‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 65 sur 202 · Rembrandt riant · texte numérisé non relu

Rembrandt riant

Un petit buste d'homme qui ressemble à tous les portraits connus de Rembrandt. 11 est gravé finement et avec esprit. La tôle est vue de face et coiffée d'un bonnet. Les cheveux sont abondants et frisés; ils couvrent presque entièrement le front. La bouche , ouverte et riante, laisse voir les dents'supérieures. Le corps est dirigé vers la droite de l'estampe, d'où vient le jour, et revêtu d'un manteau qui est fermé par devant avec quatre boutons. Un bout de collet pend au cou du personnage. Au-dessus de son bras droit, on voit, dans le fond, une ombre très-légère, formée de quelques fines hachures non croisées. Au haut de la planche, du môme côté, c'est-à-dire à la gauche du spectateur, on lit le monogramme et la date: Rt. 1630, légèrement gravés. Ce morceau est rare. On en connaît, non pas deux, mais trois états.

Premier état, non décrit. La planche est raboteuse et plus haute de deux millimètres. Elle a de plus une forme irrégulière, la lar-

geur étant, dans le haut, de 42 millimètres, et, dans le bas, de 45.

Deuxième élat. Les bords sont nettoyés; la planche est réduite et remise d'équerre. Elle est gravée assez légèrement et cependant d'un ton très-coloré.

Troisième état. La planche est retouchée. La partie ombrée des cheveux, le côté droit du visage et l'ombre de l'épaule droite sont noircis par un travail régulier au burin. Les cheveux, qui présentaient deux clairs sur la gauche, n'en présentent plus aucun.

Gersaint et Bartsch avaient rangé ce morceau dans la classe des portraits d'hommes, ainsi que le précédent; Glaussin et Wilson ont fait passer avec raison ces deux pièces dans la classe des portraits de Rembrandt. Il n'est pas rare que les peintres prennent leur propre figure pour type et s'en servent comme d'un modèle familier, d'autant plus utile que c'est un modèle intelligent et qui peut se plier à tous les caprices de la pensée ; mais Rembrandt est celui de tous les peintres qui a le plus souvent posé devant lui-même. Il a observé l'humanité entière dans un homme, et cet homme c'était lui. A tous les moments du jour, il s'étudiait devant son miroir et il cherchait à démêler dans les traits de son visage les plis correspondants à la joie ou à la douleur, les rides de la mélancolie, l'expression de la frayeur ou de l'étonnement, les contractions du rire, enfin toutes les altérations produites

sur la physionomie par les mouvements de l'àme, par les variations de l'humeur ou par la permanence du caractère.

Que si les portraits de Rembrandt n'ont entre eux qu'une ressemblance de famille, ressemblance qui même a pu échapper quelquefois aux iconographes, cela tient, on le conçoit, à ce que le peintre a cherché dans sa tête, non pas le modèle d'un portrait rigoureux, mais le motif d'une expression générale. End'autres termes, Rembrandt poursuivait l'idéal de sa pensée dans la réalité de sa figure. Une chose remarquable, au surplus, c'est que, parmi l'œuvre immense de ce grand homme (tableaux ou gravures de sa main) , on ne trouve que deux fois la physionomie de l'hilarité. Une seule estampe de lui et une seule peinture, , celle qui est au musée de Dresde, le représentent la bouche ouverte et riante. Rembrandt était un homme habituellement sérieux, mélancolique et rêveur, et l'on peut juger, à l'ensemble de ses ouvrages, que l'expression de la gaieté était, chez lui, plutôt l'étude d'un des aspects de la vie que la manifestation de son propre cœur.

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