LES MÊMES, CÉLESTINE
CÉLESTINE, en dehors et frappant. — J'entends qu'on parle de moi, veut-on bien m 'ouvrir ?
M"^ Durut ouvre et lui conte rapidement la querelle de ces messieurs. CÉLESTINE, gaîment. — Fort bien ! {Au Comte.)
228 l'œuvre d'aXDRÉA DE NERCIAT
Voilà donc, petit perfide, comme je puis me fier à vos belles protestations ! {Avec une menace badine.) Si j'étais babillarde, comme vous seriez grondé ! Allons, la paix, mes bons amis. [Au Comte en lui mo7itrant le chevalier.) Voyez donc comme il est joli ! Vous auriez la barbarie de l'embrocher en face ?
Les esprits sont déjà consid rablement apaisés, la Duchesse et Mme Durut souriant à l'épigrammatique plaisanterie de < "élestine.
La Duchesse, an, Comte d'un ton piqué. — Il paraît, monsieur, que nous ne sommes pas en reste l'un avec l'autre... [D'un ton moins sec.) Que tout ceci finisse donc convenablement. {Elle lui tend la main.) Je vous pardonne l'aimable Célestine ; faites-vous de même une bonne raison au sujet du charmant Chevalier... Touchezlà.
lyE Comte, obéissant. — Vous avez tant d'ascendant sur moi... qu'il faut bien en passer par ce que vous voulez. Allons, madame, qu'il n'en soit plus parlé.
CÉLESTINE, avec espièglerie. — Oui dà ! Cela est fort aisé à dire. Je ne prends pas, moi, la chose aussi indifféremment. J'avais fait une conquête ; on m'avait juré ks plus belles choses du monde ; il faut que mon compte se trouve à tout ceci. Je déclare donc que je m'empare de monsieur {du Chevalier)... sauf à le restituer à qui il appartiendra lorsque je croirai m'être suffisamment vengée.
Mad-\me Durut. — La matoise ! tout en riant, elle le fera comme elle le dit, ou le diable m'emporte ! Oh ! je la connais ! Mais pensons enfin au solide ; il faut dîner ; qu'en pensez- vous, mes enfants ?
La Duchesse. — Je meurs d'appétit.
M.\D.\ME Durut. — Eh bien ! allons. Nos jeunes braves videront leur querelle à table, et se battront à l'aise le verre à la main. {Elle prend au Comte une main ; à Alphonse : ) La vôtre ? approchez. {Le Chevalier approche. Elle réunit leurs mains.) La paix, au nom du plaisir !
Le Comte. — De tout mon cœur. {Ils s'embrassent.)
]\lADA]vrE DuRUT. — Je ne demande pas à madame la Duchesse si elle trouve bon que nous ne nous séparions pas. Si sa conx^ersion est sincère...
La Duchesse, interrompant. — Très sincère, je te jure, ma chère Durut. Il faut que Célestine et toi soyez des nôtres ; je l'aurais exigé si tu ne m'avais pas prévenue...
Madame Durut. — C'est parler, cela. Allons, je commence à espérer qu'enfin on pourra faire quelque chose de vous, {M^^ Durut s'en va.)
Peu d'instant après, un des jockeys, qu'on connaît déjà, vient annoncer qu'on a servi et conduit les convives à une pièce délicieuse. Elle représente un bosquet dont le feuillage, peint de main de maître, se recourbe en coupole jusque vers une ouverture ménagée en haut et d'où vient le jour, à travers une toile légèrement azurée qui complète l'illusion. On voit, sur le fond transparent, les extrémités des feuilles et quelques jets élancés se découper avec une vérité frappante. Tout autour de la pièce, aux troncs des arbres régulièrement espacés, on voit attachée une draperie blanche bordée de crépines d'or, qui est censée cacher tous les intervalles au-dessous du feuillage. Le bas est une balustrade du meilleur style, peinte en marbre blanc et qui parait se détacher. Le tapis est un gazon factice parfaitement imité. A peine s'est-on réuni dans cet agréable lieu qu'il y survient le dîner le plus sensuel.
Le Duchesse, le Comte, le Chevalier, Célestine et M™<^ Durut sont à table et mangent.
