‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 101 sur 202 · Jeune homme assis et réfléchissant · texte numérisé non relu

Jeune homme assis et réfléchissant

Il est vu de trois quarts, placé à la droite de l'estampe et dirige un peu vers la gauche, où l'on voit des cahiers et des livres sur une table. Il porte un bonnet qui laisse voir des cheveux courts et plats, et il est enveloppé dans une robe de chambre doublée de fourrure. Autour de son cou est passé un grand mouchoir ouvragé qui lui pend sur la poitrine. Son attitude est celle delà réflexion. Au haut de la gauche est gravé Rembrandt et au-dessous : f. 1631. Le fond est ombré des deux côtés, presque jusqu'à la hauteur de l'épaule, à partir du bas.

On n'a décrit de ce portrait qu'un seul état; nous en connaissons deux :

Premier état. On remarque sur les mèches de cheveux, tout à fait à droite, des parties claires qui ont été couvertes dans l'état suivant par des tailles courtes indiquant de nouveaux cheveux.

Second état. Outre la disparition des parties claires dans les cheveux, qui est un moyen de le reconnaître, cet état présente

encore une différence dans le bonnet, qui a été travaillé et qui a légèrement changé de contour.

Ce morceau, sans être précisément rare, n'est pas des plus communs.

Il en existe une copie assez faible par Novell i, et une copie trompeuse dont j'ignore l'auteur, et qui est rare. Cette dernière copie, quand on ne la voit pas à côté du modèle, est si bien faite pour donner le change, que nous avons vu, en 4 855, un de nos experts les plus connus, la présenter pour l'original dans une vente publique, et cela, sans soulever aucune autre réclamation que la nôtre.

Hauteur, 0,096, largeur, 0,081.

BARTSCH, 268. CLAUSSIN, 265. WILSON, 270.

J'ai eu souvent occasion de parcourir l'œuvre de Rembrandt avec des artistes, soit en leur faisant les honneurs de ma collection, soit en regardant avec eux les réserves du Cabinet des estampes, et je dois dire que le Jeune homme assis et réfléchissant est une des pièces qui les ont toujours le plus frappés. On n'est pas habitué, en effet, à voir un étudiant plongé dans une méditation aussi profonde. Fermé dans sa robe de chambre, entouré de ses livres et de ses cahiers d'étude, ce philosophe de dix-huit ans semble avoir deviné les futurs mécomptes et l'inanité de la vie. Son visage exprime une fermeté précoce, et son regard est plein de songes. La mélancolie dans la jeunesse est plus touchante encore que dans l'âge mûr ; elle annonce un esprit supérieur, secrètement averti

de la vanité des choses; elle est la maladie des grandes âmes et leur poésie.

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