Sainte Famille, ou la Vierge au linge
La Vierge, assise sur un degré au pied d'un lit vers la droite de l'estampe, donne le sein à l'enfant Jésus. Elle a un pied nu, et auprès de ce pied, on voit sa mule. A côté d'elle est une corbeille qui contient du linge. Saint Joseph, vu de profil, est assis dans le fond, sur la gauche ; il tient un livre ouvert dans lequel il lit. Au bas du degré sur lequel la Vierge est assise, est gravé le monogramme Bt.
Il y a un premier état très-rare { il ne se trouve ni au British Muséum, ni au musée d'Amsterdam, ni à Paris), facilement recon-
naissable à une arcade ouverte dans le milieu du fond. Cette arcade a disparu dans le second état, où le fond est couvert de tailles.
Hauteur, 0,069; largeur, 0,072
C'est presque une exception dans l'œuvre du maître que la Sainte Famille à laquelle nous avons donné le nom de Vierge au linge. La figure de Marie, si souvent commune et lourde sous la pointe de Rembrandt, est ici d'un style gracieux et affecte même une tournure élégante. On pourrait croire que le peintre, quand il la dessina , avait sous les yeux quelqu'une de ces jolies eaux-fortes de l'école de Bologne, dont il avait la collection dans ses portefeuilles , ainsi que le prouve un des articles de son inventaire. La tête est jeune, le type est fin et régulier, la coiffure a de la grâce, et il y a comme une singulière intention de coquetterie dans la nudité de ce pied délicat qui vient d'abandonner sa chaussure. Saint Joseph n'est pas non plus ce vieux juif laid, caduc et ridé que nous voyons cheminer dans les Fuites en Egypte, c'est un vieillard à la physionomie italienne. La pièce est donc curieuse, comme étant un échantillon du dessin de Rembrandt dans un style qui n'est pas le sien.