Madame Durut. — Vous ne paraissez pas penser à me remercier, cependant vous avez l'étrenne de cette jolie salle, qui n'est achevée que depuis quelques jours, et où je n'ai permis à qui ce soit d'entrer tandis qu'on y travaillait.
Le Chevalier. — On ne pouvait penser rien de^plus agréable, et l'exécution en est parfaite.
Le Comte. — L'architecte a un peu écouté aux portes. Je connais la pareille salle, je dis absolument pareille, chez le marquis de (i)...
(i) Le Comte a raison. Cette salle existe en original chez une damt; fort célèbre, que les deux sexes déchirent également, les femmes, par hypocrisie, car elles ont son amour et lui prodiguent le leur, les hommes par un sot amour-propre, car près d'elle ils sont rarement heureux. Mais qui peut juger sans passion cette Sapho moderne ne peut s'em-
230 l'cëuvre d'andrea de nerciat
Madame Durut, interrompant. — Je connais, je connais ! assurément vous pouvez connaître. Une chose n'a-t-elle donc de prix qu'autant qu'elle soit unique ? A boire ! je passe ma vie à entendre d'insoutenables gens comparer, épiloguer, au lieu de jouir...
CÉi^ESTiNE, interrompant. — - Et ma bouillante sœur se fâcher au lieu de manger ! cela ne revient-il pas au même ?
La. Duchesse. — Célestine a raison, et je suis enchantée, Durut, qu'elle vous ait prise .sur le fait. Savezvous que vous devenez d'une humeur...
Madame Durut, avec surprise. — Et vous aussi ? A votre tour, messieurs, grondez-moi. J'ai donc de l'humeur ? Eh bien ! il faut la noyer dans le bourgogne. {Elle s'en fait donner une bouteille et se verse une rasade.) A vos santés...
IvE Comte. — J'aime mieux cela que de la morale.
On boit à la ronde. Ils mangent tous du meilleur appétit et boivent à proportion. Avec le second service on a apporté des vins délicieux. Les entremets sont ingrédientés de manière à ne pas permettre que de tels convives conservent longtemps leur sang-froid et demeurent à table sans s'agacer. Quoique le Chevalier ait fait passablement des siennes, il se sent déjà des velléités pour cette friponne de Célestine, dont il est voisin, et qui joue avec lui de la prunelle, à faire saute le bouchon. La vue de plus de la moitié de ses merveilleux '.etons {quelle découvre sous prétexte d'v pourchasser un peu de pain qui la blesse) achève de mettre en rut l'inflammable jouvenceau. Cependant il s'observe assez bien pour ne pas se mettre dans le cas d'offenser la Duchesse, cjui le guette du coin de l'œil. De son côté le Comte croit de son honneur qu'avant qu'on se quitte, la Duchesse ait fait aussi quelque chose pour lui. Durut, qui ne perd rien de tout ce manège, r.t sous cape, tt déjà se doute dt ce qui va suivre. Au dessert, les gens renvoyés, la conversation s'anime par degrés et devient des plus polissonnes. En voici un léger échantillon :
Madame Durut. — A propos, madame la Duchesse, il y a longtemps que vous n'êtes venue j^ar ici avec ce grand lévrier... cet étranger si blond, si pomponné !...
hèchc de l'admirer et de l'aimer, et s'étonne de lui voir concilier de la manière la plus naturelle les goûts et les habitudes de la femme à la fois la plus légère et la plus frivole et la plus essentielle, la plus capricieuse en fait de plaisir, et la plus invariable en fait de sentiments (N.).
I^A Duchesse. — Elle me divertit avec son lévrier, c'est justement un Danois... l'Opéra me l'a enlevé...
CÉi^ESTiNE. — Iv' Opéra ne vous a pas enlevé grand' chose. Cet homme est bien le plus glacial bande-à-l'aise ! (Gaîmeni) Nous sommes tous garçons ici ?
L,A Duchesse, souriant. — Il a donc l'avantage de vous connaître ?
