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charance, appartenant à la ville de Lyon, dont le modèle réduit avait été vu au
salon de 1835, — et Tigre surprenant un cer
Ce n’est pas tout encore, on peut sans crainte d'erreur attribuer à l’époque où
nous sommes le 7gre surprenant une antilope, un des quatre g ‘oupes destinés aux
piédestaux d’angles du surtout du due d'Orléans, et enfin une Grande panthère
sant un cerf du Gange.
Arrêtons-nous sur ces deux dernières œuvres admirables, ils sont impressionnants ces étranglements.
Dans la première, le fauve est debout, son échine ondule, il aroulé sous ses pattes puissantes l'antilope,et lui enfonce ses crocs dans le cou qui se tord, se relève; et des cris de douleur, d'agonie, sortent de la gueule entr'ouverte et renversée, tandis que la queue enroulée du tigre exprime le frémissement de la volupté.
Dans la seconde, le cerf est pris, ses jambes fléchissent, son train de derriè
re
, Sa tête et son cou vont toucher terre sous l'effroyable pre
ssion de la panthère qui lui a posé sa patte terrible entre les yeux et les naseaux. Le cerf vaincu,
à demi mort, tire la langue misérablement, il étouffe, il a cessé de crier, et le félin,
dans une ligne montante, souple, d’une inimitable expression, s'est dressé aplati aux membres inférieurs sur lesquels il s'arc-boute — jusqu'à sa proie plus grande,
qu'il va coucher sous lui et dont il serre la nuque dans l’étau de sa màchoire ! Barye avait fait sur cette donnée, au début de sa carrière, un groupe presque exactement composé de mème, Le modèle en existe encore, mais il est maigre de forme, anguleux et pauvre d'aspect, surtout quand on le compare à celui dont je viens de parler et qu'il exéeuta en pleine maturité de talent. Ainsi done, voilà un point bien établi : Barye modifiait, et recommençait à nouveau les œuvres dont il n'était pas satisfait. Cette constatation, outre qu'elle honore l'artiste,
sera utile à quiconque prétend se rendre compte des différences de certains ouvrages.
Le jury de 1836 est célèbre par des dénis de justice retentissants. Il refusa des artistes qui s’appelaient Antonin Moine, Louis Boulanger,
Champmartin, Paul Huet, Marilhat, Eugène Delacroix et Théodore Rousseau!
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N'est-ce pas un châtiment que cette énumération? Barye échappa pour cette fois à l'iniquité ; mais l’année suivante, il allait augmenter le nombre des victimes glorieuses de l'ignorance et de la partialité.
Le surtout du due d'Orléans n'était pas encore terminé dans son ensemble en 1836, mais différentes pièces, les Chasses, étaient coulées en bronze depuis trois ans, et à cire perdue par Honoré Gonon. Le duc, transporté d'admiration devant les modèles qui lui étaient soumis, voulut qu'ils fussent exposés. Barye hésitait, comme averti par un pressentiment, ou pris de défiance à l'égard de ce jury qui venait de commettre les actes que l’on sait.
« Eh! bien, je m'en charge, » répondit le prince royal.
Les bronzes admirables n'en furent pas moins refusés. Le duc courut à Louis- Philippe :
« Que voulez-vous? répliqua le roi, j'ai créé un jury, je ne peux pas le forcer à accepter des chefs-d’œuvre...! »
Et je rapproche ce mot de celui qui échappa à Barye dans la même circonstance. Jules Dupré l'ayant rencontré par hasard lui demandait avec intérèt des nouvelles de ses travaux
« Cela va fort bien, répondit Barye, je suis refusé. »
Et comme Jules Dupré protestait avec indignation
« C'est tout naturel, reprit-il, je compte trop d'amis dans le jury. »
Des deux réponses, l'une était spirituelle, l’autre empreinte de cette philososophie clairvoyante des forts, mais quel était done ce jury créé par le Roi?
