Femme au bain
Une femme d'une physionomie maussade, et « dont la vue (dit Gersaint) est un vrai remède d'amour »; elle paraît sortir du bain. Elle a pour siège une espèce de banc sur lequel elle porte sa main gauche; sa droite est sur ses genoux. Son corps est presque de face; mais sa tête, qui est couverte d'une cornette de nuit, est vue de profil et penchée vers le bas de la droite; à sa gauche on voit un chapeau de feutre rond, qui ressemble à un chapeau d'homme dont le fond est très-haut, et qui est entouré d'un cordon. On lit au haut de la gauche sur une espèce de corniche : Rembrandt f
Cette pièce est assez rare. On la trouve ordinairement imprimée sur papier du Japon. On en distingue deux états.
Premier état. Extrêmement rare. Le bonnet de la femme est très-élevé. Les barbes produisent dans les ombres un effet vigoureux et velouté.
Deuxième état. Le bonnet est plat. L'absence des barbes rend l'épreuve sèche et maigre.
Hauteur, 0,157; largeur, 0,126.
BARTSCH, 199. CLAUSSIN, 196. WILSON, 196.
C'est pour suppléer sans doute à l'insuffisance des travaux que Rembrandt a tiré presque toutes les épreuves de cette estampe sur ce papier du Japon
dont le ton sourd et mordoré soutient le travail de la pointe et le termine.
Gersaint a fait, à propos de cette baigneuse, la remarque suivante :
« Je ne sçais pourquoi Rembrandt s'est attaché si « souvent à faire des figures nues, tant hommes que « femmes, dans lesquelles il ne paroit pas qu'il ait ja- « mais réussi. Je ne crois pas que l'on puisse en citer « une qui ne soit désagréable à l'œil. Peut-estre ne u pouvoit-il avoir de bons modèles, et qu'il rendoit les « choses telles qu'il les voyoit ; cependant il excelloit « assez dans son art pour en apercevoir le ridicule et « l'incorrection. 11 a fait tant de belles choses, en « peinture et en gravure, qu'elles suffisoient pour lui « faire sentir que ces sortes de sujets n'estoient pas de « son genre. Il est à croire qu'il ne faisoit nullement « attention à la correction du dessin, ni au choix et à « l'agrément de ses figures, pourvu qu'il y mist un « bon clair-obscur. »
Ces observations se réfutent elles-mêmes. Il est clair que Rembrandt a réussi* aussi bien que pas un, à exprimer le nu, mais qu'il ne voulait rien changer à la nature, se contentant de la voir en maître, je veux dire en grand : car si l'on compare ses nudités avec celles d'Albert Durer, on verra que celui-ci a rendu la laideur dans ses détails les plus pauvres, tandis que Rembrandt en a reproduit le caractère général : il a vu
l'ensemble et l'harmonie jusque clans le laid. C'est ce que l'on peut vérifier encore dans l'estampe qui suit.