Tête de la mère de Rembrandt, vue de face
(Vieille à bouche pincée. )
Autre tête de vieille ressemblant à la précédente , mais vue de face, et dont le menton touche également au bord inférieur de la gravure. Elle est coiffée d'une cornette qui projette son ombre jusque sur les yeux. La tête, éclairée parla droite, est gravée d'un ton rembruni. Le fond est clair, à l'exception du bord de la gauche qui est ombré d'une seule taille. On lit sur la gauche , à la hauteur des deux tiers de la tête : Rt. 4628. Le chiffre 2 est retourné.
On connaît aussi deux états de cette estampe.
Premier état. Le cuivre est plus grand par le bas, ce qui place la tête dans le milieu de la planche, de sorte que le menton n'en touche plus le bord. Il n'y a de gravé que le visage. Nous avons vu au Musée d'Amsterdam l'épreuve dont parle Claussin, et que l'on peut considérer comme unique. La cornette , ainsi qu'une partie du buste, sont indiquées à la pierre noire au moyen de
quelques hachures très-spirituelles et très-libres de la main ir.tme de Rembrandt. Cette épreuve, provenant de la collection van Leyden, est celle dont Pierre Yver fait mention dans son Supplément.
Deuxième état. La planche diminuée par le bas et réduite aux dimensions ordinaires. La cornette est gravée, et d'un ton plus coloré que le visage.
Hauteur, 0,063 ; largeur, 0,065.
BARTSCH, 352. CLAUSSIN, 342. WILSON, 347.
193. Petit buste de la Mère de Rembrandt (Buste de vieille d'un beau caractère. )
Un buste de la mère de Rembrandt spirituellement et légèrement gravé. La tête est couverte d'une espèce de coiffe relevée sur l'oreille droite et pendante sur l'oreille gauche. La figure est dirigée vers la droite de l'estampe, d'où vient la lumière. Sa robe est ouverte par devant. Le fond est clair, sauf qu'il est ombré d'une seule taille le long du dos. On lit au haut de la droite : R. 1628; le chiffre 2 est retourné.
Claussin décrit deux états de cette planche, et voici en quels termes :
« Première épreuve , de la dernière rareté, où la tête seule est terminée. Le côté de la coiffe relevé sur l'oreille droite, ainsi que la partie extérieure de cette même coiffe, pendante sur l'épaule gauche, n'y sont point exprimés. Le buste manque entièrement.
« La seconde épreuve est celle qui a été décrite, où la coiffe est terminée et le buste gravé. Gomme Rembrandt a fini cette coiffe à la pointe sèche, sans en avoir ôté les barbes, il en résulte que ces mêmes parties sont chargées de manière noire dans les anciennes épreuves. »
Claussin ayant décrit ce premier état, il est à présumer qu'il l'a vu, bien que son habitude, quand il cite une grande rareté, soit de dire dans quel cabinet il l'a rencontrée : mais nous voulons il. 8
signaler après lui une erreur dans laquelle ne manqueraient pas de tomber quelques amateurs en consultant l'œuvre, d'ailleurs si magnifique, du Cabinet des Estampes de Paris. Il se trouve dans cet œuvre un premier état, où la planche a 75 millimètres de hauteur au lieu de 65, et l'épreuve est tellement faible que certains travaux n'y paraissent point,, et qu'ainsi on peut la prendre pour une simple ébauche. En y regardant de très-près, je me suis aperçu que ce premier état était factice, et qus pour faire croire à une plus grande hauteur de la planche , on avait ajouté à l'épreuve , dans sa partie supérieure, une petite bande de papier de 10 millimètres, après avoir eu soin de se procurer un tirage assez pâle pour que les tailles les plus fines ne vinssent pas à l'impression. En retournant l'épreuve du Cabinet des Estampes, j'ai fait cette autre remarque, que les filigranes du papier sont, au verso, dans le sens horizontal, tandis qu'ils sont verticaux de l'autre côté, d'où il suit que l'épreuve a été doublée, sans aucun doute pour dissimuler la frauduleuse addition de la bande de papier. Mais voulant pousser plus loin l'illusion, l'auteur de la supercherie a jeté dans le haut de l'épreuve quelques taches feintes, qu'il a très-habilement disséminées, de manière que l'œil ne fût pas frappé de deux taches véritables que la sophistication de l'estampe avait produites sur la ligne de jonction des deux papiers. Ensuite, par des salissures adroites, pratiquées tant au delà de cette ligne qu'en deçà, il a masqué de son mieux la démarcation qui aurait trahi sa fraude.
Weigel mentionne une copie de cette pièce, signée Both.
Hauteur, 0,06b; largeur, 0,063.
BARTSCH, 354. CLAUSSIN, 343. WILSON, 348.
Bien que cette petite estampe soit une des premières que Rembrandt ait gravées, c'est peut-être la plus parfaite qui soit sortie de sa main. A aucune époque
de sa vie le grand peintre n'a eu la pointe plus délicate et plus sûre, jamais il ne poussa plus loin le sentiment des plans, ni le bonheur de l'exécution. Rien de plus admirable, en fait de petites gravures, que le choix des tailles au moyen desquelles il a exprimé l'attendrissement des tempes, l'enchâssement des yeux et les sourcils ravagés par le temps , la joue de son modèle, sillonnée de rides, la bouche finement plissée par une longue habitude d'observation et de légère ironie, et les méplats du nez et les sécheresses du menton. Rembrandt n'avait, en 1628, que vingt-deux ans, et déjà il était accompli dans l'art de sentir et dans le talent d'exprimer. A un âge où il n'était pas encore sorti de la maison paternelle , car il ne s'établit à Amsterdam qu'en 1630, il était naturel qu'il commençât par ses parents ses études de la figure humaine ; mais ce qui est tout à fait remarquable , c'est que les deux premières gravures qu'il fit du buste ou de la tête de sa mère, et qui sont l'une et l'autre datées de 1628 (on ne connaît aucune estampe de Rembrandt antérieure à cette date) , sont les plus étonnantes de toutes, et que même dans le beau portrait que nous appelons la Mère de Rembrandt au voile noir (Bartseh la nomme Vieille femme assise) , l'artiste n'a pas mieux rendu les palpitations de la vie présente, ni les traces profondes de la vie passée.