VAN TAN
que cent mille autres animaux à deux pieds sans plumes ne les entendront seulement pas et brigueront l'honneur d’être lieutenants de houzards. J’en suis vraiment fâché pour ces messieurs.
Pour les autres moralistes à gages que l’on nomme prédicants ou prédicateurs, ils n’ont jamais seulement osé prêcher contre la guerre.
Ils déclament contre les appétits un après avoir fumé leur pipe et avoir pris leur café ou leur chocolat.
Ils anathématisent les jeunes filles et les jeunes garçons qui font l’amour, et au sortir de la chaire de vérité où ils ont crié, gesticulé et sué, ils se font essuyer par leurs dévotes.
Ils s’époumonnent à prouver des mystères dont ils n’ont pas la plus légère idée ; mystères qu’ils n’ont jamais compris, qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne comprendront jamais, ni moi non plus.
Mais ils se gardent bien de décrier la guerre, bella, horrida bella ! ce fléau d’enfer qui réunit tout ce que la perfidie a de plus Jâche dans les manifestes, tout ce que l’infâme friponnerie a de plus bas dans les fournitures des ‘armées, tout ce que le brigandage a d’affreux dans le pillage, le viol, le larcin, l’homicide, le dévastation, la destruction.
Au contraire, ces révérends pères en Dieu, ces bons prêtres bénissent en cérémonie les étendards du meurtre, et leurs confrères chantent pour de bel et bon argent des chansons juives quand toute la terre a été inondée de sang.
On dit que les Français, gens aimables et gens fous s’il en fut, sont de grands comédiens et de grands charlatans en chaire; j'en conviens sans peine ; mais je ne me souviens pas d’avoir lu, en effet, dans leur prolixe et argumentant Bourdaloue, le premier de tous les prédicants de la terre qui ait mis les apparences de la raison dans ses sermons ; je ne me souviens pas, vous dis-je, d’avoir lu chez lui une seule page, une seule ligne, pas même un seul mot contre la guerre.
Leur très élégant et très compassé Massillon, prédicateur ordinaire du roi (ça va sans dire), en bénissant les drapeaux du régiment de Catinat, fait, à la vérité, quelques VŒux pour la paix, mais il permet l’ambition. GRAND Dre ! l’ambition !
« Ce désir, dit-il, de voir vos services récompensés, s’il est modéré, s’il ne vous porte pas à vous frayer des routes d'INIQUITÉ pour parvenir à vos fins, n’a rien dont la morale CHRÉTIENNE puisse être blessée. »
Enfin, le bonhomme prie Dreu d'envoyer tout de suite l'ange exterminateur au devant du régiment de Catinat.
€ O! mon Dieu ! faites-le précéder toujours de la victoire et de la mort ; répandez sur ses ennemis les esprits de terreur et de vertige. »
J'ignore moi, pauvre imbécile ! sila victoire peut précéder un régiment, et si le bon Dieu répand des esprits de vertige; mais je sais que les prédicateurs autrichiens en disaient autant aux cuirassiers de l’empereur, il y a quarante ans ; que les prédicants de Berlin prèchaient le même sermon aux houzards du roi de Prusse, et que l’ange exterminateur ne savait auquel entendre.
Les prédicateurs juifs allèrent encore plus loin. On voit avec édification les prières humaines dont leurs psaumes sont remplis.
Il n’est de rien moins question que de mettre l'épée divine sur sa cuisse, d’éventrer les femmes, d’écraser les enfants à la mamelle contre la muraille.
L’ange exterminateur ne fut pas heureux dans ses campagnes, il devint l’ange exterminé ; et les juifs, pour prix de leurs psaumes, furent toujours vaincus et esclaves. Ces pauvres gens ne réparèrent que par l’usure le mal que leur avait fait la guerre.
De quelque côté que vous vous tourniez, vous verrez que les prêtres ont toujours prêché le carnage, depuis un Aaron que l’Anglais Toland prétend avoir été pontife d'une horde d’Arabes, jusqu’au prédicateur Jurieu, prophète d'Amsterdam.
Les négociants de cette ville, aussi sensés que ce pauvre garçon était fou, le laissaient dire et vendaient leur poivre, leur girofle et leur cannelle. | |
Eh bien, l'ami! n’allons pas à la guerre ; ne mous faisons point tuer au hasard pour avoir de quoi vivre. Contentons-nous de nous bien défendre contre les voleurs
appelés conquérants.