‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 114 sur 155 · RATEL DÉVORANT DES ŒUFS · texte numérisé non relu

RATEL DÉVORANT DES ŒUFS

de la porte du Carrousel, dans le vaste demi-cintre entre les demi-pavillons qui s'élèvent sur le quai. I fut choisi. Mais le manque de saillie interdisait la ronde

imposait. En 1860 l'artiste désigné pour reproduire les traits

bosse. Le bas-relief s de la Majesté Impériale fut Barye. Le programme demandait une statue équestre qui convenait d'ailleurs parfai-

tement à la forme de la surface. Barye se mit à l'œuvre sans retard, et quelque 3 ; [

temps après présentait une esquisse.

Tout était prescrit d'avance : les dimensions et l'épaisseur du relief, la couleur,

la nature du fond, et mème l'ajustement, ainsi que nous allons le voir. Se croyant

libre en effet sur ce dernier point, il s'était arrêté au parti tout naturel de représenter Napoléon IT en uniforme militaire moderne, en général de division.

Au premier coup d'œil l'architecte Lefuel lui declara que ce projet ne serait pas accepté, et qu'il fallait draper l'empereur à l'antique?

« Enfin, fit Barye avec un certain mouvement d'impatience, on m'a demandé un Napoléon Ill, j'apporte un Napoléon I. »

«II faut à Sa Majesté un César..…., » lui fut-il répondu.

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L'anecdote, quoiqu'elle puisse faire sourire, est aussi vraie que l’ordre était formel : il n'y avait pas à répliquer. L'empereur voulait devancer la postérité, et de son vivant jouir de l’apothéose.

Toute considération politique soigneusement mise à part, n'est-il pas déplorable ce travers esthétique d’après lequel le costume romain a le privilège de la solennité officielle ? Il paraît que la toge est plus Aabillée que le frac, et doit se porter en statue, comme on porte l'habit en soirée. De nos jours, bien que la génération nouvelle recherche le caractère par la chose vue, est-il bien venu au monde le sauveur qui, selon le vers connu, nous délivrera des Grecs et des Romains? S'il existait, et s’il avait toute l'autorité désirable, il commencerait par précipiter, par exemple, du haut de la colonne Vendôme, le Napoleon I‘ en empereur

romain, qui de loin a l'air d’un zouave, pour rétablir la légendaire et véritable

figure du petit caporal à la redingote grise, qui évoque des souvenirs et précise

un type historique inoubliable, Il ferait en

rte que les portraitistes, sculpteurs ou peintres, saisissent leur modèle dans l'intimité de son être, dans le centre de ses occupations, la réalité de sa vie, de son attitude favorite et de son vêtement ordinaire. Il frapperait d'interdit par le ridicule ces poses déclamatoires, guindées, convenues, qui sont comme l’endimanchement du portrait.

Pourquoi prendre les costumes d'un autre âge, quand nous n’en avons plus

le maintien qui les faisait valoir, quand nous en avons perdu les mœurs? Pour-

quoi détruire les signes distinctifs de notre époque, brouiller les dates, confondre

l'histoire, pour le plaisir de parader dans des accoutrements vieux de plus mille années? Le simple bon sens doit seul répondre à ces questions, mais il y a tant de gens qui ne l'écoutent pas.

Barye avait dù l'entendre, mais force lui fut de passer outre.

On sait ce qui arriva quand le bas-relief fut placé. L'insuccès prit les proportions d'une mésaventure. En raison du peu d'épaisseur du bronze, et aussi de la couleur qu'avait donnée à l'œuvre la galvanoplastie, qui, par surcroît, au grand désespoir du statuaire, avait altéré et déformé le modèle, des plaisanteries coururent — non injustifiées — sur le Napoléon en pain d'épice. Il me coûte de Tappeler cette malheureuse affure, encore trop présente à la mémoire de beaucoup, et je préfère, quant à l'appréciation, laisser la parole à un autre :

« Le champ où Napoléon IT se meut est fort resserré. Si Barye n'était point libre, il n'est point homme à sortir de son cadre. Le personnage s'enlève dure-

ment sur une table de marbre blanc. Le contraste du bronze vert et du marbre

est violent, Les années l’apaiseront, on le sait. Le cheval a de longues jambes,

l'homme est court, ramassé, trapu, petit, trop petit. La statuaire a des exigences

impérieus,

; il ne faut pas que celui que cherchent d'abord les yeux disparaisse

et soit effacé. Les muscles du cheval, découpés comme des laniè

s, Sont indiqués

avec précision et exactitude, avec une énergie un peu forcée. Du cavalier, ce qu'on

saisit le mieux, c'est le manteau qui le drape à moitié, la tête couronnée de lau-

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