CÉivESTiNE. — Oh! ne m'en parlez pas. J'eus un jour, je ne sais par quel caprice d'avoir quelqu'un d'encore plus blond que moi, le malheur de m 'aventurer avec ce beau monsieur ; cela fut d'un nul !... Il est vrai qu'il resta sur-le-champ de bataille un diamant, mais vivent les gens qui savent les faire gagner !
IvA Duchesse, sentant une atteinte. ■ — Comte, j'ai des cors, je vous en avertis. {Elle sourit.)
Madame Durut. — Oh ! je le reconnais au langage des pieds. Chez moi, certain soir qu'il s'agissait d'enivrer un provincial et de lui souffler sa jolie femme, ne voilàt-il pas mon maladroit qui, à table, en face du couple, se trompe et croyant faire une gentille à madame, nous appuie amoureusement un pied sur l'orteil goutteux du mari. Celui-ci de jeter le cri de quelqu'un qu'on mettrait à la broche et de retirer les jambes si promptement, si fort et si haut qu'il soulève la table et renverse tout ce qui la couvrait. Figurez-vous le baccanal, le tracas, la consternation d'une femme peu faite, alors, à de pareils événements !... Il est vrai que, depuis, nous en avons fait une rude lame... Comte, vous pouvez certifier ce que je dis.
Le Comte, froidement. — Qu'en faites-vous ?
Madame Durut. — C'est du véreux maintenant. Elle vient encore dans ma maison de Paris, pour les moines.
La Duchesse. ■ — Fi !
Le Comte, — Quant à moi, je l'ai totalement perdue de vue, il y a bien six mois, depuis qu'elle m'a débauché mon valet de chambre.
Célestine. - — Ce fut surtout pour vous un grand crèvecœur que de perdre ainsi deux maîtresses à la fois ?
232 L CETJV'RE D ANDREA DE XERCIAT
Madame Durut. — Pourquoi pas trois ? car la dame ne se faisait pas beaucoup prier pour faire le thème en deux façons.
IvE Comte. — De la méchanceté ! Il est assez plaisant qu'on gronde ici des sortes de caprices, tandis qu'on veut bien les laisser en paix dans la société. Vous voilà trois femmes : laquelle de vous osera jurer de n'avoir jamais varié la manière de faire des heureux ?
Célestine. — Monsieur le comte voudrait nous confesser apparemment ! Quant à moi, je ne suis pas pressée de m 'accuser de péchés dont il est très possible que je n'aie aucun repentir.
Un excellent café, suivi des liqueurs les plus tmes, termine ce volup tueux dîner.
Le Comte très pressé {ou qui feint de l'être) d'assister à l'auguste pétaudière, part tout de suite dans son rapide cabriolet. La Duchesse reste. L'adroite et complaisante Célestine prête son ministère pour la mettre en état de paraître au spectacle. Le Chevalier dont on a renvoyé les chevaux, et qui n'a rien de mieux à faire que de se reposer, suit aux Italiens son équivoque conquête, qui l'enlève dans un vis-à-vis d'une élégance achevée, attelé de deux anglais sans prix pour la vitesse et la beauté.
Iv'ceiL DU MAITRE MADAME DURUT, CÉLESTINE
Elles sont dans le logement de la première et sont occupées de compter. Chacune a sous les yeux un livre de dépense, dont elle vérifie les articles.
Madame Durut. — J'ai fait.
CÉLESTINE. — Et moi aussi, bien juste en même temps que toi.
M.\DAME Durut. — A combien, d'après ton addition, se monte la dépense du mois ?
CÉI.ESTINE. — A neuf mille six cent quatre-vingtquatre livres douze sols.
Madajvie Durut. — Barème ne serait pas plus correct que nous ; j'ai le même total à six deniers près.
CÉLESTINE. — Tu as raison ; six deniers : je les oublais à cette colonne.
Madame Durut, — I,a recette ?
CÉLESTINE. — Dix mille huit cent quatre vingt-seize livres huit sols... sans deniers pour le coup.
Madame Durut. — On ne peut mieux. Eh bien ! Célestine, quel est le métier, le commerce soi-disant honnête qui produirait par mois, à raison de nos fonds, un bénéfice net de douze cent douze livres cinq sols six deniers, tous frais et bien des petites fantaisies satisfaites, dont le prix se trouve englobé dans la masse des dépenses ?
