LE LION DE LA COLONNE DE LA BASTILLE
à l'aise aussitôt qu'il est en dehors de ses domaines. On a voulu lui faire jouer un rôle héroïque pour lequel il n'est pas fait. On l'a tiré de son sérail jaseur pour le placer à la tête des bataillons armés. De son perchoir où il régnait en despote, il est monté au sommet du drapeau. Pour le peintre, pour le statuaire, le coq héros, introduit tout de nouveau dans nos tableaux et notre histoire, est déjà un grand embarras. Faire jouer au coq des basses-cours le rôle de l'aigle, « ce roi des airs », l’entreprise est périlleuse. Le héros n'est pas à la taille de ses fonctions. Cette griffe qui foule le fumier n'est pas faite pour porter la foudre, Ce Lovelace de village n'aura jamais, quoi que vous fassiez, la tournure d'un conquérant. Certes, il faut bien qu'il y ait là un obstacle matériel impossible à surmonter, puisqu'aux quatre coins de la colonne de Juillet M. Barrye (sic) a placé de pareils coqs. Les aigles bâtards font mal à voir. Ils sont gènés dans leur allure ; ils jouent un rôle pour lequel ils ne sont pas faits évidemment, on dirait tout au plus de quelques corbeaux qu'une poule aurait couvés par mégarde. Il est bien fàächeux qu'un
artiste comme M. Barrye (sic) s'amuse à de pareilles difficultés. »
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DUAL
En somme, Jules Janin soutient une thèse, Le coq pour lui n'est pas de race noble et appartient à la roture. L'écrivain en est encore, en 1839, à partager ‘idée étrange qu'il y a des animaux bien nés, et d’autres qui ne le sont pas. Cette
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facon de voir l’entraine, par voie de conséquence, à critiquer l'ouvrage. Il est responsable de cette erreur où le fourvoie un faux principe, mais que penser des Ï ; lignes suivantes par lesquelles il continue ?
« … La statue qui est déjà au milieu de la cour sur son piédestal de bois, et qui doit surmonter cette colonne quand le dernier anneau de cette chaine perpendiculaire sera placé, ne vaut guère mieux que les coqs de Barye. On dirait de quelque Mercure ailé destiné à figurer une immense girouette au sommet d’une bourse de province. La statue est massive et lourde. Tout ailée que vous la voyiez, elle repose sur des jambes qui seraient dignes d'un Hercule portefaix. Vue de
l J I 8 loin, il vous sera impossible de dire à quel sexe elle appartient. »
Que vous en semble? Barye n'est-il pas vengé de la malveillante apprécia-
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tion, quand le Génie de la liberté de Dumont est ainsi traité
? Donc Gustave Planche déclare « ignoble » l’admirable figure de la Marseillaise de Rude, et Jules Janin compare à un portefaix le génie de la Bastille! Pauvres critiques, ce que c’est que de nous! et combien nous devons prendre garde à nos jugements, pour que les générations suivantes n'aillent pas les retrouver dans des livres, et les
citer pour en rire !
Nous sommes en 1840. Depuis quatre années Barye n’a pas produit que le surtout du duc de Montpensier, et le Zion de la colonne de la Bastille. Que va-t-il faire jusqu'en 1850? Comme il ne prend plus part aux expositions annuelles, les livrets ofliciels sont muets. Nous risquerions d'être perdus à travers les dates, si
nous n'avions les divers catalogues de vente de Barye, qui nous permettent d'établir