Jusqu'en 1831 ces fonctions de juges appartenaient à une commission spéciale
nommée par l'administration. Or on reprochait à cette commission de tenir droits
du bon vouloir. Je cite ces lignes où se retrouvent l'esprit etaussi le style d'une époque déjà loin de nous : € M. le chef de la division des Beaux-Arts, jeune talent déserteur du culte d'Esculape, mais profane en celui d'Apollon, a trouvé
plus simple de faire juger les artistes par une commission d'hommes de lettres
et de grands seigneurs amateurs; mais des peintres, des sculpteurs, des g veurs, des architectes, des membres de l'Institut, aucun?! »
Notez ce douloureux regret à l'adresse de l'Institut. Le libéralisme du nouveau règne devait l'entendre; et bientôt il fut décidé pour satisfaire à des réclamations qui paraissaient légitimes que la quatrième classe de l'Institut, c’est-à-dire l’Académie des beaux-arts, serait érigée en jury.
1. Préface du Catalogue de l'Exposition des œuvres de Barye, en 1875, par À. Genevay, p. 30. 2. Annales du Musée des beaux-arts, par P. Landon, 1831.
Il nous coûte à le dire, mais ce fut précisément elle qui frappa de ses... rigueurs les artistes de 1836 et qui exclut Barye du Salon de 1837.
On juge de l’indignation qui s'empara des critiques qui avaient soutenu, défendu et applaudi Barye dès son apparition première :
«.… Barye le créateur, lui qui a inventé tout son art, le meilleur élève de Bosio, qui en est fier, comme il est fier du petit Henri IV; s'il y à un homme modeste, c’est celui-là; il est à la fois énergique et simple et naïf; il est peu ambitieux, et se cache dans sa tanière, tant qu'il peut. Le duc d'Orléans, qui est le prince des jeunes talents, qui a pris en amour toutes les jeunes gloires, à qui s'adressent en même temps Victor Hugo et Decamps, le duc d'Orléans avait commandé à Chenavard et à Barye un service pour sa maison. La matière devait égaler le travail : l'or et l’argent, le bronze et les pierreries, les plus exquises recherches de l'ornement de Chenavard, et les plus excellentes imventions de Barye, toutes ces choses excellentes devaient se
réunir pour faire de l’œuvre en question un ouvr
ge d'art, grand et complet, plutôt fait pour être exposé dans un musée, que pour briller parmi les fruits, les fleurs et les bougies étincelantes d'un souper royal. L'idée du prince était bientôt devenue l’idée de l'artiste. Barye s'était done mis à l'œuvre: il avait travaillé tant qu'il put travailler, c'est-à-dire à ses heures en deux ou
trois ans, quand il avait le temps, et quand les hôtes du Jardin des plantes
étaient en belle humeur, et vivement acharnés sur leur proie saignante dans leur cage de fer. Ce sérieux chef-d'œuvre destiné à un usage frivole, ce laisser aller de l’art qui rappelait les plus charmants tours de force du xvi° siècle quand Benvenuto ou Bernard Palissy jetaient des chefs-d'œuvre sur un morceau d'argent ou sur un morceau d'argile, Barye l'achève enfin. Il dit qu'on porte aux juges du Louvre les fragments épars de cette œuvre quil ne pouvait réunir que plus tard; ces juges reçoivent une à une ces com-
positions charmantes, les cerfs, lions, tigres, jeunes ours, charmants détails
d'un grand ensemble, et naturellement les juges ne comprennent rien à toutes
ces petites œuvres d'une forme si délice.
« En conséquence Barye est chassé du Louvre. On lui renvoie avec dédain ces charmants caprices dignes d’un prince. Et voilà que grâce à ce jugement solennel une œuvre faite pour le prince royal n'obtient pas une petite place dans ce Louvre qui appartient à son père. On ne chasse pas ainsi les gens de chez eux! »
IL faut prendre pour ce qu'il vaut le dernier argument, c'est à dire pour
peu de chose. Les groupes de Barye ne méritaient pas d'être admis, parce qu'ils
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mu
avaient été commandés par la famille royale; ils devaient être reçus d’acclama-
tion parce qu'ils étaient des œuvres hors ligne. Autrement la décision du jury serait presque excusable pour Jean Gigoux et Riesener également exclus cette année-là. Pauvre jury! il fermait à Barye la porte qu'il ouvrait à un Fratin. Que voulez-vous? la race n'était pas éteinte des infortunés qui préféraient Scudery au
grand Corneille; et maintenant l’est-elle?