CÉLESTINE. — Iv' observation est juste. Encore ce mois-ci n'a-t-il pas beaucoup donné.
Madame Durut. — Sans compter que j'ai réduit de
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près de mille écus les mémoires des bâtiments depuis l'approbation des comptes.
Cklestine. — Tout doux, s'il vous plaît, ma chère sœur ; j 'ai réduit est bientôt dit ! Oubliez-vous que ce rabais, c'est à moi qu'on en a l'obligation, puisque j'ai fait ce qu'il fallait pour que M. du Bossage y souscrivît ?
Madame Durut. — Tu cries, ^lademoiselle, avant qu'on écorche ! Tiens, regarde, lis : « Trois cents livres de gratification à M^^^ Célestine pour le dixième d'une épargne de trois mille livres qu'elle a procurée à l'établissement ». Et cela sans préjudice de ta part d'associée.
CÉEESTiNE. — • C'est parler, cela, et j'aurais d'autant plus mauvaise grâce à me faire trop valoir, que ce petit pince-sans-rire d'artiste s'est donné les airs de me le mettre (i) sept fois pendant la nuit qui fut le pot-au-vin de votre arrangement.
Madame Durut. — Sept fois ! mon cœur ; oh ! sur ce pied, ce sera moi, ne t'en déplaise, qui lui compterai, le 30, les mille livres qu'il doit recevoir. Je ne me prévaudrai nullement des dix jours de grâce, et j'espère bien qu'en faveur de mon exactitude à payer, il daignera me faire tâter de son savoir-faire.
CÉLESTINE. — Rien de plus assuré, car il m'a dit plus de trois fois, à travers les beaux transports qu'il me témoignait, que tu devais être une excellente jouissance...
Madame Durut, interrompant . — Je m'en pique...
CÉEESTiNE interrompant. — Mais que tu lui en imposais.
Madame Durut. — Le pauvre garçon ! Il est bien trop bon d'avoir peur de moi ! Qu'il vienne ! je lui ferai connaître qu'on m'apprivoise assez facilement, et que les gens qui parlent par sept, ont le plus grand droit de tout oser avec leur très humble ser\'ante. Mais poursuivons notre besogne : combien d'abonnements restet-il encore à faire payer ?
Célestine. — ■ D'abord... celui du commandeur de Palaigu.
(1) Entre sœurs on ne se gêne pas (N.).
Madame Durut. — Qui ? ce grand jeudi (i) qu'on dit malade d'un satyriasis incurable ? Après ? {On reprend le travail.)
CÉr^ESTiNE. — Ici viennent quelques articles véreux. Plusieurs aristocrates émigrants avaient écrit pour que leur abonnement continuât, ils en doivent le montant, et ils sont notés pour leur part des dépenses casuelles. Sans doute ils se flattaient de n'être pas aussi longtemps atteints, mais n'a^^ant point assisté, peut-être refuseront-ils d'entrer en compte ?
Madame Durut. — Fi donc ! Quel horrible soupçon ! Ils paieront, Célestine. C'est de l'or en barre. Oh ! s'il s'agissait de quelque dette d'un autre genre, comme pour habits, voitures, fournitures de domestiques, il y aurait peut-être à batailler pour le paiement ; mais quand il est question pour ces messieurs de demeurer Aphrodites, de n'être pas rayés avec ignominie de la plus heureuse liste, crois qu'ils y regarderont de plus près (2).
Cèi^ESTiNE. — Peut-être ?
Madame Durut. — Je te dis que leur dette envers l'établissement est sacrée, et qu'ils sont bien trop avisés pour manquer d'y faire honneur.
CÉ1.ESTINE. — Soit. J'admire, en effet, comment, tandis que tout le monde a l'air de mourir de faim, nous voyons venir ici nos habitués les poches pleines.
