effleurer le cuivre se sont très-vite effacés, de sorte que les épreuves qui n'en offrent plus la trace sont postérieures à celles où on la retrouve. 11 est facile de s'en assurer en regardant à la loupe ces épreuves que nous appelons secondes. A moins que la planche ne soit très-usée, on y reconnaît encore la trace à moitié ou aux trois quarts disparue des tailles diagonales sur la coiffure, des crevés et même des boutons. Le premier et le second état de Claussin ne constituent donc en réalité qu'un seul état, produisant à la longue des épreuves différentes.
Nota. Nous avons \érifié ces remarques avec un connaisseur émérite, l'honorable conservateur du Cabinet des estampes au British-Museum , M. Hookham Carpenter.
Le second état se distingue aisément à l'addition de quelques hachures fines et courtes qui semblent marquer l'ombre d'une inégalité de terrain nu bas de la gauche, et de quelques contretailles données veilicalement sur le ciel, sur la malle et sur le ter-
rain environnant. Les jambes du vieux Tobie sont ombrées également de quelques tra\ aux fins qui descendent jusqu'aux genoux.
Hauteur, 0,lu3; largeur, 0,152.
BARTSCU, 43. CLAUSSIN, 47. WILSON, 48.
Rembrandt a beaucoup cherché le mieux de cette composition, et il l'a retournée de vingt manières. Le tableau du Louvre, sur le même sujet, est connu de tout le monde, ne fiit-ce que par les gravures de Malbeste et de Jacques de Frey. Ce tableau a été fait en 1637, mais on le croirait postérieur à l'estampe, car la disposition en est meilleure. D'abord, par le seul fait de l'ascension de l'ange, une telle scène devait être, non en travers, mais en hauteur. Aussi Rembrandt l'avait-il conçue de la sorte, en ménageant du ciel au-dessus de l'ange. A la place de Fane qui était inutile, il y a un repos qui double l'importance de la figure céleste. Le vieux Tobie qui est ici droit sur ses genoux , se prosterne à terre dans le tableau, et cela est plus conforme au caractère du vieillard qu'un pareil miracle doit accabler. Enfin, le geste des figures est autant et plus expressif dans la peinture du maître que dans son eau-forte.
Il existe , au surplus , parmi les dessins de Rembrandt, des variantes de composition pour ce beau sujet qui a longtemps occupé son esprit. Je possède un de ces dessins^; il contient trois figures seulement;