‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 49 sur 202 · La femme de Rembrandt malade · texte numérisé non relu

La femme de Rembrandt malade

Pièce dite : Femme à grande cornette.

Une femme en buste , très-légèrement gravée et toujours assez faible d'épreuve, l' eau-forte ayant peu mordu, par la volonté du peintre. Elle est vue de trois quarts, la tète inclinée vers la droite de l'estampe d'où elle est éclairée; elle est coiffée d'une ample cornette négligemment posée et dont les deux bouts pendent sur ses épaules. Le corps n'est point achevé; les deux bras sont cachés

par un drap de lit, comme si la personne était couchée, mais sur son séant. Le fond est clair sur la droite et légèrement ombré à la gauche.

Hauteur, 0,063 ; largeur, 0,051.

B ARTSCH; 359. CLAUSSIN, 349. WILSON, 353.

En comparant avec attention cette figure au portrait de la Femme coiffée en cheveux,] ai acquis la conviction que ces deux estampes représentaient la même personne, c'est-à-dire la première femme de Rembrandt, Saskia Uylenburg. Nous avons dit que Saskia mourut en 1642, après huit ans de mariage; elle mourut donc fort jeune , car il n'est pas présumable qu'elle fût plus âgée que Rembrandt, qui, en 1642,, n'avait que trente-six ans. Le portrait qu'il en fit en 1634 nous la montre, d'ailleurs, comme une femme aux joues pleines, à la chevelure abondante, au front bas, à la peau tendue, c'est-à-dire avec tous les signes de la jeunesse. Ce fut donc de quelque maladie qu'elle mourut, et c'est durant cette maladie que Rembrandt la dessina. Au premier abord, on ne se douterait point que la Femme à grande cornette est la même que la Femme coiffée en cheveux ; mais il suffit de rapprocher les deux figures pour voir qu'elles diffèrent seulement par la santé et par l'âge. Les traits dans la seconde sont les mêmes que dans la première ; il n'y a que le dépérissement des chairs qui les ait altérés. Les yeux, agrandis par la souffrance et creusés dans leur orbite,

sont, à cela près, dans les mêmes proportions. Le nez présente le même caractère avec des méplats plus prononcés ; on y retrouve , au-dessus de la narine , une petite dépression en sens diagonal, qui est tout à fait caractéristique. La bouche est petite, discrète et fermée, dans l'une comme dans l'autre estampe , mais elle est plus accentuée par la douleur; les joues amaigries font ressortir la saillie des pommettes, qui était déjà remarquable dans le portrait de 1634. La physionomie, qui exprimait la douceur et le calme, porte maintenant l'empreinte d'une tendresse languissante et d'une mélancolie résignée... Mais quelle admirable tête! quelle délicatesse de sentiment dans le peintre qui l'a dessinée d'une main émue et les yeux déjà pleins de larmes!...

Avant de graver cette eau-forte, Rembrandt fit un dessin au lavis de bistre, représentant la même femme malade, assise sur son lit, la tête penchée tristement. Le musée du Louvre possède ce précieux dessin, où il n'y a qu'un souffle, mais c'est le souffle de l'âme.

Il est gravé en fac-similé dans le bel ouvrage de M. Alphonse Leroy, qui a pour titre : Collection de dessins originaux de grands maîtres, gravés en facsimilé. Paris, Rapilly, 1857.

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