Madame Durut. — Tu serais bien plus surprise encore de voir les joueurs, quand nous aurons une partie, ils regorgent d'or . Ce n'est pas que les espèces manquent,
(i) Chez les Aphrodites on nomme jeudis ces messieurs qui, tout au moins partagés entre l'œillet et la boutonnière, avaient pour jour de solennité le jeudi, en l'honneur de Jupiter, le Villette de l'Olympe comme tout le monde sait. Les femmes qui avaient la complaisance de se prêter au goût de messieurs les jeudis sont connues sous le nom deyaww£'//f5 (de Janus), à cause de leur double manière de faire des heureux. Les amateurs de ces sortes de femmes se nommaient, en conséquence Janicoles. Les Andrins, en petit nombre, étaient ceux qui, ne faisant cas d'aucun charme féminin, ne fêtaient que des ôanymèdes.
(2) Uns'atutdela dernière rigueur supprimait les mauvais payeurs. Les délais étaient très courts.
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mais on n'ose en laisser voir, et plus on se refuse, par hypocrisie, pour de vrais besoins, ou pour un luxe extérieur que maintenant il est dangereux d'aôichcr, plus, en revanche, on est en état de faire des sacrifices pour de secrets plaisirs. Après ?
CÉUÊSTiNE. — Rien de plus en souffrance, quant aux abonnements ; mais voici quelques non-valeurs d'un autre genre : « Prêté à i\I°i^ de Braiseval, quinze louis ». Elle devait les rembourser au bout de huit jours, le mois est près de finir.
Madame Durut. — Passons : le lendemain du prêt, je me suis fait rendre ces quinze louis par un vieil oncle de I\I™^ de Braiseval, assez sot pour être amoureux, gratis, de sa banale nièce. Si le pauvre diable savait à quel usage elle avait employé cet argent, il se repentirait bien, ma foi, d'en avoir fait le sacrifice. C'était pour récompenser le solide service d'un sauteur de chez Nicollet, qu'elle venait de distinguer, mais non pas comme M^^^ Célestine distingue le commandeur.
CÉLESTINE. — Si l'on jette des pierres dans mon jardin, gare la revanche ! Au fait : quand M™^ de Braiseval parlera de payer, il faudra lui donner quittance ?
Madame Durut. — Etourdie ! que dis-tu ? Il faudra recevoir (i).
CÉEESTiNE. — Et si l'oncle a par hasard avec elle un éclaircissement !
Madame Durut. — Il l'aura probablement. Où sont les hommes assez généreux pour obliger incognito ? ^lais, pour lors, tu n'auras pas su, j'aurai négligé d'enregistrer cette recette et ne t'aurai prévenue de rien. Tu me renverras la dame, que je menacerai auprès de mon mari, de quelques confidences de ma part qui n'iraient à rien moins qu'à la faire coffrer pour le reste de sa vie . {Avec un air de viy stère). N'ai-je pas fourni à cette Messaline jusqu'à trois cents suisses en un jour !
CÉLESTINE, soupir,a7it. — Grand bien lui fasse ! « Avance à la vicomtesse de Chatouilly, neuf cent soixante livres en différents articles. »
(i) Elle est un peu friponne, cette M™*^ Durut (N.)-
Madame Durut. — Cela sera bien payé. En attendant, cet argent n'est pas sorti de la maison. Il s'est répandu en petits salaires sur toute la marmaille mâle et femelle que je puis enrôler, M™^ la Vicomtesse a le talent d'occuper ici cette espèce pendant des matinées entières à se faire dorlotter, manioter, tripoter, baisoter, suçoter, peloter à six francs par heure pour chaque individu.
CÉi^ESTiNE. — Voilà, par exemple, une bizarre fantaisie !
Madame Durut. — D'autant plus bizarre que si, par malheur, quelqu'un de ces petits êtres avait l'ombre d'un poil follet où tu sais, la dame furieuse le mettrait brutalement à la porte et me laverait la tête d'importance. Mais est-on bien ras, bien scrupuleusement imberbe, ce sont de sa part des transports ! un délire ! Après cela, c'est son tour de fêter tous ces petits engins, toutes ces petites moniches. C'est à mourir de rire, en vérité.
CéIvEstinE. — Et c'est là tout ce qu'elle fait ?
^Madame Durut. — I^e plus souvent, il faut bien qu'elle s'y borne ; quelquefois pourtant un marmot précoce se trouve de douze à treize ans, bon à quelque chose.