Vue d'Omval; près d'Amsterdam
Morceau toujours faible d'épreuve, l'eau-forte ayant trop peu mordu. On y voit, sur la gauche, plusieurs arbres, dans l'enfoncement desquels on aperçoit indistinctement une jeune fille aseise et un jeune homme qui lui met une couronne de fleurs sur la tête. Au devant, vers le milieu, s'élève un grand tronc d'arbre, peu ehargé de branches et de feuilles et presque mort. Plus loin, vers la droite, est un paysan, vu par le dos, qui n'est gravé qu'au trait. Il est coiffé d'un chapeau à bord plat; son bras gauche est pendant. Il est sur le bord d'une riwère, sur laquelle il regarde passer un petit bateau couvert, plein de monde. Sur l'autre bord de la rivière se dessine la vue d'Omval, qui est un village voisin d'Amsterdam; devant ce village, on voit plusieurs bateaux amarrés, et, sur la droite, deux moulins. On lit au bas de la droite : Rcmbrant f. 1645. Le d du nom de Rembrandt a été omis. Cette pièce est rare.
Bien qu'il n'y ait de cette planche qu'un seul état, on en distingue les premières épreuves à ce que le nom de Rembrandt y est à peine visible, étant encore couvert du noir des barbes. Dans
ces épreuve?, le fond de la planche ainsi que les bords sont toujours sales.
Il serait possible qu'il y eût un premier état avant l'effacement de certaines branches du grand tronc d'arbre dépouillé.
Hauteur, 0,225; largeur, 0,185.
RARTSCïl, 209. CLAUSSIN, 206. WILSON, 206.
J'ai va au Brifish Muséum une épreuve singulière de cette planche. A la place des deux figures qui sont à gauche, celles de la jeune fille et du jeune homme qui lui met une couronne sur la tête, il y a une petite gravure coloriée représentant un enfant qui fait des bulles de savon, entre un vase de fleurs et un autre vase d'où s'échappe de la fumée. Au-dessus est écrit le mot Leven (la vie) et le chiffre 2. A droite, au-dessus des deux moulins, se dessine en sens diagonal une carte qui est le huit de trèfle, et sur cette carte paraît jetée une image coloriée, semblable à la première et aussi grossièrement faite, qui représente une porteuse d'eau. Au-dessus de cette figure est écrit Doerinne (paysanne) et, tout auprès, le chiffre 5. J'avais d'abord cru n'avoir sous les yeux qu'une épreuve défigurée par un barbare ; mais en y regardant de plus près, je me suis aperçu que la planche avait été grattée, et que sur le cuivre même de Rembrandt, une main étrangère avait gravé ces trois images dont deux sont en couleur. C'est la seule fois que j'ai vu une épreuve de la
m L'ŒUVRE DE REMBRANDT.
planche ainsi outragée. Quel est le malheureux qui, possédant une planche de Rembrandt, a pu permettre ou se permettre un pareil acte de vandalisme?
C'est, du reste, grand dommage que F eau-forte ait si faiblement mordu ce morceau, car il eût été plein de charme. Les arbres, les plantes, les fleurs rustiques du premier plan , gravés avec tant de soin , d'une pointe si souple et si complaisante, le vieux tronc noueux dont la taille du graveur a pour ainsi dire brodé l'écorce, et près duquel sont assis les deux amants dans une ombre mystérieuse , eût fait un repoussoir plus franc qui aurait rejeté sur un plan plus éloigné le village d'Omval, qu'on aperçoit de l'autre côté de la rivière, et les jolies chaloupes qui attendent sur le rivage le retour des promeneurs. Omval est en effet, pendant l'été, un but de promenade pour les marchands d'Amsterdam. Volontiers ces braves gens vont y passer le dimanche en famille, sur des bateaux couverts qui, avec moins d'élégance et plus de bonhomie, rappellent assez les gondoles de Venise.